- VIII -
Arhus assistait à un spectacle qui paraissait lui être venu d’un autre monde.
Les Elfes géants qui composaient la principale force de frappe de son avant–garde, hésitaient devant la venue des spectres. Les marins de Salermnos, eux aussi, regardaient avec effroi, dans une immobilité totale, les horribles fantômes sortis du lac qui progressaient vers les soldats des royaumes libres. Ces monstrueux revenants balançaient, en marchant, leurs corps décharnés d’une épouvantable manière. Ils émettaient des gémissements gutturaux qui glaçaient le sang des vivants.
Ces alliés des forces du mal, appelés depuis le pays de la mort des maudits, ne semblaient pas apprécier leur retour dans le monde de Formalow. En franchissant, à l’encontre des règles établies par le créateur de toute chose, la limite interdite des Dolmens Infernaux, ils avaient été voués à la souffrance et à la haine la plus intense. Les Korrigans fuyaient aussi devant la cruauté de leurs sinistres auxiliaires, car, si le Seigneur des Ankous parvenait à leur imposer sa volonté, il devait être le seul à maîtriser ces hordes effarantes.
Arhus ne savait plus que faire, il jeta un œil vers sa phalange de Druides. Les Sages étaient dans la même expectative que lui. Les cavaliers de toutes les espèces libres avaient de la peine à retenir leurs montures terrifiées par l’odeur de la mort. Seuls ses Silériens restaient froids et fermement campés sur leurs jambes.
Le Forgeron ne blâmait pas les combattants des autres races qui craignaient les spectres. Son peuple avait la chance de rester insensible à la terreur distillée par la vengeance des morts, mais Arhus comprenait parfaitement la réaction de ses compagnons humains et elfiques. Le général décida de leur donner du courage. Il demanda à ses guerriers les plus proches de reformer une tortue et de charger sans faiblir la horde fantomatique.
Une immense clameur s’éleva du cœur des Silériens et, Phérégon l’ayant rejoint à la tête de la cohorte des paysans–forgerons, tous deux menèrent l’attaque avec vaillance.
Les soldats aciéristes, s’engouffrèrent comme un coin dans les lignes des sorciers fantômes. Ces derniers, peu habitués à une telle réaction des êtres vivants, furent balayés par les estocades de boucliers et de glaives que leur adressèrent furieusement Arhus et ses compagnons. Si les créatures du mal, déjà mortes, ne pouvaient perdre leur semblant de vie, elles subissaient malgré tout, les coups avec douleur. Des bras et des têtes en décomposition, tranchées par les lames silériennes, se répandirent en se vidant de leur sang infect, sur le champ de la bataille.
Les spectres mutilés se relevèrent au bout de quelques instants. Les uns, décapités, reprirent pourtant leurs bâtons magiques à la main, puis, ils reformèrent une ligne de bataille. Les autres, une main ou bien un pied arraché par l’attaque des forgerons, repartirent à l’assaut des soldats libres, en utilisant leur membre intact pour brandir leur arme ou courir en boitant.
Cette fois, les formidables petits Silériens se retrouvaient isolés au milieu des monstres venus des enfers. Ils se mirent à jouer courageusement de leur glaive et de leur bouclier pour repousser ce nouvel assaut. Cependant, ils faiblissaient. Plusieurs finirent par succomber sous le nombre et les sortilèges des sorciers.
Les humains tremblaient, les yeux agrandis par la peur. Les Elfes ne parvenaient pas à bouger. Ils étaient rivés sur le sol par une indicible horreur. Seul, le formidable courage des représentants de ces deux races présents sur les rives du Lac, ce matin là, les empêcha de s’enfuir et de marquer, malgré l’effroi qui les invalidait, leurs adversaires.
Les petits Silériens tenaient bons. Pour un des forgerons qui tombait et ne se relevait pas, cent fantômes avaient été repoussés et ne parvenaient pas à se reconstituer suffisamment vite pour retourner au combat. Arhus se sentait perdu, même les druides qui se battaient avec fureur, étaient retenus par les pouvoir des sorciers morts vivants. Les sages–guerriers ne paraissaient pas en mesure d’ouvrir une brèche pour libérer les aciéristes du piège qui se refermait sur eux. Tout à coup, les seigneurs elfes et les barons des Abers qui commandaient les contingents humains et forestiers lancèrent un appel à leur troupe :
– Messieurs, malgré la peur et la répulsion que nous inspirent les monstrueux ectoplasmes des ténèbres, allons nous laisser le courageux général Arhus succombé avec ses si vaillants compatriotes.
Alors un seul cri s’éleva des cœurs humains et elfiques, surmontant la crainte irraisonnée qui les paralysait, les soldats des forêts et des abers lancèrent ensemble le mot de ralliement :
– Courage Silérie ! Courage Maître Arhus ! Courage Seigneur Phérégon ! Nous avons hésité mais nous ne faillirons pas nous voici.
Voyant que les intraitables sujets de Phérégon ainsi que leur général en chef, allaient être débordés par le nombre de leurs adversaires, les humains de Salermnos et les Elfes se reprirent. Regroupant leur infanterie avec leur cavalerie, ils se ruèrent dans la configuration d’une pointe de lance contre leurs adversaires. Le choc fut encore plus terrible que le premier affrontement. Les longues épées des forestiers déchiquetèrent les fantômes tandis que les hommes du Golfe magnaient vaillamment leur hache de marin. Le carnage fut long et pénible mais, les sorciers fantômes, pour la première fois depuis leur retour sur les fronts des combats de Formalow, reculèrent devant la fureur des peuples libres.
L’avant–garde d’Arhus parvint à rejoindre leurs amis. Ils taillèrent en pièces les revenants qui se tenaient entre eux et les chevaliers elfiques. Bien sûr, durant le combat, les monstres éparpillés en morceau sur l’herbe fraîche des rives du lac, se reconstituèrent péniblement. Quelques soldats du général silérien, malgré leurs nouvelles armures, furent frappés par les décharges de magie maléfique des Sorciers Morts–Vivants. Les victimes de ses sorts fatals s’évanouirent sous les yeux de leurs camardes, dans un nuage de fumée nauséabonde. Mais, cette fois, l’armée de Myrion alliée à celle des forêts du Bout du Monde ainsi qu’aux forces de Silérie, avait réussi à contenir les légions de Korrigans et de spectres, lancées sur elle par le Seigneur des Ankous et d’Arthang le Noir. Cette stratégie, ne pourrait pas tenir éternellement, mais, elle ferait gagner beaucoup de temps à la compagnie de Niphilus qui ramènerait sans doute du Royaume de Nabachton, un savoir et peut–être des renforts, capables d’anéantir les fantômes des sorciers de jadis.
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