In Libro Veritas

Gévaudan 12 : En territoires inconnus II

Par Usha

Cette oeuvre est mise à disposition du public sous un Contrat Creatives Commons (by-nc-nd)

Vous êtes en mode de lecture plein écran. Cliquez sur le lien suivant si vous souhaitez afficher la version classique de cette oeuvre

Table des matières
Que pensez vous de cette oeuvre ?

CHAPITRE IX




17.


        Le Magnifique avait enfin pu quitter le sol de la lune Fodace ! Avec près d’une journée de retard, il se lançait à la poursuite du vaisseau du Seigneur Worh Gormond qui avait enlevé son Capitaine et le ramenait dans sa patrie, très très loin au–delà de la Frontière Ouest.

        Lynder avait en tête les ordres de son Général : arrêter le navire sphérique avant le no man’s land, sinon il fallait considérer le jeune Loup comme perdu ! Cette fois, Kylar Smarel ne pouvait se permettre de détourner un Wird de sa Mission, que ce soit pour la sécurité de la Frontière, et aussi en matière de coût !

    « On arrive, Capitaine. Comptez sur nous tous, on vous sortira de là ! ».



        De l’appartement qu’il occupait à l’Observatoire lunaire, le Général de Serva III avait vu le Wird s’éloigner, disparaître.

        Il se tourna ensuite vers Gerkhany, assis tranquillement dans un fauteuil.

    – J’espère que vous comprenez pourquoi je ne peux envoyer le Magnifique par delà la Frontière ? fit–il.

    – Oui, parfaitement assura le Loup dont les prunelles enflammées contredisaient l’attitude sereine ! Et je sais que Gédy sait aussi à quoi s’en tenir. C’est déjà heureux que le Magnifique ne reprenne pas immédiatement sa Mission.

    – On n’abandonne personne ! Et la traîtrise du Worh mérite punition !

    – Merci, Général.


*


        Le Grand Baronnet Shelk Mourgard avait tenu parole : les Observatoires pistaient le sphérique vaisseau de Gormond et relayaient instantanément les informations au Magnifique. Quant aux vaisseaux–mère ou autres destroyers méryemiens croisés, ils se tenaient à bonne distance du Wird, sans bouclier et les batteries de missiles couvertes.

        De toute façon, le Magnifique n’en avait pas vraiment cure, poursuivant ses réparations et fonçant à vitesse Mégamach dans le sillage du navire de Gormond.

    – Nous sommes à portée de radar, Lynd, renseigna Mabil.

    – Gormond nous a–t–il repérés ?

    – Notre bouclier d’invisibilité nous protège… Ils n’ont pas modifié leur vitesse ni dévié leur route, on ne doit pas être apparu sur leur radar. On sera sur eux dans deux heures.

        Le second du Magnifique fronça les sourcils.

    – On ne peut pas prendre le risque qu’ils filent à toute allure… Sauts spatio–temporels pour les rejoindre ; avant qu’ils ne fassent de même et se mettent hors de portée !

    – A tes ordres.

        Le Magnifique frémit et bondit à travers l’espace.


***


        Jarsyl desserra son étreinte.

    – Trop aimable, chuinta Gévaudan en massant sa gorge douloureuse.

    – J’ai un marché à te proposer, Louveteau.

        Franchement surpris, le jeune Loup se rassit sur son lit.

    – Je ne pense pas avoir quoi que ce soit à offrir… Quelque chose qui vous intéresse…

    – Je te ramène à ton Wird.

    – Wow, quelle générosité ! Pourquoi le ferais–tu ? gloussa Gévaudan en adoptant à son tour le tutoiement. Par amour de moi ? Pour mes beaux yeux ?

    – Mes raisons ne te regardent pas !

    – Et en échange ? questionna le jeune Loup, toute ironie mise de côté.

    – Je demande l’asile à ton gouvernement.

    – Cette décision ne m’appartient pas. Je ne peux rien promettre en ce sens. Et fuir ne devrait pas être une partie de plaisir…

    – Je suis le second de ce vaisseau, je te le rappelle ! Je peux mettre en dysfonctionnement les caméras, micros et autres capteurs, sur notre trajet jusqu’à une navette. Mais il faudra faire vite car cela sera signalé… et le navire est vaste !… Si je te rends à ton équipage, accepteras–tu de me déposer quelque part ; si jamais ton gouvernement me refuse l’asile ?

        Gévaudan tâchait de réfléchir au plus vite, de saisir les données du marché mis entre ses mains, d’essayer de découvrir le nouveau piège !

    – Il m’est impossible de m’engager à quoi que ce soit, dit–il enfin, en toute sincérité.

    – Je m’en contenterai, du moment que je sors d’ici aussi !

    – Je ne comprends pas…

    – Là n’est pas la question ! Je viendrai te chercher dans peu de temps.

    – Mais, pourquoi ? ! insista Gévaudan.

    – Un jour, peut–être…



18.


        Jarsyl était effectivement revenu, son armure au complet, avait ajouté une ample cape que maintenait un épais baudrier en cuir clouté.

    – Viens. Et dépêche–toi !

        Gévaudan ne se le fit pas dire deux fois ! Il ignorait s’il y avait vraiment une chance de réussite à cette évasion impromptue, mais il devait la tenter. Après tout, il avait le meilleur des guides avec lui… à condition que le second de Gormond ne l’embarque pas pour une vengeance personnelle ou un abandon pur et simple dans l’espace un peu plus loin !

        Le Worh allait à pas amples et rapides, ce qui faisait que le jeune Loup devait presque courir derrière lui ! Il connaissait effectivement chaque carrefour de couloirs, chaque ascenseur. Et il avait soigneusement planifié son trajet car ils ne croisèrent personne.

        Monter, descendre, ascenseurs latéraux, le chemin était long et tortueux !

        Le Worh et le jeune Loup débouchèrent finalement dans ce qui ne pouvait qu’être un des Ponts d’Envols du navire sphérique. Des dizaines d’appareils étaient sur une catapulte, individuelle, sur plusieurs niveaux, des jets et des navettes de combat.

    – On prend une navette.

    – Pourquoi ? Un jet serait plus rapide, et si on nous prend en chasse…

        Jarsyl ne répondit pas, saisit Gévaudan par l’épaule et l’entraîna vers une navette.



        Si l’alerte avait été donnée, elle n’avait pas provoqué le blocage automatique de la catapulte ou des portes du sas.

        La navette avait été projetée dans l’espace, s’était aussitôt éloignée du vaisseau sphérique.

    – Ils sont pas idiots, tes potes, remarqua Gévaudan. Je donne pas cher pour qu’un rayon tracteur nous ramène très vite… Enfin, si le Magnifique n’est pas loin… Lynder n’a pas dû perdre de temps après mon enlèvement !

    – C’est bien pour ça que j’avais fait saboter tes réacteurs.

        Le jeune Loup sursauta sur son siège.

    – Et tu comptais me l’annoncer quand, boîte de conserve ? ! glapit–il. Si mon Wird n’est pas à portée de main, on va partager la même cellule ; enfin, pas la même, je préfère pas !

        Une alerte retentit.

    – Et c’est quoi, ça ? jeta–t–il encore.

    – Gormond nous envoie la chasse !

    – Et, elle est armée, cette navette au moins ?

    – Deux missiles…

    – Ah oui, quand même, tout cet arsenal ! Bravo, remarquable plan d’évasion !

    – Ton Wird ne doit quand même pas être loin. J’ai vu son écho sur un radar. Préviens ton second, qu’il nous couvre et nous récupère.

        Gévaudan étudia le clavier devant lui. Rien qui ressemble à un tableau de commandes qu’il connut !

    – Ce clavier, indiqua Jarsyl en lui allumant l’écran. Faut juste que tu te positionnes sur ta fréquence.

        Les données défilaient sur l’écran.

    – C’est du worh ?

    – Evidemment ! Débrouille–toi, mais fais vite ! lança Jarsyl en évitant les premiers tirs des cinq jets de combat qui étaient partis à la poursuite des deux fuyards !

        Le Worh occupé, le jeune Loup s’essaya aux touches, tâchant de retrouver un chiffre familier qui le mettrait sur la piste de la fréquence de communication du Magnifique. Et il avait effectivement intérêt à trouver très vite !


*


    – Le vaisseau Worh a ralenti, informa Mabil. Plusieurs de jets de combat tentent de ramener une navette. Lynd, est–ce que tu crois que le Louveteau… ?

    – Je sais qu’il aura tout mis en œuvre pour ne pas faire du tourisme dans les cités des Worhs ! Mais rien ne dit que… Prudence… Mabil, tu peux scanner cette navette ?

    – Ses boucliers bloquent le scan biologique. Impossible dès lors de connaître leur fréquence radio… Mais s’ils sont poursuivis on devrait peut–être…

    – Mais ça peut aussi être des déserteurs et rien ne dit qu’ils soient très amicaux envers nous ! remarqua avec bon sens le second du Magnifique. Peut–être eux nous contacteront–ils…

    – Nous sommes invisibles ! rappela Cérène.

    – Missiles en batterie et préparez les tourelles de mitraillettes, au cas où…

    – A vos ordres, Lieutenant.

        Quelques minutes durant, ceux de la Passerelle avaient vu la navette tirer deux missiles puis virevolter pour éviter les tirs dont elle était la cible, les jets qui ne tiraient pas l’empêchant de prendre l’espace. Mais la présence de ces mêmes jets ne permettait pas au vaisseau sphérique d’user d’un rayon tracteur pour ramener les fugitifs !

        Lynder se rongeait un ongle. Pris entre son désir de porter secours aux poursuivis et redoutant à juste titre une invasion Worh s’il récupérait les fuyards !

    – Vous comptez intervenir un jour ? ! aboya soudain une voix bien connue.

    – Capitaine Kord… Vous pilotez cette navette ?

    – Non, je serais bien incapable de comprendre quelque chose à ce tableau de bord ! Le second du Seigneur Gormond dirige.

    – Vous l’avez pris en otage ?

    – Hum, pas vraiment… Je pourrai vous le raconter si ces jets ne nous dégomment pas dans les secondes suivantes !

    – On arrive ! Lieutenant Dorkias, débarrassez la navette du Capitaine Kord de ces jets !

    – Tout de suite.

        Le Magnifique leva son bouclier d’invisibilité et s’approcha rapidement des lieux du combat galactique. Les mitraillettes ventrales et latérales arrosèrent les jets qui tombèrent rapidement, en dépit de leur maniabilité et de leur vitesse, sous les tirs.

        Quelques minutes plus tard, la navette se posait sur le Pont d’Envol 3.



        Depuis le poste de pilotage, Gévaudan et Jarsyl virent les commandos de Tolman Vrande prendre position, arme au poing.

    – Je n’ai jamais dit non plus que tu serais mon invité d’honneur.

    – Je l’avais bien compris ainsi. Mais je suis à ton bord, Capitaine Kord, c’est tout ce qui m’importe.

    – Votre arme, intima Gévaudan en tendant la main.

    – Je suis une arme, rappela le Worh. Et, si je voulais du mal à cet équipage, je peux encore utiliser ma puissance mentale !

        A part lui, le jeune Loup dû convenir qu’il avait un peu oublié ce « détail » ! Finalement, même si lui avait rejoint son bord, ce n’était pas du tout une bonne idée d’y avoir amené un Worh !

    – Tes gardes ont–ils la gâchette facile ?

    – Ils sont très bien entraînés. Il vaut mieux que je sorte le premier, au cas où ils croiraient que tu m’as fait du mal.

    – J’ai demandé l’asile, insista Jarsyl avec, pour la première fois, un brin d’anxiété dans sa voix rauque.

    – Chacun son tour de tenir l’autre, grogna Gévaudan, non sans satisfaction. Attends que je t’appelle pour pointer ton vilain nez !

    – Je t’ouvre la porte tribord.

        Le jeune Loup se désangla du fauteuil et quitta le poste de pilotage.

        La porte était effectivement grande ouverte et le vif éclairage du Pont d’Envol l’éblouit.

    – Relax tout le monde ! rassura Gévaudan. Mais soyez sur vos gardes, on a un invité, pas le bienvenu, mais ne le molestez pas !

    – Oui, Capitaine, firent d’une voix Lynder et Tolman présents derrière une ligne de commandos à genoux, l’ouverture de la navette dans leur ligne de mire.

    – Mais venez rapidement vers nous, pria le chef des commandos.

        Gévaudan ne se le fit pas dire deux fois et rejoignit l’espace sécurisé. Son second lui tendit un communicateur.

    – Il est branché sur la fréquence de la navette, Capitaine.

    – Faites venir votre « copain », que nous nous assurions de sa personne, gronda doucement Tolman, sur la défensive.

    – Jarsyl, écoute–moi. Ramène tes fesses de métal avant que mes commandos ne perdent patience.

        Quelques instants plus tard, le Worh apparut mains levées, ce qui provoqua malgré tout chez les personnes présentes un frisson !

    – Avance, ordonna Gévaudan. Tu vas suivre mon commando jusqu’à une cellule. Ne tente rien contre eux car cela provoquera une réaction immédiate et mortelle des autres gardes ! Et dans l’endroit où tu seras, tes pouvoirs mentaux seront inopérants ; on a appris depuis votre intrusion à la Mid–Frontière !

    – Le contraire serait désolant.

        Sans plus un regard pour le jeune Loup, Jarsyl entouré de commandos, quitta le Pont d’Envol. Tolman Vrande donna alors l’ordre de repli à ses gardes.

        Lynder posa sa main sur l’épaule de son Capitaine.

    – Vous allez bien ?

    – Le ventre encore un peu douloureux.

    – Oui, on a vu l’enregistrement. Garen va vous examiner.

    – Le vaisseau de Gormond ?

    – Il a décampé en saut spatio–temporel dès qu’il nous a vus ! renseigna le second du Magnifique. J’informe le Général Smarel et je fais reprendre le cap de la Mission.

    – Bien… Gerkhany ?

    – Avec le Général. Ils repartiront pour Serva III dès qu’ils sauront que vous êtes sauf. De là, Gerkhany pourra prendre un vol régulier pour retourner sur Poséïs.

    – Bien, redit le jeune Loup qui se sentait très fatigué, et affamé !


*

* *





Chapitre suivant : CHAPITRE X