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Gévaudan 9 : Les manipulateurs d'esprit

Par Usha

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Table des matières
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CHAPITRE VIII




13.


        Levé à l’aurore chronologique du Magnifique, Gévaudan s’était apprêté sommairement puis s’était rendu au Mess des officiers pour son petit déjeuner.

        Lynder était attablé tandis que Karis et Harvil achevaient leur repas. Le Capitaine du Wird s’installa face à son second et Malvin accourut pour lui apporter un bol de yaourt tandis qu’il faisait chauffer son litre de lait et qu’en Cuisines on achevait de préparer la commande que le jeune Loup avait passée depuis son appartement.

    – Auriez–vous faim, Lynder ? ironisa Gévaudan.

        Le jeune homme avait déjà avalé deux œufs au miroir, avait continué avec viande et légumes grillés, et envisageait de terminer avec trois assortiments de desserts aux fruits.

    – Si vous voulez me faire concurrence, il faudra faire beaucoup mieux, ajouta encore Gévaudan.

        Karis sourit.

    – Je crois qu’au vu des heures qu’il va devoir passer à Edolan notre cher second redoute quelque peu le menu qui lui sera servi à midi !

    – Quelque chose contre les légumes crus ? pouffa Gévaudan en se jetant sur son saumon grillé.

    – Moi non… Mais mon estomac a beaucoup moins apprécié ! Et après un premier aperçu des coutumes édoliennes, je suis presque certain qu’au Centre Médical on aura droit à trois gélules et une poignée de cachets en guise de repas !

    – C’est pas idiot comme supposition…

    – Merci, Gévaudan, trop aimable.

        Gévaudan ricana, fit une pause avec un bol de crème épaisse et enchaîna avec des petites côtes rôties, des salades composées et une pyramide de fruits.



        Gévaudan était repassé par son appartement, avait enfilé sa tunique, noué son écharpe et bouclé son ceinturon.

        Il ouvrit le tiroir de sa table de nuit et toucha prudemment son Médaillon. Il ne sentit que le contact froid du métal précieux et, rassuré, attacha le bijou à son ceinturon. Ce n’était plus qu’un ornement, mais le jeune Loup se sentit moins « nu » que la veille !

    – Transporteur ! Pont d’Envol 3.


*


        Avec un manque complet d’enthousiasme, Gévaudan et Lynder étaient remontés dans la navette du Capitaine du Magnifique pour retourner à Edolan !

        Et après leur premier contact, Gévaudan et Lynder furent à peine étonnés par le Centre Médical de la galactopole.

        Immense tour immaculée, en forme de pyramide étroite et tronquée en son sommet – où un parallélépipède en cristal était relié à quatre minces câbles partant de hautes pointes en métal, le Centre se dressait au milieu d’une place aussi vaste que vide.

        Savel Vek, le secrétaire du Premier Conseiller, attendait le Capitaine et le second du Magnifique à leur descente de limousine.

    – Ravi de vous revoir.

    – Plaisir partagé, mentit Gévaudan.

        Savel les précéda dans un hall d’accueil, au plafond très haut. Les murs de l’accueil étaient entièrement vitrés, aussi la lumière était–elle intense, un peu éblouissante.

        Les trois personnes qui se trouvaient près d’une borne, étaient trois infirmiers robotisés à forme humanoïde, rigoureusement identiques.

    – Pourquoi un Centre Médical aussi vaste, pour aussi peu de monde ? questionna Gévaudan. Depuis l’astroport on n’a pas vu dix personnes. Et cet hôpital est désert !

    – Vous avez pourtant vu les enregistrements de la période d’épidémie, objecta Savel. Les victimes affluaient ici par centaines ! Tous les jours !

    – Et elles sont passées où ? insista Lynder. Elles sont mortes ?

    – Pour préserver la pureté de la surface, la population vit sous terre, dans sa grande majorité, expliqua le secrétaire du Premier Conseiller, avec une visible réticence.

    – Et pour qui préserver l’environnement si vous vivez tous sous la cité ? grinça Gévaudan.

        Savel Vek retint à grand mal une grimace de contrariété.

    – Nos semi–dieux ont établis des règles strictes pour que nous cohabitions en bonne entente.

    – Vos semi–dieux ?

    – Oui, Lieutenant Sondral. Les semi dieux étaient là avant que nous nous installions sur cette petite planète. Ils ont toléré notre présence, mais en érigeant toute une série de conditions ! Les semi dieux – ils disent appartenir à la Caste des Ordals – nous accordent leur protection, leur amour, préservent la fertilité de ce sol. En contrepartie, nous devons développer la technologie à son paroxysme afin qu’Edole demeure préservée de toute impureté étrangère. Mais parfois, il y a des écueils : comme l’épidémie. Nous avions construit un immeuble sur un sol sacré.

        A part lui, Gévaudan songea que cela se rapprochait de la malédiction de la Magicienne, ainsi que ceux de Nymie l’avaient interprété après leur pêche de nuit des poissons d’or et l’empoisonnement de l’eau du lac qui avait suivi.

        Effectivement, comme cette même Magicienne le lui avait dit au début de la mission, Gardiens et autres créatures surnaturelles étaient tous liés et les croyances des uns et des autres ne pouvaient que se recouper sur de nombreux points !



14.


        Jarel Seydr était le Directeur du Centre Médical. Et si Prym Dodd avait paru maigre, Jarel était squelettique, le cheveu rare, donnait l’impression qu’il allait se casser au moindre mouvement.

    – Légumes crus et gélules pour repas, je dois avoir deviné juste, misère ! murmura Lynder à l’oreille de Gévaudan.

    – Hum, je vais instaurer ce régime à bord dès notre retour, gloussa ce dernier.

    – Bienvenue au Centre Médical, fit Jarel en tendant la main.

    – Enchanté.

    – Je vais vous faire personnellement visiter nos principales Sections. Evidemment, c’est très calme, très vide, en ce moment. Mais même au repos je suis certain que nos machines vous impressionneront.

        Le regard du directeur du Centre Médical semblait attiré par le Médaillon.

    – Ce bijou plairait à nos semi–dieux.

    – Ah, parce que s’ils vous interdisent les parures, ils ne les dédaigneraient pas, eux ? ne put s’empêcher de persifler Gévaudan.

    – Que ferions–nous de bijoux ? rétorqua simplement Jarel.

    – Que ferions–nous de bijoux ? rétorqua simplement Jarel. Cela ne pourrait qu’engendrer convoitise ou autres sentiments impurs. Mais j’apprécie les belles choses. C’est pour cela que je m’oblige d’autant plus à une vie ascétique.

    – Je constate, fit Gévaudan dont le regard avait parcouru la pièce : trois murs et une paroi vitrée, totalement vide, hormis le bureau et l’ordinateur qui tenait davantage de l’hologramme.

    – Mais ne vous frappez pas, Capitaine. C’est ma vie, je l’aime et elle me comble.

    – Tant mieux, en ce cas.

        Jarel Seydr se leva.

    – Nous allons débuter la visite par le laboratoire de recherches, à l’avant–dernier étage. Prenez mon ascenseur privé. Je vous rejoins dans quelques minutes, une urgence, s’excusa–t–il en consultant l’écran de sa montre qui s’était mis à clignoter.

        Un massif infirmer robot conduisit Gévaudan et Lynder à l’ascenseur du bout du couloir, retint les portes pour les laisser passer, ne glissa le bras à l’intérieur que pour appuyer sur le bouton du quarante–neuvième étage.



    – Vous êtes sûr qu’il faut garder les édoliens sur la liste des escales ? soupira Gévaudan. Ces gens ont une fâcheuse tendance à me taper sur le système !

    – Vous n’êtes pas le seul, Capitaine. Mais accepter les diversités de culture, de coutumes et de croyance fait partie de nos obligations, ajouta Lynder. Après tout, s’ils devaient se mêler à nous, je pense qu’ils auraient beaucoup plus de mal à s’habituer que nous à eux…

    – Plus que probable. Mais, je doute qu’ils aient seulement envie de quitter l’orbite de leur planète !

    – Très juste aussi. Bon, la visite risque de s’éterniser – comme notre circuit touristique hier – je vais avertir Mabil de ne pas nous attendre trop tôt et de nous garder du dessert !

    – Faites… surtout pour le dessert !

    – La communication ne passe pas, marmonna le second du Magnifique après quelques essais. Ascenseur ou pas, je devrais pouvoir joindre la Passerelle.

    – Pas de réseau ? suggéra Gévaudan.

    – Je dirais plutôt que le communicateur ne s’active même pas.

        Le jeune Loup sortit le sien.

    – Idem, constata–t–il, que ce soit vocalement ou via le clavier.

        La cabine de l’ascenseur s’arrêta, sans la moindre secousse.

    – Allons bon, c’est quoi à présent ? ronchonna Gévaudan en cher–chant l’interphone pour signaler leur situation.

        Il enfonça la touche d’appel, ce qui, avec raison ou non, fit jaillir des nuages de gaz depuis des orifices invisibles au niveau du sol.

        C’était totalement inodore mais déjà le Capitaine et le second du Magnifique sentaient la tête leur tourner, de plus en plus vite.

    – Le Magnifique, essayez encore, souffla Gévaudan en pianotant toujours sur le tableau de commandes de l’ascenseur.

        Les boutons des étages, d’alerte ou d’arrêt ne répondaient pas tandis qu’en quelques secondes la fumée pâle avait envahi toute la cabine.

    – Impossible… fit Lynder avant de tomber, inconscient.

        Gévaudan tenta encore de résister au gaz mais ses dernières forces l’abandonnaient et, perdant connaissance à son tour, il s’effondra au côté de son second.

        La cabine se remit en route, mais vers le cinquantième étage cette fois.



        Les trois petits êtres avaient un visage rond, très allongé, totalement dépourvu de poils et leurs yeux n’étaient que deux grandes billes noires. Leurs mains avaient quatre doigts et se terminaient par des ventouses

        Ils se penchèrent sur Gévaudan et Lynder, inanimés au sol, leur regard se portant sur le côté gauche du jeune Loup. Les pupilles rondes et sombres se dilatèrent.

    – Oui, c’est bien le Médaillon, fit une voix aux accents métalliques.

    – J’ai improvisé car j’ai failli manquer de temps pour les stopper, s’excusa Jarel Seydr à l’adresse des deux étranges petites créatures qui l’entouraient.

    – Cela aurait été plus que fâcheux ! gronda l’un des petits êtres avec colère.

    – Nous ne sommes absolument pas prêts, renchérit son compagnon. Pourquoi personne ne nous a parlés du Médaillon hier ?

    – Le Loup ne le portait pas, fit Savel Vek.

    – On a besoin de temps, répéta la curieuse créature.

    – Ce gaz est puissant et va les faire dormir des heures, assura Jarel. Mais je peux les garder en isolement jusqu’à ce que…

    – Hors de question qu’on les perde de vue à présent. On les emmène immédiatement. Nous saurons nous en occuper, croyez–moi.

    – Heu, si vous leurs faites du mal, la Flotte risque de nous…

    – On vous les rendra. Débrouillez–vous simplement pour justifier leur absence.

    – Combien de temps ? insista le Directeur du Centre Médical.

    – Nous ne savons pas encore.

    – Je m’arrangerai promit Jarel.

    – Comptez sur moi aussi, ajouta Savel Vek. Personne ne viendra vous déranger.

        Les deux édoliens se dirigèrent vers un ascenseur dont les portes s’ouvraient sur quatre infirmiers robots qui amenaient des chariots sur lesquels ils allongèrent et sanglèrent le Capitaine et le second du Magnifique.

        Une porte s’ouvrit au fond du couloir et les créatures ouvrant le passage, ils se retrouvèrent sur le toit du Centre Médical, juste sous le parallélépipède en cristal.

        Les trois petits êtres tendirent un doigt ventousé vers l’énorme bloc. Une colonne lumineuse en jaillit et ils s’y précipitèrent, suivi par les infirmiers faisant rouler les chariots avec leurs prisonniers.

        Tous disparurent, téléportés à l’intérieur du rectangle opaque.


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