Partir dans le temps
A ce tournant de ma vie, égarée dans des sillages tortueux, mes yeux parcourent ce sentier délabré aux crevasses et aux cailloux entaillés qui percent en lenteur ma chair sous un pied las.
Las de marcher, de continuer encore et encore ce voyage vers cette lumière….Ce Bonheur, cette torche dans ma main qui ne s’allume point, telle une aveugle que les yeux du cœur tâtonnent.
Il est là….Non là…là…Je ne vois rien….Tout est noir. Je cherche tendant les bras, caressant le vide.
Je sens pourtant ces liens qui m’enchaînent au cri déchirant de l’enfant qui pleure, ses larmes en rivière se jetant à la mère.
Je sens ces chaînes de chair qui tirent fort, craquent, hurlent telles des vagues déchaînées, troublées par des tempêtes dévastatrices qui vont et viennent sur une mer, d’un fond fragile qui fend et s’ouvre sur un abîme au ventre avide.
Se soulèvent alors des maux, des mots, tels des roches ébranlées par des troubles et s’en vont s’éclater sur une surface souriante, belle, confiante miroitant sous un ciel vaste et généreux.
Je ne veux plus entendre ni voir. J’enfouis mes sens au fond, tout au fond de la terre, puis partir, nager dans le néant pour n’être qu’une poussière légère qui se soulève au gré du vent.
Je veux plonger dans ce tourbillon qui défile sous le regard d’un œil allant à plus d’une dimension, mesure de temps en brides.
Quel est cet instinct qui bloque pour survivre pour je ne sais qui ou quoi ? Oui je veux pourtant partir, loin, très loin, seule sans chaîne et sans guide.
Chapitre suivant : Après la mort, la vie