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Gévaudan 7 : l'odyssée du Loup

Par Usha

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Table des matières
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CHAPITRE XIV




27.

        Dissimulant sa stupéfaction devant l’identité de ses visiteurs, Robald Movrille avait alors ordonné que tout le décorum soit mis en place afin de les impressionner.

        Mais il avait tout bonnement commencé par faire attendre le second du Magnifique et son Médecin–Chef près de trois heures dans une salle entièrement tapissée de miroirs. Ce qui lui avait permis de les observer tout à son aise depuis sa Salle d’Entrée.

        Robald avait soigneusement fait coiffer ses cheveux, les avait fait attacher en trois chignons. Il avait fait sortir un de ses plus beaux manteaux, à l’aspect satiné, violet avec des reflets de bleu et d’argent. Son colletin était doré à l’or fin et tous ses doigts étaient bagués.

        Le Darkell se tourna vers Pochyn qui se tenait à ses côtés.

    – Mais qu’est–ce que ces militaires de l’Union Galactique fichent en pleine République ? Et que peuvent–ils bien me vouloir ?

    – Ca, très cher, tu ne le sauras jamais en restant de ce côté de la vitre sans tain !

        Robald tourna un visage amusé vers son amant, effleura ses lèvres d’un baiser.

    – Très drôle, cher ami, vraiment très drôle ! Bon, fais–les encore mariner une demi–heure puis qu’ils entrent.

*

        Du menton, Garen désigna les miroirs qui les entouraient.

    – Par lequel nous observe–t–on, Lynder ? Tu as une idée ?

    – Un. Voire plusieurs, je dirais… On s’amuse à nos dépends. Mais je pense qu’on doit les tracasser un petit peu aussi !

    – Il va falloir être très prudents, en gestes et en paroles. Le moindre écart et nous serons renvoyés comme des malpropres.

    – Je sais… Ce Darkell a toutes les raisons de ne pas nous rendre le Capitaine Kord, vivant ou mort… Quelque part, il y va de sa réputation… Et, s’il acceptait, qu’aurions–nous à lui offrir en échange ?

    – Positive, Lynder, par les dieux positive !

*

        La Salle d’Apparat était pratiquement vide. Un long et étroit tapis azur la parcourait sur toute sa longueur, longé par des colonnes torsadées, un garde portant une lance entre chacune. A l’autre bout de la Salle se trouvait le trône de Robald, sur une petite estrade sous un dais doré.

        Lynder et Garen durent donc remonter toute la Salle, sous le regard brûlant bleu glace du Darkell dont le visage carré était impassible.

        Pas question de poignée de main, aussi Lynder s’inclina–t–il légèrement pour saluer le maître de la planète.

    – Mes respects, dit–il, ne sachant pas davantage comment inter–peller le Darkell ! Je vous remercie de nous avoir permis de nous caler en orbite, de nous recevoir.
    – Vous aviez quelques arguments frappants, répondit Robald d’une voix posée. Puis–je à présent savoir ce que vous faites si loin de l’Union ? Pourquoi vous êtes venus me trouver ?

        Lynder prit une bonne inspiration.

    – Un de vos esclaves nous intéresse.

    – Vous souhaitez parier, sur mes Combattants ? s’étonna Robald. Pourquoi pas ! Les Duels reprennent dans deux jours !

    – Non, pas comme ça, fit doucement le second du Magnifique. Nous voudrions vous racheter, ou toute autre chose qui vous agréera en échange de sa personne, un de vos prisonniers.

        Robald fronça les sourcils. Il ne comprenait absolument pas. Comment un de ses prisonniers pouvait être connu de ces deux membres d’équipage du Wird ! ? Quant à leur exigence, elle était totalement incongrue, inacceptable à un premier regard. Mais, comme il l’avait dit, le Magnifique disposait d’une puissance de feu qui donnait à réfléchir !

    – Quel esclave ? préféra–t–il questionner.

    – Vous l’avez acheté il y a quelques semaines. Une créature mi humaine mi animale, crinière et queue bleu nuit, prunelles d’or.

    – Possible… Mais si vous êtes aussi au courant de l’actualité des Duels, vous sauriez qu’aucune créature correspondant à ce signalement ne combat dans mon Stade !

    – En ce cas, elle doit être esclave dans une autre section de votre domaine.

    – Et que représente cette créature pour vous ? Elle doit être très précieuse pour que vous soyiez venus la rechercher jusqu’ici !
        Lynder n’avait jamais eu aucun atout dans sa manche, aussi ne put–il que répondre la vérité.

    – Ce Loup est le Capitaine du Magnifique. La Flotte n’abandonne pas un de ses membres !

    – Je vois… Laissez–moi le temps de me renseigner. Si ce Loup est toujours ici, en vie… Je vous recevrai demain à la même heure.

        Le second du Magnifique faillit demander si c’était l’heure de leur arrivée, ou celle à laquelle ils venaient seulement d’être reçus, mais se retint !

    – Très bien, nous nous présenterons demain. Mes respects, répéta–t–il.

        A l’instar de Garen, il fit une nouvelle petite courbette et remonta le tapis en sens inverse.


        Les portes à peine refermées, Robald bondit sur ses pieds.

    – Leur Capitaine ! La créature qu’ils me décrivent est leur Capitaine ! Mais c’est que je pourrais presque réclamer leur vaisseau en échange de sa personne !… Heu, Pochyn, il est vivant, leur Capitaine ? Il est aux Tâches Basses, dans l’Arène ?

    – Oui. Souviens–toi, Robald : c’est l’Impitoyable !

    – En effet, je me rappelle… Les lois des Duels sont précises. Des êtres purs, Humains ou Non–Humains, mais pas un mélange de deux…
    – Le camouflage est parfait. On ne voit ni sa crinière ni sa queue. Tous le prennent pour un humain ou apparenté !… Tu vas le leur rendre ?

        Robald haussa les épaules.

    – Aucune idée. D’une part, l’Impitoyable me rapporte un max en paris. Et d’autre part, si j’en viens à revendre un Combattant ou un esclave, c’est le début de tracas sans fin !

    – Je peux leur dire qu’il est mort…

    – Puéril. Ils disposent sûrement de moyens d’analyses pour vérifier si leur Capitaine se trouve sur mon sol… Je ne peux pas jouer à cela, avec leurs canons braqués sur nous !

    – Ils ne peuvent rien faire.

    – Je sais ! Bon, j’ai jusqu’à demain pour y réfléchir. Il y a sûrement un moyen qui contentera tout le monde… Et ce qui importe vraiment pour le moment, ce sont les Duels du prochain week–end !

        Bras dessus–dessous, les deux hommes quittèrent à leur tour la Salle d’Apparat.

*

        Lynder avait envoyé son poing dans le mur de son bureau. Garen l’y avait suivi.
    – Il n’a pas refusé… glissa le Médecin–Chef du Magnifique.

    – Non, mais maintenant il sait que nous offririons tout pour notre Capitaine. J’ai peur de ce qu’il peut inventer. Après tout, hormis l’argent remis par le Général Smarel, nous n’avons rien à échanger.

    – Aie confiance, Lynder !

    – J’essaye, Garen, j’essaye. Mais maintenant que nous sommes tout près du Capitane Kord, je me sens plus impuissant que jamais ! Je voudrais ordonner un scan biologique des principaux bâtiments, mais je crains que ça ne soit pris pour une agression.

    – Et si demain on emmenait Lowie avec nous ?

    – Non, ce serait une arme de plus entre les mains de ce Darkell. Bon, à moi aussi, la nuit va porter conseil… A demain, Garen.

        Garen se retira, laissant son ami très abattu. Mais il avait confiance en lui et savait qu’il le retrouverait en pleine possession de ses moyens quelques heures plus tard !

*

        Tohyro avait vu la navette, que tout désignait comme militaire, se poser sur l’astroport de Cavélyre.

        Les Duels allaient reprendre. Cela signifiait beaucoup d’agitation. Les gardes du Darkell, mais aussi ceux des personnalités qui viendraient assister aux combats. Il fallait profiter de l’occasion, jouer très serré, se faufiler dans la cohue.

        Ces perspectives lui tirèrent un large sourire.


        Gévaudan s’était rendu en salle d’entraînement. Une dizaine de Duels, minimum, l’attendaient ! Pour tous, il lui faudrait tuer son adversaire et s’en sortir avec un minimum de blessures s’il voulait poursuivre dans de bonnes conditions.

        Le jeune Loup avait achevé de se dérouiller les muscles aux appareils, avait trotté une bonne heure sur le tapis roulant, puis était passé par une douche bien méritée !

        Ensuite, il était passé par le cabinet de la doctoresse Obre pour un checkup.

    – Vous êtes en parfaite condition physique, Gévaudan. Il n’y a plus la moindre trace des blessures de l’autre jour. Vous pourrez défendre votre place dans l’Arène avec honneur.

    – De l’honneur ? Où voyez–vous donc de l’honneur là–dedans ? ! soupira Gévaudan.

    – Ce sont nos lois, notre mode de vie, Louveteau, objecta Razalle Obre. Si tu avais vécu toute ta vie ici, tu comprendrais, et tu accepterais.

    – On ne m’a pas vraiment demandé mon avis… Brentgar m’a dit que les Worhs l’avaient chargé de m’évacuer du terrain de jeu ! Et de s’assurer que je ne reverrais jamais l’Union Galactique. Que je meure lentement, douloureusement. C’est bien ce qui arrive.
    – Je trouve que vous tenez bien le coup, remarqua la doctoresse. Je dois avouer que j’admire votre ténacité, votre instinct de survie. Vous donnez la mort dans le Stade, mais vous n’avez pas le goût du sang. Vous avez une belle âme, Gédy Kord.

    – Me voilà bien avancé…

    – C’est précieux, croyez–moi, insista Razalle. C’est rare et précieux, redit–elle. J’aurais aimé vous connaître dans d’autres circonstances.

    – Moi aussi…

        La doctoresse tendit un flacon de comprimés au jeune Loup.

    – Des vitamines. Prenez–en deux, aux repas. Ca va vous rendre des forces, je vous trouve un peu pâle.

        Gévaudan éclata de rire.

    – Heu, Dr Obre : mon teint d’ivoire, c’est de naissance !

    – Oui, j’avais cru comprendre !

        Et ils éclatèrent de rire.


        C’était l’heure du couvre–feu. Tous les Combattants avaient regagné leur cellule.

        Gévaudan s’était allongé sur le bloc de métal qui se réchauffa rapidement au contact de son corps. Il faisait de plus en plus froid la nuit mais une couverture, même fine, ne semblait pas au programme.

    « Pas intérêt à m’enrhumer, moi… ».
        La porte de la cellule claque avec bruit, en un bel ensemble avec les autres portes. Le signal de verrouillage retentit puis ce fut le silence complet, les murs épais et la porte de métal ne laissant filtrer aucun son.

        Gévaudan se replia en position fœtale pour conserver un maximum de chaleur, ferma les yeux.

*

* *



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