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Gévaudan 9 : Les manipulateurs d'esprit

Par Usha

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Table des matières
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CHAPITRE V




8.


        Gévaudan en avait presque la bave de rage aux lèvres : Magnus refusait obstinément de lui répondre !

        En même temps, le super–ordinateur était programmé pour ça… Et, jusque là, le jeune Loup n’avait eu que l’accès minimal aux commandes automatiques du bord !

        Sur plusieurs des écrans qui recouvraient l’entièreté de la salle, il avait vu le duel inégal, les multiples plaies béantes du Magnifique en perdition presque totale.

    – Dis donc, espèce de boîte à conserve sénile, tu vois pourtant bien que le vaisseau lâche de toute part ! glapit–il en frappant ceux des claviers qui étaient factices. Tu n’as donc pas reçu le Code de la part de ton Capitaine ? Ne me fais pas croire qu’il ne l’a pas activé… On dirait bien pourtant… Tu ne l’as pas entendu ? Pourquoi le Code ne serait–il pas arrivé jusqu’à toi ? Mag, tu dois réagir !



        Vyld et Lynder échangèrent un regard.

    – Comment est–il au courant de l’existence du Code avec un grand C ? Pour tous, et même de nombreux membres d’équipage, c’est une légende spatiale !

    – Je ne sais pas, soupira le Capitaine du Magnifique. Ce Louveteau me décontenance totalement… Peut–être que ce sont les Gardiens de l’Equilibre qui l’ont mis sur notre route, finalement.

        Lynder haussa les épaules.

    – Que pourrait–il de plus que nous en la situation présente ?

        Mais les hommes s’interrompirent pour voir les deux vaisseaux sphériques Worhs prendre position pour la mise à mort, très lentement, faisant durer le plaisir, sachant que le Wird agonisant ne pouvait plus leur échapper.

    – Mabil ! Karis !

    – Désolé, Capitaine, rien ne répond…



    – Holà, ça sent le roussi, constata Gévaudan. Mag, que tu le veuilles ou non, maintenant tu vas m’écouter !… J’espère que la roquette à charge variable t’a laissé quelques circuits opérationnels.

        Le jeune Loup se dirigea vers le clavier sur lequel il avait déjà tapé le Code ; le clavier que Harvil Bévir lui avait désigné un jour de piratage par un Seigneur Worh…

    – C’est parti, Mag !

        Et il entra du plus rapidement qu’il put les dix chiffres du Code, le premier Code qu’il avait connu.

    – Mag, tu es là ?

    – A vos ordres, Gévaudan.



        Vyld avait bondi sur ses pieds.

    – Non, c’est totalement impossible ! Il ne peut pas connaître ce Code… Il n’y a que moi qui…

        Lynder était également debout.

    – Une seule personne peut en avoir connaissance : le Capitaine du Magnifique… souffla–t–il. Toi… et lui… Est–ce que tout ce qu’il a dit serait vrai… ? Mais, que peut–il faire malgré tout… Nous sommes presque détruits !… Et c’est quoi « ça » encore ? !



        Une forme indéfinie, lumineuse, pleine de vie, était apparue à côté de Gévaudan qui sourit.

    – Magicienne !

    – Là, sur ce coup, tu ne t’en sortiras jamais, Gévaudan. Il te faut un peu d’aide.

    – Ah, et la non–ingérence, vous en faites quoi ?

    – Ce n’est pas toi que je vais soutenir, mais Magnus.

    – Hum, vu comme ça…

    – Dépêche–toi, Louveteau, débarrasse–nous de ces sphères !



    – Heu, il parle tout seul là ? tiqua Lynder.

    – Lynd, tu ne vois donc pas cette silhouette ?

    – Qui ? Quoi ? en bafouilla presque le second du

    – Qui ? Quoi ? en bafouilla presque le second du Magnifique.

    – Cette petite fille rousse. Ce serait donc la Magicienne comme l’a appelée le Louveteau. Une des Gardiens de l’équilibre !

    – Vyld, il n’y a personne avec Gévaudan…



    – Mag, c’est parti ! lança Gévaudan qui avait parcouru quelques données.

        Il serra les poings. Il avait très peu de temps et devait faire mouche du premier coup car la riposte des Worhs serait impardonnable !

    – Assiette à 30°, tourelle 3 sur la cible bâbord, tourelle 5 sur la cible tribord. Charge maximale à 1500. Ajoute les grenades à particules avec un décompte de 5 secondes. Deuxième bordée de missiles avec un décompte de 10 secondes et troisième bordée à 15 secondes en conservant la cible verrouillée. Ne les laisse pas s’échapper, Mag ! Balaye–moi ces armures ambulantes !

        Le Magnifique réagit instantanément aux ordres du jeune Loup. Il trembla jusqu’au cœur de sa structure sous l’infernale poussée qui le vidait de presque tous ses missiles encore disponibles. Des missiles qui se transformèrent en traits d’énergie pure sous l’impulsion de la Magicienne.

        Les dards d’énergie pénétrèrent comme du beurre les boucliers des vaisseaux Worhs. Les deux premières volées ne parurent pas lui faire de dégâts, mais comme les sphères étaient parcourues de fissures sous l’implosion des missiles, la dernière bordée acheva de disperser les débris qui volèrent dans tous les sens sous la formidable poussée de l’énergie qui avait éventré le navire Worh depuis son cœur même !

        Gévaudan poussa un soupir de soulagement mais s’abstint de tout sentiment de victoire.

        Le Magnifique était vraiment mal en point. Il arrivait tout juste à voler et, à présent, était quasiment désarmé !

        Inquiet, le jeune Loup se tourna vers la Magicienne.

    – Encore un petit coup de pouce ? pria–t–il.

    – Je ferai en sorte que le vaisseau tienne le coup, promit–elle. Vite, direction le vortex de la Mid–Frontière ! Tu te souviens de l’emplacement précis ?

    – Tout à fait !

        Et Gévaudan tira à lui un clavier pour encoder les coordonnées du vortex.

    – Maintenant, Mag, sauts spatio–temporels, je te donne les points précis !

    – Je vous écoute, Gévaudan.



9.


    – Mais où nous emmène–t–il ? siffla Lynder qui trouvait très désagréable d’être totalement impuissant.

        Les communications avaient beau être rétablies, les blessés pris en charge, les réparations en cours, le système informatique fonctionnant aux deux tiers de ses capacités, ceux de la Passerelle n’avaient plus aucune prise sur le Magnifique et sur Magnus qui n’obéissait plus qu’à celui qui avait libéré ses facultés secrètes !

    – A un vortex, si j’ai bien entendu… murmura Vyld. J’aimerais quand même en savoir plus aussi ! Mabil ?

    – Non, Capitaine. Le Louveteau n’autorise aucune communication entrante dans le bunker !

        Le visage du Chef des Commandos apparut sur un des écrans transparents près du Capitaine du Magnifique.

    – La perceuse est en place et mes hommes sont prêt à intervenir, Capitaine, informa Tolman Vrande. Devons–nous forcer le bunker et nous assurer de la personne de ce Loup ?

    – Non !

    – Capitaine… tenta de protester Lynder.

    – Allons, Lynd. Reconnais que nous devons d’être encore vie au Louveteau… Reconnais que ce qu’il vient de faire est exceptionnel de tactique de combat galactique ! Je pense que nous devons lui faire confiance pour la suite.

    – Nous n’avons guère le choix, remarqua le second du Magnifique en esquissant un, très léger, sourire.



        Gévaudan s’était assis contre le mur, à droite de la porte du bunker.

        S’il avait bien jugé Vyld Nerlak, il n’y avait pas de risque qu’on tente de le sortir de force une fois encore de l’Ame de Magnus ! Il lui semblait avoir fait ses preuves, montré de quel côté il était, mais demeurait sur ses gardes car il était toujours un élément suspect à bord !

        Deux jours seraient nécessaires pour atteindre la Mid–Frontière. Et si Magnus n’avait besoin de personne pour le superviser, et certainement pas de lui, le jeune Loup tenait à s’assurer que le Magnifique tenait le coup et que nulle autre sphère Worh ne se dresserait sur son chemin.

        L’énergie de la Magicienne était dans l’Ame même de Magnus. Tout comme elle avait transformé les missiles, elle faisait tenir le vaisseau, lui donnait plus de puissance encore, le protégeait.

    – Pourvu que les structures tiennent…


*


        Vyld était sur la Passerelle depuis un bon moment déjà quand Lynder fit son entrée.

    – Bien dormi ? ironisa le Capitaine du Magnifique devant la petite mine de son second.

    – Très drôle, Vyld ! J’ai passé presque toute la nuit à suivre l’évolution des réparations. C’était pas encourageant du tout… On rafistole d’un côté pour que ça lâche d’un autre… Et ce ne sont pas ces sauts violents et répétés qui facilitent la tâche des équipes techniques ! Alors, ton Louveteau ?

    – Il n’a pas remué d’un muscle, pas fermé l’œil non plus, et pas davantage un poil de barbe au menton ! D’après ce que m’a dit l’équipe de nuit, il a juste corrigé quelques données de vol.

        Lynder retint un bâillement.

    – On ne devrait plus être bien loin de la Mid–Frontière ?

    – Encore quelques minutes de vol. On achève la décélération.

    – Capitaine, la pression d’énergie surcharge les circuits de Magnus ! intervint Khar Tarklen. Il ne supporte pas l’apport de… du… enfin, de la Magicienne !

    – Poussez les dérivations à fond pour évacuer ce surplus !

    – C’est déjà fait, Capitaine… Magnus va griller si on ne le déconnecte pas !

    – Si on l’arrête, nos ordinateurs seront incapables de prendre le relai, rappela Vyld. Les charges variables les ont totalement mis hors service ! Et impossible de piloter le Magnifique manuellement, avec tous ces dégâts, sans Magnus !

        Vyld enfonça un bouton sur l’un des claviers de son accoudoir.

    – Sortez de là, Louveteau !

    – Il a coupé toutes les communications entrantes au bunker, vocale et écrites, rappela Mabil.

    – Par les dieux… Il est perdu, souffla Vyld. Cette vague là d’énergie va le pulvériser… en même temps qu’elle va détruire le Magnifique et nous avec !



        Les courts–circuits parcouraient tout le bunker, devaient se propager également via la colonne qui montait depuis la demi sphère jusqu’au plafond de la Salle des Machines. Les écrans implosaient les uns après les autres.

        L’énergie se dispersait dans la pièce. Les parois semblaient se dilater sous la pression.

    – Non, Magnus, ne lâche pas… Pas maintenant !

    – Je suis désolé, Gévaudan, je ne contrôle plus rien ! Tout va sauter dans quelques instants.

    – Magnus, une dernière chose alors : Mégamach, fonce droit dans le vortex. Libère toute la puissance ! hurla le jeune Loup avant que l’énergie en perdition n’envahisse toute la salle, le faisant disparaître.


*

* *





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