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Gévaudan 7 : l'odyssée du Loup

Par Usha

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Table des matières
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CHAPITRE XIII




25.

        Avec plusieurs semaines de retard, ceux du Magnifique suivaient la trace de leur Capitaine dans la République brassienne.

        Afin de ne pas créer d’incident diplomatique, ils ne faisaient halte que si c’était absolument nécessaire, pour se ravitailler en eau principalement.

        Lynder Sondral n’avait qu’une seule piste et il l’explorait consciencieusement.


        Les Marchés de Races se tenaient sur des stations spatiales. Cela permettait de toucher un maximum d’acheteurs potentiels et d’offrir un choix d’esclaves à des zones spatiales que leurs habitants quittaient peu hormis pour s’offrir des jouets vivants.

        Pour en avoir déjà visité quatre, ceux du Magnifique gardaient une profonde impression de malaise.

        Ils n’y avaient pourtant pas physiquement mis les pieds, s’étaient fait remettre, grâce à la Lettre d’Accréditation signée de Kylar Smarel, et des Présidents de l’Union et de la République, les films des dernières ventes aux Enchères.
        Les Salles de Vente étaient toutes bâties selon le même modèle : circulaire, entourée de gradins, chaque siège ayant son boîtier pour participer aux Enchères, le centre de la scène était occupé par un gros bloc noir surmonté d’une cage d’où montaient et descendaient les futurs esclaves.

        Une fois les Enchères lancées, c’était quasiment l’hystérie ! Hommes, femmes et Non–Humains se déchaînaient. Ils s’agitaient comme des marionnettes prises de folie pianotant sur le boîtier.

        Aucune Enchère n’était calme et même le plus insignifiant vieillard provoquait de violentes réactions.

        Nus, les esclaves étaient toujours enchaînés par des menottes reliées par une fine tige de métal. Ce n’était pas uniquement pour empêcher une fuite, impossible au demeurant, mais en cas d’« objet » récalcitrant, elles envoyaient une bonne charge d’énergie, très douloureuse.


        Lynder et ses Lieutenants, Lowandryn ainsi que Garen Byrklar, avaient vu des êtres de toutes les races et de tous les âges, être ainsi exposés.

        Tous partaient jusqu’au dernier, que ce soit en tant que personnel ménager, amant, ouvrier ou autres bête de somme.

        Jusque là, ils n’avaient pas vu le plus petit bout de queue touffue bleu nuit… et, au final, ils ne l’espéraient plus trop.
        Même si cela les aurait rassurés, ils appréhendaient de voir Gévaudan exposé à tous les regards et partir au plus offrant pour une destination inconnue…


        Lowandryn avait très vite appris à connaître le Magnifique, s’était trouvé très bien dans les appartements de son Capitaine de frère mais occupait la chambre d’ami.

        Le Loup semblait plus à l’aise dans l’espace, toujours sous le charme. Il passait de longues heures sur la Passerelle, mais plus encore dans les Jardins du Wird.

        Les officiers et l’équipage du Magnifique appréciaient le charme un peu rugueux du frère de leur Capitaine. Lowandryn était plus sauvage, plus insaisissable, mais aussi avec moins de dissimulation puisqu’il n’avait pas la charge du Wird et ne devait donc pas jongler avec les sentiments des uns et des autres pour contenter tout le monde.

        L’épaule gauche de Lowandryn allait mieux, même s’il ne pourrait pas s’en servir correctement avant des semaines ! La douleur s’était atténuée et il pouvait, prudemment, bouger le bras.

*

        Lynder retrouva le Loup au pied d’un arbre des jardins du Magnifique.

    – Re–bonjour, Lowie.

    – C’est l’arbre de Gédy, n’est–ce pas ?

    – Oui. Pourquoi ? Cet arbre n’est pas central, ce n’est pas non plus le lieu le plus élevé de cette immense serre ! ? Pourquoi lui et vous l’avez–vous choisi ?

    – Exact. Mais c’est bien ici que convergent les forces naturelles de ces Jardins.

        Lynder s’assit dans l’herbe.

    – On va finir par trouver le Marché où votre frère a été vendu.

    – Je sais. Je ne me fais aucun souci à ce sujet.

    – Cela nous aurait aidé si nous avions pu pister la trace de l’Exovren dans les zones spatiales de la République, mais la collaboration – à contrecœur – du Président brassien a ses limites ! Il se défie tant de nous qu’il nous a collé son Emissaire sur le dos ! Et impossible d’opérer un scan à très longue portée sans provoquer le mécontentement des surveillants brassiens, pour retrouver l’Exovren. De toute façon, il nous est interdit de l’arraisonner et cette fois Syrard Brentgar ne parlerait pas.

        Lowandryn regarda le bout de ses souliers.

    – Etes–vous certain que mon cadet est toujours en vie ? fit–il après un moment.

        Lynder se mordit les lèvres.
    – J’ai la certitude que les Marchands de Races comptaient faire un bon profit avec lui au Marché. Ensuite, tout dépendra des mains de celui qui l’aura acheté… Quoi qu’il lui soit arrivé, je sais que mon Capitaine fera tout pour rester en vie. Et vous, Lowandryn, sentez–vous que votre frère est vivant ?

    – Mon animalité ne va pas jusque la, s’excusa presque le Loup avec un sourire. Mais vous avez raison. Et si je ne ressens nul vide, c’est que le lien avec mon cadet existe toujours !

    – Merci.

        Le second du Magnifique et le Loup échangèrent un sourire.


26.

        C’était le sixième Marché de Races. Le Magnifique avait pris contact avec la Direction de la station spatiale et s’était fait transférer le fichier des dernières ventes. La Direction n’avait protesté que pour la forme avant de s’exécuter.

        Le Wird était aussitôt reparti, s’était arrêté en orbite d’une planète inhabitée et Lynder avait convoqué tout le monde en Salle de Conférence pour le visionnage des films.


    – Objet suivant, fit l’Annonceur. Mi humain mi animal. Il ne vous servira à rien, mais vous pourrez toujours l’utiliser pour décorer. Faites attention : il mord !

        L’Elévateur avait amené Gévaudan à la vue de tous et des murmures s’étaient fait entendre parmi les acheteurs.

        Pour ceux du Magnifique, il apparaissait que le jeune Loup ne s’était pas encore entièrement remplumé, et pour son aîné qu’il avait même perdu du poids depuis son enlèvement dans les Montagnes. Sa peau était très transparente, tendue sur le dessin sec de ses muscles. Sa queue ne bougeait pas du tout et il n’avait pas un frémissement.

        Tête obstinément baissée, comme pour éviter la honte de cette exposition, Gévaudan semblait ne prêter aucune attention au mouvement giratoire de l’Elévateur qui permettait ainsi à tous de ne pas manquer un détail de son anatomie.

        Selon l’habitude, l’Annonceur était juste derrière lui, rapportant les caractéristiques physiques de l’objet mis en vente, taille, poids, particularités biologiques éventuelles.

        L’Annonceur se rapprocha du jeune Loup, glissa sa badine sous son menton et l’obligea à relever la tête, ce qui parut intéresser le public. Si le visage de Gévaudan était totalement inexpressif, les prunelles couleur d’or étaient emplies de souffrance.

    – Les Enchères sont ouvertes !
        Le calme vola alors en éclats et le public se déchaîna. Sur l’écran à six faces qui étaient fixé depuis le plafond sur une longue perche, les chiffres s’envolèrent tandis que les caméras continuaient de filmer le jeune Loup sous toutes les coutures, ne négligeant pas un détail de son intimité.

        D’interminables minutes durant, la vente s’était poursuivie dans la cacophonie la plus complète. L’Annonceur les yeux braqués sur l’écran transparent près de lui pour suivre les Enchères.

    – Il reste une minute. J’entame le décompte.

        Les chiffres s’envolèrent encore. Pour une pièce aussi unique que le jeune Loup, tous les brassiens repoussaient leurs limites financières. Plus d’un envisageait de le faire empailler.

        Le gong annonça la fin des Enchères et le silence revint, intense, pesant.

    – Objet attribué, par vidéo–enchère, à l’Envoyé du Darkell de Cavélyre !

        Et l’Elévateur avait fait disparaître Gévaudan.


        Tout comme ses Lieutenants et Garen, Lynder était écœuré au plus haut point. S’il avait été seul, il n’aurait sans doute pas été jusqu’au bout du visionnage, par décence… Et en même temps, il le devait à son Capitaine.

    – Nous avons le nom de son acheteur, remarqua Karis Porgram d’une voix qui manquait d’assurance.
    – Ces Ventes aux Enchères étaient déjà immondes. Là, ça a été le sommet, grogna Garen.

    – Par les dieux, marmonna Mabil, pourquoi n’a–t–il rien fait pour se soustraire à cette mascarade ? Ce n’est pas la seule douleur infligée par les menottes qui aurait pu l’empêcher de se débattre et de tenter de fuir, le temps des Enchères.

    – Croyez–moi, ça les aurait par trop ravis, grinça Myglo Moggue, le Représentant du Président brassien à bord du Wird de l’Union pour le temps de son séjour dans la République. Un scandale, rien de mieux que pour battre tous les records d’Enchères.

    – Mon cadet était tétanisé de douleur, murmura enfin Lowandryn. Je ne sais pas ce qu’ils lui ont fait avant de l’exposer, mais ça l’a complètement soumis ! Et ça ne lui ressemble pas du tout !

        Lynder approuva de la tête. Cette souffrance et cette peine infinies dans les prunelles d’or lui avaient broyé le cœur. Il y avait aussi de la résignation dans ce regard. Et le second du Magnifique craignait qu’en dépit de sa confiance dans l’instinct de conservation son Capitaine, que le jeune Loup ne se soit effondré une fois entre les mains de son acheteur !

        Mabil se leva.

    – J’ai le nom de ce Darkell. Je vais soumettre la recherche à Magnus. Dès que je sais où le trouver, je vous en informe, Lieutenant Sondral.
    – Merci, Lieutenant Tournip. Faites vite. La vente remonte à presque un mois. Chaque jour compte plus que jamais pour le Capitaine Kord !

        Lynder se tourna alors vers Myglo Moggue, étrangement silencieux.

    – Est–ce que cela vous est interdit, au nom de la vie privée de vos citoyens, de m’informer sur ce Darkell ? aboya–t–il.

        Le Représentant du Président brassien soutint le regard du second du Magnifique.

    – Si votre Capitaine a été vendu à Robald Movrille et qu’il l’a envoyé dans ses Arènes, j’espère pour lui qu’il y est mort très rapidement !

    – Pourquoi ?

    – Parce qu’il n’en sortira pas intact… C’est juste un animal que vous récupèrerez.

        Lynder et Lowandryn frémirent jusqu’aux entrailles.

*

        Magnus avait consulté toutes les données dont il disposait sur la République brassienne. Il s’était connecté à l’ordinateur de l’Etat Civil, avait introduit une demande en bonne et due forme via le formulaire du site.

        La réponse était arrivée quelques minutes plus tard. Toute la vie de Robald Movrille, son casier judiciaire, les plans de son palais, tout l’historique de Cavélyre.

        Lynder avait rapidement parcouru le tout et avait donné les nouvelles coordonnées de vol.
        Le Magnifique avait alors repris sa vitesse de croisière et s’était dirigé vers la planète du puissant Darkell.


        Dans le fauteuil de Commandement, Lynder était plus sombre que jamais. Maintenant qu’il savait où chercher, il était très inquiet au vu du dossier du Darkell.

        Lynder soupira. Car arriver à Cavélyre ne serait pas tout. Robald Movrille n’accepterait certainement pas de bon gré de rendre son nouvel esclave, et cela s’il accédait à sa requête. Et le prix risquait d’être très élevé en argent : karénys de l’Union ou crédits de la République ! A moins qu’il ne réclame autre chose et le jeune homme ignorait ce qui viendrait à l’esprit du Darkell et s’il lui serait possible de le lui accorder !

    « Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous récupérer, Capitaine. Mais je ne puis vous promettre de réussir. ».

*

* *



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