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Gévaudan 12 : En territoires inconnus II

Par Usha

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Table des matières
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CHAPITRE XVI




29.


        Avec la perspective d’une journée de tranquillité, Gévaudan se leva d’excellente humeur.

        Il s’offrit d’abord un long bain aux huiles essentielles, s’octroya une toilette soigneuse, s’occupant tout particulièrement de sa crinière et de sa queue, et s’habilla de façon décontractée en vêtements civils : chaussures de sport, jeans noir et longue chemise violette sans manches.

        Pendant ses ablutions, Malvin lui avait apporté son petit déjeuner : pile d’œufs brouillés, légumes et viandes grillées, amoncellement de pancakes et de diverses confitures, des filets froids de poisson à la sauce aux fruits, le tout arrosé d’un litre de lait tiède. Le jeune Loup dévora en affamé, ne laissa pas une miette.

        L’apprenti cuistot avait ajouté quelques rongeurs vivants dans une cage, et ce n’était pas pour le Worh !

    – Bon appétit, Hippy, fit Gévaudan en lâchant rongeurs et tchargnik dans une grande cage où il allait pouvoir attraper lui–même son repas et le déguster sur le branche d’un arbre.

    – Je peux entrer, Capitaine ? fit la voix d’Avaléa depuis le couloir.

        Gévaudan n’en avait nulle envie ! Il n’était pas contre une partie de « lapinade » avec la jeune femme, mais il ignorait toujours comment prendre la criminelle et sa bande !

    – Viens, dit–il. Tu as passé une bonne nuit ?

    – J’ai été contente de retrouver mes amis.

    – Et qui avez–vous décidé de tuer en premier ?

        Avaléa parut interloquée, un instant, avant de comprendre.

    – Ah, tu as enfin eu l’information…

    – Quelque part, je sentais que ton histoire ne tenait pas debout. Tu as eu de la chance que mes ordres de Surveillant incluent la réponse aux SOS et l’aide à ceux qui les lancent.

    – « sentir » ? gloussa la jeune femme. Avant ou après que je n’aie ton sexe dans la main ?

    – Pendant ! Mais ne crois pas que ça t’avance d’avoir fait venir tes copains à bord. J’ai enfin eu des contacts immédiats avec le Premier Ministre de Gavole : un cargo pénitentiaire va venir vous embarquer tous.

    – Non, trop tard, Louveteau. Ca, il fallait le faire avant que nous n’atteignions Gosine.

    – Ouais, bien sûr, quand j’ignorais qui tu étais. Logique…

    – Très logique ! ricana Avaléa. Mes amis ont déjà quitté le dortoir, ôtant de leur chair la balise que tes médecins leur avaient implantée. Ils vont se rendre maître des points névralgiques du Magnifique que j’ai pu identifier durant mon séjour.

    – Oui, et ensuite ?

    – Je détourne ce Wird vers une planète viable, accueillante, par delà la Frontière. Ensuite, vous pourrez repartir.

    – Bien sûr… Je n’y crois pas.

    – Tu as raison, mais tu n’as pas le choix, à ce qu’il me semble, s’amusa la jeune femme en tirant un pistolet de sous son blouson et le tenant en joue. Appelle ton second et transmets–lui ces nouvelles directives.



        Lynder avait écouté les ordres du jeune Loup.

    – Je ne comprends pas…

    – Bon, de toute façon, pour le moment, on fait ce qu’Avaléa dit, coupa Gévaudan.

    – Et pourquoi ça ?

    – Parce que c’est elle qui a le doigt sur la gâchette d’un gros pistolet pointé sur ma nuque !

        Le jeune Loup tourna la tête vers Avaléa.

    – Aujourd’hui, c’est mon jour de repos, tu ne pouvais pas aller t’en prendre à Lynder plutôt ! ?

    – Merci, Capitaine ! grogna le jeune homme. Je préviens Tolman Vrande.

    – Et réglez–moi ça au plus vite, que j’aie pas à m’en occuper après mon jour de relâche.

    – Je vais essayer.

    – Faites mieux qu’essayer, marmonna Gévaudan en poussant sur le bouton d’interruption de la conversation.

    – Essayez tant que vous voulez, tous, mais je sais déjà exactement quoi faire, siffla Avaléa.

        Gévaudan soupira.

    – Parce que tu crois vraiment que tu vas pouvoir détourner un Wird comme un vulgaire avion ? Mais, tu n’as pas la moindre chance ! Tolman Vrande et ses commandos vont neutraliser tes copains. D’ailleurs, ce que tu tentes là faisait partie des scénarios envisagés depuis que nous savons à quoi nous en tenir sur ta colonie !

        Avaléa fronça les sourcils.

    – Qu’importe, dit–elle enfin. Nous devons tenter quelque chose. Et quoi que tes commandos veuillent tenter, je doute que ton Vrande mette ta vie en danger !

        Elle sortit des menottes flexibles de sa poche, les lui lança.

    – Glisse tes poignets là–dedans et serre bien. On va se balader.

    – Vous n’atteindrez jamais un Pont d’Envol, menaça le jeune Loup en s’entravant. Et si tes amis font du mal à un seul de leurs otages, Vrande répliquera, sans faire de quartiers !

        Avaléa désigna les écrans où les caméras renvoyaient les images des passagers armés, tenant en respect plusieurs ingénieurs en Salle des Machines.

    – Et un petit groupe est en route pour ta Passerelle, ajouta–t–elle.

    – Tu peux les rappeler, mon second en a fait verrouiller les portes ; procédure habituelle en cas de prise d’otages.

    – Mais, je t’ai, toi, sourit la jeune femme. Avance, on va au Pont d’Envol 4.

        Gévaudan passa devant elle et quitta son appartement.


*


    – Je t’avais prévenu, fit Gévaudan en désignant, depuis le Transporteur qui s’arrêtait devant l’une des portes du Pont d’Envol 4, le commando de Tolman Vrande qui en interdisait l’accès. Et c’est ainsi pour les autres portes.

    – Aucune importance, c’est toi, mon laissez–passer !

    – Erreur. Vrande a ses ordres.

    – Non, je ne crois pas un instant qu’il va risquer ta vie. Ce serait la fin de sa carrière.

    – Et moi, je ne mettrai pas en jeu la vie de mes deux mille membres d’équipage, gronda le jeune Loup. Et je ne peux pas non plus tolérer que tu détournes le Magnifique. Rends–toi avant que ça ne tourne mal, pour toi.

    – La ferme ! Descends. Et garde à l’esprit qu’en cas de fusillade tu es au milieu du champ de tir !

    – Libre à toi…



        Tolman Vrande avait réparti les six hommes de son équipe devant la porte du Pont d’Envol 4 dès que les micros de l’appartement de son Capitaine l’avaient renseigné sur la destination d’Avaléa et de son otage.

        Il avait vu arriver le Transporteur, les deux passagers discuter un moment avant d’enfin en descendre.

    – La situation est simple, jeta Avaléa. Ecartez–vous ou je lui colle une balle dans la tête.

        Tolman tapota de son index son écusson de commando et Gévaudan passa à l’action. Le jeune Loup tira de sa ceinture une petite bille qu’il écrasa entre ses doigts, se tourna vers Avaléa paume ouverte.

        La bombe lumineuse provoqua un éclair aveuglant à hauteur des yeux de la jeune femme qui tira au jugé.

        Le chef des commandos avait agi tout aussi vide, plaquant Gévaudan au sol, en sécurité.

    – Reviens, hurla le jeune Loup en relevant la tête pour apercevoir Avaléa qui avait sauté de nouveau dans le Transporteur.

        Tolman se redressa, l’aida à se relever.

    – Mag ? questionna Gévaudan.

    – Elle va vers l’Armurerie, Capitaine.

    – Vite, M. Vrande, elle ne doit pas pouvoir s’y réarmer !

        Le jeune Loup et les membres du commando se précipitèrent à la poursuite d’Avaléa.


*


        Dans le même temps, deux autres équipes de commandos avaient donné l’assaut à la Salle des Machines, usé des bombes aveuglantes et des écrans de fumée pour désorienter les preneurs d’otages qu’ils avaient neutralisés.

    – Les ingénieurs sont saufs, reçurent dans leur oreillette Gévaudan, Lynder et Tolman.

    – Il ne reste plus qu’Avaléa…



        Avaléa avait réussi à forcer le code de l’un des entrepôts de l’Armurerie. Mais si elle avait tout un arsenal à sa disposition, elle était aussi prise au piège de cette salle sans autre issue que la porte par où elle était entrée !

        Et le Capitaine du Magnifique et ses commandos n’avaient pas traîné, lui barraient toute fuite !

    – Maintenant, ça suffit, Avaléa, jeta Gévaudan qui aurait bien voulu entrer dans l’entrepôt, mais Tolman Vrande le tenait à l’œil et surtout derrière lui ! Je te le répète : rends–toi.

    – Viens me chercher, si tu l’oses.

    – Si tu veux encore jouer… d’accord.

    – Je ne peux pas vous autoriser à rentrer là–dedans, Capitaine !

    – D’accord, c’est noté. Et si elle ne me fait pas la peau, je vous autorise à m’achever. Et tenez le Lieutenant Sondral en laisse le temps que je remette sa muselière à cette chatte !

    – Gardez la cible en joue, ordonna Tolman à ses commandos. Tir pour tuer.

        Tolman remit un pistolet au jeune Loup qui le glissa à sa ceinture.



    – Est–ce que tu sais que tu ne me retiendras pas à bord de ton Wird ?

    – Est–ce que tu sais que je ne te laisserai jamais en sortir autrement que pour un cargo pénitentiaire ?

    – Je crois donc que nous avons fait le tour de la question en ce cas. Tu ne me laisses pas le choix.

    – Toi non plus.

        Tolman tenait Avaléa dans sa ligne de mire. Gévaudan et la jeune femme s’étaient déplacés en cercle, et elle lui tournait à demi le dos, aussi la vit–elle sortir un pistolet glissé dans son dos.

    – Capitaine !

        La détonation claqua. Ce n’était pas le chef des commandos qui avait tiré, et pas non plus Avaléa. La jeune femme avait glissé au sol, une tache sanglante en pleine poitrine, touchée à bout portant par le tir de Gévaudan, plus rapide qu’elle.

        Tolman entra dans l’entrepôt, s’assurant de la mort instantanée d’Avaléa. Il se redressa, reprit le pistolet de la main de son Capitaine.

    – Ca va aller, assura–t–il. Tout va bien, ajouta–t–il à l’adresse de Lynder qui s’époumonait dans son oreillette à réclamer un point de la situation, sans nul doute affolé par l’écho du tir.

        La tentative de Magnifique–jacking avait vraiment fait long feu !


***


        La deuxième Mission de Surveillance du Magnifique sous le commandement de Gévaudan se terminait de façon bien abrupte, mais sans mal pour son équipage et son Wird.

        Après avoir transféré les criminels à un Cargo Pénitentiaire, il ne resterait plus au Wird qu’à rallier Serva III en vol direct, comme d’habitude, à son Capitaine à présenter son rapport au Général Smarel et à lui remettre son indésirable et encombrant Worh.

        Ensuite, il retournerait du plus vite possible à ses Montagnes, retrouver les siens.

        Et, déjà, en esprit, Gévaudan était avec eux.


*

* *