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Gévaudan 7 : l'odyssée du Loup

Par Usha

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Table des matières
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CHAPITRE XV




28.

        Lynder, les autres Lieutenants du Magnifique ainsi que Garen Byrklar s’étaient branchés sur les chaînes de télévision de Cavélyre. Les chaînes à thème ne les intéressaient pas, sauf une : celle des Duels !

        Les officiers et le Médecin–Chef du Wird tentaient de comprendre les habitudes, la mentalité du lieu.

        Mais ils n’accepteraient jamais que des esclaves amenés sur les Marchés contre leur volonté, soient envoyés dans l’Arène pour s’y battre à mort. Même le plus pacifique, pour autant qu’il aie un bon instinct de survie et une connaissance du combat, pouvait devenir un tueur redoutable ; Lynder comprenait ce que l’Emissaire du Président brassien avait voulu dire… Et Gévaudan n’avait rien du mouton mené docilement à l’abattoir ! Le second du Magnifique se souvenait très bien du fauve qui, dans les bas–fonds de Jocril, avait massacré à dents nues les Miliciens !

        Le Darkell Robald Movrille semblait cependant avoir dit la vérité : nul Combattant dans le Stade ne ressemblait de près ou de loin au jeune Loup, pourtant ce n’étaient pas la diversité des races qui manquait !

        Personne ne savait s’il fallait s’en réjouir…


        La nuit n’avait guère été propice aux envolées imaginatives de Lynder.

        Il ne savait toujours pas par quel bout prendre le Darkell de Cavélyre et ses manches étaient toujours vides de tout atout !

        Le jeune homme était cependant certain que Robald allait lui proposer un marché pour la créature à la crinière et à la queue bleu nuit – Lynder refusait l’hypothèse que son Capitaine soit déjà passé de vie à trépas – et il n’y aurait sans nul doute aucun moyen de discuter.

        Le second du Magnifique n’aimait pas du tout ce genre de cas de figure mais il ne pouvait qu’accepter les règles d’un jeu où il n’était qu’un pion.

*

        Robald avait mieux profité de sa nuit. Il savait à présent comment contenter le Lieutenant de l’Union Galactique tout en conservant la face.

        C’était d’une simplicité enfantine et, en plus, ça lui rapporterait une fortune en paris !

        Il avait mis Pochyn hors de leur lit en milieu de nuit, le chargeant de tout organiser. Le temps pressait et plus tôt la publicité serait publique, plus de spectateurs que jamais afflueraient à Cavélyre.

        Les Duels. Robald avait toujours vécu en ce but et il atteignait son apothéose.
        Le Darkell s’était levé à l’aurore. De sa fenêtre, il ne pouvait voir le Wird de l’Union, mais il le savait en orbite à la verticale de sa ville, ses satellites de surveillance le lui montraient. Le Magnifique méritait vraiment son nom. C’était une splendeur, une merveille de technologie. Pas supérieur, mais à la hauteur des vaisseaux de guerre brassiens.

        Mais ce n’était qu’un rêve inaccessible.

*

        Bien que cela ne relève pas vraiment de ses attributions, la doctoresse Obre s’était adressée aux Combattants rassemblés dans le préau central des quatre Dortoirs.

    – Deux nouvelles journées de Duels s’annoncent pour vous. Vous vous y êtes préparés toute cette semaine. Comme d’habitude, de ceux d’entre vous qui seront envoyés au Stade, seule la moitié reviendra. Et je promets d’user de toute ma science pour soigner et sauver ceux qui auront rougi le sable de leur sang. Un arrivage d’esclaves est annoncé pour le début d’après–midi. Certains iront certainement dans l’Arène, frais, inexpérimentés, mais prêts à tout donner pour vivre un jour de plus. Méfiez–vous davantage d’eux que de vos compagnons de captivité que vous connaissez déjà. Evidemment, tout ce que je viens de vous dire, vous le saviez déjà… Je voulais juste que vous sachiez que vous n’étiez pas seuls. Que la Bénédiction des Déesses Guerrières vous accompagne.

        Razalle s’arrêta un instant devant Gévaudan.
    – Le Darkell prépare quelque chose de particulier pour vous, Louveteau. Je ne pense pas que vous vous en sortiez, cette fois. Faites donc honneur à votre race pour ce dernier Duel.

    – Vous pouvez y compter, assura le jeune Loup qui n’appréciait que très modérément qu’on l’enterre avant même que la billetterie du Stade et les paris ne soit ouverts !

        Il était prévenu, ça ne le rassurait pas, mais ça ne lui donnait que plus envie de défendre chèrement sa vie !


29.

        Cette fois, Robald Movrille n’avait plus fait patienter le Lieutenant et le Médecin–Chef du Magnifique. Et il les avait reçus dans un de salons particuliers.

    – Votre Loup est bien vivant, dit–il d’entrée. Mais vous comprendrez bien sûr qu’il n’est pas dans les habitudes des Darkells de revendre un esclave. Il y a une certaine réputation à tenir !

    – Evidemment, assura Lynder.

    – Dans vingt–quatre heures, les Duels reprendront. C’est une tradition à laquelle on ne peut déroger. Mon économie en dépend. Et donc la vie de toutes les personnes qui habitent ici et qui travaillent pour moi. Vous serez mes invités d’honneur.

    – Merci, fit Lynder.
    – Pour le centenaire des Duels, j’ai décidé d’une attraction spéciale. Le meilleur de mes Combattants contre le plus prometteur de mes nouveaux esclaves. Oui, une nouvelle cargaison s’est posée sur l’astroport tout à l’heure.

    – Bien, commenta Lynder qui semblait avoir pris le parti du moins de mots possible !

    – Depuis votre arrivée, vous avez dû vous familiariser avec nos coutumes, Lieutenant Sondral. Vous savez donc que le jeu l’emporte de très loin sur l’extraction des pierres précieuses… Je vous propose donc de jouer votre Capitaine.

        Le second du Magnifique tressaillit.

    – Le jouer ? ! Aux dés, aux cartes, … ?

        Robald éclata de rire.

    – Allons, le seul jeu que nous pratiquions est celui de la vie et de la mort ; je pensais que vous l’aviez compris. J’ai donc décidé de jouer la vie de votre Loup lors de l’Attraction de ce week–end.

    – Comment ? s’enquit Lynder.

    – Vous n’auriez qu’à parier sur le gagnant du Duel. Duel que je vous propose de suivre depuis ma tribune. Vous serez aux premières loges et vous saurez directement si votre voyage fut utile ou en pure perte.

    – Qui seront les Combattants ?
    – Le Muglir, qui a été acheté sur un Marché il y a trois jours. Ce sera lui l’outsider. Et il sera opposé à l’un de mes meilleurs Combattants actuels, l’Impitoyable. A vous de parier !

    – Noté, conclut Lynder.


        Robald s’était rendu à la salle d’isolement de l’infirmerie de Razalle Obre.

    – Comment évolue–t–il ?

    – Il a retrouvé toutes ses forces.

    – Vous avez commencé les greffes ?

    – C’est en cours. Elles auront pris pour le Duel.

        Robald s’approcha de la vitre, aperçut en contrebas la pièce ronde et vide où se trouvait le Muglir choisi pour faire partie de l’Attraction du week–end.

        Le Muglir était une massive créature, à l’apparence humanoïde, si on excluait sa tête de murène et ses extrémités épaisses et griffues. Bossu, il était trapu en fait et ses yeux globuleux pointaient au bout d’excroissances au sommet de son crâne.

    – On a greffé les griffes à la place de ses ongles. On lui a posé une queue artificielle terminée par une faux. Et on a accru l’épaisseur de son occipital, expliqua la doctoresse Obre. On a annihilé son centre de la conscience et de la douleur. L’épaisseur de graisse et de muscles qui couvre son squelette est une meilleure protection qu’une armure ! Une fois lâché dans le Stade, j’ignore ce qui pourrait bien l’arrêter.
    – C’est bien en ce but que j’ai fait rechercher une créature de ce genre sur les Marchés, sourit le Darkell. Lui, c’est un Muglir au sang pur. Je pourrai l’envoyer dans le Stade sans devoir le dissimuler. Il va y faire des ravages ! sourit Robald.

    – Mais, Votre Seigneurie, il va commencer par massacrer votre meilleur Combattant…

    – Ce Loup est une créature impure – trop d’Humain en lui. On aime ses Duels, on ne l’aime pas lui. Sans compter qu’il n’y a rien dans sa personne dans le Stade qui puisse frapper les esprits. J’ai obtenu tout ce que je pouvais de lui. Et, de toute façon, il faut que je me débarrasse de lui !

    – Pourquoi ne pas leur rendre discrètement le Loup ? hasarda la doctoresse Obre.

    – Il y a toujours une fuite, remarqua Robald de façon très pertinente. Le Loup a beau être quantité négligeable dans les Dortoirs, il faut une explication à la disparition de l’Impitoyable.

    – Ceux de l’Union seront furieux quand ils comprendront que vous les avez dupés.

        Le Darkell sourit à sa doctoresse.

    – Je ne pense pas qu’ils l’apprennent un jour ! Je connais les Duels, mais je connais encore mieux la nature humaine : ils parieront sur le mauvais cheval et ils ne pourront qu’accepter leur cuisante défaite.

        Son sourire s’accentua.
    – Je sais que vous vous êtes attachée à ce Loup, Razalle. Je vous avais mis en garde : ne faites pas preuve d’humanité et ne partagez pas de tendresse avec les esclaves. Ce n’est pas grave, ça vous servira de leçon. Finissez la préparation du Muglir, nous avons tout juste le temps.

    – Oui, Votre Seigneurie.

*

        Lynder toujours aussi peu loquace, c’était Garen qui avait rapporté la brève entrevue avec le Darkell de Cavélyre.

        Lowandryn soupira.

    – Alors, ça se résume à pile ou face ?

    – Exactement… Il faut miser sur le Duel Attraction du week–end. Sans rien connaître des deux Combattants, répéta Garen. Le Darkell nous a juste remis le folder publicitaire.

        Le Médecin–Chef du Magnifique fit circuler les fascicules qui ne montraient que la photo des deux Combattants, n’indiquaient que l’heure de leur Duel.

        Karis Porgram fit la grimace.

    – Et il faut se baser là–dessus… Mais c’est impossible !

        Lynder se leva.
    – Arrêtez donc de grommeler. Moi et moi seul devrai prendre la responsabilité de cette aberrante décision ! Rien de clair, rien de logique, rien d’assuré. Il faut juste choisir entre ce Muglir et un être qui semble humain.

        Mabil grogna.

    – Alors, on parie que le Muglir va écraser l’autre insecte d’un revers de poing et le Darkell nous rend le Capitaine Kord ? Le deal serait aussi simple ?

    – Je suis comme toi, je n’en crois pas un mot ! assura Lynder d’une voix toujours aussi chargée de rage.

        Au pas de course, il quitta la Salle de Conférence du Capitaine du Magnifique.


        Lynder était allé dans les Jardins du Wird, s’était assis sous l’arbre de Gévaudan.

    – Lowie ?

    – Tiens, auriez–vous des sens aussi aiguisés que ceux des Loups ? remarqua Lowandryn.

    – Non, mais quand quelqu’un arrive sans faire de bruit derrière moi, ça ne peut être qu’un Loup ! fit le jeune homme en ne pouvant retenir un sourire.

    – Vous savez, vos amis, dans la Salle, ils sont à vos côtés, de votre côté… Ne passez pas vos nerfs sur eux, Lynder.

    – Je ne savais pas comment ça se passerait, mais je pensais que ça finirait tout autrement.

    – Vous auriez préféré devoir prendre d’assaut une forteresse – schéma qui vous était interdit ?
        Lynder eut envie de dire au Loup d’aller se faire pendre, avant d’admettre qu’il avait parfaitement raison !

    – Sur qui dois–je parier ?

        Lowandryn soupira, s’assit à côté du Lieutenant du Magnifique.

    – Cette question…

    – Sur qui votre petit frère miserait–il ses clous ?

    – Des clous ? Pourquoi des clous ? !

    – Ah oui, les Loups et les expressions, s’amusa encore Lynder sans aucune moquerie.

    – D’accord. Je pense avoir compris, assura Lowandryn. Gédy miserait certainement sur le microbe !

    – Parce que face à la montagne de graisse et de muscle il n’a aucune chance ?

    – Tout à fait !

    – Je m’en doutais !… Mais est–ce que je peux me permettre de jouer la vie de mon Capitaine sur cela ?

    – Vous avez le commandement du Magnifique. Votre décision sera respectée par tous. Quelle que soit l’issue du Duel, assura Lowandryn.

    – Merci.

        Plus que jamais durant ce voyage, Lynder était devant ses responsabilités, seul.

        Et son choix était fait.

    « Pardonnez–moi, Capitaine ».

*

* *