CHAPITRE XV
27.
– Vous pourriez arrêter de tourner en rond ?
– Non, ça me détend. Pourquoi c’est si long ?
– Rappelez–vous, Capitaine, on n’est pas trop les bienvenus dans le coin.
Gévaudan s’arrêta un instant de faire le tour de son arbre, fusilla du regard un Lynder qui n’y pouvait pourtant rien, accroupi dans l’herbe à quelques pas de lui.
– Raison de plus pour répondre à nos questions, histoire que nous dégagions au plus vite ?
– Ce serait la logique. Mais la guilde locale a le cerveau encore plus tortueux que vous, sourit le second du Magnifique. Si elle peut nous mettre dans une panade noire, elle le fera ! Ici, il n’y a rien à attendre, rien à échanger d’avantageux pour l’Union. On surveille basiquement la Frontière et les populations ombrageuses prennent cette protection pour un affront !
– Je sais tout ça aussi bien que vous, s’impatienta Gévaudan. J’ai compris que les Autorités répondaient par le silence aux demandes de renseignements du Lieutenant Tournip… Mais, pourquoi Mag ne trouve–t–il rien sur Avaléa et les siens dans les différentes Archives ?
– Je n’aime pas cela non plus, murmura Lynder. Comme si la région voulait ignorer l’existence d’Avaléa, la nier. Cette fille est presque trop parfaite pour être réelle…
– Elle est parfaite, sous toutes les coutures et très réelle, je vous assure !
– Non, Gédy, vous n’avez pas fait ça ?
– Et pourquoi pas ? rétorqua le jeune Loup en reprenant ses cercles autour du tronc d’arbre. Je serais bien bête de passer à côté de ce qu’on m’offre ! gloussa–t–il. Et Garen l’a déclarée en parfaite santé également.
Gévaudan vint s’asseoir dans l’herbe.
– Les Autorités de cette zone galactique nous laissent nous débrouiller, soit ! On n’attendra donc rien d’elles. Et nous verrons bien par nous–mêmes de quoi il retourne.
– On se dirige vers la planète où Avaléa a dit que nous trouverions ses amis ?
– J’en ai transmis les coordonnées à Mag il y a une heure. Et si la guilde réfute toute existence à cette colonie, cela nous permettra d’agir !
– Soyez prudent, insista encore le second du Magnifique.
– Plutôt deux fois qu’une, comptez sur moi !
– Où allez–vous ?
– Voir Jarsyl… Je crois que je suis quand même obligé de le remercier pour m’avoir sorti du téléphérique… Etre redevable à un Worh, quel cauchemar !
– Je ne voudrais pas être à votre place.
– Merci, Lynd, ça m’aide beaucoup !
Le jeune homme eut un éblouissant sourire, agita comiquement la main.
– Toujours à votre service.
Gévaudan lui tira la langue et quitta les Jardins.
– Je dois te garder à bord jusqu’à la fin de la Mission. Tu seras pris en charge ensuite par le Service Pénitentiaire de la Flotte dès notre arrivée à Serva III. Il voudra des réponses à ses questions et il sera beaucoup moins sympa que moi !
– Je m’y attendais… Mais je pensais que tu venais, enfin, me dire que tu avais apprécié ma petite téléportation !
– Plutôt mourir !
– Ca peut se faire aussi, susurra Jarsyl.
– Je n’en doute pas, surtout que tu peux te balader à loisirs à bord… Mais je te rappelle que mes copains armés surveillent les écrans des caméras vingt–quatre heures sur vingt–quatre !
– Si j’avais voulu faire du mal…
– Oui, oui, blablabla ! Je connais cette chanson là ! Et, encore oui : merci pour le tour de passe–passe au barrage.
– Hum, comme ça doit t’écorcher les lèvres.
– Si tu savais à quel point… Pourquoi ?
– Non, ça va te faire beaucoup plus cogiter et ronchonner si je ne te réponds pas !
– Grouik ! jeta hargneusement le jeune Loup en quittant le studio–cellule.
Dans le couloir, il tapa du pied.
– Et en plus, elle a raison cette saleté de boîte de conserve !
28.
Avaléa entra sur la Passerelle, se dirigea droit vers l’Aire.
– On sera en vue de ta planète, Gosine, fin de la journée, renseigna Gévaudan, debout derrière son fauteuil, les bras croisés sur le haut dossier de cuir.
– Mes amis doivent me croire morte.
– Ils seront vite détrompés.
– Tu as contribué à me ramener à la vie, murmura la jeune femme en caressant doucement les fesses de Gévaudan dont la queue battait de plaisir.
– Je ne demandais pas mieux !
– Je suis sûre que ça ne fait pas plaisir à tout le monde, chuchota Avaléa, ses lèvres sur la nuque du jeune Loup.
– Ca, tu peux le dire !
– Et tu ne me fais pas confiance non plus, remarqua–t–elle. Les toilettes sont le seul endroit où ton garde ne me suit pas !
– Je ne fais confiance à personne. Et puis, on n’a pas inventé les consignes de sécurité pour rien. Je te rappelle qu’on ne sait de toi que ce que tu as dit… Le Lieutenant Sondral pense que tu nous entraînes droit dans un piège !
– Il a autant d’imagination qu’il est séduisant, sourit Avaléa. Je me le ferais bien.
– Je ne suis pas sûr qu’il soit partant, bien qu’il doive être en manque depuis la dernière escale… faudra te contenter de moi !
– Je préfère viser le sommet de la hiérarchie, c’est toujours mieux.
– Vous ne voulez pas qu’on sorte aussi ? grinça Cérène depuis sa console.
Avaléa rit doucement.
– Elle est pas d’humeur, ta petite Louve.
– Elle est jamais d’humeur, rectifia Gévaudan. Et, heureusement, ce n’est pas ma Louve ! Lieutenante Dorkias, on n’a pas demandé vos commentaires ! aboya–t–il ensuite.
Cérène avait pourtant raison. Ses frôlements avec Avaléa étaient plus que suggestifs et la part féline dans l’ADN de la jeune femme le provoquait sans la moindre équivoque.
– A quoi doit–on s’attendre en débarquant sur Gosine ? Tes amis, ils vont nous offrir un verre ou nous tirer dessus ? Il y a des précédents de ce genre dans nos Archives.
– Ils sont une trentaine. Les volcans vont bientôt faire imploser la planète, alors crois–moi, Gédy, ils seront très gentils !
– Est–ce une impression, ou bien cette petite chatte se ferait bien quelques griffes sur mon uniforme aussi ?
– Votre intuition ne vous trompe pas, Lynder. Mais elle n’a pas de temps à perdre avec un subalterne, glissa–t–il avec un clin d’œil.
– J’apprécie assez peu de n’être qu’une marionnette dont on tire les fils, même si ce sont les jolis doigts de cette Avaléa ! Et ça me semble à l’opposé de votre caractère aussi. Mais je comprends pourquoi vous la laissez vous utiliser, se servir du Wird.
– J’ai fait effectuer des recherches complémentaires à Mag, reprit Gévaudan. J’espère qu’il va pouvoir aboutir et lever le voile sur le mystère de cette colonie.
– Des idées à ce sujet, Capitaine ?
– Quelques–unes et aucune n’est réjouissante, conclut sombrement Gévaudan.
*
Des navettes de secours s’étaient posées sur le sol de Gosine. Le second du Magnifique n’avait pas voulu que son Capitaine prenne des risques en se rendant en un lieu inconnu et avait donc accompagné les gardes qui étaient allés à la rencontre des amis de Cérène. La jeune femme était bien sûr du voyage.
Une fois à bord du Magnifique, ceux de Gosine avaient été recensés, leurs empreintes prises, un prélèvement effectué pour l’établissement de leur ADN. Ils avaient tous passé une pointilleuse visite médicale avant d’être répartis dans un dortoir du Pont 17 du Wird.
– Surveillance caméras, des gardes à chaque issue de ce dortoir, capteurs thermiques. J’ai fait du mieux que j’ai pu, fit Tolman Vrande. Mais ce sont des civils, ils vont être difficiles à sécuriser. Sans compter qu’il n’y a pas de réfectoire commun, ils devront donc se rendre dans l’un des restaurants du Wird ; et je n’ai pas à souligner que chaque déplacement sera source de dangers multiples.
– J’ai parfaitement compris, assura Gévaudan. Faites au mieux, M. Vrande. Je tâcherai de débarquer ces passagers non désirés très vite.
– Bien, Capitaine.
Les portes de l’appartement se refermèrent derrière le jeune Loup. Il était passé minuit et donc son jour de relâche hebdomadaire débutait !
Contrairement aux soirs précédents, Avaléa n’était pas sur la fourrure près de la baie vitrée, nue, l’anneau scintillant aux lèvres de son sexe. La jeune femme avait voulu passer la nuit auprès de ses amis, autant pour les rassurer eux que le Capitaine du Magnifique !
– Alors, Mag, qu’y a–t–il ?
– J’ai reçu une réponse du Premier Ministre de Végole dont dépend la planète.
– Pas trop tôt… Après trois jours et une vingtaine d’appels sans même un accusé de réception ! Fais–moi entendre ce message.
– Mais de quoi vous mêlez–vous, Capitaine Kord ? fit la voix coléreuse du politicien. Si ces gens étaient sur Gosine, c’était avec une bonne raison ! Et avec une autre meilleure encore que je n’ai pas organisé leur rapatriement ! Ramenez–les immédiatement là où vous les avez trouvés, là où ils étaient condamnés à finir leurs jours… Capitaine Kord, vous portez secours à une colonie pénitentiaire. Tous des criminels au lourd passé. Et le pire de tous est une dénommée Avaléa Crest.
– Formi, fut le commentaire de Gévaudan. Je ne nous ai pas mis dans une panade noire ! Evidemment, ça ne serait pas arrivé si ce message n’était pas parvenu septante–deux heures plus tôt ! Bon, maintenant, va falloir que je me débrouille…
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