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Gévaudan 12 : En territoires inconnus II

Par Usha

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Table des matières
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CHAPITRE VI




11.


        Posé sur le montant de la tête du lit, Hippy vitupéra bruyamment quand Lynder se leva d’un bond. Le tchargnik s’envola vers un de ses perchoirs et entreprit de lisser ses plumes.

    – C’était donc ça le but de tout ce cirque : remettre le Louveteau aux Worhs !

        Assis parmi les coussins d’une banquette, Garen continuait de fixer l’immense écran, descendu du plafond, où l’on voyait le Grand Baronnet présenter les Juges les uns aux autres.

    – On avait envisagé pas mal de coups tordus autour de cette parodie de Procès, mais pas celui–là… Et le Louveteau va te massacrer quand il saura que tu t’es vautré sur son lit !

    – Son écran plat est d’enfer… et le mien en réparation. Trois Baronnets et un Worh, comme Juges, d’un côté. Mourgard et le Général ne feront pas le poids de l’autre !… Voire, au pire, Smarel seul…

    – Que veux–tu donc y faire, maintenant ?

    – Demander à Smarel de mettre fin à cette mascarade ! gronda le second du Magnifique. Si le Capitaine doit rendre des comptes sur le fait de s’être défendu, que ce soit devant un Tribunal Militaire ou le Conseil de Discipline. Ceci n’est… ceci n’est qu’une exécution programmée !

    – Je suis d’accord avec toi, soupira le Médecin–Chef. Et les Baronnets ont ainsi fait en sorte que si nous intervenons, nous mettons une fois de plus la Flotte en porte à faux !

    – Les Worhs ont annulé leur bouclier d’invisibilité, informa Mabil depuis la Passerelle. Leur navire sphérique est en orbite, un petit vaisseau rapide… La signature radar est différente de celle que nous connaissions. Et, bien qu’il soit visible, il ne dégage quasi aucun rayonnement !

        Poings serrés, vibrant de colère, Lynder revint s’asseoir sur le couvre–lit soyeux, ne pouvant que suivre en spectateur la suite des événements.


*


        Gévaudan n’en menait guère plus large, comprenant lui aussi où les Baronnets avaient vraiment voulu en venir ! Des Baronnets qui révélaient également leur vrai penchant pour les Worhs et non pour l’Union !

        Il ne lui restait plus qu’à espérer que ces Juges s’en tiendraient aux faits stricts… mais il en doutait !

        La mine que tirait Kylar Smarel était éloquente à ce sujet. Lui aussi admettait qu’il avait été berné comme un débutant ! Et sa propre sécurité pouvait être remise en question ; un accident si vite arrivé…

        Shelk Mourgard avait consulté son ordinateur.

    – Le 7 Kadran selon notre chronologie, le Magnifique a passé les Frontières de la Baronnie, commença–t–il en entrant vraiment dans le vif du sujet. Le Baronnet Domalle, Capitaine de l’Arachnée était présent pour lui souhaiter la bienvenue. Voici la transcription de la conversation qui a eu lieu…


*


        Lynder et Malvin étaient venus voir Gévaudan dans sa cellule à la fin de la première demi–journée de Procès.

    – Le Général Smarel est à bord du Magnifique. Je dois faire rapport avec lui des manigances des Baronnets ! renseigna le jeune homme. Il m’a encore assuré qu’il croyait en la bonne foi du Grand Baronnet… Il a promis de réfléchir à une Opération de Récupération si ça tournait mal ; après tout, il n’y a pas que les vaisseaux qui peuvent être invisibles !

        Le jeune Loup était grognon sur sa banquette.

    – Si le Général Smarel envisage déjà cette option c’est qu’il ne fait malgré tout aucune confiance aux méryemiens ! remarqua–t–il après un moment de silence. Les Baronnets ont profité du premier guet–apens pour se faire bien voir de leurs amis Worhs ! Et je n’ai pas besoin de vous dire, Lynd, que quand on voit un Worh…

    – Mabil a fait passer l’information à tous les Observatoires le long de la Frontière Ouest, a demandé une analyse la plus précise possible aux Sondes Décrons. Aucun signe de vaisseaux, selon la nouvelle signature radar. Pas de trace d’une flottille, voire d’une nouvelle Armada !

    – Je crains qu’on ne puisse plus trop se fier à nos appareils. Les Worhs ont appris de leur défaite sur la Mid–Frontière, reprit Gévaudan en faisant rebondir la petite balle noire.

    – Ils auraient tort de se lancer dans une nouvelle offensive… Au vu du combat précédent, si Escadre nous devions reformer, elle serait gonflée par de nouveaux alliés qui étaient frileux l’autre fois.

    – Je préfère ne pas envisager l’irruption d’une nouvelle Armada ! siffla le jeune Loup.

    – Mais alors, ce Seigneur Gormond ? fit Malvin.

    – Il a sauté sur l’occasion pour une banale vengeance… Allez vite retrouver le Général Smarel, Lieutenant Sondral.

    – Bien, Capitaine.

    – C’est quoi, demain ? questionna encore Malvin.

    – Les deux combats galactiques. Ensuite, ils délibèreront.

        Le jeune garçon entoura Gévaudan de ses bras.

    – Cette balle, c’est la préférée de Myka. J’espère qu’elle te portera bonheur aussi.

    – Merci.

        Ses visiteurs repartis, le jeune Loup se recroquevilla frileusement sur sa banquette.



12.


        Le second du Magnifique se leva quand Kylar Smarel sortit du bureau de Gévaudan pour revenir dans la Salle de Réunion.

    – Général.

    – Repos, Lieutenant Sondral. Vous pouvez me servir un café, noir ?

    – Bien sûr.

    – J’ai informé Serva III et les Q.G. des autres Frontières de la présence du Seigneur Gormond ainsi que du piège qu’était le Procès de votre Capitaine, informa le Général de la Frontière Ouest. L’Etat–Major de la Flotte a permis le détournement de trois Wirds, qui seront positionnés au point de départ de votre Mission de Surveillance d’ici vingt–quatre heures. Et prêts à arriver ici en vol spatio–temporel continu… Histoire que les Baronnets sachent que le Capitaine Kord ne devra pas aller ailleurs qu’à bord du Magnifique à la fin de cette mascarade !

    – Le Grand Baronnet ? fit Lynder.

    – Il affirme toujours croire en l’impartialité de ce Procès… Et il approuve la réaction qu’a eue le Capitaine Kord au vu des deux agressions des vaisseaux méryemiens. Le coup de la tarenta en a offensé plus d’un, je peux vous le dire, Lieutenant Sondral ! Ce qui parle aussi pour votre Louveteau, c’est le caractère indépendant et insoumis des Baronnets Domalle et Solvek et je devine que ça ne déplaît pas qu’ils aient été mis hors d’état de nuire !

    – Mais personne ne le dira à haute voix.

    – En effet, convint Kylar, soucieux. Bien que tout soit en sa faveur, je ne suis pas sûr du tout que le petit s’en tire !

    – Tolman Vrande a étudié les plans de l’Observatoire, informa encore le second du Magnifique. Ses Commandos sont prêts.

    – C’est noté.


*


        Gévaudan reposa l’assiette de bouillie à demi pleine encore sur le plateau près du guichet de la porte, se contentant d’achever ses petits pains beurrés assis sur son lit–banquette.

    – De la bouillie, puis de la bouillie, et encore de la bouillie ! Ils ont un stock périmé à écouler ou quoi ! ? Ca va être dur de mettre des bougies d’anniversaire sur de la bouillie, car si ça s’éternise, c’est ici que je vais fêter mes vingt–six ans !

        A un simple déplacement d’air, le jeune Loup tourna la tête vers l’une des deux caméras dans les coins de sa cellule.

    – J’vais finir par vous faire payer un ticket de ciné, marmonna–t–il entre ses dents.



        Gormond se tourna vers le Baronnet Had Ovik.

    – J’avais entendu parler de Capitaine de Wird. Mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit cette créature insignifiante !

    – Il a convoqué les Gardiens pour défaire l’Armada de votre prédécesseur à la tête des Flottes Worh, rappela Had Ovik.

    – N’importe quel abruti un peu chanceux et têtu aurait pu le faire, gronda le Worh à la voix assourdie derrière le métal de son casque. Il a causé la mort de millions de soldats, de milliers de vaisseaux… On se reconstruit difficilement. Et vous m’annoncez en plus que vous ne pourrez peut–être pas me le livrer comme vous vous y étiez engagé ? !

    – Si, dans les dires et la colère d’avoir su qu’un Wird avait défait six de nos navires, on voulait tous justice… Les faits sont irréfutables : Domalle a comploté, Solvek a pris en lâche et Domalle encore a attaqué en traître. Les Surveillants n’ont fait que se défendre. J’ajouterais même qu’à leur tour ils pourraient se retourner contre nous pour en sus le parasitage de leurs deux officiers supérieurs !

    – Ce n’est pas ce qui avait été convenu. Ce pour quoi j’ai fait ce si long voyage éclair, siffla Gormond. Ce pour quoi j’ai avancé des fonds.

        La main du Worh se referma sur la gorge du Baronnet.

    – Voilà le sort que je réserve à ce Louveteau, que ce soit avec l’aval de votre pseudo tribunal ou non !

    – Ceux du Magnifique vous tueront, gargouilla Had Ovik.

    – Aucune importance si je venge mes frères tombés à la Mid–Frontière.

    – L’Union ne nous pardonnera pas d’avoir trahi un de leurs officiers, bredouilla–t–il encore.

    – Je n’en ai cure !

        Le Worh lâcha le Baronnet qui hoqueta longuement devant les écrans de surveillance.


*


        Lynder frotta sa gorge douloureuse.

    – C’est du tord–boyau de contrebande ou quoi ? Je croyais que hormis leur vin gris, les Loups n’aimaient pas l’alcool ?

    – Détrompez–vous ! gloussa Gerkhany. On adore faire la fête. Nos alcools sont variés et très forts. Et durant plus de quarante ans d’errance, j’ai acquis un peu plus de résistance aux boissons locales que les autres Loups !

        Le Loup remplit encore les petits bols du liquide ambré.

    – A votre santé.

    – Alors, vous aussi vous voulez me saouler ? sourit Lynder. C’est une manie familiale !

    – Non, pas ce soir… Gédy a trop besoin de vous. Comment il va ?

    – Il garde le moral mais il sait que même s’il s’en sort au Procès, il ne fait aucune confiance au Worh et à ses complices Baronnets pour la suite !

    – Rien d’étonnant si j’en crois ses récits et les Archives.

    – On le sortira de là, Gerkhany, d’une façon ou d’une autre. Et, en manquant au verdict de cette parodie de Procès, les Baronnets nous délieraient les mains.

    – Je ne suis pas certain de m’en réjouir. Cela signifierait qu’un danger imprévisible guette Gévaudan et rien ne dit que vous arriviez à temps… Désarmé, Gédy n’aura aucune chance face à ce Worh !

    – Je sais. Et ce Gormond n’a pas fait le déplacement juste pour assister à ce Procès et repartir les mains vides s’il tournait à l’avantage de notre Louveteau. Je ne crois pas en la parole d’un Worh, et celui–là ne nous a pas donné la sienne !

    – Vous ne les connaissez guère pourtant, objecta Gerkhany avec pertinence. Il y a toujours des gens biens dans l’autre camp…

    – Je n’ai vu que des machines de guerre, gronda le second du Magnifique. L’un d’eux a abattu Gédy, je vous le rappelle ! Gormond est là pour la revanche de son peuple sur mon capitaine. J’ai ordonné à Mabil d’avoir un de ses scanners en permanence sur Gormond. Et Vrande peut intervenir sur place en moins de cinq minutes… c’est très court et très long…

    – Je vois très bien ce que vous voulez dire ! Encore un verre, Lynd ?

    – C’est pas de refus… Je vais avoir bonne allure pour ma garde sur la Passerelle à empester l’alcool !

    – Je vous donnerai des feuilles de cronia à mâcher, ça masquera !

        Lynder tendit son bol pour qu’on le resserve.


***


        Le Magnifique n’avait pas vu les deux petits vaisseaux sphériques, qui avaient toujours été invisibles au–dessus de lui.

        Les Worhs avaient fait feu, provoquant l’explosion totale du Wird.

        Ensuite, cela avait été au tour du jet intergalactique de Kylar Smarel à bord duquel le Général s’apprêtait à repartir.



        Gévaudan se réveilla en sursaut.

    – Un cauchemar… encore…


*

* *





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