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Gévaudan 9 : Les manipulateurs d'esprit

Par Usha

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Table des matières
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CHAPITRE XV




23.


        Le second du Magnifique avait eu raison et, logiquement, son Capitaine avait eu tort !

        Movique, la planète que les Surveillants devaient atteindre au cours des quarante–huit suivantes, avait également connu une épidémie quelques semaines auparavant !



        Gévaudan trempa ses lèvres dans son thé aux pétales de fleurs. C’était beaucoup trop chaud et il reposa sa tasse en verre.

        Il avait chopé la crève à demeurer à la patinoire après le gala de clôture des Galactolympiades, avait les bronches encombrées, de la fièvre, et le nez qui coulait. Il éternua.

    – Alors, cher pessimiste, qu’est–ce qui nous attend à Movique ? Passons sur les éventuels viande ou poisson crus… Pas de visite d’un hôpital sur mon agenda, compris ?

    – Ca pourrait pourtant vous être utile, remarqua Lynder.

    – Le Dr Byrklar s’est très bien occupé de moi, assura–t–il un peu trop précipitamment. Encore un flacon d’antibiotiques, quelques bouteilles de sirop et un sauna ou deux, et tout sera rentré dans l’ordre.

    – Du moment que vous ne contaminez pas tout l’équipage…

    – Merci, Lynder, votre souci pour ma santé me touche beaucoup !

    – Je vous avais dit de ne pas patiner sur la glace, sans patins…

    – Très utile, maintenant ! Bon, alors, quelles sont vos prédictions pour notre semaine d’escale à Movique ?

    – Aucune idée pour le moment, fit sincèrement le jeune homme. Movique est une planète calme. Un continent unique, sur presque toute sa surface. Orientation agricole, quelques galactopoles très industrielles pour produire leur énergie. Un exode rural galopant qui provoque de logiques troubles et une toute aussi logique décadence de certains quartiers.

    – Une sorte d’ersatz de Jocril ?

    – Oui, même s’il n’y a que peu de points de comparaison, hormis des quartiers défavorisés qui vont en s’appauvrissant avec le dédain des autorités.

    – Escale de rêve quoi ! Et pour cette autre épidémie ? Pas l’ombre d’une quarantaine ne plane au–dessus de nos têtes ?

    – Uniquement de la vôtre puisque je ne compte pas mettre les pieds hors du Magnifique

    – Froussard !

    – … afin de coordonner au mieux les voyages des navettes vers les Grandes Fermes afin de remplir nos entrepôts de légumes, céréales, fruits, œufs, animaux, … Ca va m’occuper à temps plein. Aussi, Capitaine, évitez de vous jeter dans les ennuis !

    – C’est eux qui me tombent dessus, protesta Gévaudan avec un sourire. Mais si l’épidémie avait un sursaut, je vous promets de mourir discrètement dans mon coin, très vite et sans faire de vagues !

    – Bien sûr… Du moment que vous ne hantez pas les couloirs ou veniez me visiter dans mes rêves…

    – Votre altruisme me confond ! gloussa Gévaudan en poussant l’assiette de petits sandwiches vers lui pour qu’il se resserve.

    – On me l’a toujours dit ! Pour cette épidémie, j’ai obtenu que l’on nous envoie des doses de vaccin afin que tous ceux qui doivent se rendre sur la planète soient protégés d’une éventuelle récidive. Garen, Patryna et notre labo analyseront ces vaccins afin de s’assurer qu’ils ne présentent aucun danger en fonction de la physiologie propre à chacun de ceux à qui ils seront injectés.

    – Parfait. Vu le portrait que vous m’avez dressé de Movique, ce sera une longue et ennuyeuse escale. Une visite de Ferme, au grand maximum.

        Le second du Magnifique sourit tandis que le jeune Loup buvait son thé à petites gorgées gourmandes.

    – Ca vous permettra de devenir un pro du golf !

    – Pitié, par les dieux, ne me dites pas que vous pratiquez ce sport ? ! fit mine de s’angoisser Gévaudan.

    – J’ai eu une prof très patiente et très douée…

    – Patryna ?

    – Elle–même. Tout comme elle y avait initié Vyld. On s’est fait quelques tournois à trois vraiment sympathiques !

    – Sans moi.

    – Ca vous déplairait tant que ça ? fit Lynder avec dépit.

    – Je n’ai pas envie d’être battu à plates coutures ! Attendez que je maîtrise un brin ce fer à souder…

    – Ce club !

    – … et que je ne puisse défendre honnêtement mes chances.

    – J’en prends bonne note !

        Gévaudan éternua encore, se moucha, et Lynder se hâta de fuir le foyer à microbes qu’était l’appartement de son Capitaine.


*


        A l’origine, Movique avait été une planète entièrement verte, vue de l’espace.

        Au fil des siècles, elle était devenue plus colorée, avec ses milliers d’hectares de culture intensive, plates étendues à perte de vue. Et, à certaines taches plus sombres, on pouvait noter la localisation des galactopoles et la pollution grandissante.

        La Flotte avait noué des liens solides avec les Autorités de la planète, profitant des escales pour refaire provisions car Movique aimait le bruit des billets de banque dans une compteuse !

        Le Capitaine du Magnifique ne ferait que deux sorties sur le sol de Movique : une pour remettre le prix des marchandises souhaitées et une pour la visite d’une pisciculture.



23.


        Le Magnifique était en orbite de Movique. A bord du Wird on se préparait pour les voyages afin de remplir les entrepôts. Tout avait été strictement planifié, avec un maximum d’efficacité.



        Les vaccins dont le second du Magnifique avait parlé à son Capitaine avaient été amenés à bord via une navette médicale movicienne.

        Garen, Patryna et le labo d’analyses du Wird avaient contrôlé la composition du médicament, contre–vérifié leurs résultats afin de ne prendre aucun risque avec la santé des membres d’équipage qui auraient à fouler le sol movicien.

    – C’est obligé que ce soit dans la fesse ? grinça Gévaudan.

        Patryna lui dédia un éblouissant sourire, pistolet à injection à la main.

    – Je ne résiste jamais à avoir le nez à deux doigts d’un petit cul ferme et appétissant. Baissez votre pantalon.

    – Professeur Lovéral, vous êtes vulgaire et votre mine tout à fait lubrique, rit le jeune Loup.

    – Votre pantalon, insista–t–elle.

        Gévaudan fit mine d’hésiter, soupira, puis le fit glisser, très lentement.

    – Appréciez donc la marchandise !

    – Votre modestie n’a d’égale… que la rondeur parfaite de vos miches !

    – Bon, vous la plantez, votre aiguille, ou vous matez comme ça jusqu’à ce soir ?

    – Mais c’est terminé, sourit–elle. Oui, je confirme : un superbe fessier !

    – Voilà qui me rend vraiment service…

        La Chirurgienne pouffa.

    – Pakolle doit être heureuse.

    – Elle ne se plaint pas, fit Gévaudan en se rhabillant. Alors, vous êtes affirmative : ce vaccin n’aura aucun néfaste effet sur un brave petit Loup sans défense ?

    – Il n’entretiendra ni votre libido ni n’augmentera votre appétit. Bref, autant d’effet que si je vous avais injecté une solution saline.

    – Encore une souffrance endurée stoïquement et en pure perte. A ce soir, Patryna ?

    – Oui, je vous aurai préparé votre premier parcours de golf : six trous.

    – J’ai hâte.



        Lynder attendait son Capitaine sur le Pont d’Envol 1.

    – Il n’y aura aucune surprise lors de votre visite à Sansyl, la capitale movicienne, assura–t–il. Les entrevues avec le Gouverneur se passent toujours selon le même schéma, depuis des décennies, quel que soit le politicien élu ! Flattez–le, félicitez–le, tâchez d’obtenir quelques tonnes de provisions à titre gracieux et faites honneur au déjeuner auquel il vous conviera. Assurez–le de votre enthousiasme pour la visite de la pisciculture prévue au programme et revenez faire votre rapport, et au trot !

    – J’aime pas votre ton, s’amusa Gévaudan.

    – C’était le but… Pour que vous préfériez la compagnie du Gouverneur à la mienne pour les prochaines heures !

    – Ca, c’est vraiment pas compliqué comme challenge : n’importe qui, sauf vous !

    – Vous êtes d’une ingratitude…

    – Ah bon, je vous dois quoi ? gloussa le jeune Loup.

    – Ok, la prochaine fois que vous vous électrocutez avec votre propre jet, j’attends sagement l’équipe médicale au lieu de tenter la réanimation !

    – Très bonne idée, approuva Gévaudan.

        Il redevint sérieux.

    – Veillez bien sur le Magnifique. C’est quand nul danger n’est envisagé ou ne se profile qu’on est le plus vulnérable. Et ces zones font parties des plus dangereuses de la Frontière Ouest. Surveillez vos avants, arrières et vos flancs.

    – Comptez sur moi, Capitaine. Je peux aussi vous certifier que les banquets du Gouverneur sont un régal. Là, en toute sincérité, je vous envie.

    – Je tâcherai de vous ramener un petit quelque chose, promit Gévaudan avec un clin d’œil complice.

    – Du moment que vous laissez vos dernières quinte de toux là–bas, ça me va !

    – Souhait partagé… Et vous devriez mettre la pédale douce sur l’humour à la noix. C’est lassant, peu digne de votre QI et ça a le mérite par me mettre en boule à la longue, ajouta le jeune Loup d’une voix sifflante.

    – Désolé.

    – Vous n’êtes que le second du Magnifique, alors tâchez, de temps en temps de vous tenir à votre place. Je ne suis pas toujours d’humeur à supporter vos ironies de gamin des rues !

    – Désolé…

    – Vous avez peut–être commencé à m’estimer, un tout petit peu, mais ce n’est pas réciproque ! Occupez–vous de l’approvisionnement, c’est tout juste à la hauteur de vos capacités intellectuelles.

        Le jeune Loup tourna brusquement les talons, se dirigea vers sa navette et y monta. Laréna Fryskron, la cheffe de sa sécurité personnelle et l’aspirant Kanir Doblig l’accompagnaient.

    – Désolé, Gévaudan… Mais qu’ai–je dit ou fait qui outrepasse les limites de notre amitié naissante ? Autant pour moi, je n’aurais pas dû ajouter à la pression de cette nouvelle visite officielle.

        Mais Lynder était quand même blessé par la diatribe aussi inattendue que virulente de son Capitaine.



        Dans la navette, buvant verre d’eau sur verre d’eau, Gévaudan poussa un soupir d’ennui, desserra légèrement sa cravate. Il avait chaud et il espérait pouvoir survivre à son entrevue très policée avec le Gouverneur de Movique avant de perdre ses quelques bonnes manières.

    «  Lieutenant Sondral, si à mon retour vous continuez à me les briser menus, je vous dégrade et vous mets aux fers jusqu’à la fin de la Mission ! », se promit–il, d’humeur belliqueuse.


*

* *