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Gévaudan 9 : Les manipulateurs d'esprit

Par Usha

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Table des matières
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CHAPITRE IV




6.


        En trois jours, le Magnifique avait subi deux nouvelles attaques de vaisseaux Worhs, toujours isolées, mais dont il s’était sorti avec plus dégâts encore !

        Tel un bel animal blessé, les flancs et les ailes ouvertes en de multiples endroits, il poursuivait néanmoins sa route.

        Cercel n’était plus son objectif, mais le chantier navals Ohm, mobile, afin d’y faire un maximum de réparations, au plus vite !

        De sa cabine, Gévaudan n’avait pu qu’assister en spectateur et bien s’accrocher quand le Magnifique avait été secoué de toutes parts par les tirs précis et multiples des sphériques vaisseaux des Worhs !

    – Vous devriez demander l’assistance d’un autre Wird, Capitaine Nerlak.

        C’était là une mesure d’urgence de la Flotte, mais uniquement quand un vaisseau était précieux… Et Vyld Nerlak n’avait plus le Médaillon. Sans compter que c’était un homme fier, dans le bon sens du terme, soucieux de son équipage, et qui savait que même sans le Médaillon, il devait saisir la plus petite opportunité pour sauver « son » Union Galactique.

        Gévaudan aurait aimé faire quelque chose, donner un conseil. Mais il savait qu’on ne l’écouterait pas et, même si c’était le cas, il n’avait aucun argument sensé. Sans compter que, après tout, il était encore peu expérimenté et la réalité de Vyld Nerlak n’avait que peu de points communs avec la sienne ! Il ne pouvait se servir de ses souvenirs pour anticiper telle ou telle situation…

        Il devait donc se raccrocher à ce que la Magicienne lui avait dit.

        Mais c’était une toute autre paire de manche que de suivre ces directives !



        Gévaudan savait pourtant comment rallier la Salle des Machines et le bunker de l’Ame de Magnus pour s’y cloîtrer sans risques d’être délogé !

        Mais avant même de songer à pouvoir empêcher les Commandos de Tolman Vrande à accéder au bunker, il devait y parvenir sans avoir tous les gardes à ses trousses et l’attendant devant l’Ame du super–ordinateur !

        Au moins, le jeune Loup avait résolu ce dernier point. La Magicienne avait eu raison : il n’avait pas à prendre la poudre d’escampette par la porte, sous le nez des gardes, au vu et au su de toutes les caméras !

        Gévaudan jeta encore une fois un coup d’œil discret vers le conduit de ventilation au plafond, à peine visible entre deux armoires. C’était très étroit, et en dépit de l’inaction des derniers jours et des repas copieux, ce ne seraient les un ou deux kilos pris qui allaient l’empêcher de s’y faufiler !

        Evidemment, ça lui prendrait des heures pour y ramper jusqu’à la Salle des Machines, à condition qu’on n’exige pas trop de chaleur ou de trop de froid. Et il devait éviter qu’on ne le repère une fois sa disparition éventée !

        Le moment venu, il lui faudrait trouver un moyen de neutraliser son Localisateur. Et si on lui avait sucré tout objet pointu, il demeurait un Loup et avait des griffes !

        En attendant le moment d’agir – et malheureusement il devait attendre une nouvelle attaque Worh – Gévaudan jouait les prisonniers modèles. Il n’avait pas demandé à voir le Capitaine du Magnifique, s’était abstenu de toute parole ou tout geste menaçant envers qui que ce soit – gardes ou Malvin – et avait passé le temps avec les jeux vidéos d’origine du seul ordinateur à sa disposition ; et même pas relié au réseau interne d’informatique.

        Autant pour les caméras que pour les micros, le jeune Loup s’était aussi gardé de tout geste pouvant trahir ses intentions. Il redoutait la prescience de Vyld et les éclairs d’intuition de Lynder dus à son antipathie envers lui !

        Sourire aux lèvres, il choisit un film d’action dans le catalogue et fit mine de porter toute son attention sur l’écran descendu du plafond.


*


        Sur la Passerelle, Vyld s’ennuyait un peu. Son vaisseau était en mauvais état et son Capitaine ne pouvait que prier les dieux pour ne plus tomber sur les sphériques navires Worhs !

        Son instinct et son expérience lui soufflaient cependant que les Worhs avaient compris la faiblesse du Magnifique et ne pourraient qu’en profiter ! L’Etat d’Alerte 4 était permanent et tout en opérant les réparations, tous demeuraient prêts au combat !

    – Nous ne pourrons pas offrir une résistance digne de ce nom, murmura Lynder en venant rejoindre Vyld sur l’Aire, lisant dans les pensées de ce Capitaine qu’il connaissait si bien !

    – Je sais. Mais une sphère Worh détruite, c’est toujours bon à prendre ! Et puis, s’ils nous attaquent… Je ne suis pas sûr qu’on s’en tire s’ils reviennent avant qu’on aie pu réparer suffisamment.

    – On ne sera aux chantiers navals que dans deux jours, murmura Vyld. C’est long, très long… Et le Louveteau ?

        Lynder tapota sur l’un des claviers intégré dans les accoudoirs du fauteuil de son Capitaine. La caméra de la cabine renvoya l’image en direct de Gévaudan très occupé à engloutir une montagne de brochettes de viande, grillées à vif, très épicées.

        Vyld fit la grimace.

    – Rien que de voir ça, je grossis de trois kilos !

    – Il a bon goût, le Louveteau, convint Lynder. Du filet pur de vokir. Tendre et très juteux.

    – Ce Loup est un animal…

    – Un bel animal.

    – Dis donc, tu commencerais à l’apprécier ? sourit Vyld.

    – Certainement pas ! Je parlais juste de la précision de son odorat et de ses papilles gustatives ! protesta Lynder avec autant de conviction qu’il put. Sinon, en dépit de ses incohérences, ses connaissances du Magnifique, de son équipage et de la Flotte, il ne s’en sert pas contre nous. Il serait passé à l’action avant… Alors, j’accepte de lui laisser le bénéfice du doute. Mais qu’il remue d’une oreille et je le colle aux fers, ne t’en déplaise.

        Appréciant les efforts et l’ouverture d’esprit de son ami, son bon sens aussi, Vyld sourit.



7.


        Le pire scénario envisagé par Vyld s’était produit : deux vaisseaux Worhs l’avaient attaqué !

        L’écho était apparu le matin, soit plusieurs heures avant que les navires ne soient à portée de tir l’un de l’autre. Les Worhs ne se dissimulaient pas, sûr de leur puissance et de leur victoire sur le Wird dont le Capitaine portait – ils le pensaient encore – tous les espoirs de l’Union !

        Le Magnifique était aussitôt passé en Etat d’Alerte 5. Il avait lancé un SOS mais le vaisseau armé le plus proche était à plus de trois jours – même en sauts spatio–temporels – et en plus, sans la moindre expérience du duel galactique avec des Worhs.

        Vyld et son équipage étaient donc sur pied de guerre pour ce qui ressemblait bien à l’ultime passe d’armes avec les Worhs.



        Gévaudan avait compris que c’était à lui de passer à l’action dès l’Alerte 5 déclenchée.

        Il ignorait si le Wird tiendrait, mais il avait à présent un objectif et il ne devait plus que penser à ça.

        La tablette de chewing–gum qu’il avait subtilisée dans la poche de Malvin lui avait permis d’occulter l’objectif de la caméra. La griffe de son index gauche avait fracassé l’attache de son Localisateur.

        Il était ensuite monté sur une chaise pour déloger le panneau du conduit de ventilation et, à la force des poignets et des bras, s’étaient hissé dans le conduit.

        Il ne lui restait plus « qu’à » progresser, en espérant que les souvenirs des cours avec Sélyne ne lui feraient pas défaut sur le chemin à suivre jusqu’en Salle des Machines !

        L’attention de tous devait être sur les Worhs et non sur sa cabine !


*


        Le feu des Worhs s’était déchaîné, mettant à mort le Magnifique qui était dans la presqu’incapacité de riposter ! Le Wird avait du mal à se mouvoir, la moitié de ses tourelles n’étaient pas opérationnelles. Quant aux dégâts laissés par les attaques précédentes, ils allaient en s’aggravant !

        Toutes les forces du Wird étaient mobilisées.



    – Roquette sans trace ! glapit Mabil.

    – Sûrement à charge variable pour griller nos ordinateurs ! Assiette à – 45°, il faut plonger ! hurla Vyld.

    – Mais, le Magnifique ne va pas y résister… Oui, Capitaine !

        Le Wird partit en manœuvre d’évitement désespérée, mais il était trop tard. La roquette heurta le bouclier déflecteur, sur le sommet de sa tour en forme de cou de cygne. Les ondes se propagèrent immédiatement, paralysant tout ce qui à bord dépendait de l’électronique.



    – Rien ne répond. Impossible de communiquer ! s’affola presque Mabil.

        Lynder se leva, se tourna vers son Capitaine, ne cherchant nullement à dissimuler son angoisse.

    – Tout va à vaut l’eau, Vyld ! La seule façon d’échapper à ces charges variables, c’est de faire appel aux facultés spéciales de Magnus. Il y a une, infime, chance, pour que vu sa complexité, Magnus puisse agir malgré l’action neutralisante de cette roquette… Vyld, le Code ! Donne le Code à Magnus !

        Vyld prit une bonne inspiration. Il doutait que cela fonctionne, mais il devait tenter le coup !

    – Magnus, écoute–moi. J’ai besoin de toi ! Je vais te donner le Code ! Le Code avec un grand C ! Tu es notre ultime chance de nous en tirer !

        Mabil tourna alors un visage désolé vers son Capitaine.

    – La roquette à charge variable à neutralisé toutes nos communications internes et nos commandes… Magnus ne peut plus vous entendre, Capitaine !

        Vyld fit courir ses doigts sur un clavier, mais rien ne se produisit.

    – Les ordis sont HS, jeta Lynder.

    – Les incendies gagnent du terrain, impossible d’avertir les Unités Anti–Feu, glapit Karis Porgram. Les appels au secours ne parviennent plus au Centre Hospitalier !

        Vyld se désangla, bondit hors de son fauteuil.

    – C’est pas vrai !

        Sous ses doigts, la commande d’ouverture des portes de la Passerelle demeurait inopérante.

    – Quelle a été la dernière alerte ? s’enquit–il d’une voix blanche.

    – Le Louveteau verrouillant derrière lui les portes de l’Ame de Magnus, souffla Lynder.

    – On peut voir ce qu’il fait ?

    – Oui, la caméra ne peut plus pivoter, mais il est dans son champ de vision et les micros fonctionnent encore là–bas.

    – Mais qu’est–ce qu’il a en tête ? marmonna Vyld en se rasseyant, impuissant.


*

* *





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