In Libro Veritas

Formalow, Tome I, Le serment de Salermnos

Par Guy Richart

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- XVIII -



Le Roi Haran, perché sur sa plus belle licorne, parcourait la Combe libérée des forces du mal.

Des milliers de morts jonchaient la vallée dévastée. Le vieux Seigneur Sylvain pleurait devant tant de violence et de haine. Figés dans l’expression de la douleur et des souffrances amenées par les blessures mortelles d’un combat guerrier, des Elfes déchus, rendus immondes physiquement par leur avilissement moral, gisaient dans des mares sanglantes tandis que leurs mains griffues, tétanisées par la fuite de la vie, serraient encore la gorge des victimes qui les avaient poignardés avant de périr.

Les Korrigans, esclaves peureux, souffrants et bestiaux de maîtres ignobles, vindicatifs et sans pitié, avaient été taillés en pièces par la charge des cavaliers d’Haran ou bien, par la chute des pierres lancées par les catapultes elfiques. Certaines de ces pauvres créatures quasiment animales, possédaient une résistance physique exceptionnelle. Le ventre ouvert, leurs organes pendants par leurs plaies sanglantes, leurs membres arrachés, tenant encore à leur corps par des lambeaux de chair étirés, ils gémissaient de douleur et de terreur, tandis que les soldats d’Haran les approchaient. Ces derniers les achevaient, plus par pitié que par haine. En général, les monstres demeurés sur le champ de bataille n’étaient plus soignables. Ceux qui avaient encore une chance de guérir de leurs blessures, s’étaient enfuis, puis, avaient certainement rejoint la forteresse des maudits sur les sommets des Montagnes du Bout du Monde.


Le vieux sage Sylvestre avait l’intention de renforcer encore les défenses de Castel-Elfes ainsi que les garnisons qui protégeaient tous les passages de cette région. Le devoir des nations libres étaient de retenir le mal aux confins du Monde pour que celui-ci n’envahisse pas Formalow. Le Roi ne désirait pas que la guerre, avec toutes ses horreurs, se perpétue de nouveau et devienne le seul moyen de s’opposer aux desseins des maudits. Il n’avait pas reçu de nouvelles de sa fille et de son gendre : les souverains de Nabachton. Il espérait que le succès de leur intervention magique n’avait pas été payé par de graves conséquences pour le royaume du Nord Ouest. Le calme étant revenu dans le Midi de Formalow. Gaurtlung et ses démons n’étant pas, provisoirement, en mesure de déclencher de nouvelles hostilités, Haran regroupa une grande escorte de cavalerie, de fantassins et, accompagné de plusieurs Esprits Jardiniers, il marcha vers la vallée de Nabachton.

Gémildan avait réuni ses conseillers autour de la grande table ronde du palais des souverains. Son épouse allait donner naissance à leur enfant. Elle n’était pas, pour l’instant, apte à participer au gouvernement de leur pays et aux batailles contre les ténèbres.

Le solide Seigneur des paysans-forgerons, respecté par les Elfes et adulé par les siens, était écouté sans réticence quand il ordonnait ou bien conseillait. Ses généraux issus des deux espèces pensantes de ce monde, savaient que la sécurité des clairières magiques et des allées couvertes construites là par les nabatéens, n’était pas complète tant que les plus orientales de ces zones merveilleuses, n’avaient pas encore été aménagées par leur Roi ou leur Reine.


Gémildan en discutait avec les plus sages des Elfes de son royaume et les plus perspicaces de ses Silériens. Tous ses courageux sujets lui donnaient leurs idées. Il n’avait que l’embarras du choix pour agir. En effet, toutes les propositions qui lui étaient faites, étaient emplies de bons sens et permettaient d’améliorer la protection du Septentrion de Formalow. Cependant, aucune des mesures prises jusqu’à la fin de la convalescence de la Reine Sylvania, alors qu’elle devait les valider et les renforcer des inspirations de sa sagesse, ne seraient définitives et certaines.

Et pendant que le Conseil de Nabachton battait son plein, les trompettes des gardes de la porte du royaume retentirent, avertissant le Seigneur Silérien qu’une troupe de soldats approchait de sa ville. Gémildan courut jusqu’au rempart de la poterne. Il examina la colonne perdue dans le lointain, qui venait de la forêt du Nord. Elle était composée de nombreux cavaliers montés sur de fringantes licornes ainsi que plusieurs chariots de défense, tirés avec une lenteur confortable par des holaongs robustes et bardés de fer. Sur les flancs de cette cavalerie, au fur et à mesure que les voyageurs s’avançaient vers Nabachton, Gémildan découvrit deux rangs de fantassins silériens, puissamment armés et protégés, eux aussi. Il compta également, plusieurs esprits forestiers du Sud. Les grands soldats étaient bien des Elfes. Le plus majestueux, imposant et calme d’entre eux, avait tout le charisme mais aussi la force d’Haran l’Ancien.

Le vieux Roi Elfique, maître spirituel de tous les peuples sylvestres de Formalow, avait survécu à la bataille de Castel-Elfes. Il venait dans le Nord du Continent Civilisé de Formalow, sans doute voir sa fille et son gendre. C’était un heureux présage car, l’enfant du couple régnant de Nabachton allait naître dans les jours qui viendraient.

Tous ces êtres foncièrement bons, étaient légitimement heureux de la naissance qui s’annonçait. Mais, la venue du petit être qui, un jour, règnerait sur Nabachton, les détournait de la menace pesant encore sur le Monde. Car Gaurtlung avait été repoussé mais, il lui restait des Korrigans ainsi que de nombreux Elfes déchus, toujours fidèles. Et surtout, si sa puissance magique ainsi que sa force physique avaient été diminuées par son basculement dans les ténèbres, il était devenu sinistrement rusé. Il allait également recevoir une aide inestimable, bien qu’involontaire, d’un autre Esprit Jardinier. Sa nouvelle fourberie et sa terrible cruauté allait lui apporter cette recrue de choix qu’il ferait plier sous son influence, tout comme il avait soumis les Seigneurs Elfiques révoltés à sa volonté.

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