CHAPITRE X
20.
Avec une impatience et un plaisir infini, Lynder Sondral avait retrouvé la Frontière Ouest et Serva III.
Il venait de passer trois mois à faire le tour de sa famille, à se trouver deux nouvelles fiancées, même s’il se doutait que, comme d’habitude, aucune d’elles n’attendrait fidèlement son retour comme elles s’y étaient engagées !
Repos, voyage, tourisme, quelques travaux dans son appartement, avaient agréablement meublés son emploi du temps.
Mais, de façon fort compréhensible, son esprit avait souvent été ailleurs.
Par un simple courrier dans l’une de ses messageries électroniques, il avait appris la sortie de l’Hôpital Militaire de Gévaudan et son retour dans ses Montagnes. La nouvelle l’avait rassuré, pour l’immédiat.
A présent qu’il était de retour au Q.G. de la Flotte de l’Ouest, le jeune homme se demandait ce qu’il allait advenir du Magnifique.
Le Wird repartirait en Mission de Surveillance, c’était une évidence, mais pour combien de temps avant qu’il ne soit mobilisé pour rejoindre l’Escadre qui devrait faire face à l’Armada des Worhs ! ?
Les Worhs étaient inconnus du public. Pourtant Lynder se doutait que durant toutes ces semaines, la Flotte et le Parlement Galactique avaient dû échanger nombre de rapports, tenir réunion sur réunion !
Au moins, la nouvelle Mission ne manquerait pas d’animation !
*
Convoqué au bureau de Kylar Smarel, le second du Magnifique s’y était rendu presque en courant !
La première chose qu’il vit dans la salle d’attente où on le fit entrer, fut un rapace roux perché sur un fauteuil, capuchon sur la tête, les trois plumes ocellées de sa queue touchant presque le sol.
– Hippy !
Lynder caressa doucement le tchargnik qui frotta son bec sur les galons de sa manche. Le jeune homme sourit. Si Hippy était là, ça ne pouvait vouloir dire que…
– Suivez–moi, Lieutenant Sondral, le Général Smarel va vous recevoir.
De dos, la silhouette était si familière que Lynder en ressentit une émotion qui le prit au dépourvu ! Il n’avait pas eu conscience de s’être tellement langui de cette longue crinière bleu nuit, et surtout de cette élégante queue touffue qui plus encore que les prunelles d’or pouvait témoigner des émotions de son Capitaine !
– A vos ordres, Général Smarel, dit–il en se reprenant et en saluant avec un long temps de retard.
– Repos, Lieutenant Sondral. Content de vous revoir sur la Frontière, oh oui, très content !
Le Loup, en civil, pivota légèrement sur lui–même et Lynder tressaillit. Le visage était peut–être tout aussi triangulaire, les pommettes saillantes, mais les prunelles étaient simplement caramel, le nez droit. Il portait aussi le bras gauche en écharpe.
– Lynder, je vous présente Lowandryn Lykham Kord.
– Enchanté, fit le jeune homme, paume tendue.
Après un instant, Lowandryn la serra de sa main valide.
– Asseyez–vous, pria le Général de Serva III. Nous avons beaucoup à nous dire. Lynder, connaissez–vous M. Kord ?
– J’ai entendu mon Capitaine citer ce nom. Il s’agit de son frère aîné, c’est bien ça ?
– Tout à fait ! M. Kord est arrivé sur la Frontière il y a une semaine… Lynder, nous avons un très gros problème.
Le jeune homme fronça les sourcils, ne dit rien et attendit la suite des informations.
– Lynder, vous vous souvenez des brassiens ? Ces Marchands de Races venus de l’autre côté de la Frontière et qui kidnappent des citoyens de l’Union pour les revendre sur les Marchés de leur République ?
– Oui, parfaitement. Nous avons eu le malheur de les croiser lors de notre escale à Cercel. « nous », enfin, le Capitaine Kord et surtout l’élève–stagiaire Doblig !
– C’est bien ça. L’Exovren est revenu, Lynder ! Malheureusement, comme d’habitude, nous ne l’avons su qu’après, et grâce à M. Lowandryn Kord.
– Où sont–ils allés cette fois ? soupira Lynder qui commençait à envisager une hypothèse qui ne lui plaisait absolument pas !
– Poséïs.
– Poséïs ? répéta le jeune homme avec une totale incompréhension.
– Sur la planète Poséïs se trouvent les Montagnes de Vallarna. Ce nom là doit vous dire quelque chose en revanche ?
Lynder frémit, de l’inquiétude dans le regard à présent.
– La planète natale des Loups…
– Avec les bonnes données et les fréquences de scan appropriées, nous avons pu découvrir que l’Exovren avait traversé une fois de plus la Frontière. En quelques sauts, très rapides, très longs, très risqués, il a été droit vers Poséïs. C’est dans ses Montagnes que M. Kord a eu le déplaisir de croiser leur route.
Lowandryn fixa Lynder dans les yeux.
– Ils ont enlevé mon petit frère. Ils m’ont tiré dessus et je n’ai rien pu faire pour l’aider, dit–il en un galactien un peu hésitant.
– C’est arrivé il y a deux semaines, Lynder… Bien qu’il n’aurait pas dû bouger vu sa blessure, M. Kord s’est rendu au Camp Militaire de la Flotte sur Poséïs et nous a fait transmettre cette nouvelle. Je l’ai fait amener ici en extrême urgence.
– Vous êtes certain qu’il s’agit bien des brassiens ? insista Lynder sans s’adresser particulièrement à l’un de ses deux interlocuteurs.
– J’ai décrit ces hommes, leur navette, le sigle sur sa coque.
– Et la trace invisible laissée par le vaisseau correspond bien à celle de l’Exovren dont les caractéristiques avaient été enregistrées après le sauvetage du jeune Doblig.
Lynder soupira.
– Où est l’Exovren à présent ?
– Il a repassé la Frontière depuis sept jours.
Le silence s’instaura un long moment dans le bureau de Kylar Smarel.
– Y a–t–il quelque chose que nous puissions faire ? interrogea finalement Lynder, abattu.
– Oh que oui ! Pour de nombreuses raisons que je n’ai pas à vous rappeler, Lieutenant, Gévaudan Kord est actuellement indispensable à la Flotte et à l’Union.
– Il faut lui rendre son Médaillon aussi, glissa Lowandryn en sortant le rond objet d’or de la poche de sa veste.
– Avec l’appui du Président de l’Union, et avec l’aide du Capitaine Kharkholin, j’ai établi des contacts avec les mondes de l’autre côté de la Frontière, reprit le Général du Q.G. de l’Ouest. Au vu de la gravité de l’acte posé par les Marchands de Races, du viol de plusieurs de nos Zones Spatiales, j’ai obtenu la coopération de la République brassienne. Cela n’empêchera pas qu’il vous faudra agir avec tact, Lieutenant Sondral, rappela un peu inutilement Kylar Smarel.
– J’en prends bonne note, Général. Quels sont mes ordres ?
– Le Magnifique va traverser la Frontière. Ecumez les Marchés de Races, trouvez celui où il a été mis aux enchères, identifiez celui qui l’a acheté et où il se trouve à présent !… Ensuite, débrouillez–vous pour le ramener ici ! Je vous ferai part d’instructions détaillées plus tard. D’ici là, préparez le Magnifique au départ !
– Bien, Général… Et, M. Kord… ?
– Il vous accompagne. Il connait son petit frère, il pourra davantage vous dire comment il a pu réagir face aux situations que vous découvrirez. Il pourrait peut–être même « sentir » la présence de son cadet, même si on la nie !
– Je vérifie que l’équipage du Magnifique est au complet, que le Wird est en parfait état, et je prends l’espace avant la nuit, assura Lynder.
– Que les dieux soient avec vous !
Lynder se leva.
– Si vous voulez bien m’accompagner, M. Kord ?
– Avec plaisir, Lieutenant Sondral.
Et si Lowandryn se sentait à la limite de la panique dans cet environnement trop vaste, inconnu, si loin de ses Montagnes qu’il avait quittées pour la première fois, il n’en trahissait rien !
Dans la navette qui les emmenait au Dock Orbital où était arrimé le Magnifique, Lynder aborda une question qui l’avait turlupiné dans le bureau du Général de Serva III.
– Comment pouvez–vous toucher le Médaillon, M. Kord ? Quelques–uns à bord avons pu le prendre, mais uniquement parce que le Capitaine Kord nous l’a remis entre les mains. Un certain Molyr Vignor a voulu s’en emparer et s’est brûlé les doigts !
– Appelez–moi Lowandryn, s’il vous plaît. « M. Kord », ça me met vraiment mal à l’aise !
– D’accord, Lowandryn.
– Quant au Médaillon, en l’absence de Gédy, je lui ai demandé la permission de le prendre sur moi.
S’il n’y avait eu la Magicienne, les Gardiens, et tous les faits illogiques et impossibles de la précédente Mission de Surveillance, Lynder aurait certainement éclaté de rire. Mais là, il n’en avait nulle envie.
– Je comprends, dit–il. Le Médaillon a dû vous reconnaître comme apparenté au Capitaine Kord, savoir que vous n’aviez aucune mauvaise intention ! Prenez–en grand soin !
– Vous pouvez y compter.
La navette avait quitté le ciel de Serva III et le Loup montrait à présent des signes d’inquiétude. Il enleva Hippy de ses genoux, le posa sur la banquette et se dirigea vers la fenêtre la plus proche pour examiner l’espace étoilé autour de lui.
La silhouette massive du Dock Orbital 7 apparut soudain quand la navette glissa sur son aile tribord et il recula instinctivement d’un pas, avant de revenir coller son nez à la vitre, fasciné !
Et le Magnifique apparut, majestueux, superbe, sa coque argentée étincelant sous les deux soleils de la galaxie.
– Alors… c’est lui, murmura Lowandryn d’une voix chargée d’admiration. Je comprends enfin mon petit frère !
Lynder était tout aussi ému par le spectacle du puissant vaisseau de guerre. Il revenait chez lui.
Visiblement de moins en moins rassuré maintenant qu’il n’était plus sur un sol terrestre, Lowandryn ne quittait pas Lynder d’une semelle.
Loup et Humain étaient sensiblement du même âge même si le second du Magnifique ressentait un instinctif besoin de protéger l’aîné de son Capitaine. Il l’aiderait à se sentir mieux dans l’espace, et même à aimer !
Garen Byrklar accueillit son ami.
– Permission de monter à bord ? fit Lynder.
– Permission accordée, Lieutenant Sondral.
Le Médecin–Chef sourit.
– Je suis ravi de te revoir ! Tu as des nouvelles du Capitaine, toi ? Et qui est ce Monsieur ? ajouta–t–il avec une profonde surprise à la vue de Lowandryn.
– Tous en Salle de Conférence, intima Lynder. Rassemble tout le monde au plus vite. Je montre son appartement à Lowandryn Kord et je vous rejoins.
Intrigué, inquiet, Garen obéit immédiatement.
*
* *
Chapitre suivant : CHAPITRE XI