CHAPITRE XI
17.
Garen et Patryna attendaient de pied ferme le contact avec Jarel Seydr ! Ils trouveraient bien le moyen pour que le Directeur du Centre Médical fasse enfin la lumière sur la mystérieuse quarantaine de Gévaudan et de Lynder !
– Toujours aussi ponctuels, Dr Byrklar, Professeur Lovéral, sourit Jarel.
– C’est une de nos nombreuses qualités, grogna le Médecin–Chef du Magnifique qui ne se sentait malgré tout guère en veine de diplomatie !
– Oui, et je reconnais également votre patience et votre pondération. Cela tout en demeurant fidèle à vos principes et vos objectifs.
– Revenons–en au sujet des ces trente dernières heures, coupa Patryna. Le Capitaine Kord…
– … et le Lieutenant Sondral vous attendent au Centre Médical. J’envisageais de les renvoyer à leur navette, mais je pense que vous aurez envie de constater de visu que nous ne leur avons rien fait de mal avant qu’ils ne reviennent à bord du Magnifique ! Je vous remercie encore pour votre coopération dans ces moments difficiles, pour tous, je vous l’assure !
– La Professeur Lovéral et moi seront là dans deux heures !
Et ce fut au tour de Garen d’interrompre le contact. Il leva un regard stupéfait sur Patryna.
– J’avoue que je ne comprends plus… Hier, ce Seydr nous consignait à notre propre bord et ce matin il nous ouvre son Centre !
– Qu’importe. On va récupérer Gévaudan et Lynd ! Je profiterai du court trajet pour préparer tous les tests à leur faire passer dès leur retour.
– Je prends Lynder et toi Gédy ?
– Oui, c’était bien mon intention, répondit–elle puisqu’elle était celle qui connaissait le mieux les particularités biologiques de Gévaudan.
Soulagés, mais toujours aussi suspicieux envers l’édolien, Garen et Patryna se rendirent au Pont d’Envol 4 pour su rendre sur la petite planète laiteuse.
*
Tout comme leur Capitaine et son second avant eux, Garen et Patryna ressentirent un profond malaise à la vue des rues impeccables et quasi vides d’Edolan.
– Le Louveteau était dans son élément à Nymie, quand il cherchait la Magicienne. Ici, il a dû se sentir complètement perdu ! Lynder un peu moins…
De la tête, Garen approuva.
– Lynd a eu une enfance et une adolescence extrêmement difficiles. Qu’il en parle si peu est significatif… Même dans les moments de détente que nous avons partagés toutes ces années, il n’a lâché que quelques mots à ce sujet… Comme si sa vie n’avait commencé qu’avec son entrée à l’Académie de la Flotte !
– Tu veux dire qu’à toi, son meilleur ami… ?
– Et pas davantage à Vyld dont il était encore plus proche. De toute façon, si ça avait été le cas, Vyld n’aurait pas trahi les confidences de Lynd !
Garen et Patryna ne dirent plus rien jusqu’à ce que la limousine les dépose devant le Centre Médical d’Edolan où Jarel Seydr était sorti à leur rencontre.
– Ravi de faire votre connaissance. Désolé que ce soit en ces circonstances un peu particulières.
– Nous de même. Où sont le Capitaine Kord et le Lieutenant Sondral ?
– Suivez–moi, je vous conduis à la chambre où on les a installés juste après la sortie de Quarantaine.
Après le vide des rues d’Edolan, les infirmiers robots identiques firent encore une impression peu agréable aux deux médecins du Magnifique. Comme beaucoup, ils avaient l’habitude des humanoïdes et des clones, mais ils ne s’y étaient jamais vraiment faits !
L’ascenseur déposa Garen, Patryna et Jarel au dix–septième étage du Centre Médical. Les deux médecins du Magnifique s’abstinrent de faire remarquer que c’était bien haut et bien perdu dans un hôpital désert ! Cela devait avoir rapport avec l’emplacement du labo d’analyses et le lieu de Quarantaine.
De son badge, Jarel Seydr ouvrit plusieurs sas qui donnaient accès à un petit couloir débouchant dans une pièce ronde où s’ouvraient les portes de cinq chambres.
– A droite celle du Capitaine Kord, à gauche, celle du Lieutenant Sondral. On vient de ramener leurs uniformes et leurs objets personnels d’un dernier passage en décontamination.
Bousculant presque le Directeur du Centre Médical, Garen alla auprès de Lynder et Patryna alla voir Gévaudan.
Gévaudan grogna.
– Vous ne trouvez pas que j’ai eu mon compte de piqûres ?
Patryna sourit.
– Je préfère vous prélever du sang ici, pour le faire analyser à bord du Magnifique. Opération que je recommencerai afin de comparer les résultats avec autre une prise de sang dans notre environnement habituel.
– On dirait que vous ne faites pas confiance à la médecine supérieure des édoliens ? remarqua le jeune Loup avec un sourire.
– Je réserve mon opinion. Je suis toujours prudente face à ce que je connais mal, dit prudemment la Chirurgienne. Je ne sais pas pour vous qui êtes au milieu de cette mésaventure, mais vu de l’extérieur, elle n’est pas très claire !
– Ah bon ? Qu’est–ce qui peut vous donner à penser que… ?
– Si vous me disiez un peu ce qui s’est passé ? préféra questionner Patryna.
– A part que Seydr a fait tout un fromage de trois fois rien, gloussa Gévaudan avec un haussement des épaules. Il nous faisait visiter le labo d’analyses – vous vous y sentiriez comme un poisson dans l’eau et vous prendriez du sang à tous les membres d’équipage rien que pour utiliser ces appareils de pointe – quand une alarme a retenti. Entre salle de décontamination, examens, prise de sang ou autres prélèvements, Lynder et moi nous sommes royalement ennuyés, enfermés dans une salle transparente puis ici. Enfin, j’imagine que Lynder a subi les mêmes manipulations puisque je ne l’ai pas encore revu… Il va bien ?
– Le Dr Byrklar est avec lui, renseigna Patryna en achevant d’examiner Gévaudan. Vous pouvez vous habiller, Capitaine.
Elle n’avait rien remarqué de particulier, pour une observation rapide. Traces de piqûres, de cuti, ou autres légères rougeurs s’expliquaient par la liste de tests pratiqués dont on lui avait fourni la copie. Mais elle vérifierait tout plus tard !
Le jeune Loup semblait en tout cas en bonne forme physique, parfaitement lucide, ne se plaignant d’aucun test un tant soit peu suspect. Il avait faim, mais ça c’était une constante invariable !
Gévaudan sangla son ceinturon.
– Je crois qu’on peut considérer la visite comme terminée. Rentrons à bord du Magnifique. Je commence vraiment à en avoir mon saoul d’Edolan !
– Je vous comprends.
Lynder semblait dans les mêmes excellentes dispositions que le jeune Loup.
– Vous pouvez regagner votre bord, Capitaine, Lieutenant, assura Jarel Seydr qui avait reçu les rapports des deux équipes médicales qui avaient pris en charge le Loup et l’Humain. S’il y avait le moindre problème, nous pouvons nous rendre au Magnifique.
– Je pense que nous nous en sortirons, fit très vite Garen. Surtout qu’ils vont bien, comme vous venez de nous le dire. Capitaine, ordre de retourner chez nous ?
– On décolle !
18.
Puisque l’on était en escale, le Médecin–Chef du Magnifique avait pu suspendre sans risques son Capitaine et son second, le temps de contre–vérifier tous les tests qu’ils avaient subi au Centre Médical.
Les virologues du Wird avaient approuvé l’exposition à des bacilles de worélia – mais sans aucune commune mesure avec leur virulence lorsqu’ils avaient décimé Edolan lors de la récente épidémie. Ils avaient approuvé les tests et autres examens pratiqués sur Gévaudan et Lynder.
Garen et Patryna avaient cependant toujours du mal à croire que le Directeur du Centre Médical leur avait dit la vérité ! Le silence des heures de quarantaine continuait de les perturber, la seule fausse note, et ils continuaient de chercher un indice qui aurait indiqué ce qui était arrivé aux deux officiers, ce qu’on avait pu leur faire.
Gévaudan et Lynder s’étaient soumis de bonne grâce à toutes les manipulations, étrangement fort peu agacés par leur long isolement et la répétition de tous les prélèvements ! C’était peut–être ça qui intriguait le plus le Médecin–Chef et la Chirurgienne ; surtout de la part du jeune Loup qui n’était pas un ange de patience !
Rendant les armes, n’ayant rien trouvé de physiquement inquiétant, rien dans les analyses de sang et autres ponctions, Garen et Patryna n’avaient plus eu à redire – et n’avaient de toute façon pas pu empêcher Gévaudan et Lynder d’aller faire leurs adieux au Premier Conseiller Prym Dobb.
– On se serait trompés ? soupira Garen. J’ai du mal à le croire !
– Moi aussi. Mais, notre antipathie viscérale pour Jarel Seydr a peut–être brouillé notre jugement, fit Patryna en soufflant sur son thé aux fruits.
– Rien ? Tu n’avais vraiment rien trouvé auprès du Louveteau ? insista le Médecin–Chef.
– Hormis qu’il est un peu trop joyeux et accommodant, non ! Il ne s’est pas offusqué, pas un instant, de tout ce que l’équipe médicale du Centre Médical lui a fait subir alors qu’il n’y avait que présomption de contamination et que ces bacilles partis en goguette lors de la chute de ces éprouvettes n’auraient pas fait éternuer un souriceau !
– Idem pour Lynder, convint Garen. Les traces d’aiguillon dans sa nuque étaient peut–être pour des euphorisants, destinés à lui faire supporter cet isolement, et qui explique son excès de bonne humeur ; même si je n’ai pu identifier ce qui a été injecté, il n’en subsiste plus rien dans leur sang.
– Gévaudan n’a qu’une seule trace. Mais il est tout aussi guilleret, ce qui n’est pas vraiment un trait de la personnalité des Loups. Pas à ce niveau d’intensité.
Garen écrasa sa cigarette.
– Ca passera. Et l’essentiel est qu’ils aillent bien, non ?
– Oui. Ils « ont l’air » d’aller bien… Je n’aime pas ce que je ne comprends pas !
– Tout comme moi, mais nous avons épuisé notre stock d’idées et de tests. Et je doute que le Capitaine ou le Lieutenant nous laissent tout recommencer, au cas où quelque chose nous aurait échappé !
– Je préfère éviter d’avoir à faire cette suggestion au Louveteau, sourit Patryna. Ca le rendrait grincheux illico ! Et ça, c’est la version optimiste de sa réaction !
Garen se leva.
– Je reverrai tous ces résultats à tête reposée et avec un peu de recul.
– Moi aussi !
*
Les légumes crus avaient eu raison de la bonne humeur de Lynder qui avait retrouvé tout son sang–froid habituel !
Gévaudan écoutait Prym Dobb qui parlait tout seul, vantant encore une fois les qualités infinies de sa planète, du mode de vie des édoliens et de la protection bienfaisante des semi–dieux Ordals.
Le discours était connu, aussi Gévaudan et Lynder y prêtèrent une inattentive oreille jusqu’à ce qu’ils prennent congé de leur hôte pour retourner sur le Magnifique. Lynder sur ses talons, le jeune Loup put enfin tourner le dos à cette planète idéale et déshumanisée !
Sur une paroi du dôme, l’image du Magnifique apparaissait, s’éloignant de Edole.
Wand, Werk et Wolp ressentaient une impression d’inachevé. Ils n’avaient pas osé retenir trop longtemps Gévaudan et Lynder, avaient eu peur que la colère de la Flotte ne retombe sur les édoliens. Ils avaient eu l’intention de les garder bien plus longtemps, mais les communications surprises entre Jarel et les médecins du Magnifique les avaient convaincu de s’arrêter.
Les trois Ordals étaient perplexe. Le jeune Loup avait eu d’étonnants propos, assertions. Il avait semblé sincère même si en temps que prisonnier il avait joué pour rester en vie, ignorant les intentions de ses ravisseurs ! Il n’était pas non plus représentatif de toute la Flotte. Mais il n’en demeurait pas moins le Porteur du Médaillon et cela demeurait préoccupant.
Les semi–dieux devaient reprendre contact avec lui !
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