Au fil de l'eau
Comme nous descendions le lit d’une rivièreCoupant à l’étrave les fils d’ombre et de lumière
Moi, godillant vivement, chahutant notre sillage
Toi, insouciante de ces tapages, écartant en riant
Les branches basses des saules aux cheveux d’ange
J’ai cru soudain qu’il était revenu, là, avec nous
L’enfant aux yeux fous que nous aimions plus que tout
Le visage radieux, éclaboussé par le soleil couchant
Il chantait d’une voix douce, là, debout à la proue
Il pointait l’horizon du doigt avec un sourire étrange
Et nous savions qu’il nous montrait le dernier rivage
Comme nous fendions les flots, portés par le courant
Perçant l’immobile frondaison des forêts enchevêtrées
J’ai remonté la godille et laissé l’embarcation dériver
La pénombre des épais feuillages sur nous se refermant
Tatouait sur nos corps éperdus des reflets d’au-delà
L’enfant s’assit entre nous, prit nos mains dans les siennes
Sa peau étincelait, une pluie d’or tombait sur ses épaules
Et tandis que nous lui livrions nos plus profonds secrets
Lui offrant toute notre âme et lui ouvrant grand nos bras
Sur la rive, accroupis tels des animaux, des hommes buvaient
Et leurs yeux croisaient à fleur d’eau nos regards de noyés