In Libro Veritas

Formalow, Tome I, Le serment de Salermnos

Par Guy Richart

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Table des matières
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Partie 2: - VII -



Au sein de la forteresse, le Seigneur des Ankous, se tenait dans son nouvel habit de laine, au milieu d’une pièce. Son visage osseux et la couleur verdâtre de sa peau parcheminée lui donnaient l’allure d’un effrayant spectre malfaisant.

Il était plus petit que le gigantesque Gaurtlung. Ce dernier, debout devant lui, le dominait de deux fois sa hauteur. Le renégat souriait niaisement. S’il avait été un chien, il se serait agité, la truffe humide et la queue battant la mesure de sa joie puérile, devant le terrible Monstre, Damné pour toujours.

Mais, l’ancien esprit jardinier n’était que l’ombre d’un Grand de jadis. Il n’avait hérité de la part qui l’avait quitté, quelques jours plus tôt pour gagner les plaines polaires de Formalow, qu’une insignifiante trace de méchanceté résiduelle, relique des âges d’avant le réveil du Penseur Eternel, ainsi qu’un corps ravagé et malade des tortures qu’on lui avait infligées dans les cachots de la Tour Maudite.

Les Korrigans, inquiets de ce nouveau garde-chiourme auquel il leur faudrait encore obéir aveuglément, lui apportèrent, une à une, les pièces de son armure. Celle-ci était hérissée de pointes effilées et de rebords tranchants qui en faisaient, sans épée, déjà une arme meurtrière. Bien sûr, cette construction grossière, martelée dans un acier mal affiné, ne supportait pas la comparaison avec les cuirasses scintillantes et infiniment résistantes de Nabachton.

Abusé par le solennel de cette cérémonie d’habillage, le Maître des Ankous se croyait entrer dans les grâces et le respect de Gaurtlung. Il essayait pompeusement tous les mouvements de membres possibles, à chaque fois qu’on lui avait ajusté un brassard ou bien des cuissardes d’acier. Bientôt, même le casque fut fixé à l’armure. Il avait un aspect terrifiant dans cette protection d’acier noire, bardée de lames aiguisées comme des rasoirs. Gaurtlung, d’une voix tonnante, à la limite du rire, déclara :

- Maintenant Seigneur des Ankous, je vais t’adouber Chevalier de la Forteresse de l’Ombre. Agenouille-toi devant ton Suzerain.

La créature obséquieuse obéit au Damné. Elle dégaina son épée, la plaça devant elle, puis, s’appuyant de ses deux mains sur la garde, elle se mit derrière son glaive, un genou à terre. Gaurtlung posa sa lourde dextre sur le casque de son nouvel allié, puis, il déclama dans le langage du néant, que son abjection lui avait fait apprendre :

- Gaulmalith hetté prisnachaw !!!
 

Aussitôt, les yeux du Maître des Ankous se révulsèrent tandis qu’il hurlait de douleur. L’incantation du terrible Démon venait, à jamais, de souder la peau de sa malheureuse victime à l’armure maléfique, offerte traîtreusement. Dans les siècles à venir, la cuirasse enchantée pourrirait éternellement sur les chairs martyrisées de l’ancien esprit jardinier, consacré maintenant aux forces malfaisantes.

- Je te l’avais dit, exulta Gaurtlung. Tu aimeras tant ce présent que tu ne pourras plus jamais l’ôter.

- Mais pourquoi mon Seigneur ? Hurla le Roi des Ankous en gémissant de terreur et de douleur.
Je vous ai donné mon âme et ma vie ! Pourquoi ce supplice m’est-il infligé ?

- Ainsi sale traître, répliqua en grondant à demi Thanator, tu te souviendras bien que je suis intraitable ! Tu penseras aux souffrances et aux humiliations que je sais provoquer, si par malheur tu avais envie de me quitter pour rejoindre mes ennemis, comme tu t’es détourné de leur cause pour te livrer à moi aujourd’hui !

Tous les Korrigans présents éclatèrent de leur rire caverneux et grasseyant, tandis que le Maître des Ankous, frappé au plus profond de son honneur et de sa dignité de renégat, s’écroulait sur le sol de la pièce en pleurant de rage et de honte.

 

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