In Libro Veritas

Gévaudan 14 : La ronde des souvenirs

Par Usha

Cette oeuvre est mise à disposition du public sous un Contrat Creatives Commons (by-nc-nd)

Vous êtes en mode de lecture plein écran. Cliquez sur le lien suivant si vous souhaitez afficher la version classique de cette oeuvre

Table des matières
Que pensez vous de cette oeuvre ?

CHAPITRE VIII




12.


        La structure semblait familière à Xarys pourtant il était impossible qu’il aie déjà vu pareil engin auparavant, que ce soit sur le GalactoNet, à la télévision ou encore dans un bouquin !

    – Mais qu’est–ce que c’est donc ? insista–t–il, cherchant dans sa mémoire.

        La migraine était persistante. Il lui semblait que son cerveau se déchirait sous les flashes qui revenaient, dans le désordre le plus complet, en totale contradiction avec la vie, les propos et les sensations des derniers jours. Sans compter qu’il était incapable de mettre un nom sur les visages ou les situations qui avaient défilé devant ses yeux, l’espace de quelques secondes, avant de repartir dans l’oubli.

    – Tu n’as pas entendu la cloche, Xarys ? fit Jarvin en posant sa main sur l’épaule du jeune Loup, le faisant doucement mais fermement reculer vers l’entrée du Hangar.

    – Quelle est cette machine ? questionna Xarys.

    – Le dôme s’ouvre, expliqua le chef de la Communauté. C’est pour observer les étoiles.

    – Je peux voir quand il fera nuit ? J’aime les étoiles !

    – Ca ne marche pas, pas encore. Je croyais que la vie dans la Communauté te suffisait ? Pourquoi donc rêver aux étoiles ? Et pourquoi demeurais–tu planté ainsi devant cet engin ?

    – Je ne sais pas… Ca m’a fait bizarre quand je l’ai vu. J’en ai déjà vu…

    – Vraiment ? murmura Jarvin en s’arrêtant.

    – Oui. Les étoiles, l’espace, c’est un environnement qui m’est tellement familier ! assura Xarys. Dans mes rêves, et encore à l’instant j’ai vu un vaisseau, des combats spatiaux, un jeune homme blond en uniforme… Non, ce n’est pas un télescope. Jarvin, c’est un canon sistonique !

    – Malheureusement exact, gronda Jarvin en abattant son poing sur la nuque du jeune Loup, l’assommant net.

        Soutenant d’un bras Xarys, Jarvin le traîna jusqu’au téléphone mural, décrocha le combiné et composa un numéro.

    – Pek, rejoins–moi à la maison, on a un petit problème.

    – De quel genre ?

    – Du style : arriver au bout de l’histoire en sautant quelques chapitres.

    – J’achève de suturer le bras de mon patient et j’arrive.

    – Fais vite. J’ai des fournisseurs de machines agricoles qui ont rendez–vous ce matin.

        Nalem venait de pousser la porte du Hangar. Il se précipita vers Jarvin et Xarys.

    – Qu’est–ce qui lui est arrivé ? s’inquiéta l’adolescent.

    – Rien de grave. Il a juste eu un autre malaise, répondit le chef de la Communauté avec un sourire rassurant. Pek va venir s’occuper de lui à la maison. Vas donc avec les autres aux champs.

    – A tes ordres !

        Nalem parti en courant, Jarvin jeta le jeune Loup en travers de son épaule et prit la direction de sa maison, prenant soin d’éviter de croiser les rares membres de la Communauté encore présents.


*


        Un canon sistonique ! Mais dans le fond, ça n’avançait guère Xarys car il n’avait toujours aucune idée de ce que c’était ! Quoique, « canon », ne signifiait pas quelque chose de très rassurant… Par contre, qu’il fut braqué vers le ciel était plutôt une bonne nouvelle, semblait–il.

        De nouvelles images étaient venues au jeune Loup : l’espace encore, un beau bijou doré et rond, le visage d’un adolescent replet qui n’était pas Nalem, une salle ronde aux murs couverts d’écrans et de claviers d’ordinateurs, une massive silhouette toute de métal caparaçonnée. Il avait encore vu le jeune homme blond, portant l’uniforme émeraude de la Flotte et les galons de Lieutenant.

    – Fini de jouer, Gédy, fit–il. Si tu ne retrouves pas très vite la mémoire, ça va très mal se terminer, pour tout le monde !

    – On se connait ?

    – On est même arrivés ensemble à la Communauté !… Et Jarvin n’a pas du tout apprécié qu’on découvre ce canon sistonique. Allez, des efforts, Louveteau, souviens–toi enfin !

    – Lynder…

        Et pourquoi donc Xarys sut–il instantanément que c’était le nom du Lieutenant surgi dans les bribes de souvenirs ?

    – Gédy. Il m’a dit : « Gédy ». De quoi est–ce donc le diminutif ? Oui, Gédy pour Gévaudan ! Pourquoi alors Jarvin s’est–il obstiné à m’appeler Xarys ? Il ignorerait aussi qui je suis vraiment… ou pour d’autres raisons…

        Les souvenirs affluaient, violemment, toujours dans le désordre. Son cerveau était assailli par les noms, de personnes, de lieux, de choses.



    – Pek, je crains que la mémoire ne soit en train de lui revenir.

    – Ca devait bien arriver tôt ou tard, toi et moi le savions dès le début. De toute façon, on arrive au bout de la partie !

    – Encore deux jours. J’ai besoin de deux jours encore pour terminer la programmation du canon sistonique… Il refait surface.

        Sur le lit, Gévaudan avait remué et rouvrait les yeux.

    – Pourquoi ? murmura–t–il. Et qui êtes–vous donc finalement ?

        Jarvin abandonna définitivement son rôle bienveillant.

    – Si tu te souvenais un tant soit peu du mémo de ta Mission de Surveillance, tu saurais que les Autorités de cette planète veulent reprendre leur indépendance. Après tout, seule notre agriculture intéresse l’Union. Mais les politiciens sont des pleutres. Alors on a pris la relève.

        Gévaudan ne comprenait malgré tout pas grand–chose ! Ses souvenirs étaient épars, incomplets, trop nombreux pour qu’il puisse les trier dans son état de faiblesse.

    – En quoi ce canon sistonique peut–il vous aider ?

    – Vu sa puissance, son rayon à siston n’aura aucune peine à aller jusqu’à l’espace, jusqu’au Quai du Dock Orbital où se trouve le vaisseau Surveillant Magnifique et à le détruire !

        Le jeune Loup songea que s’il en avait eu connaissance avant son amnésie, il avait dû vouloir avertir l’équipage de ce Magnifique. Mais son lien avec ce navire lui échappait encore. Il se redressa sur ses coudes, les deux frères entre lui et la porte !

    – Et en quoi ça me concerne et provoque le soudain changement de traitement envers moi ?

    – Mais, tout simplement parce que tu es le Capitaine de ce vaisseau ! sourit Pek.

    – Ca explique ces flashes… Seule une raison impérieuse pouvait vous obliger à me garder dans la Communauté !

    – Oui, en temps ordinaire, on ne t’y aurait jamais accepté ! gronda Jarvin. De nombreux membres ont d’ailleurs très mal pris que tu sois mon invité prolongé !

    – Désolé, mentit Gévaudan. Votre projet me paraît complètement insensé… Et si ce Wird est sous mon commandement, vous avez pris aussi de grands risques en vous en prenant à moi !

    – Tu ne nous as pas laissé le choix et pris de court surtout !

    – Et j’avais envie de mener une petite étude scientifique sur la perte de mémoire, ajouta Pek. Ce fut très intéressant, de notre point de vue.

    – Quelles sont vos intentions à présent ? marmonna le jeune Loup.

    – On doit nous livrer de nouveaux camions citernes, pour la pulvérisation des champs. Il a toujours été prévu que vous finissiez dans l’un d’eux envoyé à la casse, sourit Jarvin.

    – « vous » ? tiqua Gévaudan.

    – La suite de l’histoire attendra, grommela Pek en sortant un flacon et une seringue de sa trousse. Tiens–le bien, petit frère.

        Le jeune Loup se débattit, mais Jarvin le maintenait solidement sur le lit. Il sentit l’aiguille s’enfoncer dans son bras et plongea dans l’inconscience sous l’effet du sédatif.

    – Essaye de finir avant deux jours, conseilla Pek. Je serais plus rassuré si je pouvais lui faire une injection létale maintenant, mais un cadavre c’est encore plus compliqué à gérer !

    – Je vais presser les informaticiens, promit le chef de la Communauté.


*

* *





Chapitre suivant : CHAPITRE IX