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Gévaudan 9 : Les manipulateurs d'esprit

Par Usha

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Table des matières
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CHAPITRE I




1.


    – Je peux savoir comment vous êtes arrivé à bord ? interrogea le Capitaine du Magnifique.

        Gévaudan tâchait de rassembler ses idées. L’instant d’avant, il était à bord de « son » Magnifique. Et voilà qu’il était sur un Pont d’Envol 7 strictement identique au sien, le Noir 1 réduit à l’état d’épave, avec son second soit, mais face à quelqu’un qui n’était plus du monde des vivants… A moins que ça ne soit lui qui soit passé de vie à trépas ; perspective beaucoup moins réjouissante !

        Face à lui, grand et mince, les cheveux mi–longs et gris, son prédécesseur semblait cependant bien en vie !

        Les deux gardes de Vyld Nerlak avaient entouré le jeune Loup, le tenant en joue de leur fusil.

        Pour sa part, Vyld avait considéré l’étrange créature à la crinière et à la queue bleu nuit, aux oreilles haut plantées sur le crâne, en pantalons noirs et veste pourpre.

    – Je vous ai posé une question, reprit Vyld. Qui êtes–vous et comment êtes–vous arrivé là ?

    – Kord, je m’appelle Gévaudan Kord. Je suis un Loup des Montagnes… Mais vous, vous ne pouvez pas être là !

    – Un peu de respect, le Loup, intima Lynder.

    – Ah oui, pourquoi ça ? préféra grincer Vyld.

    – Mais parce que vous êtes mort, bien sûr !

    – « bien sûr » ? En tout cas, l’explosion de mon jet a dû sérieusement vous secouer les neurones. Ne vous en déplaise, je suis en parfaite santé !

    – En ce cas, c’est moi qui ne suis pas à ma place, maugréa Gévaudan.

    – La Section Psychiatrique, oui, siffla Lynder.

    – Vous, Lieutenant Sondral, vous étiez beaucoup plus sympa avec moi ces derniers temps, grommela Gévaudan.

    – On se connait ? s’étonna le second du Magnifique, franchement pris au dépourvu. Un espion ? hasarda–t–il à l’adresse de Vyld.

    – Un espion, en temps de paix ? jeta le jeune Loup. Vous regardez trop de films…

    – Soyez plus poli, intima un garde en lui enfonçant le canon de son fusil dans les côtes.

    – Ne le malmenez pas, intervint Vyld. Mais vous, Louveteau, il faudra vous expliquer. Un espion, vu que les Worhs sont à nos portes, la remarque de mon second n’a absolument rien de farfelu !

    – Les Worhs sont toujours là ? s’épouvanta Gévaudan. C’est impossible. On les a défaits à la Mid–Frontière. J’ai fait exploser le Magnifique pour ça !

        Le jeune Loup se mordit les lèvres, conscient que plus il parlait, plus il devait paraître incohérent, et passablement fou à lier aux yeux du Capitaine du Magnifique et de son second !

        Le visage de Vyld s’était adouci, comme s’il comprenait qu’il devait à présent user de la persuasion pour amadouer son visiteur venu de nulle part !

    – Qu’importe comment vous êtes arrivé à bord, pour le moment. Je crois que vous avez besoin de repos. On reparlera de tout ça plus tard.

        Le regard de Gévaudan fut attiré par le Médaillon que Vyld portait suspendu à son ceinturon.

    – Vous avez aussi rencontré les Gardiens de l’Equilibre !

    – Vous connaissez les Gardiens, Louveteau ?

        La veste de Gévaudan se souleva. Le Médaillon du jeune Loup réagissait à la présence de celui de Vyld. Les deux pièces d’or semblaient irrésistiblement attirée l’une vers l’autre ! Les liens des Médaillon de Vyld et du jeune Loup se rompirent et comme aimanté, ils se dirigèrent l’un vers l’autre. Les deux Médaillons se heurtèrent, libérant une puissante vague d’énergie qui balaya le Pont d’Envol 7. Ils se désintégrèrent.

        Aidé de son second, Vyld se releva. Il était indemne, comme ses gardes et les techniciens présents un peu plus loin qui avaient été soufflé avec tout autant de facilité.

    – Le Louveteau ?

        Le garde qui avait frappé Gévaudan se dirigea vers le jeune Loup qui avait été projeté contre un des tableaux de contrôle de la catapulte la plus proche et n’avait pas un mouvement.

    – Il n’est qu’évanoui, Capitaine Nerlak.

    – Faites venir Garen, qu’il le prenne en charge. Mais tenez–le à l’œil. Je veux comprendre tout ce qu’il a d’incompréhensible dans ses propos. Occupe–toi de sa surveillance, Lynder.

    – Compte sur moi.


*


        Une infirmière avait soigné les petites ecchymoses que Vyld et Lynder avaient aux mains et au visage car la vague d’énergie avait été aussi fulgurante que brûlante !

        Garen Byrklar rejoignit les deux hommes.

    – Je savais que j’aurais gâché mon talent en m’occupant de vous deux, ironisa le Médecin–Chef du Magnifique.

    – Merci, Garen ! Ton aide nous est toujours aussi précieuse ! ironisa Vyld. Et le Louveteau ?

    – Il va bien, physiquement. Mais, le peu qu’il m’a dit…

    – Oui, je sais.

    – Je lui ai fait attribuer la cabine 714, sur le Pont 3, fit Lynder en remettant sa veste. Deux gardes à sa porte, en permanence.

    – Bien. Garen, tu peux l’y faire transférer ? Je vais aller le voir dans quelques mi…

    – Capitaine Nerlak sur la Passerelle, fit la voix de Mabil Tournip par l’interphone. Vaisseau Worh en vue !

    – Juste le transfert, Garen. Je m’occuperai de lui plus tard ! Vite, Lynder.

        Les deux hommes se précipitèrent hors du Centre Hospitalier.



2.


        Par la fenêtre de sa cabine, Gévaudan apercevait le vaisseau sphérique des Worhs. Hérissés de canons de missiles, il se précipitait droit vers le Magnifique.

    – Là, je peux rien du tout…

        Il préféra alors s’asseoir sur son lit, faisant le point sur l’étonnante situation qu’il vivait.

    – Bon, je résume : ici, Vyld Nerlak est bien vivant, Capitaine du Magnifique, et c’est lui le lien entre l’Union et les Gardiens de l’Equilibre… sauf que son Médaillon et le mien se sont autodétruits ! Mais qu’est–ce qui m’est arrivé ?

        Une fois encore, il se concentra pour rassembler ses souvenirs. Il ne pourrait jamais s’expliquer avec Vyld Nerlak si lui–même n’y comprenait rien !

        Alors, il avait renoncé à faire décoller le Noir 1 qui tenait davantage de la bombe volante. Il y avait eu cet éclair… C’était la dernière chose dont il se souvenait. Mais, hormis les légères brûlures de la vague d’énergie lors de la destruction des Médaillons, il était indemne.

        Cette réalité à laquelle il devait se faire ne devait pas appartenir au passé. Si cela avait été le cas, Vyld aurait pu être vivant soit, Lynder son second, mais jamais il n’aurait pu être le porteur du Médaillon des Gardiens de l’Equilibre !

        La seule explication qui lui parut à peu près acceptable était que, pour une raison qui lui échappait, il avait basculé dans un monde parallèle, une de ces multiples dimensions où les mêmes personnes vivaient un destin différent. Et c’était encore une version autre que le voyage temporel de Helbator et Tohyro quelques semaines auparavant !

    – C’est quand même impossible, gronda Gévaudan. Et, surtout, comment je vais rejoindre « mon » Magnifique ? !

        Le Wird vibra, tangua violemment, manquant le jeter hors de sa couchette. Une sirène retentit. Les tirs du sphérique vaisseau des Worhs avaient percé le bouclier !

        Le jeune Loup leva les yeux vers l’interphone dont il n’apercevait que la surface lisse et argentée au plafond.

    – Mag, tu m’entends ? Mag, réponds–moi !

        Mais le super–ordinateur demeura silencieux. Ce qui était logique puisque, dans cet univers la voix de Gévaudan n’avait pas été enregistrée dans sa mémoire !

    – Et je vais faire quoi ici ? siffla le jeune Loup. A part passer pour le dingue de service et finir, effectivement, à la Section Psychiatrique ? !

        Le Magnifique continuait d’être pilonné par les tirs du navire Wird. Il souffrait, Gévaudan pouvait le sentir dans son propre corps ; ce lien là existait toujours. Les sirènes s’entremêlaient : coque percée, incendies, alertes médicales. Sans compter que les réacteurs perdaient de leur puissance.

        S’efforçant de conserver son équilibre, le jeune Loup retourna à la fenêtre de sa cabine. Il aperçut le vaisseau sphérique, sous 7° tribord derrière le Magnifique. C’était ainsi que Lynder avait frôlé la destruction alors que lui–même était dans un semi coma après la tentative de sabotage de Magnus et les trois balles reçues.

        Sur la Passerelle, Vyld Nerlak avait dû donner un ordre car le Magnifique vira, très brutalement, sur tribord, presque couché sur le flanc, pour faire face au navire sphérique qui semblait ne pas savoir quelle manœuvre exacte faire pour demeurer dans l’angle mort des canons du Wird, n’osant le saut spatio–temporel pour continuer à demeurer derrière.

        Les tourelles du Magnifique crachèrent toute leur puissance et Gévaudan vit le vaisseau Worh exploser silencieusement.

        Visiblement, le Magnifique de cette réalité savait comment percer le bouclier adverse, profitant sans doute de la milliseconde où les Worhs baissaient le leur pour tirer !

        Gévaudan se releva. Le brusque virage l’avait fait rouler bouler à travers toute la cabine.

    – Tous avaient raison, Vyld : vous êtes un grand Capitaine. J’espère cependant que vous accorderez foi à mes divagations ; rien n’est moins sûr…



        La porte de la cabine n’était pas verrouillée. Ce qui était s’expliquait puisque pour filer discrètement il lui aurait fallu mettre à terre les deux membres du commando de Tolman Vrande. Chose envisageable et possible, – avec la Fureur du Loup – mais cela n’aurait pas été la meilleure façon de faire preuve de ses intentions pacifiques !

    – Veuillez ne pas quitter votre cabine, Monsieur, intima d’ailleurs l’un des deux gardes.

    – Il faut que je voie le Capitaine Nerlak.

    – C’est lui qui vous fera chercher quand il voudra s’entretenir avec vous !

    – Quand ?

    – Ca ne vous regarde pas ! Rentrez dans cette cabine, je vous prie !

        Avec un soupir, Gévaudan obéit. Il allait devoir sérieusement mettre orgueil et impétuosité de côté pour, au moins, se faire accepter à bord, et obtenir une aide bien nécessaire pour rejoindre « son » Magnifique.


*


        L’appartement de Vyld Nerlak était d’un ordre strict déprimant ! Tout était parfaitement rangé, depuis les chaises décoratives jusqu’aux crayons sur un secrétaire.

        Le Capitaine du Magnifique fit entrer Gévaudan dans son salon qui, étonnamment, tenait davantage du boudoir. On y sentait une touche féminine, celle de son épouse certainement qui devait tenir à ce que son mari y oublie par moments la charge de son navire de guerre !

        Les gardes étaient toujours sur ses talons.

    – Vous allez bien, Louveteau ? Pas trop secoué par ce duel ? Il faudra vous habituer, ça arrive très souvent ! Vous voulez boire quelque chose ?

    – Du lait, tiède si possible.

    – Je vais demander ça. Je ne vous propose rien à grignoter car Malvin m’a rapporté que vous aviez avalé trois pizzas géantes. Ca vous plaisait tant ?

    – Ca manquait d’épices mais ça m’a fait passer le temps.

    – J’ai eu quelques obligations, ironisa Vyld. Acceptez que je ne vous place pas sur la liste de mes priorités !

    – Mais bien sur celle de vos préoccupations…

    – Oui, vous me causez un souci certain, Gévaudan ! Et votre présence à bord n’est que la première de mes interrogations !

    – A ce sujet, je n’en sais pas plus que vous, Capitaine Nerlak.

    – S’il vous plaît, Louveteau, ne commencez pas ce jeu, pria Vyld. Tourner en rond vous fera gagner du temps mais ne vous servira à rien ! Et l’interrogatoire pourrait finir par devenir assez désagréable. Je n’ai pas envie que cela tourne ainsi, je vous assure.

    – Oui, je vous crois. Ca ne vous ressemble pas, fit doucement Gévaudan. Mais je vous répète que je ne sais pas ! Pour une raison que j’ignore, un vortex a dû s’ouvrir…

    – Vous voulez vraiment dire que vous n’appartenez pas à notre monde ? fit Lynder qui venait de les rejoindre.

    – Exact, Lieutenant Sondral. En revanche, j’ignore comment vous en convaincre, comment vous assurer que je ne suis pas une menace !

        Vyld but quelques gorgées de café.

    – Peut–être par vos connaissances de ce vaisseau, de nous ? suggéra–t–il. Même si un espion Worh a dû tout apprendre du Magnifique.

    – Les Worhs n’ont jamais eu besoin d’espions. Pas que je sache.

        Lynder grogna.

    – Et pourquoi seriez–vous au courant de ce genre de renseignements ? siffla le jeune homme.

        Gévaudan haussa les épaules, soupira.

    – Peut–être parce que dans « ma » réalité, c’est moi le Capitaine du Magnifique !


*

* *





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