CHAPITRE VIII
15.
– C’est trop tard, M. Vrande.
– Pardon ? fit Tolman en portant machinalement la main à son oreillette. Soyez plus clair, Lieutenant Sondral, je vous prie.
– La navette du Seigneur Worh vient de décoller. Et il emmène le Capitaine Kord ! Repli à bord, M. Vrande, on les poursuit !
– Nous arrivons.
Tolman Vrande et ses commandos avaient rejoint le Magnifique encore en phase de décollage. Opération qui serait facilitée, en matière d’exigences en énergie, au vu de la faible pesanteur de la lune.
– Tout le monde est à bord, Lieutenant Sondral, renseigna Mabil. Sas verrouillés.
Lynder soupira d’aise.
– Moteurs parés, renseigna Harvil depuis la Salle des Machines. Nous attendons votre ordre, Lieutenant Sondral.
– Réacteurs principaux, puissance 750. Rétropropulsion à 2500.
Le Magnifique vibra de toute sa structure sous la puissante poussée. Il sembla sur le point de s’arracher au sol et de s’élancer.
– Répétez–moi ça, Lieutenant Tournip ?
– Les réacteurs se sont arrêtés. Ils ont tous calé en même temps.
– Mais, pourquoi ? !
– Je ne sais pas. Magnus cherche. Il scanne toute l’informatique du vaisseau.
– Vite, alors ! pria Lynder.
La réponse du super–ordinateur parvint moins de trois minutes plus tard.
– On a placé une bombe à charge variable sur le centre des connexions des réacteurs. C’est du sabotage !
Lynder abattit son poing sur sa console tandis que Magnus prévenait une Equipe Anti–Déminage.
– Par les dieux !
Trouver la bombe électromagnétique, l’identifier, la neutraliser et la retirer, s’assurer que les connections étaient rétablies, sans risques pour un nouveau décollage ; cela prendrait plusieurs heures avant que le Magnifique ne puisse se porter secours de son Capitaine.
Et le vaisseau sphérique des Worhs venait de quitter l’orbite de la lune, emportant Gévaudan !
*
– Alors, Harvil ? questionna le second du – Alors, Harvil ? questionna le second du Magnifique qui s’était rendu dans la Salle des Machines. – Tout doit être reconnecté, Lynd. Magnus doit vérifier la sûreté des flux, procéder à au moins une simulation virtuelle. Cela va prendre le reste de la journée ! Est–ce que c’est trop tard pour le Louveteau ? – On peut toujours rattraper du retard, assura Lynder. Même faible, la signature du vaisseau invisible de Gormond est pistable. Et s’il n’a pas tué le Capitaine dans sa cellule, c’est qu’il a d’autres projets pour lui… Il reste une chance. La bombe du sabotage, un coup des Worhs ? – Sans nul doute, Lynd. Ce n’est pas un appareil connu et répertorié, hormis sa charge paralysante pour notre informatique ! En tout cas, il n’y a pas de simple coïncidence avec cette panne au moment où Gormond enlève notre Capitaine, nous obligeant à le suivre ! J’ai envoyé des équipes vérifier qu’il n’y avait pas d’autres bombes qui pourraient entraver la bonne marche du Magnifique une fois dans l’espace ! – Fais au mieux et préviens–moi dès qu’on peut partir porter secours au Louveteau et faire rouiller cette boîte de conserve de Worh ! – Compte sur moi, Lynd. Rassuré, mais juste un peu, Lynder retourna sur la Passerelle. 16. Kylar Smarel était furieux et Shelk Mourgard très embêté ! – Je n’ai jamais pensé un instant que le Seigneur Gormond n’accepterait pas la décision de ce tribunal… Je savais ce que le Capitaine Kord représentait pour son peuple, mais… Gormond a trahi m’a confiance, j’en suis désolé ! – Au lieu de présenter des excuses qui ne servent à rien, agissez ! siffla le Général de Serva III. J’ai déjà envoyé le Magnifique récupérer son Capitaine jusqu’aux Arènes de combats d’un Darkell dans la République brassienne… Le Wird et son équipage iront jusqu’aux territoires des Worhs si c’était nécessaire ! bluffa–t–il. Je n’abandonne pas un de mes officiers. Avez–vous le plan de vol de ce Seigneur Gormond ? De la tête, le Grand Baronnet approuva. – Je vais vous communiquer sa route suivie à l’aller. Mais je ne garantis rien pour son retour ! Kylar écouta un moment ce que le second du Magnifique disait dans son oreillette. Il releva un regard plus sombre que jamais sur Shelk. – Les Worhs ont saboté le Magnifique ! annonça–t–il. J’attends plus que votre collaboration, Grand Baronnet ! aboya le Général de la Frontière Ouest. – C'est–à–dire ? fit Shelk, inquiet, sur la défensive et penaud tout à la fois. – Je veux que mon Wird dispose d’une totale liberté d’action pour intercepter le vaisseau Worh. Je veux que vos Observatoires transmettent en direct le trajet suivi par ce navire sphérique. Je veux que vos vaisseaux–mère laissent passer le Magnifique. Ce sera tout, pour le moment. J’aviserai en fonction de ce qui arrivera lorsque le Magnifique aura enfin pu prendre l’espace ! – Accordé. Sachez, Général, que je condamne l’enlèvement violent du Capitaine Kord. – Je le note. Encore une chose : je demeurerai ici jusqu’à ce que le Magnifique aie récupéré son Capitaine. – Je m’occupe de la bonne poursuite de votre séjour, avec Gerkhany Lykham. Je reste également afin de vous garantir mon soutien et la bonne collaboration de mes Baronnets. – Merci. * – Echanger une cellule contre une cellule, j’ai vraiment de la chance, moi ! Gévaudan avait déjà fait plusieurs fait un tour minutieux du studio où il était enfermé et avait dû constater qu’il n’y avait, bien sûr, nulle évasion possible et aucun objet à sa disposition pour en forcer une ! Les lieux avaient beau être plus confortables, chauffés, et le premier repas n’avait pas été de la bouillie mais une pile de sandwiches fourrés, le jeune Loup n’y était cependant pas de son plein gré et qu’il soit encore en vie n’était pas une information vraiment réjouissante ! Son ventre était douloureux, mais il ne semblait pas souffrir d’hémorragies internes cette fois. Gormond l’avait voulu en bon état et ce n’était pas non plus une bonne nouvelle ! – Attends un peu que Lynder décharge la puissance de feu du Magnifique sur toi, gronda–t–il entre ses dents. Heu, après que Vrande m’aie sorti d’ici, bien sûr ! Gévaudan s’allongea sur le lit. Il était impossible pour lui d’affronter les Worhs de face, en force. Et tout autant sans espoir de les tromper et de filer en douce… – Je suis plutôt mal barré ! Il ne pouvait qu’espérer une aide extérieur, que la diversion vienne du Magnifique ou de la Flotte, car le Général Smarel ne se laisserait pas subtiliser un de ses Capitaines sans réagir ! Même si, vu que nulle Armada ne se profilait et qu’il n’avait plus de Gardiens à convoquer, il n’était plus aussi précieux pour l’Union ! La porte du studio s’ouvrit sur un Worh qui, bien qu’en armure, ne portait pas son casque et affichait une tête mélange d’humain et d’insecte, sans épiderme, les muscles apparents semblables à du cuir, les yeux globuleux sans la moindre expression. – Je suis Jarsyl, le second de ce navire. Tu as dormi longtemps. On s’inquiétait. Gévaudan se rapprocha et s’assit au bord du lit. – Trop gentil, railla–t–il. Votre Seigneur Gormond doit me vouloir en bonne santé pour que je profite de la mise à mort qu’il m’a réservée ! – Lynchage. – pardon ? s’étrangla le jeune Loup. – Il va te livrer à la population civile de l’une de nos planètes–cités. Des millions de guerriers sont morts à la Mid–Frontière. Les familles crient vengeance. Elles se feront un plaisir de t’écharper sur la Place du Souvenir. Gévaudan tressaillit. La mort n’était pas une perspective réjouissante. Et celle qu’on lui promettait là était terrifiante ! S’il n’avait eu sa fierté, et s’il avait pu penser que les Worhs étaient sensibles à la pitié, il n’aurait pas été loin de supplier pour sa vie ! Il se mordit les lèvres, paniqué comme jamais, et ne dit rien malgré tout, baissa la tête pour que son angoisse ne s’y lise pas. – Une agonie, lente, douloureuse, méritée, fit Jarsyl avec ce qui aurait pu être un sourire, mais ressemblait davantage à un rictus sur sa mâchoire entourée par des crocs d’insectes qui rappelaient au jeune Loup ceux du tarenta. – Les lois de la guerre, rectifia Gévaudan qui se retrouvait, un peu, sur son terrain. Vous nous envahissiez, je vous combattais. J’ai trouvé des alliés. Et j’ai gagné cette bataille là. – Si nous avions le temps, je t’expliquerais pourquoi nous devons nous étendre. Gévaudan ricana. – Je vous en prie, pas le vieux couplet du : notre race est en sursis, on doit aller ailleurs pour survivre ! – Non. On est des conquérants par nature. – Et pourquoi pas les empires de l’autre côté de la Frontière en ce cas ? Pourquoi l’Union ? – L’Union est riche, diversifié, peu armé ! Mais arrête là, Louveteau, ça n’a aucun intérêt. – Si c’est une question de temps, vous pouvez me raconter votre vie depuis des millénaires on n’est pas près d’arriver chez vous… et ce ne sera pas plus assommant que d’autres récits que j’ai dû me farcir depuis deux Missions ! – Ne cherche pas à comprendre, Louveteau. Jarsyl avait soulevé une pièce d’armure de son avant–bras pianoté sur un clavier. – Les caméras sont HS. Je vais pouvoir te parler librement, quelques minutes. – J’ai pas envie… – Je ne te demande pas ton avis ! En quelques pas, le Worh s’était approché du lit, avait saisi Gévaudan par la gorge, l’avait soulevé de terre comme une plume et plaqué contre le mur. – Et mon lynchage ? gargouilla le jeune Loup. Me tuez pas avant, ce serait du gâchis ! – Je veux te parler. – Moi pas. Finissez–en de suite, ça vaudra mieux. – Si ce n’est que ça… Les intentions de mon Seigneur ne sont pas les miennes… Et le gantelet métallique de Jarsyl serra plus fortement encore la gorge du jeune Loup. * * * Chapitre suivant : CHAPITRE IX