CHAPITRE IV
7.
Gévaudan rêvait, assis au pied de son arbre, les genoux entre les bras, quand Cérène le rejoignit.
– Il y a quelque chose que je n’ai pas compris, Capitaine.
– La résistance, ou plutôt la non résistance, des vaisseaux méryemiens peut–être.
La jeune Louve parut légèrement surprise.
– Oui, c’est bien ça.
– L’arrogance des Baronnets va de paire avec une trop grande confiance en eux. Une confiance en leur invisibilité surtout, qui leur permet les attaques les plus lâches. Ils ont donc un peu oublié qu’il fallait bien se protéger ! L’Arachnée est tellement resté collé à nous que Mag l’a analysé sous toutes les coutures. Plus un vaisseau est gros, plus il y a de chance que son point faible soit précis et, atteint, entraîne sa totale destruction ; en général. Sûr de leur invisibilité, les méryemiens n’ont donc pas soigné leurs boucliers. Quelques tirs répétés et ils cèdent. Contrairement à nos Wirds, prévus pour la surveillance et la non ingérence et donc devant bénéficier d’une protection maximale afin de pouvoir tenir face à des attaques sans pouvoir répliquer ! Faut pas titiller les Wirds, ils sont sages, patauds, accommodants, mais ils savent aussi mordre ; et en ce cas, cela fait extrêmement mal !
– J’ai vu. Je sais que c’était une question de survie, de légitime défense, mais ça risque de nous coûter cher…
– Quelle importance, ça ne vous retombera pas dessus, même si vous avez appuyé sur le petit bouton rouge un nombre certain de fois !
– Il n’est pas rouge…
Gévaudan haussa les épaules sans répondre.
– Avec ce Procès, qu’est–ce que les Baronnets peuvent vous faire ? reprit Cérène après un moment.
– Aucune idée !
Le jeune Loup en avait bien quelques–unes, mais sa Préposée aux Armes n’avait vraiment pas à le savoir !
– Des parents Humains, vraiment ? préféra–t–il interroger soudain.
– Oui… Vous n’avez jamais entendu parler de l’adoption ? rétorqua–t–elle, assez sèchement.
– En ce cas, Equebor, les grottes ? Vous n’en n’avez jamais subi les pénibles conditions de vie ?
– Si, jusqu’à mes quatre ans.
– Comment avez–vous pu passer votre Initiation alors ? Votre cicatrice sur le nez…
– … m’a bien été faite après que j’ai été lâchée quatre jours dans la nature pour tester mes aptitudes à survivre, compléta Cérène. Et si vous voulez ensuite savoir comment j’ai pu apprendre à me débrouiller dans la nature tout en étant élevée dans une galactopole, sachez que tous les Humains ne sont pas des tueurs de Loups ! Les miens étaient des chercheurs, des experts en Loups – dans le bon sens du terme…
– Il existe un bon sens à ce terme ? Vraiment ? ne put s’empêcher de grincer Gévaudan.
– … Et à ce titre, ils ont recréé un terrain de jeux grandeur nature pour moi, poursuivit la jeune Louve, le visage de plus en plus fermé. La Meute a accepté que je passe mon Initiation et je l’ai heureusement réussie, non sans mal. Je suis d’autant plus fière de ma cicatrice !
– Vous avez pris quelques chemins détournés à ce que je constate. Et il faudra que vous me racontiez comment vous avez atterri chez ces « bons » chercheurs.
– Ma vie privée ne vous regarde pas, siffla–t–elle comme une chatte en colère.
– C’est vous qui l’avez abordée l’autre jour, rappela Gévaudan en craignant d’être un peu de mauvaise foi ! Vous n’êtes pas de service à cette heure ?
– Je m’y rendais ! grogna Cérène en tournant les talons.
Gévaudan s’allongea dans l’herbe, les mains jointes sous la tête, tout sourire.
*
Le Capitaine du Magnifique n’était pas fâché de retrouver sa Passerelle !
– La Professeur Lovéral vous a autorisé à reprendre votre poste ? murmura Lynder en s’approchant de l’Aire.
– Pourquoi tout le monde semble croire que je ne suis pas les consignes ? sourit le jeune Loup en s’asseyant dans son fauteuil, croisa les jambes.
– Une idée, comme ça… Vous pouvez pas rester trois jours sans venir embêter vos petits copains de jeu ?
– Tout juste ! Et Patryna est d’accord, je vous assure. Elle est très vilaine en colère, j’ai pas envie de me colleter à elle dans ces moments là !
– Parfait. On sera sur la lune Fodace dans quelques heures.
– Deux vaisseaux–mère méryemiens sont déjà posés sur son sol, renseigna Mabil. J’ai localisé le jet intergalactique du Général Smarel et son escorte. Ils atteindront Fodace trois heures avant nous.
– Lieutenant Tournip ? firent d’une voix le Capitaine et le second du Magnifique qui avaient perçu le temps d’hésitation.
– Mes Radars perçoivent un très léger dégagement d’énergie, mais impossible de déterminer ce dont il s’agit. Mais « ça » se dirige vers la lune.
– Des invités surprise ? Pourquoi quelque chose me dit que les Baronnets savent exactement de qui il s’agit ? marmonna Gévaudan.
– Tout à fait d’accord vous, Capitaine. Après avoir réussi à plier la Flotte à cette mystification de Procès, ils assurent cependant davantage encore leurs arrières.
– Lieutenant Tournip, surveillez le jet du Général Smarel.
– Oui, Capitaine.
– Je pense que ce n’est pas lui leur cible, remarqua Lynder. Ce n’est pas lui qui a détruit six navires arachnéens…
– J’aime la façon dont vous ramenez encore la faute sur votre Louveteau souffre–douleur préféré.
L’espace d’un instant, le second du Magnifique se demanda si son Capitaine ne forçait pas un peu trop sur ses médocs mais préféra ne pas s’informer !
– Ce que je sais, c’est que nous fonçons, encore une fois, droit dans un piège et que quoi que nous fassions, nous ne pourrons pas assurer votre sécurité.
– En ce cas, on improvisera.
– Je n’aime pas ça.
– Moi non plus, mais nous n’avons guère le choix !
Gévaudan redoutait moins les Baronnets que la chose invisible qui s’approchait également du lieu de rendez–vous. Il jeta machinalement un coup d’œil à son Médaillon, mais le bijou rond était simplement pendu à son côté, sans aucune réaction.
Comme le jeune Loup demeurait songeur, Lynder retourna à sa console.
8.
Le Capitaine du Magnifique tâchait de préparer sa défense. Il n’avait aucune idée de la façon dont les Baronnets mèneraient le Procès, mais les grandes lignes devaient être semblables à celles des tribunaux habituels !
– Mais que veulent–ils de plus que la vérité ? grommela le jeune Loup, en faisant glisser en arrière son fauteuil, le regard fixé sur l’écran de son ordinateur.
– Mais que veulent–ils de plus que la vérité ? grommela le jeune Loup, en faisant glisser en arrière son fauteuil, le regard fixé sur l’écran de son ordinateur. Heureusement que Mag a absolument tout enregistré, depuis le premier contact avec Eyd Domalle jusqu’à leur attaque sous invisibilité… Et Patryna peut toujours présenter la tarenta, à défaut du parasite que Lynder a dû évacuer par voie naturelle quand il était aux Arrêts !
Il but quelques gorgées de thé glacé.
– Et à part réclamer ma tête, que peuvent–ils espérer de ce Procès…
Le jeune Loup se leva et quitta le bureau pour sa chambre.
– Au pire, j’espère que vous avez embarqué avec vous un autre Capitaine pour le Magnifique, Général Smarel… Mais je ne me laisserai pas déboulonner aussi facilement ! Ces Baronnets n’ont pas encore compris à qui ils ont affaire, gronda–t–il en retrouvant sa combattivité.
Mais il se souvenait également de son double cauchemar et cela lui donnait froid dans le dos !
– Et maintenant, tu repars encore ? questionna Gévaudan.
Dans l’Appartement Rouge, Gerkhany refaisait ses bagages.
– Ce que tu es observateur ! sourit le Loup.
– Je ne te tirerai plus dessus, si ça peut te rassurer !
– Ne fais pas des promesses que tu ne pourrais pas tenir, gloussa Gerkhany. Suffira d’une autre tarenta, ou autre joyeuseté de ces zones inconnues, pour que tu veuilles encore faire des trous dans ma peau !
– C’est pas drôle…
– Mais c’est la vérité, reconnais–le ! fit le Loup en s’arrêtant un moment et en se retournant. Tu as très bien compris maintenant que tu réveillais les divinités des endroits où tu passes !
– Il est plus simple encore de dire que je fixe le boxon !
– Oui, aussi, petit ! Mais que ce soit en bien ou en mal, c’est nécessaire je pense. On sait au moins à quoi s’en tenir ensuite… Si Pléa ne s’était pas manifestée, on aurait ignoré jusqu’à leur existence ! Et sans ton Médaillon, elle continuerait à jouer avec les vies.
– Je ne l’ai pas détruite la première fois. Je ne suis pas du tout sûr que la seconde aie été la bonne ! Le dieu de l’Eau t’a–t–il dit quelque chose à ce sujet ?
– Il ne m’a plus contacté depuis que je suis sorti du coma durant lequel il avait achevé de me faire un topo de la situation. Je peux donc repartir l’esprit en paix. J’espère que le Général acceptera de me ramener avec lui après le Procès. Ca ira, à ce sujet, petit ?
– J’ai peur…
– C’est signe de sagesse.
Gévaudan éclata de rire.
– Non, Gerkhany, je suis tout sauf sage ! Je suis bien trop jeune pour ça !
*
Le Magnifique volait à vitesse moyenne. Il pansait ses blessures et chacun à bord espérait qu’il n’y aurait nulle autre attaque vu les faiblesses à de nombreux niveaux !
Le vaisseau Wird avait croisé des navires méryemiens mais des ordres semblaient avoir été donnés par la Baronnie car non seulement ils n’étaient pas invisibles, mais s’étaient aussi gardé de tout signe menaçant !
Cela aurait pu être un bon point, mais aucun des officiers à bord n’y croyait.
Comme l’avait dit le second du Magnifique, c’était reculer pour mieux sauter. Bien que l’expression fut claire, son Capitaine avait ouvert des yeux ronds !
Tous se préparaient à quelques jours éprouvants, à suivre un pseudo Procès et ils redoutaient le sort que l’on allait réserver au jeune Loup ! Evidemment, ils savaient que le Général du Q.G. de l’Ouest le soutiendrait, mais les Baronnets avaient l’avantage du terrain, des lois, et se drapaient dans leur dignité d’offensés !
Gévaudan allait devoir jouer serré, plus que jamais. Et si les Baronnets en arrivaient aux pires extrémités, ceux du Magnifique ne laisseraient jamais leur Capitaine entre leurs mains !
*
* *
Chapitre suivant : CHAPITRE V