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Gévaudan 12 : En territoires inconnus II

Par Usha

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Table des matières
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CHAPITRE XIV




25.


        La nuit de veille hebdomadaire que Gévaudan avait à passer sur la Passerelle se déroulait dans l’ennui le plus complet.

        Cérène était également présente, de garde elle aussi, mais elle ignorait superbement le jeune Loup qui le lui rendait bien !

        Et Gévaudan commençait à en avoir par–dessus la tête !



    – Cérène !

    – Oui, Capitaine, répondit la jeune Louve en insistant sur le titre.

    – Alors, je résume, fit Gévaudan avec une surprenante bonne humeur. Equebor durant quatre ans, l’adoption ensuite, l’Initiation pour terminer… Et après la Mission, où retourneras–tu ?

        Après son prénom, le tutoiement ! Cérène aurait voulu se mesurer à lui avec les armes de leur espèce, mais la hiérarchie du Magnifique le lui interdisait, malheureusement !

    – Pourquoi, envisageriez–vous de me suivre ?

    – On ne sait jamais… Passe aux aveux !

        Cérène se leva lentement, se tourna vers le jeune Loup confortablement installé dans son fauteuil, une jambe repliée sous lui, la queue ramenée en travers de ses cuisses.

    – Je rentre auprès de mes parents Humains. Mais j’irai aussi dans ma Meute.

    – Ta vie est vraiment compliquée !

    – Non, bien moins que la vôtre, enfin si je constate toutes les péripéties de cette Mission que je prends en cours… Et, on m’a parlé de ce qui est arrivé entre Gerkhany et vous…

    – Tu écoutes beaucoup trop Radio couloirs !

    – J’adore les ragots !

    – En ce cas, ici, tu vas être servie. Je t’ai dit que tu faisais du bon travail ?

    – Oui, j’ai reçu la copie de votre évaluation mensuelle, Capitaine, je vous en remercie.

    – Rien que la vérité. Et il me fallait effectivement quelqu’un à la hauteur pour reprendre rapidement les fonctions de la Lieutenante Porgram.

    – Puis–je vous demander si vous avez eu de ses nouvelles ? se permit la jeune Louve.

    – J’ai eu un entretien avec elle. Elle se remet lentement.

    – J’en suis soulagée. Je me souviens de cette jeune femme, elle sait si bien faire passer sa passion pour l’espace, pour son métier. J’ai travaillé très dur pour obtenir la traîne de comète symbole de la Flotte !

    – J’ai parcouru ton dossier, en effet. Impressionnant. Mais guère surprenant de la part d’une Louve ! Tu le saurais si tu avais vraiment passé ta vie dans les Montagnes !

    – Et qui vous dit que je l’ignore… ?

    – Tu es dure, humaine, jeta soudain le jeune Loup d’une voix à la fois glacée et enflammée ! Tu aurais acquis une autre dureté dans nos Montagnes de Vallarna. Ne le nie pas, c’est une évidence !

    – Je pense que vous êtes le meilleur juge en la matière, Capitaine.

    – Et j’en suis désolé.

    – Capitaine !

    – Oui ? fit Gévaudan à l’adresse de l’assistant de Mabil Tournip.

    – J’ai un écho de détresse : une navette de survie, mais le signal biologique est très faible.

    – Que le rayon tracteur nous ramène cette navette. Prévenez le Centre Hospitalier. On aura besoin de gardes aussi, au cas où.

    – A vos ordres.

    – Je m’occupe du rayon, renseigna Cérène en pianotant les ordres sur ses claviers. Pont d’Envol 4, Capitaine.

    – Bien, j’y vais. Mag, tu t’occupes de la Passerelle !

    – Oui, Capitaine.


*


        La navette de survie avait été amenée au Pont d’Envol 4, l’oxygène, la pression et l’apesanteur, rétablis, Gévaudan s’était approché. Des gardes l’escortaient, ainsi que Garen, de service de nuit lui aussi.

    – Restez en arrière, pria le Médecin–Chef, en levant le bras pour empêcher son Capitaine d’avancer plus. On ignore ce qu’il y a là–dedans !

    – Et que disent les senseurs ?

    – Présence Humaine, presque, indéniablement, une métisse, in–forma Garen. Pas de trace de gaz ou autres produits toxiques dans cet habitacle. On va commander l’ouverture… vous devriez vous mettre en sécurité hors du Pont, au cas où des pièges n’auraient pas été décelés !

    – Vous êtes là, vous, remarqua pertinemment le jeune Loup.

    – C’est mon boulot…

    – … et par extension le mien ! rappela Gévaudan. Montrez–moi le bizarroïde alien que nous avons récupéré cette nuit !

        Après quelques essais de fréquence de communication avec la navette de survie, la verrière du cockpit s’ouvrit.

        Mus par le même sentiment de curiosité, Gévaudan et Garen s’avancèrent.

    – C’est pas possible…

        L’« alien » que le Magnifique venait de récupérer, était une superbe créature, féminine, aux formes parfaites à ce qu’il semblait sous les quelques lambeaux de tissus qui couvraient, à peine, sa poitrine et son sexe. Rousse incendiaire, très pâle, ses capteurs vitaux au plus bas, elle semblait plongée dans un coma irréversible.

        Gévaudan se pencha, la reniflant.

    – Que faites–vous, Capitaine ? s’étonna Garen.

    – Non, pas Humaine, grogna le jeune Loup. Je sens du félin en elle.

    – Une métisse, ou une mutante, hasarda le Médecin–Chef. J’en saurai plus après les premiers examens… On la garde, Capitaine ?

        Gévaudan fit la grimace, indécis, songeant avant tout à la sécurité du Magnifique.

    – J’espère ne pas faire entrer d’ennemi viral ou autre à bord… Mais le Règlement m’interdit aussi de rejeter dans l’espace une navette de survie ! Dr Byrklar, soyez très prudent ! Au moindre signal de danger…

    – Je ferai ce qu’il faut pour le Wird et son équipage, je vous le promets ! Je vous tiens au courant, pour cette fille, cette chatte, heu, cette rescapée…

    – Merci.

        Soucieux, pas rassuré du tout, Gévaudan retourna sur la Passerelle, ignora le regard interrogateur, un peu inquiet, de Cérène, et appela les Cuisines pour se faire apporter des grignotages salés et sucrés.



26.


        Depuis la salle d’observation de la chambre d’hôpital, Lynder avait longuement considéré la silhouette inconsciente reliée aux appareils vitaux.

    – Heu… Elle est superbe, fut tout ce que le second du Magnifique parvient à dire.

        Gévaudan rit.

    – Une fille, peu vêtue, dans une navette de survie, je pensais que ça ne pouvait arriver que dans mes rêves !

    – Ah, vous rêvez de ce genre de choses ? gloussa Lynder.

    – Et bien d’autres encore !

    – Pour cela, Louveteau, je fais confiance à votre cerveau tordu !

    – Et si vous saviez seulement à quel point il l’est ! pouffa le jeune Loup.

    – Je pense pouvoir imaginer… Cette fille…

    – … sera un danger tant qu’on ne saura pas qui elle est et pourquoi on l’a récupérée, compléta Gévaudan. Il faudra attendre qu’elle nous donne des renseignements car son ADN n’a pas encore permis de comprendre qui elle est. Ne craignez rien, Lynd, je songe à nous en priorité !

    – Oui, je sais, Capitaine, assura aussitôt le jeune homme. J’espère ne pas vous avoir donné à penser le contraire… Mabil se renseigne, a envoyé des messages d’interrogations. Dès que nous avons une réponse, je vous dis quoi.

    – Merci. Faites au plus vite.

    – Comptez sur moi.

    – Merci…



    – Elle s’appelle Avaléa, dit Garen en rejoignant le jeune Loup derrière les glaces sans tain de la chambre d’hôpital.

    – Elle a repris conscience ?

    – Quelques instants seulement, Capitaine. Elle a dû dériver longtemps dans cette navette. Ses signaux vitaux étaient au plus bas. Il va falloir du temps pour qu’elle reprenne des forces et parle, si elle le veut. Vous aviez reniflé du félin en elle ?

    – Une sensation…

    – Je ne sais pas si c’est une mutante, mais elle est effectivement issue de plusieurs mélanges raciaux – comme c’est courant dans ces contrées reculées – et il y a effectivement du félin dans son ADN… une superbe créature.

    – J’ai constaté… Je vous ferai prévenir quand elle sera en mesure de vous parler.

    – Merci, Dr Byrklar. Avez–vous une idée du moment où je pourrai… ?

    – Je pense qu’elle se réveillera dans quelques heures, avec tout ce que je lui donne pour la ramener dans le monde des vivants.

    – Qu’elle vienne à mon appartement dès qu’elle le pourra en ce cas. Dr Byrklar, vous avez encore ramené à la vie un être !

        Garen éclata soudain de rire.

    – Lynd ne m’en remercie pas toujours ! Et, à ce propos, venez avec moi, Gévaudan. Je dois enlever les derniers fils à votre blessure à la tête et m’assurer que la sévère commotion ne vous affecte plus trop.

    – Bien, docteur !


*


    – Avaléa, annonça un garde en introduisant la jeune femme dans l’appartement du Capitaine du Magnifique. Je peux rester, si vous le désirez ?

    – Non, je crois que ça ira. Mais demeurez devant mes portes jusqu’à ce que je vous fasse raccompagner Avaléa.

    – A vos ordres.



        Gévaudan se tourna vers la jeune femme, à la chevelure de feu, superbe dans une robe verte qui épousait chaque courbe de son corps, pieds nus, animale, féline.

    – Qui êtes–vous ? Que voulez–vous ? lança le jeune Loup en sentant dangereusement les phéromones Non–Humains de sa visiteuse le provoquer.

    – Mes amis et moi sommes abandonnés sur une planète sans avenir. On souffre, on meurt de faim. Tirez–nous de là, Capitaine Kord, et laissez–nous juste sur une planète à l’environnement viable. On se débrouillera. Je ne veux rien de plus… Mais si vous ne pouvez ne me l’accorder, je le comprendrai… Je serai toujours votre obligée, Capitaine, ajouta Avaléa en se perdant dans une révérence qui fit glisser sa robe et dévoiler en partie sa poitrine ferme et pleine.

    – Bon, et à part m’offrir vos appâts, gratuitement, car je n’ai rien accepté, vous êtes prête à autre chose ? ironisa Gévaudan, bras croisés.

    – Osez dire que vous n’avez pas envie de moi !

    – Vous êtes superbe… Mais ça ne me suffit pas. Mon équipage et mon Wird importent bien plus !

    – Je sais, et je comprends, Capitaine. Vous pensez à votre Mission. Et moi, je pense à mes amis.

    – Je ne pourrai me prononcer que lorsque mon second aura les renseignements sur votre Colonie. Pour le reste, je suis désolé, mais je dois réserver ma réponse !

        Avaléa, de la tête, fit signe qu’elle comprenait.

    – Mais, Capitaine, si vous acceptiez… Que puis–je vous donner en échange ?

    – Désolé, mais je ne fonctionne pas ainsi. Si vous demandez mon aide et que je le peux, je ferai mon devoir. Là, j’attends d’avoir toutes les données du problème.

    – Mais, en attendant, je peux vous prouver ma bonne foi.

    – Pardon ?

    – Quoique vous fassiez, ou ne fassiez pas, je vous offre la seule chose que je puisse donner pour le sauvetage de mes amis !

    – Je ne demande rien… La Flotte n’est pas comme ça.

        Avaléa sourit.

    – Je ne veux que toi, toi seul, Gédy Kord, dit–elle en dégrafant et en faisant glisser sa robe, se révélant nue.

    – Viens, Gédy.

         Gévaudan enlaça la jeune femme, la souleva dans ses bras et l’emporta vers le lit où il la prit.


*

* *





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