In Libro Veritas

Gévaudan 9 : Les manipulateurs d'esprit

Par Usha

Cette oeuvre est mise à disposition du public sous un Contrat Creatives Commons (by-nc-nd)

Vous êtes en mode de lecture plein écran. Cliquez sur le lien suivant si vous souhaitez afficher la version classique de cette oeuvre

Table des matières
Que pensez vous de cette oeuvre ?

CHAPITRE VI




10.


        Lynder leva les yeux vers l’entrée du Pont d’Envol 7.

    – Alors, elle arrive cette équipe médicale ! ? hurla–t–il sans cesser son massage cardiaque.

        Il se pencha à nouveau sur les lèvres de Gévaudan pour lui transmettre son propre souffle puis reprit les pressions sur sa poitrine.

    – Revenez, Louveteau ! pria–t–il tout en poursuivant la réanimation.

        Gévaudan eut enfin un sursaut, rouvrit les yeux.

    – Ca va aller, assura Lynder. Ecoutez–moi, accrochez–vous !

        Le jeune Loup eut quelques mouvements sporadiques tandis que Lynder tentait de le calmer avec des gestes doux, de l’empêcher de trop surcharger d’informations son cerveau qui se remettait à fonctionner.

    – Le vortex… Est–ce que le Magnifique a pu passer le vortex avant de se désintégrer ? souffla Gévaudan.

    – Pas de vortex. C’est le Noir 1 qui a explosé, rectifia Lynder en fronçant les sourcils. Le Magnifique va très bien !

        Gévaudan ferma les yeux, tentant de réfréner les vagues de douleur qui lui parcouraient tout le corps.

    – Vyld peut reprendre le contrôle de Magnus, bafouilla–t–il encore. C’est son Magnifique. Dites–lui qu’il doit… Vyld, il faut qu’il… Il faut lui dire…

    – Du calme, Gévaudan, fit Lynder, très inquiet. Voilà Garen, murmura–t–il en maintenant sa paume sur le front de Gévaudan. Vous ne risquez plus rien.

    – Tout va aller mieux, assura Garen tandis que son équipe s’activait autour du blessé, le ballonnant au masque, plaçant électrodes, perfusions de sérums et d’analgésiques, entourant ses mains brûlées de pansements gras.

        En peu de mots, Lynder rapporta les dernières minutes.

    – Il est assez… incohérent, ajouta le jeune homme.

    – Ca n’a rien d’étonnant après avoir secoué ainsi ! Cet éclair aurait pu le foudroyer sur le coup… et l’explosion l’achever si tu n’étais intervenu ! On va s’occuper de ses blessures physiques d’abord. Pour les… divagations, on verra plus tard si elles persistent. Sois sans crainte, Lynd, il va s’en sortir !


*


        Mais le second du Magnifique n’était pas totalement rassuré quand il vint au Centre Hospitalier, le lendemain de l’accident sur le Pont d’Envol.

    – Comment va–t–il, Garen ?

    – Il a eu un sommeil agité, mais il s’en tire à bon compte après ce choc. Je pourrai lui permettre de quitter le Centre demain, après–demain au plus tard. Et repos complet une semaine minimum.

    – Est–ce que, à toi aussi, il a parlé de Vyld ? questionna Lynder, non sans appréhension.

        Garen fit une légère grimace.

    – Quand tu l’as ranimé hier, c’était compréhensible qu’il soit désorienté. Et aussi encore cette nuit avec tout ce qu’on lui a donné contre la douleur des brûlures et le choc. Je ne pourrai vraiment me faire une idée, et éventuellement lui envoyer Tril Mérelm pour un suivi post–traumatique, que lorsque je l’aurai vu tout à l’heure après les premiers soins de la journée.

    – Tiens–moi au courant.

    – Bien sûr.



        Gévaudan se sentait endolori et il n’avait aucune sensation aux mains, soigneusement entourées d’épais bandages, mais il estimait à juste titre s’en tirer plutôt bien !

        Par contre, il avait le plus grand mal à organiser ses pensées. Il ne savait pas trop où il en était et sur quel Magnifique il pouvait bien se trouver !

    – Bonjour, Gévaudan.

    – Dr Byrklar… Combien de temps je vais me trimbaler avec ces espèces de moufles ?

    – Une semaine. Ensuite, si aucune infection ne s’est manifestée, la cicatrisation sera en très bonne voie et vous n’aurez plus qu’un léger pansement de protection.

    – Ppfff, j’peux même pas tenir un joystick avec ça…

    – Demandez à Magnus des commandes vocales, sourit le Médecin–Chef du Magnifique. Content que vous alliez bien, Louveteau. Et dans la tête, ça se passe comment ?

        Gévaudan baissa à demi les paupières. Sur le Magnifique de Vyld Nerlak il était passé pour un malade mental. Et s’il était revenu à bord de « son » Magnifique, ce serait reparti pour un tour s’il avait seulement le malheur de prononcer le nom de son défunt prédécesseur… !

    – Ca va très bien, grogna–t–il après un trop long silence pour être honnête !

    – Magnus pratique une révision complète du Magnifique.

    – Pourquoi, l’attaque des sphères Worhs ne l’a pas mis hors service ? sursauta le jeune Loup avant de se mordre les lèvres.

    – Magnus est en parfait état. Et il y a longtemps que toutes traces des dégâts occasionnés par les Worhs ont été effacées.

        Gévaudan avait détourné la tête, boudeur, rageur. Garen comprit qu’il n’en obtiendrait plus rien. La conversation avait tourné court mais la seule chose qu’il avait arrachée au jeune Loup l’inquiétait autant que Lynder.

        En tout état de cause, il devait planifier un suivi de son Capitaine avec le psy du bord !

    – Faudra que j’en parle avec Lynd quand il sera revenu du bureau du Gouverneur de Goval…



        Gévaudan avait retrouvé sa chambre, mais ne pouvait ni jouer aux jeux vidéos, ni promener l’archer sur son violon et encore moins tenir des couverts pour grignoter ! Il lui restait toutes les commandes manuelles pour communiquer avec l’ensemble du Magnifique.

        Au moins, au vu du fait qu’il avait réintégré « son » appartement et que Lynder était plutôt prévenant avec lui, il en déduisait qu’il avait retrouvé sa réalité !

        Ce qui lui était arrivé auprès de Vyld Nerlak avait été si réel ! Il avait pu toucher, sentir l’odeur et entendu dans des bien tons la voix du défunt Capitaine du Magnifique. Sélyne avait paru si vivante ! Quant aux attaques à répétition des Worhs elles avaient rappelé de terribles et très récents souvenirs. Et pour finir il y avait la Magicienne, Magnus paralysé, le Magnifique avait été au bord de la destruction complète… Et il ignorait ce qu’il était advenu à ses compagnons de vol de quelques jours.

        Gévaudan se tourna une fois de plus sur son lit, geignit car une chaleur intense et une vive douleur avait fusé dans ses mains.

    – C’est encore ma fête…


*


        Lynder sourit.

    – Tiens, vous ne m’avez pas entendu arriver ? Ce serait bien une première…

        Le second du Magnifique comprit vite que si Gévaudan n’avait pas réagi à son approche, c’est qu’il dormait à poings fermés, le nez dans l’herbe. Le jeune homme s’assit. Il avait tout son temps et c’était vrai que les Jardins avaient du charme !

        La luminosité avait été en augmentant, selon l’évolution du jour chronologique à bord du Magnifique. Dans l’herbe, Gévaudan s’était étiré, avait aperçut Lynder.

    – Vous êtes là depuis longtemps ?

    – Non, pas très, mentit le jeune homme. Vous avez passé la nuit ici, Capitaine ?

    – J’en ai bien l’impression…

    – Vos mains ont l’air d’aller mieux.

        Gévaudan n’avait plus qu’une simple bande aérée autour des paumes. Ses doigts étaient libres et quand on procédait aux soins quotidiens, il savait que sa paume rose allait rapidement retrouver leur gris pâle habituel. Hormis quelques chatouillements, parfois, il ne ressentait plus aucune douleur ou gêne.

    – Tout est rentré dans l’ordre, reconnut–il. Mais ça, vous avez des yeux pour vous en rendre compte à chaque fois que vous êtes venu me trouver… Là, vous voulez plutôt savoir ce qui se passe dans mon petit cerveau tordu ?

    – J’aimerais être assuré que vous savez bien sur la Passerelle de quel Magnifique vous vous trouvez.

    – C’est « mon » Magnifique, avec le nouveau Code entre Magnus et moi, sourit Gévaudan.

        Mais Lynder ne semblait nullement convaincu.

    – J’ai pourtant toujours la sensation que vos idées sont floues, désordonnées, fit–il, assez doucement pour que le jeune Loup ne se mette pas directement sur la défensive.

    – C’est Mérelm, le psy, qui vous a dit ça ? grommela son Capitaine.

    – Il aurait du mal… Vous ne vous êtes présenté à aucune des séances qu’il vous proposait !

    – Ce type est d’un terre à terre… Alors, si même vous, vous ne croyez pas un mot du peu que je vous ai raconté… Inutile que je m’étende sur le sujet ou sur un divan ! siffla le jeune Loup.

    – J’aimerais vous croire ! assura Lynder en tentant de l’apaiser, n’étant absolument pas venu pour un affrontement ! Moi aussi j’aurais voulu savoir Vyld vivant, même dans une autre dimension…

    – Mais ?

    – … mais vous n’êtes demeuré inconscient que quelques minutes. Il est impossible que vous ayiez pu vous retrouver près de dix jours sur un autre Magnifique.

        Gévaudan esquissa un sourire.

    – J’aurais eu plus de chances d’être crédible si j’avais disparu dix jours durant avec le Noir 1 ?

    – En effet.

    – Pourtant, quand le Veilleur a voulu que je m’écrase sur le Magnifique avec ce même Noir 1, que j’ai libéré les eaux de son lac, vous n’avez pas trop discuté le fait que pour moi le séjour dans son Sanctuaire avait paru durer des heures alors que pour vous ça n’avait duré qu’une fraction de seconde.

        Lynder fit la grimace.

    – Vous n’aviez jamais parlé de tout cela, Gévaudan, remarqua–t–il, doucement. Vous nous aviez juste expliqué, à l’époque, que le Veilleur vous avait testé en prenant le contrôle du Noir 1. Qu’en évitant le crash – contrairement à Vyld – vous aviez prouvé votre aptitude et que ça vous avait valu une émeraude… Jamais il n’avait été question d’une quête de plus !… Vous avez bien fait de ne rien en dire…

    – La relativité du temps est pourtant une très vieille et très reconnue théorie ! rappela le jeune Loup.

    – J’ai toujours détesté les cours de physique…

        Gévaudan eut un petit rire. Il mordilla le bandage de sa main droite pour se soulager de la démangeaison qu’il ressentait.

    – Alors, pour la paix des esprits, même les plus dérangés, on peut arriver à un consensus ? On ne reparle plus de mes petites hallucinations et de votre côté vous évitez de demander ma destitution avant la fin de la Mission ?

        Lynder fit mine de réfléchir.

    – Je pense que c’est un deal correct… Et essayez d’aller voir Mérelm, car si lui ou Garen fait rapport…

    – Je ferai un effort, promit Gévaudan. Bon, c’est pas que cette discussion qui tourne en rond ne soit pas passionnante, mais j’ai juste le temps de prendre une douche et d’avaler un petit quelque chose avant d’aller sur la Passerelle. Reposez–vous bien.

    – Soyez sage pendant que je ne vous surveille pas.

    – Bien sûr !



        Gévaudan était assis dans son fauteuil, sur l’Aire, une jambe repliée sous lui.

        Il était toujours en arrêt maladie, mais il s’ennuyait trop. Et, respectant l’accord avec son Médecin–Chef, même s’il était là, il laissait l’entière responsabilité du Magnifique à Lynder.

        Il sourit. Tout était calme et chacun vaquait à ses occupations sur la Passerelle. On lui fichait une paix royale et il pouvait rêver tout à son aise, les yeux grands ouverts !

        Edole était la première grande escale du Magnifique. Ils atteindraient la planète dix jours plus tard et s’y arrêteraient quatre.

        Sur le planning de la Mission de Surveillance, Edole faisait partie des planètes dont c’étaient les premiers contacts avec l’Union Galactique. Il importait donc de mettre les autorités en confiance et de s’assurer que tout était fait pour les assurer que la Flotte veillait aux mieux de leurs intérêts !

        Une légende disait aussi que Edole était sous la protection de semi dieux, très exclusifs, et qu’ils n’appréciaient que très modérément l’irruption des Mortels de l’Union dans la vie de « leurs » sujets !

    – Et bien, ça promet des jours où on va devoir marcher sur des œufs… marmonna le jeune Loup. Ca doit être pire que je n’imagine, sinon Lynder ne se serait pas incrusté d’office dans toutes mes rencontres officielles !

        Gévaudan s’étira, bâilla, et ranima ses muscles un peu ankylosés.

        Yeux mi clos, il ne remarqua pas qu’à son côté, le Médaillon brillait doucement, auréolé d’une lueur rouge peu engageante.


*

* *





Chapitre suivant : CHAPITRE VII