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Gévaudan 9 : Les manipulateurs d'esprit

Par Usha

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Table des matières
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CHAPITRE II




3.


        Maintenant qu’il avait lâché sa seule information importante, Gévaudan ne pouvait qu’attendre les réactions.

        Lynder semblait surtout courroucé par cette audacieuse assertion. Quant à Vyld, il paraissait plus soucieux que jamais !

    – Je pourrais vous parler du Magnifique sous toute les coutures, mais ce serait le BA.BA. de mon manuel d’espion, railla le jeune Loup dont le lait refroidissait devant lui.

        Vyld reprit la parole après un moment.

    – Il m’est impossible de vous débarquer avant la prochaine escale, dans plusieurs semaines. Je dois donc compter avec vous à bord, Gévaudan.

        Il sortit un large bracelet de métal de sa poche, le fit glisser sur la table, vers le jeune Loup.

    – Fixez ce Localisateur à votre poignet. On va enregistrer votre voix pour Magnus, mais cela ne vous donnera accès qu’aux commandes automatiques de votre cabine et aux Transporteurs. Lynd, retourne sur la Passerelle, j’ai encore beaucoup à dire à ce Louveteau.

    – Bien, Vyld.

        Un peu surpris par la tournure de la discussion, Gévaudan demeura plus sur ses gardes que jamais.



    – Bon, passons sur votre présence à bord, Louveteau, fit Vyld. Si je ne peux pas vous coller sur le Magnifique et son équipage, d’autres sujets peuvent se révéler intéressants… Parlons un peu de votre Médaillon. D’où le tenez–vous ?

        Gévaudan répondit par une autre question.

    – Le mien était complet. Vous aviez deux pierres, lesquelles, Capitaine Nerlak ?

    – J’ai eu une émeraude puis un saphir, répondit, presque machinalement Vyld.

    – Alors, vous avez d’abord rencontré le Veilleur des Aurores puis les Arkols… Vous avez aussi dû jouer aux plateformes avec les encapuchonnés ?

    – Non. Blayr, Bland et Blynk m’ont juste demandé d’activer préventivement l’éruption du Jorrel…

    – Vous avez commencé avec le Veilleur, murmura le jeune Loup. Etonnant… Mais bon, en même temps ça peut se comprendre : votre Mission de Surveillance commençait par la Zone des Aurores. Et si vous ne vous êtes pas écrasé sur le Magnifique, vous avez pu continuer à chercher les quatre pierres.

        Soudain Vyld éclata de rire.

    – Ah oui, ma mort ! J’oubliais que pour être un bon Vyld Nerlak, je devais être un Vyld Nerlak mort ! Je ne suis peut–être pas une flèche à bord du Noir 1, mais je me débrouille assez bien. C’est si important pour vous que je sois décédé ? insista–t–il.

        Gévaudan dodelina de la tête, vidant son verre de lait.

    – Pour moi, oui, sinon je ne vous aurais jamais succédé sur l’Aire. Et je serais toujours à accomplir la Sanction du Conseil de Discipline dans un obscur bureau de Serva III.

    – Comme si Kylar avait remis mon Magnifique à un Louveteau suspendu de commandement ! J’ai eu de belles funérailles au moins ? Mon épouse, Jhenne, et mes enfants sont venus ?

    – Lyrha a voyagé seul. Votre épouse s’appelle Lyrha, rectifia Gévaudan amusé par le piège simpliste mais surtout par le fait que l’évocation de sa mort semblait vraiment rendre Vyld hilare ! Il y a eu Veillée à Serva. Votre femme est repartie avec votre urne funéraire juste après votre crémation. Quant à mon affectation, le Général Smarel n’a pas eu le choix.

        Vyld sortit un cigare du tiroir de la table.

    – La fumée vous gêne–t–elle ?

    – Non, je fume aussi. Ma pipe a dû rester sur le Pont d’Envol 7. « mon » Pont d’Envol.

    – J’essayerai de vous en trouver une… Passons aussi sur la hiérarchie militaire de Serva. Au passage, j’admire votre maîtrise de toutes ces informations ! assura sincèrement le Capitaine du Magnifique. Allez, soyez sympa, Louveteau : où sont les deux autres Gardiens ? Le temps presse, vous savez. Une partie de l’Armada des Worhs est à la Mid–Frontière et l’autre tout près de Serva III et il faut que je rentre en contact avec un Gardien !

    – Je pourrais vous dire où trouver la Magicienne, mais ce ne serait pas correct, dit doucement Gévaudan. J’en suis désolé ! Sans compter que la Magicienne ne s’est montrée à moi que parce que j’ai accompli une quête… Pour ce qui est de Ebhonne, c’est elle qui m’a retrouvé quand les brassiens Marchands de Races m’ont emmené de l’autre côté de la Frontière. Pour nous aussi, le temps était compté à l’époque.

        Vyld fronça les sourcils, exhalant des nuages de fumée odorante.

    – Vos Worhs ont été défaits, m’avez–vous dit ?

    – Oui.

    – Et vous ne pouvez pas davantage me dire comment les Gardiens sont intervenus ? regretta quelque peu le Capitaine du Magnifique.

    – Ce serait contraire aux règles. Même si dans notre situation, vu que votre présent est déjà différent du mien, je ne risque pas de modifier votre futur et le mien en interagissant… D’ailleurs, même si vous allez rencontrer la Magicienne et Ebhonne, les circonstances seront différentes des miennes !

    – Je comprends… Vous oubliez cependant un détail, Gévaudan : nos deux Médaillons sont détruits !

    – Ah oui… se souvint le jeune Loup, confus que, soulagé d’avoir réussi sa propre quête des quatre Gardiens, il avait zappé le danger qui pesait toujours sur l’Union de Vyld Nerlak !

        Il se frotta le bout du nez.

    – Là, je ne sais que dire…

    – Vous me décevez un peu, avoua Vyld.

    – Je ne suis qu’un Loup des Montagnes. Je maîtrise, un tout petit peu, mon univers. Alors, celui des autres… !

    – Logique. Vous savez le pire, Gévaudan : vous me plaisez bien ! J’aime ceux qui ont de la répartie, qui demeurent logique avec eux–mêmes et qui font preuve d’une imagination fertile !

        Gévaudan réfléchissait à vitesse éclair.

    – Qui sait, je pourrai peut–être vous aider ?

        Vyld se permit un petit rire.

    – Pour le moment, vous êtes plutôt une bouche de plus à nourrir à bord du Magnifique. Et vous avez un sacré appétit !

        Gévaudan sourit. Vyld se leva.

    – Circulez comme il vous plaira, Gévaudan. Le Localisateur nous permettra de ne pas vous perdre de vue.

    – Je sais. Et si j’avais le malheur d’approcher les Ponts d’Envol ou l’Armurerie, je recevrais une bonne décharge électrique… J’ai comme l’impression que de ce côté–là j’ai déjà donné, ajouta le jeune Loup pour lui–même.

    – Vous serez le bienvenu sur la Passerelle, mais ne touchez également à rien, intima Vyld.

    – Je vous en donne ma parole.

        Le Capitaine du Magnifique tendit la main et Gévaudan la serra.



4.


        Le « malfi » de cette réalité ressemblait très fort à celui que Gévaudan avait connu aux débuts à bord de « son » Magnifique. Le jeune garçon ne cachait pas l’antipathie que l’invité de Vyld lui provoquait !

    – Votre lait, Monsieur, gronda Malvin qui était venu avec son chariot apporter le copieux petit déjeuner du jeune Loup.

        Gévaudan se garda bien de faire la moindre remarque sur la température de sa boisson favorite qui sortait désagréablement du frigo !

    – Merci, Malvin. Et ne m’appelle pas Monsieur : je ne suis pas un Humain.

    – Comment alors ?

    – Gévaudan ou Louveteau… A ta guise. Bonne journée à toi.

        Malvin ne répondit pas et quitta la cabine. Gévaudan se jeta sur ses six œufs brouillés, son demi–jambon en sauce et sa montagne de toasts. Il n’avait pas osé réclamer en sus des filets de poisson à la sauce aigre et finit ses plats avec un petit creux !

        Le Capitaine du Magnifique lui avait fait apporter des vêtements, aussi opta–t–il pour des pantalons moulants gris acier et une longue chemise couleur de caramel, enfila des bottes. Le trou pour sa queue avait été vite et artisanalement pratiqué, mais c’était suffisant !

    – Transporteur.

        Si Magnus ne lui répondait toujours pas, les nacelles ovoïdes si et il se fit emmener à la Passerelle, le planning du bord indiquant que Vyld Nerlak s’y trouvait.



    – Bonjour, Capitaine Nerlak.

    – Bonjour, Gévaudan. Vous avez vu le Dr Byrklar pour votre bosse et vos quelques brûlures ?

    – Oui, tout va bien. Où sommes–nous ?

    – Cercel, notre prochaine escale, est à plus de trois semaines. On se contente donc de voler droit tranquillement devant nous, renseigna Vyld.

        Décidément, la mission de ce Magnifique était totalement différente de celle que Gévaudan avait connu ! Elle semblait même ne suivre aucune logique, s’il se rappelait de la cartographie de sa précédente Mission de Surveillance !

    – Ca vous dérange… Gévaudan ? siffla Lynder qui lui ne semblait pas du tout d’accord avec son Capitaine sur sa présence à bord !

    – Faites gaffe aux brassiens, répondit le jeune Loup. Ils sont en mode invisibilité, la plupart du temps.
    – Oui, nous savons. Les brassiens sont des rapaces, mais ils ne font pas trop de mal, grogna le second du Magnifique.
    – Ouais, la puissance de la République brassienne. La non–agression de ces vaisseaux qui violent systématiquement les Frontières. Ce ne sont malgré tout que de sales marchands d’esclaves, aboya Gévaudan.
    – Que de virulence, fit Vyld. Ils vous auraient fait tant de mal ?
    – Les Worhs avaient juste demandé à l’un de leurs navires de m’enlever sur ma planète à la fin de mes vacances et de m’envoyer finir mes jours dans leur République… Autant les déralliens peuvent se révéler des alliés sûrs, autant les brassiens ne sont que des…
    – Oui, on a compris l’idée générale, assura Lynder. Les déralliens ? Parce que vous connaissez AUSSI les déralliens ?
    – Sans Warnil je n’aurais pas pu convoquer les quatre Gardiens, grommela Gévaudan. C’est un précieux compagnon d’armes.
    – Tant mieux pour vous, Louveteau. Mais, en ce qui me concerne, Warnil Kharkholin est un pirate dérallien qui s’aventure à l’intérieur de l’Union, sans bouclier d’invisibilité, et qui pille sans vergogne ! jeta Vyld Nerlak, farouche, perdant un peu de son sang–froid pour la première fois.
    – En ce cas, j’éviterai de lui sauter au cou si nous le croisons aux environs de Nymalie… Même si, ne vous en déplaise, j’espère être retourné dans ma réalité à ce moment !

        Le regard que le Capitaine du Magnifique portait sur Gévaudan était mêlé de surprise, d’incrédulité, d’intérêt mais aussi d’un peu d’inquiétude.

    – Lieutenant Tournip, qu’à donné le balayage des alentours de Cercel ?

    – Un vaisseau brassien sous bouclier d’invisibilité rôde.

    – L’Exovren ? s’enquit le jeune Loup.

    – Oui, confirma Mabil.

        Gévaudan tressaillit, voyant soudain sur l’écran la Salle des Machines.

    – Sélyne…

    – L’élève–stagiaire Fodril est encore une amie ? soupira Lynder.

    – « était ». Vous avez déjà effectué l’escale à Néral ?

    – Oui.

    – Et Délan Asshiriak ne s’est pas évadé ?

    – Je dirais plutôt qu’il a enfin pu y être jugé et a été exécuté, rectifia Vyld. Pourquoi « était » ? Laissez–moi deviner ! Elle aussi devrait être morte ?

    – C’est une manie ! s’emporta presque Lynder. Heu, Louveteau, c’est quand que je dois y passer pour vous satisfaire ?

    – Malheureusement, vous, je vous ai toujours sur le dos dès qu’il me vient une nouvelle lubie au sujet du Magnifique.

    – Quel genre de lubie ? sourit Vyld.

    – Traverser un champ d’astéroïde, le faire tourner autour d’un vortex à deux doigts des Mers de Feu, le transformer en bombe volante pour détruire Néral ; sauf que c’était suite à une prise d’otages… Mais manquer le faire réduire en cendres par un vaisseau Worh était entièrement de votre responsabilité, Lieutenant !

    – Tiens, je croyais que c’était vous le Capitaine ? railla le jeune homme.

    – J’ai eu quelques soucis de santé ces derniers mois… Non, comme en ce moment sans nul doute, une fois de plus c’est vous le Capitaine par intérim du Magnifique.

    – Je déteste ça, maugréa le second du Wird.

    – Je sais, firent d’une voix Vyld et Gévaudan.


*


        Gévaudan était dans les Jardins du Magnifique. Il était totalement désœuvré et s’ennuyait ferme. Les conférences et autres expositions permanentes ne le tentaient pas. Il ne pouvait pas non plus passer ses journées en Salle de Sport. Pas question non plus d’aller s’entraîner au Simulateur de Vol !

        Cela faisait une semaine qu’il était à bord du Magnifique de Vyld Nerlak et partout qu’il aille, il se sentait non désiré et surtout suspecté des pires tentatives de sabotage ou de soudoyement !

    « Mais comment vais–je rentrer chez moi ? ! ».

        Il se retourna sur le ventre.

    « Mais comment pourront–ils mettre la pâtée aux Worhs sans l’aide des Gardiens ! ? ».

        Gévaudan s’assit dans l’herbe, en un mâchonnant un brin.

    – Bon, il n’y a pas que les Gardiens sur la Frontière Ouest… La Magicienne me l’a dit quand elle m’a rendu le Médaillon : « Là où tu vas, tu rencontreras d’autres entités surnaturelles, des amicales et d’autres non ! Le Médaillon servira à te faire reconnaître d’elles ».

        Le jeune Loup se remit debout, lissant sa crinière.

    – Mag, si seulement je pouvais en discuter avec toi…

        Un sourire glissa sur les lèvres de Gévaudan. Magnus ne lui parlait peut–être plus, mais il pouvait toujours aller se nourrir à sa force, sentir ses cliquetis rassurants, la perfection totale de son électronique !

    – Transporteur.

        Il sauta dans une nacelle.

    – Salle des Machines !


*

* *





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