CHAPITRE XII
21.
Deux escales en moins de quinze jours, c’était à la fois intéressant – permettant à beaucoup de membre d’équipage de descendre à terre prendre un petit bol d’air – mais c’était surtout un casse–tête logistique que, heureusement, Magnus supervisait !
Celle de Frogim avait été une formalité pour le second du Magnifique, mais c’était avec une joie non dissimulée qu’il avait laissé entrevue et visite à son Capitaine pour la halte sur la petite planète Sozelle.
– Un barrage ? C’est quoi cette histoire ? fit Gévaudan en s’étranglant presque avec son thé glacé.
– La fierté de ceux de Sozelle, expliqua patiemment Lynder, face à lui dans le coin salon du Mess des Officiers. Vous n’avez pas lu le mémo de Mission, Louveteau ?
– Très drôle… C’était écrit très petit et y avait pas d’images !
– Il n’y a jamais d’images !
– Noté, je n’en lirai jamais plus ! Bon, il était indiqué trois jours d’escale pour se réapprovisionner en eau. A ce barrage ?
– En effet. Les confirmations sont arrivées peu après que Pléa nous aie détournés vers Eocyd. On envoie nos citernes au lac artificiel formé par le barrage. Et la visite de cet endroit est la seule obligation à votre planning.
– Je pourrais venir ? interrogea Malvin en apportant une nouvelle assiette de petits sandwiches.
– Pourquoi pas ? Je crois que rien ne s’y oppose.
– Merci, Gédy ! J’ai jamais vu de barrage…
– Moi non plus, avoua le jeune Loup en faisant un sort aux petits pains au pâté.
Le regard interloqué de Lynder allait de son Capitaine à l’apprenti cuistot !
– Mais d’où sortez–vous…
– De mes Montagnes ! ironisa Gévaudan.
– Alors faut que je vous accompagne pour voir vos têtes !
22.
Le Capitaine et le second du Magnifique, accompagné par Malvin donc, avaient quitté le bord pour le barrage.
Superbe et imposante construction, en pleine montagne, il retenait un lac artificiel, surplombait une large et profonde rivière aux flots tumultueux.
La cabine d’un téléphérique était fixée à l’extérieur de la structure, la parcourant en hauteur et en largeur, autant pour la visite que pour les réparations.
Lynder demeurant dans la salle de contrôle pour se faire expliquer le fonctionnement du barrage, l’historique de ses travaux et son importance pour l’approvisionnement en énergie de la région, Gévaudan et Malvin étaient monté dans le téléphérique avec un ingénieur pour guide.
Le craquement sinistre avait dangereusement fait pencher la cabine, déséquilibrant ses trois passagers.
– Accrochez–vous, hurla l’ingénieur.
– A quoi ? glapit Malvin.
Gévaudan, le jeune garçon et l’ingénieur s’agrippèrent à ce qui leur tombait sous la main.
Sans bruit annonciateur, d’autres vérins cédèrent, provoquant le basculement presque total de la cabine ainsi que sa chute vertigineuse le long du barrage.
Alerté également par la sirène, Lynder avait vu par la grande baie vitrée le téléphérique échapper à ses rails, se retourner, retenu au–dessus du vide par deux de ses dix câbles.
– Capitaine ! Malvin ! On va vous tirer de là ! Répondez–moi !
– Ingénieur Frog, contactez–moi ! pria la Directrice du barrage.
Le second du Magnifique avait sorti son communicateur. Il ignorait encore quelle était la situation, mais entendait prendre des mesures, au cas où.
– M. Vrande, j’ai besoin d’une équipe de sauvetage, alpiniste de préférence. Venez vite.
– Oui, j’ai vu ce qui s’est passé. Je vous envoie mes meilleurs hommes.
Lynder se tourna vers Amyre Pirèz, la Directrice du barrage.
– Que comptez–vous faire ?
– Je tente de rétablir le contact avec la cabine et je fais partir des sauveteurs. Eux aussi ont une formation d’alpiniste, comme presque tous les techniciens ayant travaillé à l’extérieur du barrage ! On va les sortir de là.
– J’espère surtout que ces câbles ne lâcheront pas avant qu’on aie pu les rejoindre… Mag, continue les appels sur leur radio !
– A vos ordres, Lieutenant.
*
– Aïe ! Ouche ! Mon nez !
Malvin se redressa prudemment, souffrant de partout, contusionné, les narines en sang, désorienté.
– Il s’est passé quoi… ? On est pas morts ?
Le jeune garçon se raccrocha à l’un des panneaux de contrôle, se releva sur les genoux, s’arrêtant dans son mouvement quand il entendit un bruit grinçant de tôles soumises à une trop forte pression.
– M. Frog, Gédy, on fait quoi ?
Le corps de Braid Frog fut le premier que Malvin aperçut. Empalé sur une barre tubulaire sous la violence de l’impact, il était mort très vite, mais avec beaucoup de souffrances si on en croyait son visage !
– Gédy ?
Prudemment, à quatre pattes, Malvin se rapprocha du jeune Loup, étendu près de la porte.
– Réveille–toi, pria Malvin en secouant très doucement son ami inconscient, glissant sa main sous tête comme si cela pouvait le forcer à rouvrir les yeux.
Le jeune garçon comprit que ce ne serait pas le cas à la vue de sa paume qu’il ramena ensanglantée. Sous ses doigts, il avait senti une profonde plaie derrière l’oreille droite de Gévaudan, provoquée par le coin de l’armoire qu’il s’était pris de plein fouet lors de la chute de la cabine.
– On est dans une sérieuse panade… marmonna Malvin en se dirigeant vers la radio dont il entendait les appels. Je mangerai plus autant de gâteaux, j’ai l’impression que je vais faire pencher cette cabine du mauvais côté !
– Ingénieur Frog, Capitaine Kord, Malvin, vous nous entendez ? répétait en boucle Magnus.
– Je suis là, Mag… On sort quand ?
– Deux équipes d’alpinistes vont descendre vers toi, Malvin, renseigna Lynder en prenant le relai de la communication. Comment vont les autres ? ajouta–t–il, de l’inquiétude dans la voix après avoir entendu uniquement celle du jeune garçon.
– M. Frog est mort, gémit Malvin. Gévaudan s’est très violemment cogné la tête, il est sans connaissance… Et je crois qu’on penche de plus en plus ! ?
– On sera là avant que la cabine ne tombe, assura le second du Magnifique. Ne bouge plus maintenant, Malvin !
– Pour ça, vous pouvez comptez sur moi… Gédy saigne beaucoup…
– Je serai là très vite, promit Patryna, elle aussi sur le canal de communication. Ma navette suit celle du Commando de Tolman Vrande. Ca va aller, Malvin !
– J’ai peur…
– On est tout près, ce n’est qu’une question de minutes, insista Lynder. Maintenant, surtout ne bouge plus !
– Oui, Lieutenant…
Recroquevillé sur lui–même, osant à peine respirer, Malvin laissa libre court à ses larmes.
Il ne croyait absolument pas aux propos rassurant du second et de la Chirurgienne du Magnifique !
Il ferma les yeux, incapable de supporter la vue des vaguelettes au fond de la cuvette du barrage !
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