CHAPITRE II
3.
Drillé par Jarvin, Xarys avait identifié la sonnerie qui l’avait réveillé, à l’aube.
Le jeune Loup s’était levé, douché, habillé, et était descendu à la salle à manger où Jarvin, Alane, et leurs trois enfants le rejoignirent, venant d’autres escaliers de la galerie.
Xarys, mû par un réflexe irraisonné, avait attendu leur arrivée avant de s’asseoir devant une assiette où une étiquette indiquait que c’était la place qu’on lui avait attribuée.
– Prends place, Xarys. Si j’en crois mon épouse tu as un sacré appétit !
– Désolé…
– Non, surtout pas, sourit le chef de la Communauté. J’aime ceux qui apprécient la bonne chère. Mes enfants en sont le meilleur exemple. Et je ne suis pas peu fier que ma coopérative produise de l’agriculture et de l’élevage d’une qualité supérieure à la moyenne nationale ! Thé ou café ?
– Les deux, s’il vous plaît. Et un peu de lait.
Entre œufs, viandes et légumes grillés, pancakes, marmelades diverses, céréales, charcuteries et autres viennoiseries, la table était agréablement chargée. Et Jarvin ayant opéré ses premiers choix, Xarys se jeta à son tour sur le buffet.
Un bus franchit les grilles qui, la nuit, fermaient l’enceinte où se trouvaient la maison de Jarvin, les bâtiments administratifs de la coopérative, ainsi que la clinique de Pek.
– Monte, Xarys. La Navette va t’emmener aux champs, te ramènera au soir, expliqua Jarvin. Et pour midi, Alane t’a préparé cet en–cas, ajouta–t–il en tendant un panier pique–nique au jeune Loup.
– Merci… Heu, j’ai dit que je ne connaissais strictement rien à rien ?
Jarvin se permit un petit rire.
– J’avais cru le comprendre. Ne t’inquiète pas.
– Si, beaucoup, au contraire…
Xarys monta dans le bus, chercha des yeux une place au sein des ouvriers de Jarvin : des Humains, plus ou moins jeunes, cheveux blonds ou grisonnants, aux yeux clairs.
– Ici ! fit un adolescent d’une quinzaine d’années, à la chevelure légèrement rousse. Je suis Nalem Yrk, dit–il en tendant la main.
– Xarys… tout court.
– Oui, Jarvin nous a dit. Content de faire ta connaissance. Et, au moins, maintenant, je sais que tu ne m’oublieras jamais !
– C’est une très intéressante façon de voir les choses, marmotta Xarys en s’asseyant tandis que le bus démarrait. Gentil à toi de m’avoir invité à m’installer près de toi.
– je suis d’une « indécrottable curiosité », comme dirait Jarvin. Quelqu’un de nouveau, de différent, je ne peux pas résister ! Et tu es… tu es…
– Oui ? fit le jeune Loup le regard néanmoins perdu sur les champs devant lesquels le bus passait, tous en jachère ou en cours de semailles.
– Tu es très différent. Et je te trouve beau, dans ton genre !
Surpris, Xarys tourna un regard interloqué vers l’adolescent, sourit.
« Bon, ben, je suppose que ça vaut mieux que de se faire traiter de lie de la Non–Humanité… Même si j’ignore si quelqu’un a un jour prononcé ces mots, et s’ils m’étaient adressés ! ».
*
Pour la plupart, les champs de la coopérative agricole, vu la saison, étaient soit en jachère, soit en semailles.
Le bus avait déposé l’équipe de travail dont Xarys faisait partie devant un champ à perte de vue.
– On va vérifier la fertilité du sol, annonça le responsable de l’équipe. Xarys, suis–moi au poste mobile de surveillance. Je vais t’expliquer le fonctionnement de nos appareils d’analyses. Tu n’auras qu’à me signaler si une lumière rouge s’allume.
– Et que doit indiquer la lumière rouge ?
– Un sol pollué par les pesticides et donc inexploitable pour les années à venir.
– D’accord.
Le jeune Loup suivit son chef d’équipe vers le poste mobile de commandement, se laissa expliquer les commandes de base.
– J’ai bien compris, dit–il.
– Si tu vois une alerte se déclencher, tu m’appelles dans ce communicateur et tu me transmets immédiatement les données sur ton écran.
– A vos ordres !
– Voilà, comme tu peux le constater, ce n’est pas très fatiguant. Ce n’est pas palpitant non plus ! Mais tu t’essayeras à presque tous les postes jusqu’à ce qu’on trouve ce qui te convient le mieux !
Xarys sourit. Tout cela lui plaisait !
*
La journée avait effectivement été ennuyeuse, longue ! Juste entrecoupée une demi heure pour la pause déjeuner. Et il n’y avait pas eu le moindre clignotement rouge !
En fin d’après–midi, le bus avait ramené l’équipe dont Xarys avait fait partie au siège principal de la Communauté.
Remonté à sa chambre, le jeune Loup avait regardé distraitement la télévision tout en découvrant les titres des bouquins dans la bibliothèque. Il choisirait sans doute un des livres prochainement.
C’était vraiment ennuyeux de ne plus avoir de mémoire. D’abord parce qu’il ignorait qui il était, ce qu’il faisait, et surtout s’il ne rendait pas des amis très inquiet ! Ensuite, parce qu’il ne pouvait passer le temps en égrenant des souvenirs, romantiques ou autres !
Sans compter que s’il avait eu son accident devant la Communauté, c’était qu’il se rendait quelque part, peut–être pour quelque chose d’important : un travail, une visite touristique, un examen médical…
Bref, c’était éminemment frustrant et, dans sa chambre, Xarys tournait comme un Loup en cage !
La cloche, celle du dîner, identifia–t–il, le dérida à peine !
Assis sur le rebord de la fenêtre de sa chambre, Xarys avait le regard perdu dans les étoiles. Le ciel était superbe, l’air parfumé, la brise de la nuit tiède. Sa queue pendait dans le vide, se balançant doucement.
Le jeune Loup avait envie de quelque chose mais il n’arrivait pas à l’identifier et, encore une fois, ça le faisait rager. Et il savait que ce genre de situation ne pourrait que se reproduire très souvent au cours des jours à venir !
– Grouik !
Xarys revint sur son lit, bras croisés sous la nuque. Par la fenêtre grande ouverte, l’énorme lune dorée de la planète nimbait son corps nu d’une aura chaleureuse. Ca lui faisait du bien. C’était jouissif et il pouvait le ressentir physiquement !
Il ferma les yeux.
*
Les étoiles étaient de nouveau devant les yeux de Xarys, s’étendant à l’infini.
La pièce était étrange, sur trois niveaux, le plafond à plusieurs mètres de hauteur. Cela partait du niveau le plus haut, une console en fer à cheval devant laquelle se trouvait un imposant fauteuil de cuir noir. Ensuite, au niveau inférieur, se trouvaient trois consoles, plus anguleuses. Et enfin, tout en bas, une multitude d’écrans de contrôle et des sièges encore.
La baie était immense, permettant la vue imprenable sur l’espace, et au–dessus de laquelle se trouvait un très grand écran, éteint pour le moment, et deux plus petits de chaque côté.
L’endroit était totalement désert, le silence pesant, à peine éclairé par quelques plafonniers agonisants.
Le jeune Loup s’avança au niveau intermédiaire, le cœur battant, attentif à la catastrophe qui pouvait lui tomber dessus si on s’apercevait de sa présence en ce lieu où il n’avait rien à faire !
Les minutes passant, Xarys se sentit plus à l’aise, commençant à apprécier l’endroit.
Une main se posa sur son épaule, lui faisait faire un bond en l’air ! Il se retourna, sortant instinctivement ses griffes, pas trop, juste une mise en garde !
Un jeune homme blond se tenait devant lui, étonnamment souriant, superbe dans son uniforme émeraude.
– Bonjour, s’entendit dire un peu bêtement Xarys, rentrant ses griffes.
Mais, fort impoliment, l’inconnu ne répondit pas, tourna le dos au jeune Loup et quitta les lieux !
– C’est trop fort, gronda Xarys en se précipitant derrière lui. Les portes s’ouvrirent automatiquement et il se retrouva devant les grilles de la Communauté, côté route.
Xarys se réveilla en sursaut, haletant, angoissé. Ce rêve avait eu l’air si vrai !
Il respira doucement, tâchant de retrouver son calme, ne comprenant pas pourquoi il tremblait comme une feuille.
Dans l’obscurité, il se leva lentement, revenant à la fenêtre.
– Jolies étoiles, êtes–vous vraiment aussi belles là–haut que je viens de le voir ?
Le jeune Loup demeura un long moment debout.
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* *
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