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Gévaudan 12 : En territoires inconnus II

Par Usha

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Table des matières
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CHAPITRE V




9.


        Le sol de Fodace était recouvert d’une sorte de sel, d’un blanc immaculé, scintillant.

        La pesanteur était extrêmement faible et l’atmosphère irrespirable.

        Les deux vaisseaux–mère méryemiens et le jet intergalactique s’étaient posés auprès de l’ancien Observatoire, tout récemment fermé, et donc qu’il avait été très facile à remettre en service pour les fonctions de base.

        Le Magnifique était arrivé à son tour, avait atterri et un tube d’arrimage s’était fixé à l’un de ses sas.



        Le Grand Baronnet Shelk Mourgard et le Général Smarel avaient demandé la permission de monter à bord ainsi que quelques soldats méryemiens.

        Le Capitaine et le second du Magnifique les attendaient.

    – Bienvenue, fit Gévaudan. Je suis à vos ordres.

        Kylar Smarel s’avança, toujours aussi grand et massif, les cheveux couleur de neige.

    – Le Grand Baronnet m’a exposé comment le Procès allait se dérouler. Il m’a présenté ses requêtes et je les ai trouvées acceptables. Je vous demande donc de bien vouloir vous y plier, Capitaine Kord. J’ai essayé de négocier que vous soyiez consigné à ce bord… mais il n’a rien voulu entendre. Ca risque d’être un peu contraignant, j’en suis désolé.

    – Pas de problème, je suivrai les instructions, Général.

        Le Général de Serva III tourna la tête vers Shelk, inclina légèrement la tête. Vieillard barbu en longue robe rouge, le Grand Baronnet fit quelques pas en avant lui aussi.

    – Capitaine Kord, je vous demande de me remettre votre arme et d’accompagner ces soldats qui vont vous conduire en cellule dans l’Observatoire.

        Gévaudan ôta l’étui du pistolet à son ceinturon et le tendit au Grand Baronnet avant de se diriger vers les soldats méryemiens qui l’emmenèrent vers le tube d’arrimage.



    – Et quelle est la procédure maintenant, Général ? se permit de questionner le second du Magnifique. Vous croyez en la parole de ces Baronnets ?

    – Shelk Mourgard m’a donné la sienne. Je le pense digne de confiance. Il faut être très malin, très fort, pour arriver à maintenir un semblant de cohésion entre les Baronnets !

    – Mais il n’y a pas que lui dans ce Procès, remarqua pertinemment Lynder. Et il y a cette chose invisible qui s’approche. Le Grand Baronnet vous a–t–il affranchi à ce sujet ?

    – Je l’ignorais… Je vais lui poser la question.

    – Voulez–vous séjourner sur le Magnifique, Général ?

    – Non, en gage de ma bonne foi, j’ai accepté de loger dans l’Observatoire. Je servirai de lien entre le Procès et vous, Lieutenant.

    – Le Capitaine Kord n’a pas eu le choix, pour les vaisseaux–mères, vous savez !

    – Oui, je crois en lui. Je l’avais suffisamment mis en garde sur les Incidents dans la Baronnie que pour savoir qu’il n’aurait pas agi sans raison impérieuse !

        Kylar Smarel fronça les sourcils.

    – Il paraît que vous avez eu des soucis internes durant ces deux attaques… Je n’ai pas tout compris au milieu de la foultitude des rapports provenant des Wirds de la Frontière ! J’aimerais que vous m’expliquiez avant que je ne retourne à l’Observatoire pour la nuit.

    – Veuillez me suivre à la Salle de Réunion, Général. Je vais vous faire le détail de ces rapports afin que vous puissiez au mieux aider le Capitaine Kord le moment venu.

    – Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir.



        Malvin s’approcha de sa petite sœur qui pleurnichait sur une table du Mess.

    – Qu’y a–t–il, sœurette ?

    – J’ai perdu ma balle porte–bonheur dans les Jardins.

    – Viens avec moi, on va la chercher ensemble.


*


        Gévaudan était assis à terre, le long du mur, dans une cellule nue et froide qui ressemblait bien trop à celle qu’il avait vue dans son cauchemar !

        Il n’avait plus qu’à attendre la suite des événements, en espérant, quelque part, que ça aille vite.

        Et, en attendant, il faisait ricocher sur la paroi devant lui une petite balle dure et noire, inlassablement.



10.


        Quoique – ou plutôt qui que – les Baronnets attendent, ils n’en avaient soufflé mot et sans, apparemment, ce dernier Juge, le Procès ne pouvait pas encore démarrer.


*


        Dans sa cellule, Gévaudan passait de la banquette scellée au mur, au sol, en passant par le petit cabinet de toilette.

        Il avait échappé aux sandwiches à la confiture, mais la bouillie qu’on lui servait deux fois par jour avec du pain beurré était insipide au possible et lui rappelait les jours où il n’avait pas encore toutes ses dents !

        En attendant, il était totalement désœuvré, sans ordinateur, sans téléphone.

        Il avait quelques visites cependant : Lynder qui le tenait au courant des réparations à bord du Magnifique, Patryna pour s’assurer qu’il allait bien et achevait ses flacons de médicaments, Gerkhany. Malheureusement, tout ce petit monde était interdit d’apporter quoi que ce soit, de matériel ou de nourriture.

    – Qu’est–ce qu’il craint, le Grand Mourgard ? Que je m’évade ou que je me suicide avec la bouffe de Maryon ?

    – Sans doute que vous ne vous étouffiez pas avec la lime–laser que le Chef–Cuisinier aurait glissée dans un petit pain ? envisagea Lynder.

    – Bien sûr, marmonna le jeune Loup. Et puis, une fois sorti de cette cellule, je n’aurais qu’à retrouver mon chemin dans cet immense Observatoire, éviter des dizaines de soldats, et traverser quelques centaines de mètres de vide sidéral quasi sans pesanteur pour rejoindre le Magnifique ! Un jeu de Louveteaux !

    – Synchronisation des montres ? suggéra le second du Magnifique.

    – Tordant… Rien de neuf, Lynd ?

    – Vu que nous sommes immobiles, les réparations progressent très vite. D’autant plus que les vaisseaux de l’escorte du Général Smarel ont pu nous procurer quelques pièces bien venues !

    – Et ce truc invisible ?

    – Il sera en orbite fin de matinée, Gévaudan. On le tient à l’œil, tout comme les vaisseaux–mère. Mais s’ils avaient des intentions désagréables envers nous, nous sommes légèrement en infériorité, au sol, et contre trois…

    – Un piège dans toute sa splendeur, quoi qu’en dise le Général Smarel ! On bouge, on risque de se faire atomiser ; on ne bouge pas, on a de fortes chances de se faire atomiser ! Intéressante alternative… Ces Baronnets nous préparent un coup à leur façon, peut–être même en cachette de Shelk Mourgard !

    – Pas de squatter dans votre nuque ? s’enquit Lynder.

    – Non… enfin, je ne crois pas. De toute façon, ça ne leur servirait pas à grand–chose… à moins de me pousser à faire un massacre dans la salle du Procès… Mais bon, vu le nombre de soldats dans le coin, je n’aurais même pas le temps de sortir de ma manche une arme que je n’ai pas… Retournez à bord du Magnifique, Lynder. Vous suivrez ce simulacre de procès en vous connectant sur les caméras de l’Observatoire… Ensuite, en fonction de la conclusion de cette parodie, vous aviserez.

    – A vos ordres, Capitaine.

    – Fin de la visite, intima un solda méryemiens en entrant dans la cellule.

    – A la prochaine, Lynd.

    – A bientôt, Capitaine.


*


        Kylar Smarel avait tous les rapports entre les mains, avait soigneusement étudié chacun d’entre eux, compris chaque phase des deux combats galactique.

        Il savait avoir bien placé sa confiance dans l’étonnant Loup des étoiles, s’en félicitait, mais craignait que ça ne soit pas suffisant pour les Baronnets !

        Qu’importait, il se battrait pour son officier !


*


        Dans son Appartement Rouge, Gerkhany avait installé un petit autel afin d’entrer en méditation pour prier ses dieux des Eléments.

        Nu, à genoux devant les bougies sacrées, le Loup entra en prières.


***


        Gévaudan avait pu prendre un long bain, avait revêtu un uniforme sortant du pressing et avait donc compris sans grande malice que l’heure du Procès était arrivée !

    – Et j’ai toujours pas d’avocat…



        Suivi comme son ombre par quatre soldats méryemiens, le jeune Loup avait parcouru d’interminables couloirs, avait été conduit dans ce qui avait été un amphithéâtre de conférence, les sièges et bureaux enlevés des gradins.

        Une barre avait été dressée, auprès de laquelle deux autres soldats se tenaient.

        Gévaudan s’arrêta devant cette barre, attendant la suite des événements, sachant que ceux du Magnifique pouvaient tout suivre en direct, branchés sur les caméras de l’amphithéâtre.

        Le jeune Loup leva les yeux, ne sachant s’il devait se mettre au garde à vous, saluer, ou autre chose. Il croisa ses mains dans le dos et attendit.

        Devant lui se trouvaient ses Juges : trois Baronnets, le Grand Baronnet Shelk Mourgard, le Général Smarel, et un siège demeurait encore vide.

        Le chef de la Baronnie se leva. Il avait revêtu une robe noire cela donnait l’impression qu’il serait la personne de référence durant le Procès. Il tourna la tête à droit et à gauche, vers les autres Juges.

    – Désolé de vous avoir fait tous attendre. Mais nous attendions notre grand ami. Il vient juste d’arriver. Messieurs, je vous présente le Seigneur Gormond, annonça Shelk.

        Une porte latérale s’ouvrit sur une grande silhouette, lourde, en armure, des pieds à la tête.

        Un Worh, c’était impossible ! Ces guerriers surpuissants en armure médiévale ne pouvaient pas être de retour, enfin si cela avait toujours été une hypothèse envisagée puisqu’après tout on ne savait rien d’eux. Mais de là à en retrouver un dans l’Union !

        Le Grand Baronnet reprit la parole.

    – Capitaine Kord. Si vous nous convainquez, vous repartirez libre. Si nous vous déclarons coupable, nous vous livrerons au Seigneur Gormond.


*

* *





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