Ce texte a été publié pour la première fois dans le spécial nouvelles numéro 7 du webzine Phénix Mag
Cette nouvelle est dédiée à :
Clifford D. Simak, auteur américain de science-fiction qui a écrit "Demain les chiens".
Edgar P. Jacobs, scénariste et dessinateur belge auteur "Du piège diabolique" à qui j'ai emprunté son "Chronoscaphe".
Mon chat Zen qui n'est toujours pas rentré à la maison depuis le 8 janvier 2004 au soir.
Cette nouvelle est dédiée à :
Clifford D. Simak, auteur américain de science-fiction qui a écrit "Demain les chiens".
Edgar P. Jacobs, scénariste et dessinateur belge auteur "Du piège diabolique" à qui j'ai emprunté son "Chronoscaphe".
Mon chat Zen qui n'est toujours pas rentré à la maison depuis le 8 janvier 2004 au soir.
Qu'est-ce que vont penser mes maîtres ? Ils vont se faire un de ces soucis !
Ah, tout d'abord, il faut que je me présente. Je m'appelle Ska. Je suis un Chat dit de gouttière : un Européen si l'on veut faire plus académique, plus classe aussi. Je suis noir et blanc. Là-dessus, on sera d'accord : le noir et le blanc sont deux couleurs que nous voyons, je pense, de la même façon, vous les Humains, et nous les Chats… que j'écris avec un C majuscule, bien évidemment. Noir et blanc, je le répète… avec une tache noire sur l'oeil gauche, et le bout de ma queue blanche. Pourquoi je m'appelle Ska ? Alors ça, c'est une idée de mon maître ; c'est lui qui a trouvé ce nom. D'après ce que j'ai compris, c'est à cause d'une musique : un rythme jamaïcain des années soixante, remis au goût du jour vingt ans plus tard par le groupe anglais Madness dont les musiciens étaient habillés justement de noir et de blanc. Même leurs chaussures étaient noires et blanches.
Ah, tout d'abord, il faut que je me présente. Je m'appelle Ska. Je suis un Chat dit de gouttière : un Européen si l'on veut faire plus académique, plus classe aussi. Je suis noir et blanc. Là-dessus, on sera d'accord : le noir et le blanc sont deux couleurs que nous voyons, je pense, de la même façon, vous les Humains, et nous les Chats… que j'écris avec un C majuscule, bien évidemment. Noir et blanc, je le répète… avec une tache noire sur l'oeil gauche, et le bout de ma queue blanche. Pourquoi je m'appelle Ska ? Alors ça, c'est une idée de mon maître ; c'est lui qui a trouvé ce nom. D'après ce que j'ai compris, c'est à cause d'une musique : un rythme jamaïcain des années soixante, remis au goût du jour vingt ans plus tard par le groupe anglais Madness dont les musiciens étaient habillés justement de noir et de blanc. Même leurs chaussures étaient noires et blanches.
Bon, passons là-dessus, car le plus important, c'est ce qui m'est arrivé... Je ne sais plus trop quand, d'ailleurs.
J'étais venu – comme j'en ai souvent l'habitude –, rendre visite à mes trois copains : Yoko, Lupin et Tigret. Leur maître, c'est un vieux monsieur avec des cheveux tout blancs. Mais surtout, c'est quelqu'un qui est toujours en train de bricoler, et de construire de drôles d'engins. Et son dernier est plutôt étonnant. C'est une grosse boule noire entourée de deux grands anneaux : l’un placé à horizontale, et l'autre à la verticale. Il y a une ouverture dans la boule, une sorte d'orifice. J'ai sauté dedans avec mon adresse et ma témérité légendaires, et... oh, formidable !... je suis retombé à plat ventre sur un siège moelleux.
Je m'y suis aussitôt lové, pelotonné, et très vite endormi. Mais j'ai été aussi vite réveillé par un bruit : un bruit sec, un claquement ! J'ai ouvert les yeux, et alors là, horreur ! Je ne voyais plus rien. J'étais dans l'obscurité totale. Mes yeux de Chat n'y pouvaient rien, la boule était maintenant fermée. J'ai tout de suite pensé que c'était le maître de mes trois copains qui, par inadvertance, l'avait refermée ainsi. J'ai commencé à miauler pendant peut-être dix bonnes minutes ; mais rien n'y a fait. La boule est restée fermée. Et j'avais beau orienter mes oreilles dans toutes les directions, je ne percevais aucun bruit, aucun son, ni de loin ni de près. Mes trois copains, selon leur habitude, devaient être partis je ne sais où ! Ils étaient bien capables de ne rentrer que dans deux jours, voire plus. Et moi, bien sûr, j'allais rester prisonnier à l'intérieur de la boule. Non, c'était impossible, je ne pouvais pas. Ah, il faut que je précise que je suis un Chat claustrophobe. Je ne sais pas si c'est très répandu chez les félins, ce phénomène, mais en tout cas, pour moi, il était hors de question de rester ainsi.
J'étais venu – comme j'en ai souvent l'habitude –, rendre visite à mes trois copains : Yoko, Lupin et Tigret. Leur maître, c'est un vieux monsieur avec des cheveux tout blancs. Mais surtout, c'est quelqu'un qui est toujours en train de bricoler, et de construire de drôles d'engins. Et son dernier est plutôt étonnant. C'est une grosse boule noire entourée de deux grands anneaux : l’un placé à horizontale, et l'autre à la verticale. Il y a une ouverture dans la boule, une sorte d'orifice. J'ai sauté dedans avec mon adresse et ma témérité légendaires, et... oh, formidable !... je suis retombé à plat ventre sur un siège moelleux.
Je m'y suis aussitôt lové, pelotonné, et très vite endormi. Mais j'ai été aussi vite réveillé par un bruit : un bruit sec, un claquement ! J'ai ouvert les yeux, et alors là, horreur ! Je ne voyais plus rien. J'étais dans l'obscurité totale. Mes yeux de Chat n'y pouvaient rien, la boule était maintenant fermée. J'ai tout de suite pensé que c'était le maître de mes trois copains qui, par inadvertance, l'avait refermée ainsi. J'ai commencé à miauler pendant peut-être dix bonnes minutes ; mais rien n'y a fait. La boule est restée fermée. Et j'avais beau orienter mes oreilles dans toutes les directions, je ne percevais aucun bruit, aucun son, ni de loin ni de près. Mes trois copains, selon leur habitude, devaient être partis je ne sais où ! Ils étaient bien capables de ne rentrer que dans deux jours, voire plus. Et moi, bien sûr, j'allais rester prisonnier à l'intérieur de la boule. Non, c'était impossible, je ne pouvais pas. Ah, il faut que je précise que je suis un Chat claustrophobe. Je ne sais pas si c'est très répandu chez les félins, ce phénomène, mais en tout cas, pour moi, il était hors de question de rester ainsi.
Très vite, je me suis énervé, j'ai même paniqué, et d'un coup de patte, j'ai heurté quelque chose, un objet. C'est alors que l'engin s'est mis à vibrer, à vibrer très fort. J'ai sorti aussitôt mes griffes, et je me suis agrippé le mieux que j'ai pu au siège, car j'étais vraiment très secoué.
Heureusement, tout s'est arrêté très vite. L'engin s'est immobilisé, et oh, joie ! la grosse boule noire s'est ouverte !
Je suis resté quand même pendant quelques secondes un peu étourdi ; puis je me suis dressé sur mes pattes, je me suis étiré délicieusement et, seulement, je me suis approché, jusqu'à sortir ma tête de la boule.
Alors là, je n'en suis pas revenu. Dehors, il faisait jour, parfaitement jour malgré un soleil pâlot dans un ciel brouillé, et ce que j'ai vu, m'a fait rentrer aussitôt la tête. C'était horrible, oui, vraiment horrible. Mais il fallait pourtant que je trouve une solution pour me tirer de la situation dans laquelle je m'étais bien malgré moi fourré. J'ai sorti de nouveau la tête, espérant que la première fois j'avais eu une hallucination. Mais hélas, j'ai revu exactement la même chose : une immense étendue de ruines, d'horribles et angoissantes ruines. Il s'agissait à coup sûr des restes d'immeubles, d'habitations de toutes sortes... les vestiges d'une ville qui avait été sans doute jadis très grande, et que l'on avait complètement détruite. Tout était tordu, écroulé, brûlé, roussi, rouillé, calciné. C'était l'horreur !
Mais ce que j'ai vu, très vite après, m'a étonné, m'a subjugué encore plus.
Des ruines effroyables, a surgi un millier, non, un million, peut-être même encore plus... de Chats !
Heureusement, tout s'est arrêté très vite. L'engin s'est immobilisé, et oh, joie ! la grosse boule noire s'est ouverte !
Je suis resté quand même pendant quelques secondes un peu étourdi ; puis je me suis dressé sur mes pattes, je me suis étiré délicieusement et, seulement, je me suis approché, jusqu'à sortir ma tête de la boule.
Alors là, je n'en suis pas revenu. Dehors, il faisait jour, parfaitement jour malgré un soleil pâlot dans un ciel brouillé, et ce que j'ai vu, m'a fait rentrer aussitôt la tête. C'était horrible, oui, vraiment horrible. Mais il fallait pourtant que je trouve une solution pour me tirer de la situation dans laquelle je m'étais bien malgré moi fourré. J'ai sorti de nouveau la tête, espérant que la première fois j'avais eu une hallucination. Mais hélas, j'ai revu exactement la même chose : une immense étendue de ruines, d'horribles et angoissantes ruines. Il s'agissait à coup sûr des restes d'immeubles, d'habitations de toutes sortes... les vestiges d'une ville qui avait été sans doute jadis très grande, et que l'on avait complètement détruite. Tout était tordu, écroulé, brûlé, roussi, rouillé, calciné. C'était l'horreur !
Mais ce que j'ai vu, très vite après, m'a étonné, m'a subjugué encore plus.
Des ruines effroyables, a surgi un millier, non, un million, peut-être même encore plus... de Chats !
Oui, partout, absolument partout, il y avait des Chats !
J'ai sauté de la grosse boule noire ; je me suis reçu avec souplesse sur mes coussinets et je me suis retrouvé face à un Siamois nouvelle vague à la tête triangulaire, encadré par deux gros matous tigrés, derrière lesquels s'étendait une foule de mes semblables.
– D'où viens-tu ? m'a miaulé le Siamois.
– Du XXIe siècle, ai-je miaulé en réponse, pensant que j'avais très probablement changé d'époque.
Le Siamois a alors émis un miaulement d'étonnement :
– Du XXIe siècle ! Mais, comment es-tu arrivé jusqu'à nous ?
À grand renfort de miaulements, j'ai tenté d'expliquer mon aventure.
Lorsque j'ai eu terminé, le Siamois a consulté le matou tigré de gauche, puis celui de droite, et a décidé d'un miaulement appuyé :
– Nous allons prévenir Jesse IV, notre roi.
J'ai sauté de la grosse boule noire ; je me suis reçu avec souplesse sur mes coussinets et je me suis retrouvé face à un Siamois nouvelle vague à la tête triangulaire, encadré par deux gros matous tigrés, derrière lesquels s'étendait une foule de mes semblables.
– D'où viens-tu ? m'a miaulé le Siamois.
– Du XXIe siècle, ai-je miaulé en réponse, pensant que j'avais très probablement changé d'époque.
Le Siamois a alors émis un miaulement d'étonnement :
– Du XXIe siècle ! Mais, comment es-tu arrivé jusqu'à nous ?
À grand renfort de miaulements, j'ai tenté d'expliquer mon aventure.
Lorsque j'ai eu terminé, le Siamois a consulté le matou tigré de gauche, puis celui de droite, et a décidé d'un miaulement appuyé :
– Nous allons prévenir Jesse IV, notre roi.
Je suis demeuré étonné, incapable de produire le moindre soupçon de miaulement.
Le Siamois et ses deux complices se sont retirés, me laissant face à la foule des autres Chats qui m'observaient en silence.
Mais le Siamois et les deux autres sont très vite revenus, accompagnés d'un imposant Maine Coon brun tabby.
Celui-ci s'est assis sur son postérieur, puis m'a toisé du regard.
– On m'a raconté de drôles de choses à ton sujet, m'a-t-il miaulé d'un ton hautain. Enfin, quoi qu'il en soit, sache que je suis Jesse, quatrième du nom, l'actuel roi des Chats de la planète Terre. Mais au cas où tu l'ignorerais, il n'y a plus que des Chats sur la Terre ; ainsi bien sûr que des rats qui assurent notre pitance.
Je n'en revenais pas. Je lui ai demandé des explications et notamment, j'ai voulu savoir ce qu'étaient devenus les Humains.
Cette question l'a bien fait rire, et il a répondu d'un miaulement très ironique :
– Les humains ? Il n'y en a plus ! Enfin, il semblerait qu'il existerait encore quelques spécimens de mutants, dans un coin très reculé de la planète. Les humains ont tout saccagé, tout liquidé, avec leur chimie, leur nucléaire, leur modernisme, leurs guerres, leur matérialisme. Ils ont tout détruit, et tout empoisonné : la terre, les rivières, les mers, l'atmosphère. Les insectes, les oiseaux, les poissons, et j'en passe, sont tous morts, disparus depuis des temps immémoriaux. Et si nous les Chats, nous avons pu survivre à la folie des humains, c'est grâce au gène F, un gène dont les particularités nous ont permis de passer à travers le Grand Désastre. Il en a été de même des rats, qui eux sont porteurs du gène R, qui les a protégés également. Quant aux pauvres humains, ce qui en est resté, n'était pas très beau à voir, à ce qui paraît. C'est pour cela que leurs descendants se cachent.
Le Siamois et ses deux complices se sont retirés, me laissant face à la foule des autres Chats qui m'observaient en silence.
Mais le Siamois et les deux autres sont très vite revenus, accompagnés d'un imposant Maine Coon brun tabby.
Celui-ci s'est assis sur son postérieur, puis m'a toisé du regard.
– On m'a raconté de drôles de choses à ton sujet, m'a-t-il miaulé d'un ton hautain. Enfin, quoi qu'il en soit, sache que je suis Jesse, quatrième du nom, l'actuel roi des Chats de la planète Terre. Mais au cas où tu l'ignorerais, il n'y a plus que des Chats sur la Terre ; ainsi bien sûr que des rats qui assurent notre pitance.
Je n'en revenais pas. Je lui ai demandé des explications et notamment, j'ai voulu savoir ce qu'étaient devenus les Humains.
Cette question l'a bien fait rire, et il a répondu d'un miaulement très ironique :
– Les humains ? Il n'y en a plus ! Enfin, il semblerait qu'il existerait encore quelques spécimens de mutants, dans un coin très reculé de la planète. Les humains ont tout saccagé, tout liquidé, avec leur chimie, leur nucléaire, leur modernisme, leurs guerres, leur matérialisme. Ils ont tout détruit, et tout empoisonné : la terre, les rivières, les mers, l'atmosphère. Les insectes, les oiseaux, les poissons, et j'en passe, sont tous morts, disparus depuis des temps immémoriaux. Et si nous les Chats, nous avons pu survivre à la folie des humains, c'est grâce au gène F, un gène dont les particularités nous ont permis de passer à travers le Grand Désastre. Il en a été de même des rats, qui eux sont porteurs du gène R, qui les a protégés également. Quant aux pauvres humains, ce qui en est resté, n'était pas très beau à voir, à ce qui paraît. C'est pour cela que leurs descendants se cachent.
J'étais abasourdi par ce que m'apprenait Jesse IV. Je lui ai quand même demandé comment avaient pu être localisés les gènes F et R, et quelles étaient leurs particularités. Alors, il m'a répondu que c'était un humain doté d'une très exceptionnelle sagesse, qui avait échappé miraculeusement au Grand Désastre d'il y a très longtemps, qui avait étudié ce sujet, et remis ses conclusions à Walker Ier, le premier Chat à avoir régné sur la Terre. Et selon lui, ces gènes rendaient aussi bien les Chats que les rats, particulièrement résistants aux attaques bactériologiques, chimiques ou radioactives de toute ampleur.
Jesse IV venait juste de terminer sa déclaration, lorsque sont apparus de drôles d'objets métalliques, qui se mouvaient sur deux espèces de jambes avec des cliquetis bizarres.
Devant mon air interrogateur, Jesse IV m'a expliqué :
– Ce sont des robots de la première génération. Ils sont entièrement composés de ferraille et d'électronique. Ce sont de parfaites machines, bien éloignées du modèle humain. C'est pour cela qu'ils ont eux aussi échappé au Grand Désastre. Les robots des générations postérieures, ou humanoïdes, qui en étaient plus proches, ont péri.
Les robots qui étaient au nombre d'une dizaine, se sont postés près de Jesse IV, et ont donné l'impression de m'observer.
Le roi des Chats leur a jeté un vague regard, et m'a encore expliqué :
– Les pauvres regrettent la disparition des humains, car eux seuls pouvaient les réparer.
– Les réparer ? ai-je miaulé d'étonnement.
Jesse IV venait juste de terminer sa déclaration, lorsque sont apparus de drôles d'objets métalliques, qui se mouvaient sur deux espèces de jambes avec des cliquetis bizarres.
Devant mon air interrogateur, Jesse IV m'a expliqué :
– Ce sont des robots de la première génération. Ils sont entièrement composés de ferraille et d'électronique. Ce sont de parfaites machines, bien éloignées du modèle humain. C'est pour cela qu'ils ont eux aussi échappé au Grand Désastre. Les robots des générations postérieures, ou humanoïdes, qui en étaient plus proches, ont péri.
Les robots qui étaient au nombre d'une dizaine, se sont postés près de Jesse IV, et ont donné l'impression de m'observer.
Le roi des Chats leur a jeté un vague regard, et m'a encore expliqué :
– Les pauvres regrettent la disparition des humains, car eux seuls pouvaient les réparer.
– Les réparer ? ai-je miaulé d'étonnement.
– Oui, les réparer, a confirmé le roi des Chats. À force de fonctionner, certains tombent en panne ; et alors, faute d'une réparation, pour eux, c'est la mise hors circuit.
– La mort ! me suis-je exclamé.
Jesse IV a acquiescé avec ses yeux.
Il y avait une question qui me turlupinait. Alors, tant qu'à faire, je l'ai posée au roi des Chats :
– Vous subsistez en mangeant des rats, ai-je commencé, mais eux, comment s'y prennent-ils pour se nourrir ?
Jesse IV a léché rapidement le bout de sa patte droite avant de répondre :
– Eh bien, comme on dit, la nature a repris ses droits. Et sous terre, sont nées de nouvelles plantes dont les rats se nourrissent. Bien sûr, il faut aller les chercher très profond ; mais les rats adorent creuser.
– Et pourquoi ne restent-ils pas sous terre ? ai-je demandé d'un miaulement d'étonnement. Ainsi ils ne risqueraient pas d'être mangés.
Jesse IV a pris un air méprisant pour miauler en réponse :
– Tu m'as vraiment l'air d'être un drôle de Chat. Il est vrai que d'après ce que tu as raconté, tu viendrais d'un lointain siècle passé. D'un siècle où les pauvres humains préparaient le Grand Désastre, et régnaient sur la Terre. Un siècle où ils étaient d'ailleurs nos maîtres, et se permettaient de faire castrer les mâles et stériliser les femelles de notre vénérable Espèce, empêchant ainsi les Chats d'être assez nombreux pour tenter de s'opposer au Grand Désastre. Mais ce siècle-là, Ton siècle, est bien passé. Désormais, les Chats veillent sur la Terre, et ne laisseront plus jamais les humains les dominer et commettre leurs effroyables bêtises.
– La mort ! me suis-je exclamé.
Jesse IV a acquiescé avec ses yeux.
Il y avait une question qui me turlupinait. Alors, tant qu'à faire, je l'ai posée au roi des Chats :
– Vous subsistez en mangeant des rats, ai-je commencé, mais eux, comment s'y prennent-ils pour se nourrir ?
Jesse IV a léché rapidement le bout de sa patte droite avant de répondre :
– Eh bien, comme on dit, la nature a repris ses droits. Et sous terre, sont nées de nouvelles plantes dont les rats se nourrissent. Bien sûr, il faut aller les chercher très profond ; mais les rats adorent creuser.
– Et pourquoi ne restent-ils pas sous terre ? ai-je demandé d'un miaulement d'étonnement. Ainsi ils ne risqueraient pas d'être mangés.
Jesse IV a pris un air méprisant pour miauler en réponse :
– Tu m'as vraiment l'air d'être un drôle de Chat. Il est vrai que d'après ce que tu as raconté, tu viendrais d'un lointain siècle passé. D'un siècle où les pauvres humains préparaient le Grand Désastre, et régnaient sur la Terre. Un siècle où ils étaient d'ailleurs nos maîtres, et se permettaient de faire castrer les mâles et stériliser les femelles de notre vénérable Espèce, empêchant ainsi les Chats d'être assez nombreux pour tenter de s'opposer au Grand Désastre. Mais ce siècle-là, Ton siècle, est bien passé. Désormais, les Chats veillent sur la Terre, et ne laisseront plus jamais les humains les dominer et commettre leurs effroyables bêtises.
Tout cela me mettait bien mal à l'aise. De la façon dont Jesse IV miaulait le mot humain, il était clair qu'il employait un h minuscule de mépris, alors que moi qui m'ennuyais déjà de mes bons maîtres, j'avais toujours opté pour le H majuscule de reconnaissance. Puis, il y avait aussi son allusion à la castration. Moi-même, j'y étais passé. Il est vrai que j'avais quand même cinq ans à ce moment-là. Mes bons maîtres m'avaient laissé vivre en quelque sorte ma vie de Chat, jusqu'au petit matin où je suis rentré avec plein d'abcès et un oeil salement atteint. Ils ont alors décidé qu'il était temps de me calmer un peu de mon imprudence innée, que c'était pour mon bien. Bah, je dois avouer que ce n'était pas une mauvaise chose. Quand je vois mes trois copains qui partent encore périodiquement pendant plusieurs jours en quête de quelques chattes, et reviennent parfois en triste état après avoir malencontreusement croisé des matous particulièrement coriaces...
Jesse IV n'est pas allé plus loin, et m'a précisé que je pouvais rester au royaume planétaire des Chats, dans la mesure où mon étrange appareil conçu sans doute par un non moins étrange humain, ne me permettait pas de retourner vers mon triste siècle d'asservissement de la race féline.
Jesse IV n'est pas allé plus loin, et m'a précisé que je pouvais rester au royaume planétaire des Chats, dans la mesure où mon étrange appareil conçu sans doute par un non moins étrange humain, ne me permettait pas de retourner vers mon triste siècle d'asservissement de la race féline.
***
Et voilà, le temps a passé, et je suis toujours là. En parlant de temps, j'en ai complètement perdu la notion. Il me semble que ça fait déjà plusieurs années que j’ai débarqué dans ce futur incroyable, où les Chats dominent la planète Terre. Autant dire que je me ronge d'inquiétude à propos de mes maîtres qui ont dû faire le tour des refuges de la région, avoir passé un tas d'annonces dans les journaux spécialisés, et avoir même laissé une grande affiche chez mon vétérinaire.
Que dire de mon séjour au royaume des Chats du futur ? Eh bien, que j'ai quand même du mal à m'habituer à la situation. À commencer par le fait de ne voir que des Chats à perte de vue : ça me donne le tournis. Je pense que c'était pareil pour les Humains, au temps où ils peuplaient la Terre. Il devait y avoir des moments où ils saturaient. C'est probablement pour cela – entre autre – qu'ils prenaient des Chats chez eux. Pour rompre la monotonie de se retrouver toujours entre eux.
Autre problème également pour moi : la chasse aux rats. Il faut dire que je suis habitué aux croquettes, et qu'il y a belle lurette que je n'ai pas chassé, ne serait-ce qu'un pauvre et innocent oiseau. Non, vraiment, rester pendant des heures, à attendre qu'un rat veuille bien sortir de son trou pour se changer les idées, et en profiter pour l'estourbir... ça me casse les pattes. Alors, bien sûr, comme il faut se sustenter, je mange ce que d'autres Chats m'apportent en tentant de me faire un peu la honte. Mais comme je ne peux m'empêcher de grimacer à chaque fois, car je n'apprécie pas trop le goût du rat, je les désappointe complètement. Et alors, ils repartent en se demandant avec des miaulements appuyés, ce que l'on va pouvoir faire de moi.
Et pour finir, je trouve ça vraiment trop triste de ne vivre que dans des ruines, en apercevant parfois, au coin de morceaux de ferraille tordus et rouillés, de pauvres robots, sur le dos, leurs jambes métalliques en l'air, morts des suites d'une sérieuse panne électronique.
Autre problème également pour moi : la chasse aux rats. Il faut dire que je suis habitué aux croquettes, et qu'il y a belle lurette que je n'ai pas chassé, ne serait-ce qu'un pauvre et innocent oiseau. Non, vraiment, rester pendant des heures, à attendre qu'un rat veuille bien sortir de son trou pour se changer les idées, et en profiter pour l'estourbir... ça me casse les pattes. Alors, bien sûr, comme il faut se sustenter, je mange ce que d'autres Chats m'apportent en tentant de me faire un peu la honte. Mais comme je ne peux m'empêcher de grimacer à chaque fois, car je n'apprécie pas trop le goût du rat, je les désappointe complètement. Et alors, ils repartent en se demandant avec des miaulements appuyés, ce que l'on va pouvoir faire de moi.
Et pour finir, je trouve ça vraiment trop triste de ne vivre que dans des ruines, en apercevant parfois, au coin de morceaux de ferraille tordus et rouillés, de pauvres robots, sur le dos, leurs jambes métalliques en l'air, morts des suites d'une sérieuse panne électronique.
Mais tandis que je vous raconte tous mes malheurs, il me semble qu'il se passe quelque chose. Car du toit calciné où j'ai élu domicile, je vois des milliers de Chats partir à toutes pattes vers un point très précis. Je ne peux quand même pas me désintéresser de la situation ; alors, j'y vais également.
Je saute de mon toit, et je me mets à courir, rattrapant bientôt tout un groupe de Chats qui miaulent à qui mieux mieux. Je ne comprends pas grand chose à ce qu'ils racontent, tant ils ont l'air énervés et miaulent de façon saccadée. Dans notre empressement, mes compagnons et moi, nous doublons de pauvres robots qui eux se déplacent difficilement dans des cliquetis sinistres.
Je cours, et je cours encore, sans trop savoir pourquoi, ni même où je vais, me contentant de suivre les autres.
Mais bientôt, je suis bloqué ainsi que ceux qui courent avec moi, par un grand rassemblement. Piqué de curiosité, je me faufile entre mes semblables, et j'arrive ainsi juste à côté de notre roi, mais également en face de ce qui ne peut que m'arracher un miaulement d'horreur !
Oui, je pensais avoir tout vu ; mais non, le plus horrible de l'horrible restait à venir. J'en ai la preuve maintenant. Car devant, se trouvent des créatures inqualifiables de monstruosité. Ce sont des espèces d'humains ; mais des humains à trois têtes, cinq jambes, douze bras... des humains pourvus de trois paires d'yeux globuleux, cinq paires d'oreilles immenses, six nez démesurés. Dans mon effroi, j'en prononce humain avec un h minuscule comme le roi Jesse IV.
Je saute de mon toit, et je me mets à courir, rattrapant bientôt tout un groupe de Chats qui miaulent à qui mieux mieux. Je ne comprends pas grand chose à ce qu'ils racontent, tant ils ont l'air énervés et miaulent de façon saccadée. Dans notre empressement, mes compagnons et moi, nous doublons de pauvres robots qui eux se déplacent difficilement dans des cliquetis sinistres.
Je cours, et je cours encore, sans trop savoir pourquoi, ni même où je vais, me contentant de suivre les autres.
Mais bientôt, je suis bloqué ainsi que ceux qui courent avec moi, par un grand rassemblement. Piqué de curiosité, je me faufile entre mes semblables, et j'arrive ainsi juste à côté de notre roi, mais également en face de ce qui ne peut que m'arracher un miaulement d'horreur !
Oui, je pensais avoir tout vu ; mais non, le plus horrible de l'horrible restait à venir. J'en ai la preuve maintenant. Car devant, se trouvent des créatures inqualifiables de monstruosité. Ce sont des espèces d'humains ; mais des humains à trois têtes, cinq jambes, douze bras... des humains pourvus de trois paires d'yeux globuleux, cinq paires d'oreilles immenses, six nez démesurés. Dans mon effroi, j'en prononce humain avec un h minuscule comme le roi Jesse IV.
Ils tiennent debout sur leurs cinq jambes graciles, vêtus de sortes de haillons qui laissent apparaître leur peau couverte d'écailles, d'abcès ou de pustules. Et il émane de leur groupe d'environ une vingtaine de créatures, une odeur pestilentielle, suffocante de puanteur.
Il y a un moment de silence qui semble prêt à se prolonger éternellement. Mais soudain, l'une des créatures se met à parler en laissant pendre une immense langue violacée, tandis que coule de ce qui lui sert de bouche, une salive jaunâtre à l'odeur putride.
– Nous sommes le renouveau de l'espèce humaine, commence la créature d'une voix qui semble provenir des plus grandes profondeurs de l'enfer. Nous allons reconstruire la Terre. C'est notre mission. Nous allons rebâtir des villes, des usines chimiques, des centrales nucléaires. Nous allons remettre en place une économie, la concurrence, la mondialisation. Nous allons fabriquer des armes, faire des guerres, conquérir. L'Humanité va être sauvée. Et quant à vous les chats, il vous faut disparaître, vous cacher sous terre, et y rester avec les rats. Et si vous n'obtempérez pas, nous testerons nos nouvelles armes chimiques sur vous : nous vous exterminerons jusqu'au dernier. La Terre doit revenir à l'espèce humaine qui est seule capable de la faire prospérer.
La créature s'interrompt un instant, et Jesse IV en profite pour feuler de façon impressionnante, et cracher dans sa direction avec rage.
La créature en bave aussitôt des glaires véreux, et répand alentour une odeur épouvantable qui fait vomir bon nombre de Chats.
Il y a un moment de silence qui semble prêt à se prolonger éternellement. Mais soudain, l'une des créatures se met à parler en laissant pendre une immense langue violacée, tandis que coule de ce qui lui sert de bouche, une salive jaunâtre à l'odeur putride.
– Nous sommes le renouveau de l'espèce humaine, commence la créature d'une voix qui semble provenir des plus grandes profondeurs de l'enfer. Nous allons reconstruire la Terre. C'est notre mission. Nous allons rebâtir des villes, des usines chimiques, des centrales nucléaires. Nous allons remettre en place une économie, la concurrence, la mondialisation. Nous allons fabriquer des armes, faire des guerres, conquérir. L'Humanité va être sauvée. Et quant à vous les chats, il vous faut disparaître, vous cacher sous terre, et y rester avec les rats. Et si vous n'obtempérez pas, nous testerons nos nouvelles armes chimiques sur vous : nous vous exterminerons jusqu'au dernier. La Terre doit revenir à l'espèce humaine qui est seule capable de la faire prospérer.
La créature s'interrompt un instant, et Jesse IV en profite pour feuler de façon impressionnante, et cracher dans sa direction avec rage.
La créature en bave aussitôt des glaires véreux, et répand alentour une odeur épouvantable qui fait vomir bon nombre de Chats.
– Maudit matou, tu me le paieras ! éructe la créature, tandis que ses pustules éclatent en mille geysers de pus.
C'est alors que l'on entend une multitude de cliquetis qui vrillent le système ô combien complexe de nos oreilles de Chats.
Et nous voyons des centaines de robots qui s'en vont rejoindre le camp des mutants, à la grande satisfaction de leur horrible meneur.
– Bravo, les robots ! s'exclame-t-il. Vous avez raison de venir nous rejoindre. Car ce ne sont pas ces manchots de chats qui sauront vous réparer. Nous, le renouveau de l'espèce humaine, nous le pouvons. Surtout que nous sommes dotés de plusieurs paires de mains maintenant.
Trouvant cela certainement très drôle, les mutants partent d'un rire satanique qui nous glace d'effroi.
Puis leur meneur ajoute encore :
– Il faut bien avouer que l'espèce humaine revient de très loin, et en voici la preuve.
Quelques créatures s'écartent, et apparaît alors une effroyable chose, constituée d'un corps de limace et d'une énorme tête humaine à l'unique oeil glauque. De plus, l'effroyable chose glisse sur le sol en laissant derrière elle des traînées baveuses et puantes.
Devant l'effroi de tous les Chats présents, le meneur s'exclame :
– Il y a de cela encore dix siècles, nous étions tous comme ça ! Mais depuis, nous nous sommes régénérés. L'espèce humaine a retrouvé toute sa splendeur. Alors les matous, il ne vous reste plus qu'à disparaître !
Puis, les créatures tournent ce qui leur sert de dos, et s'en vont, suivies par les robots, en laissant derrière elles une épouvantable odeur de sanie.
C'est alors que l'on entend une multitude de cliquetis qui vrillent le système ô combien complexe de nos oreilles de Chats.
Et nous voyons des centaines de robots qui s'en vont rejoindre le camp des mutants, à la grande satisfaction de leur horrible meneur.
– Bravo, les robots ! s'exclame-t-il. Vous avez raison de venir nous rejoindre. Car ce ne sont pas ces manchots de chats qui sauront vous réparer. Nous, le renouveau de l'espèce humaine, nous le pouvons. Surtout que nous sommes dotés de plusieurs paires de mains maintenant.
Trouvant cela certainement très drôle, les mutants partent d'un rire satanique qui nous glace d'effroi.
Puis leur meneur ajoute encore :
– Il faut bien avouer que l'espèce humaine revient de très loin, et en voici la preuve.
Quelques créatures s'écartent, et apparaît alors une effroyable chose, constituée d'un corps de limace et d'une énorme tête humaine à l'unique oeil glauque. De plus, l'effroyable chose glisse sur le sol en laissant derrière elle des traînées baveuses et puantes.
Devant l'effroi de tous les Chats présents, le meneur s'exclame :
– Il y a de cela encore dix siècles, nous étions tous comme ça ! Mais depuis, nous nous sommes régénérés. L'espèce humaine a retrouvé toute sa splendeur. Alors les matous, il ne vous reste plus qu'à disparaître !
Puis, les créatures tournent ce qui leur sert de dos, et s'en vont, suivies par les robots, en laissant derrière elles une épouvantable odeur de sanie.
Jesse IV fait aussitôt face à son peuple, et miaule à n'en plus pouvoir :
– Vous avez compris, Chats, mes sujets, il nous faut sauver la planète ! Les mutants sont prêts à tout. Acérons donc nos griffes, et préparons-nous à la guerre !
Je tremble vraiment d'effroi, mais je me reprends, et trouve le courage de miauler au roi des Chats :
– J'ai une proposition à faire !
– Laquelle ? miaule d'étonnement Jesse IV.
Plein d'audace, je poursuis :
– Je vais retourner au XXIe siècle, et prévenir les Humains. Les mettre en garde à propos de ce qui les attend dans les siècles à venir, pour...
– Ça suffit ! miaule avec autorité Jesse IV. Tu ne changeras rien au cours de l'Histoire. Ce qui devait arriver, est arrivé. Ton retour dans un siècle passé, que ce soit le XXIe ou un autre, n'y fera rien. Tu échoueras forcément dans ta mission. Les humains saccageront la planète, aussi vrai qu'ils ont l'intention maintenant de la détruire définitivement. C'est aux Chats d'empêcher cela, et dès maintenant !
J'insiste quand même :
– S'il existe ne serait-ce qu'une chance sur un million, je veux la saisir !
Jesse IV prend alors un air exaspéré et me miaule, prêt à cracher :
– Alors, va-t-en, si tu arrives au moins à remettre en marche ta maudite machine inventée par un humain !
Je pense qu'il n'y a plus rien à ajouter ; je fais volte face, et à toutes pattes, je cours vers l'endroit où la grosse boule noire s'est posée.
Il faut dire que depuis que je suis arrivé au royaume des Chats du futur, je suis plusieurs fois entré à l'intérieur de l'engin, et qu'à force de renifler partout, je pense avoir trouvé le moyen de repartir vers le XXIe siècle.
J'arrive bientôt en vue de la grosse boule noire. Encore un effort, et je saute à l'intérieur, me recevant sur le siège moelleux.
– Vous avez compris, Chats, mes sujets, il nous faut sauver la planète ! Les mutants sont prêts à tout. Acérons donc nos griffes, et préparons-nous à la guerre !
Je tremble vraiment d'effroi, mais je me reprends, et trouve le courage de miauler au roi des Chats :
– J'ai une proposition à faire !
– Laquelle ? miaule d'étonnement Jesse IV.
Plein d'audace, je poursuis :
– Je vais retourner au XXIe siècle, et prévenir les Humains. Les mettre en garde à propos de ce qui les attend dans les siècles à venir, pour...
– Ça suffit ! miaule avec autorité Jesse IV. Tu ne changeras rien au cours de l'Histoire. Ce qui devait arriver, est arrivé. Ton retour dans un siècle passé, que ce soit le XXIe ou un autre, n'y fera rien. Tu échoueras forcément dans ta mission. Les humains saccageront la planète, aussi vrai qu'ils ont l'intention maintenant de la détruire définitivement. C'est aux Chats d'empêcher cela, et dès maintenant !
J'insiste quand même :
– S'il existe ne serait-ce qu'une chance sur un million, je veux la saisir !
Jesse IV prend alors un air exaspéré et me miaule, prêt à cracher :
– Alors, va-t-en, si tu arrives au moins à remettre en marche ta maudite machine inventée par un humain !
Je pense qu'il n'y a plus rien à ajouter ; je fais volte face, et à toutes pattes, je cours vers l'endroit où la grosse boule noire s'est posée.
Il faut dire que depuis que je suis arrivé au royaume des Chats du futur, je suis plusieurs fois entré à l'intérieur de l'engin, et qu'à force de renifler partout, je pense avoir trouvé le moyen de repartir vers le XXIe siècle.
J'arrive bientôt en vue de la grosse boule noire. Encore un effort, et je saute à l'intérieur, me recevant sur le siège moelleux.
Maintenant, il faut que je sois méthodique, que je me souvienne de ce que j'ai reniflé. Là, tout d'abord, ce gros bouton que les Humains doivent voir rouge : je donne un bon coup de patte dessus. Voilà qui est fait, et... parfait, la porte de la grosse boule noire se referme tout doucement. Bon, ensuite, cette manette, là à gauche : avant que la boule soit refermée, je dois poser la patte dessus. Ah, ça y est. Bien, la porte est complètement refermée maintenant, alors, allons-y pour un gros coup de patte sur la manette. Hourra, ça marche ! L'engin se met à vibrer... et de plus en plus fort. À plat ventre sur le siège moelleux auquel je m'agrippe avec mes griffes, j'en ronronnerais volontiers de bonheur. C'est d'ailleurs peut-être ce que je vais faire. Mais... mais... je ne peux pas, car l'engin se met à vibrer beaucoup trop fort, et.... et... je perds connaissance... je m'endors...
Mais, je me réveille très vite. Je me dresse sur mes pattes. L'engin est ouvert : formidable ! Et encore plus formidable... en sortant ma tête, je reconnais la pièce où je suis entré il y a... alors, ça, je ne sais plus quand... Mais je suis sûr que c'est l'atelier du maître de mes trois copains, avec dans un coin une table recouverte des plans de ses inventions.
Aussitôt, ma mission me revient à l'esprit : je dois avertir l'Humanité tout entière des grands périls qui la guettent, et du Grand Désastre qui l'attend si elle ne change pas sa façon d'agir, si elle ne cesse pas de courir à sa perte.
Alors je saute de mon engin, et je retombe sur la table en faisant tomber quelques plans. La fenêtre de la pièce est ouverte ; encore un saut, et je suis sur le rebord. En dessous, à peu de distance, il y a un toit... J'y arrive bientôt. Je gagne très vite un deuxième toit situé encore plus bas. Maintenant un dernier saut, et je me retrouve dans une ruelle.
Mais, je me réveille très vite. Je me dresse sur mes pattes. L'engin est ouvert : formidable ! Et encore plus formidable... en sortant ma tête, je reconnais la pièce où je suis entré il y a... alors, ça, je ne sais plus quand... Mais je suis sûr que c'est l'atelier du maître de mes trois copains, avec dans un coin une table recouverte des plans de ses inventions.
Aussitôt, ma mission me revient à l'esprit : je dois avertir l'Humanité tout entière des grands périls qui la guettent, et du Grand Désastre qui l'attend si elle ne change pas sa façon d'agir, si elle ne cesse pas de courir à sa perte.
Alors je saute de mon engin, et je retombe sur la table en faisant tomber quelques plans. La fenêtre de la pièce est ouverte ; encore un saut, et je suis sur le rebord. En dessous, à peu de distance, il y a un toit... J'y arrive bientôt. Je gagne très vite un deuxième toit situé encore plus bas. Maintenant un dernier saut, et je me retrouve dans une ruelle.
Au bout, il y a la maison de mes maîtres : aussitôt, j'y cours, ou plus exactement, Ska, le Chat sauveur de l'Humanité, y court !
***
J'entre par une porte de derrière, et je trouve mes maîtres installés dans le séjour, sur le canapé que je leur dispute souvent, en train de regarder leur maudite télévision. Je me faufile tout doucement près du canapé afin de ne pas les surprendre trop brusquement, et moi qui ai toujours dédaigné leur maudite télévision, je tombe en arrêt sur ce qui défile sur l’écran. Il y a des bombes, des milliers de bombes qui sont lancées d'une multitude d'avions, et tombent sur une immense cité. Un Humain commente la scène en paraissant très surexcité, puis, au bout d'un moment, il se tait pour laisser place à une musique lugubre, tandis que sur l'écran apparaît une ville totalement anéantie. Cela me fait miauler d’horreur, et par la même occasion découvrir par mes maîtres qui paraissent abasourdis de me voir revenu. À coup sûr, mon absence a duré très longtemps ! Mais je ne m'arrête pas à cela. Et tandis que sur l'écran défilent des images de ruines en tout point semblables à celles que j'ai pu voir au royaume des Chats du futur, je regarde mes maîtres, et miaule aussitôt à la fois d'effroi et d'étonnement :
– Mais alors, comme ça, vous savez ?!
– Mais alors, comme ça, vous savez ?!