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Gévaudan 9 : Les manipulateurs d'esprit

Par Usha

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Table des matières
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CHAPITRE IX




15.


    – En quarantaine ? Comment ça en quarantaine ? !

        S’il avait été physiquement présent, et non sur l’écran de son ordinateur, Garen Byrklar aurait été très tenté de secouer le décharné Directeur du Centre Médical d’Edolan !

        Patryna Lovéral, la Chirurgienne du Magnifique semblait partager cette envie face à l’obstruction que Jarel Seydr leur opposait avec une farouche détermination.

    – Je vous le répète, docteur, professeur : il y a eu contamination au laboratoire d’analyse lors de la visite de votre Capitaine et de son second. Par précaution, j’ai fait boucler tout l’étage. Il va de soi que les quelques humains présents font à présent l’objet d’examens approfondis afin d’écarter tout risque pour leur santé, ou la vôtre si nous les laissions repartir trop tôt.

    – Le Médecin–Chef et moi savons parfaitement ce qu’est une quarantaine et quelle en est la procédure, gronda Patryna. Nous comprenons la situation dans laquelle vous vous trouvez. Nous apprécions les moyens que vous avez mis en œuvre pour la résoudre. Cependant, notre demande d’être en contact avec notre Capitaine et notre second est tout à fait légitime. Après tout, nous pourrions vous aider ?

    – Nous sommes médicalement bien plus avancés que vous, contra Jarel avec un sourire de fierté. Faites–nous donc confiance.

    – Cela ne fait guère partie de notre nature, jeta Garen. Quarantaine ou pas quarantaine, il est toujours possible d’entrer en communication !

    – Et qui d’autre est en quarantaine ? s’enquit Patryna.

    – Savel Vek est isolé avec le Capitaine Kord et le Lieutenant Sondral.

    – Etablissez–nous une communication ! intima Garen qui était à présent la personne la plus influente à bord du Magnifique.

    – Nos labos, tous nos labos, fonctionnent en circuits fermés. Cela afin d’éviter tout piratage extérieur. En cas d’alerte bactériologique ou virale, l’étage se verrouille automatiquement. Il faut du temps pour rétablir le contact.

        Hors du champ de la caméra, Patryna faisait la grimace.

    – Si le Capitaine, notre second et M. Vek sont les seuls humains pris au piège de votre labo d’analyses, qui s’occupe d’eux ? s’inquiéta–t–elle.

    – Les chimistes et infirmiers robots sont parfaitement qualifiés pour cela, assura le Directeur du Centre Médical. Ils ont été programmés pour faire face à toutes les éventualités. Pourquoi croyez–vous donc que nous avons une antenne médicale parfaitement autonome à l’étage de chacun de nos labos ?

    – Nous l’ignorions, reconnut Garen. La Professeur Lovéral et moi allons nous rendre à Edolan !

    – Je vous assure que c’est parfaitement inutile, insista Jarel Seydr.

    – Permettez–nous de ne pas en être persuadés et de nous inquiéter pour nos officiers supérieurs, aboya Patryna qui n’appréciait guère de se faire tenir la dragée haute par un homme pesant la moitié de son poids. J’accompagnerai le Dr Byrklar, tenez–vous–le pour dit !

        Jarel haussa les épaules.

    – Présentez–vous si cela vous tient autant à cœur… Mais vous ne pourrez pas franchir les barrages de sécurité ! Vous n’approcherez pas à deux étages en–dessous et au–dessus de celui du labo d’analyses !

    – Pourquoi les communicateurs du Capitaine Kord et du Lieutenant Sondral ne répondent plus ? questionna Garen qui ne savait par quel bout entamer le bloc de volonté qu’était son famélique interlocuteur.

    – Je l’ignorais, répondit le Directeur du Centre Médical. Les infirmiers ont dû conduire votre Capitaine et votre second en salle de décontamination et se débarrasser de tout ce qu’ils portaient.

    – Logique. Mais ces appareils ne pouvaient propager la moindre infection, ajouta Patryna. Excusez–moi, M. Seydr, mais je n’adhère pas totalement à votre histoire !

    – J’en suis désolé pour vous, Professeur Lovéral. J’admets que ces nouvelles ne sont guères réjouissantes pour vos officiers supérieurs, mais nous ferons tout pour qu’ils regagnent votre bord en parfaite santé et le plus tôt possible ! Je vous rappellerai ce soir à 21h, pour les premières nouvelles.

    – Non, attendez !

        Mais, unilatéralement, Jarel avait interrompu la communication.



        Garen jouait avec un élastique.

    – Et maintenant, on fait quoi ? On envoie Tolman Vrande et ses Commandos en Alerte Biologique ?

    – Je crains malheureusement que cela ne serve pas à grand–chose, soupira Patryna. Sans compter que nous violerions le sol édolien, l’espace privé du Centre Médical, et que cela serait assimilé à une rupture des Conventions… Bref, l’Incident Frontalier dans toute sa splendeur.

    – Oui, ça c’est la théorie, aboya Garen. Patryna, tu as des doutes sur l’histoire de Jarel Seydr. Moi j’ai la très désagréable sensation que cette excuse de contamination cache une sinistre réalité… J’irais jusqu’à l’hypothèse de l’agression du Louveteau et de Lynder.

    – Un peu extrême malgré tout, temporisa Patryna. Si tel était le cas, ce serait une action bien pire que celle que tu envisageais il y a un instant, ajouta–t–elle. S’en prendre physiquement au Capitaine et au second d’un Wird, et c’est prendre le risque d’avoir toute la Flotte à dos ! En fait, si guet–apens il y a eu, je ne vois vraiment pas quel bénéfice les édoliens peuvent en tirer !

    – Je ne peux qu’abonder dans ton sens… Et ça m’inquiète sans nul doute encore !

        Patryna secoua la tête.

    – Quoi que Seydr dise ce soir, nous irons au Centre Médical dès demain. J’espère qu’il ne sera pas trop tard, mais Seydr a raison sur un point : l’alerte de quarantaine mise en route, on ne pourra ni approcher ni communiquer avec Gévaudan et Lynder, et inutile d’espérer les voir… Si seulement je pouvais imaginer ce qui se passe dans ce Centre Médical !

        Patryna et Garen échangèrent un regard d’impuissance et de colère.


*


        Assis en face du Directeur du Centre Médical, Savel buvait un jus de fruits.

    – Ont–ils cru à votre boniment ?

    – Pas un instant ! Et, même si un léger doute subsiste, ils ne peuvent que s’incliner devant les mesures de la quarantaine ! Je pourrai les tenir en respect deux, trois jours au grand maximum !

    – J’espère que les semi–dieux en auront fini d’ici là. Que peuvent–ils bien vouloir au Capitaine Kord et au Lieutenant Sondral ?

    – Au second du Magnifique, certainement rien ! Mais il était là, alors à défaut de pouvoir l’écarter, ils ont bien dû l’embarquer aussi. Seul le Loup les intéresse.

    – Mais, comment avez–vous su qu’il fallait les prévenir ? interrogea le secrétaire du Premier Conseiller.

    – Vu qu’ils crèchent au–dessus de ma tête, j’ai beaucoup de contact avec les Ordals. Ils ont été très agités quand il y a cette histoire de vortex, de Gardiens et de Mid–Frontière. Ils n’arrêtaient pas de parler de ce Médaillon. Ils m’ont même montré des tablettes avec une représentation. Je m’en suis donc souvenu quand j’ai vu ce bijou au ceinturon du Capitaine du Magnifique ; j’avais complètement oublié que c’était lui qui avait conduit les deux escadres. Mais j’ignore ce qu’ils lui veulent ! Je n’ai de toute façon pas à leur poser la moindre question !

    – J’espère qu’ils nous rendront vite les deux officiers du Magnifique. On ne peut pas risquer d’envenimer nos relations qui ne font que commencer avec la Flotte !

    – Franchement, Jarel, je préfère de loin ne pas irriter nos semi–dieux plutôt que cette Flotte qui ne semble guère à la hauteur de toutes les promesses déjà faites.

    – Voilà pourquoi je n’ai pas hésité un instant ! sourit le Directeur du Centre Médical. Je savais qu’en bloquant mon ascenseur leur premier réflexe serait d’utiliser l’interphone, sauf qu’en mode Intrusion ça active le gaz anesthésiant.

    – Ingénieux même s’il n’y a pas eu la moindre alerte depuis des décennies !

    – On n’est jamais trop prudent.

        Savel consulta sa montre.

    – Je sais que le Premier Conseiller a avalisé mon séjour ici, le temps de cette « quarantaine », mais je ne sais vraiment que faire… Je ne peux activer aucun de mes codes informatiques, s’ils nous ont mis sous surveillance, ceux du Wird les repéreraient et ça ficherait tout en l’air !

    – Je ne peux que vous proposer la bibliothèque ou la télévision. Sinon, il vous reste la méditation.

    – En temps ordinaire, cela me remplirait de joie d’avoir du temps libre. Mais étant cloîtré ici, je vois les choses sous un tout autre angle !

    – Désolé, mais il me fallait quelqu’un pour accréditer mon excuse, fit Jarel. Après tout, nous sommes les deux seuls humains de ce bâtiment !

        Savel Vek fronça les sourcils.

    – Vous croyez que les semi–dieux vont faire du mal aux officiers du Magnifique ?

    – Je ne suis pas dans leurs secrets. Je me suis contenté de leur rendre service dans la mesure de mes moyens et de leur procurer ce qu’ils voulaient. Mais, étant médecin avant tout, je ne peux que souhaiter que nulle atteinte physique et mentale ne soit imposée au Loup et à son second, ajouta Javel. Mes infirmiers robots sont avec eux, mais ils obéiront à tous les ordres des Ordals. L’éthique médicale passe après la soumission aux désirs des semi–dieux. Bon, j’ai des conférences à préparer puisqu’il n’y a nul malade à soigner depuis l’épidémie ! Désolé de vous chasser, Savel, mais j’ai besoin de documentation et de calme.

    – Je vais dans mon appartement.

        Le Directeur du Centre Médical activa ensuite ses documents holographiques de référence et prépara ses discours et démonstrations aux chercheurs d’Edole.

        Il ne s’interromprait que pour se restaurer et reprendre contact avec le Médecin–Chef et la Chirurgienne du Magnifique.


*


        Toujours aussi soucieux, Garen et Patryna étaient au rendez–vous fixé via webcam par Jarel Seydr.

    – Dr Byrklar, Professeur Lovéral, vous êtes ponctuels.

    – Vous aussi. Vous allez nous mettre en communication avec le Capitaine Kord et le Lieutenant Sondral maintenant ?

    – Je suis toujours aussi désolé de ne pouvoir accéder à votre légitime requête. La quarantaine…

    – Oui, on sait ! fit sèchement Garen, tout en s’efforçant de conserver son calme. Mais votre réseau informatique interne fonctionne, les informations doivent bien circuler d’une section à l’autre. C’est élémentaire !

    – Quand j’ai dit « verrouillage total », c’est blocage complet, siffla le Directeur du Centre Médical. Autant pour éviter la panique que les faux espoirs, mes prédécesseurs et moi–même avons instauré cette interruption des communications.

        Au moins, on ne pouvait pas reprocher à Jarel d’être illogique avec sa théorie !

    – Vos officiers supérieurs sont entre les mains de mon équipe médicale. Ils vous seront rendus dès que possible, assura–t–il. Vous avez ma parole, même si vous y accordez peu d’importance, ce que je peux comprendre. A demain, 8h.

        Et une fois de plus, Javel coupa l’appel de son seul chef.

        Garen se tourna vers Patryna.

    – Demain à 8h, nous nous rendrons au Centre Médical d’Edolan.

    – Je dirai à Tolman Vrande et à ses Commandos de se tenir prêts, au cas où, assura–t–elle.

        Le Médecin–Chef et la Chirurgienne du Magnifique feraient tout pour y ramener leur Capitaine et son second.


*

* *





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