In Libro Veritas

Formalow, Tome I, Le serment de Salermnos

Par Guy Richart

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Partie 2: - XX -



Du haut des remparts de Nabachton, la Princesse régnante Manohéva regarda vers l’Est. La noire masse grouillante des puissances ténébreuses se ruait avec férocité à travers la plaine du Nord.

Dans le ciel assombri par les vapeurs nocives, émises depuis la faille dimensionnelle orientale, les Léviathans colossaux tournoyaient, attendant un signe de leur maître, venu en personne participé au siège de Nabachton.

Les puits d’énergie bienfaisante avaient échappé à cette marée maléfique qui déferlait depuis le bout oriental du Monde sur le Continent Civilisé. S’ils existaient toujours et si désormais ces sources de bienfaisance concentraient leur action visible dans la vallée de Nabachton, plus jamais elles ne pourraient être approchées au cours de ce Cycle. Dans les terres sauvages du Nord, leurs anciens emplacements seraient marqués par des allées couvertes, mais ces dolmens ne seraient dressés qu’à la fin de l’Empire, après la Guerre des Larmes de Sang.

Aujourd’hui, les hordes du mal occupaient toutes les Terres Civilisées et heureusement, elles ne pouvaient pas mettre la main sur les puits dissimulés par les sortilèges des Druides. Pourtant, en arrivant sous les remparts de Nabachton, et bien qu’elles aient été éprouvées durement dans les combats contre la Résistance dans la Taïga, les maudits furent persuadés que la Ville Royaume allait se rendre aisément. Ils faisaient une bien grave erreur.

La puissance magique de Manohéva et de ses tantes, les sœurs de Sylvania, était encore plus grande que celle de sa mère unie à son père. La jeune souveraine conservait en elle toutes les aptitudes de sa dynastie ainsi que la résistance farouche des deux espèces pensantes dont elle représentait l’Union harmonieuse.

Sa volonté et ses sorts ne pouvaient être que défensifs, pourtant, ils prouvèrent leur grandeur dès l’apparition des hordes de Gaurtlung aux portes de Nabachton. La puissance déployée par la princesse de la Vallée Merveilleuse fut telle que les escadres effroyables des Léviathans elles-mêmes furent balayées par la réaction protectrice des incantations prononcées.

Renversées par cette meurtrière fureur majestueuse, les démons du Néant craignirent à jamais les remparts et le portail du Royaume bienfaisant. Certes, pendant que l’Empire dominait rageusement le Continent Civilisé, de vastes légions de Korrigans, d’Ankous et d’Hydres Volantes, surveillèrent Nabachton. Par la suite, dans les sursauts désespérés qui se produisirent à la fin des guerres, des armées maléfiques s’approchèrent de ce pays pour tenter d’en interdire l’accès. Pourtant, il n’y eut plus jamais d’attaques directement menées contre la Vallée Magique du Nord, même après la disparition de la Reine Manohéva.

Pendant que ces évènements faisaient de Nabachton une généreuse réserve de combattants et d’énergie contre le Mal, Myrion et ses Druides arrêtaient l’avancée de Gaurtlung avec une rigueur toute aussi cuisante pour l’Ennemi.

Les dernières ressources en vaillance des paysans-forgerons, au prix de nombreuses existences et d’une souffrance effrayante, se fixèrent dans les montagnes de Silérie.

Sur les rives du Golfe de Salermnos, la violence des combats figea également la situation favorablement aux Marins et aux Elfes du Duché des Abers. C’était une lueur d’espoir dans l’horrible repli général qui avait balayé les chevaliers de la justice et de la lumière à travers toutes les terres habitées de ce Monde.

Ce qui aurait pu entamer la confiance et la fidélité des Humains c’est, qu’en découvrant les immenses phalanges de démons qui les attaquaient, au début de l’invasion, et surtout l’invincibilité apparente des Léviathans, certains Marins, peu courageux prirent la fuite sur une petite flotte qui quitta le Golfe pour disparaître en Mer.

Personne, à cette époque ne sut ce que devinrent les traîtres. Heureusement, la plus grande partie des humains fut fidèle à leur Duc et à leurs alliés. Même ceux qui n’étaient pas de bons combattants, firent de leur mieux, contenant leur peur, usant de leurs multiples compétences avec le plus d’efficacité possible, pour faire, ensemble, face aux sièges de leurs places fortes et de leurs ports défendus par de solides murailles.

De nombreux navires, qu’ils avaient construits avec amour, parfois même, avant de venir sur les rives du Continent Civilisé, furent détruits dans les batailles de Salermnos. Des vies innombrables disparurent dans cet holocauste douloureux. Pourtant, malgré les interventions incessantes des Hydres volantes, en dépit des hordes effrayantes de démons qui rugissaient au pied de leurs remparts, Le Duché des Abers ne tomba pas et ne céda pas aux injonctions de l’Empire de Gaurtlung le maudit.


Dans la longue nuit de souffrances et de privations qui se préparait pour les millénaires à venir, chaque enclave de résistance, chaque guerrier, au cœur vaillant qui, dissimulé dans la Lande, la Montagne ou bien la Forêt, luttait contre les forces du Mal par son courage et son inflexibilité dans l’adversité, étaient des lueurs d’espoir pour le Monde, la Justice et la Pérennité de ce Cycle. Thanator dans son orgueil, Sarquonikos, abreuvé de peines et de malheurs scellant la grandeur du Néant dont il était le Seigneur absolu, l’avaient totalement oublié. Ils ne voyaient, du haut de leurs trônes d’infamie, que les vagues déferlantes de leurs armées maudites inondant le Continent Civilisé. Les deux Rois ténébreux n’avaient pas compris que la houle désordonnée de leur haine destructrice se brisait sur des rochers valeureux d’où partirait un jour, la liberté et l’espoir de ce monde martyrisé.

Formalow connaîtrait certainement un nouvel Âge d’Or au-delà, dans les époques de l’Histoire de la vision des voyants. Pourtant, celui-ci, s’il s’installait, serait-il éternel, comme le Créateur du Cosmos qui souhaitait que cette prophétie s’accomplisse.

Fin des Marins de l’espoir et du roman :
Le serment de Salermnos.