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Gévaudan 7 : l'odyssée du Loup

Par Usha

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Table des matières
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CHAPITRE IX




18.

        Invisible aux radars, le navire s’était arrêté en orbite de Poseïs. Une navette, elle aussi sous bouclier d’invisibilité, s’était dirigée vers la planète, s’était posée dans les Montagnes.

*

        Occupé à repriser un filet, Lowandryn sourit à son cadet.

    – De plus en plus matinal, Gédy !

        Gévaudan s’étira, les yeux pétillants, la crinière en bataille, nu comme un ver, ayant avalé quelques galettes de blé et bu la jatte de lait de chèvre qu’il venait de se traire.

    – Et bien quoi, Lowie, pourquoi ce regard, j’ai le nez qui est devenu droit ? !

        Lowandryn éclata de rire, abandonnant un moment sa tâche pour suivre son jeune frère qui se dirigeait vers le bassin pour faire sa toilette matinale.

    – Je suis content de te voir aller mieux jour après jour, dit–il. Tu reprends du poids et du muscle. Tu es en pleine forme… Mais tout ce temps écoulé, ça signifie aussi que tes congés touchent à leur fin. Tu vas repartir.

    – Exact, Lowie, fit Gévaudan en se glissant dans l’eau glacée tandis que son aîné lui tendait un flacon de lotion nettoyante à base de nectar de fleur et une pierre plate pour se frictionner.
        Le jeune Loup se lava consciencieusement, fit mousser la lotion tout le long de ses mèches fluides, puis plongea sous l’eau pour se rincer. Lowandryn l’enveloppa dans une grande serviette.

        Une lueur de tristesse passa dans les yeux bruns de Lowandryn.

    – L’espace, c’est ta vie maintenant, admit–il. Tu y a plus de place que dans nos Montagnes… Tu te languis des étoiles…

        Gévaudan était rentré dans la maison, s’était habillé.

    – Si tu savais comme c’est merveilleux, Lowie, fit–il, le regard illuminé. Mais j’appartiens à ces deux univers et je ne sacrifierai jamais l’un pour l’autre ! Ne t’inquiète pas, frérot. Je suis un Loup des Montagnes, j’aime ma famille et ma Meute plus que tout. J’en ai besoin pour me ressourcer, savoir qui je suis et quelles sont les choses importantes dans ma vie.

        Il se serra dans les bras de son aîné.

    – S’il n’y avait le temps et l’éloignement, je n’apprécierais pas les trésors que j’ai à leur juste valeur : toi et les miens ici, le Magnifique là–bas.

    – J’aimerais voir un jour ton Wird…

    – Une fois qu’on aura réglé la question des Worhs, je t’enverrai un billet aller/retour pour que tu me rejoignes.

    – Quitter le sol de Vallarna…

    – … Ca te plaira, assura Gévaudan ! Bon, c’est quoi ton programme de la journée, Lowie ?
    – J’emmène les deux petits sur la barque. Téryanne est partie avec d’autres ramasser des baies. L’hiver s’annonce rude. Il faut faire des provisions. Et toi, tu fais quoi ?

    – Je prends Siane et je vais relever mes pièges. Ca vous fera un peu plus de provisions. J’essayerai de trouver des légumes sauvages aussi.

    – Je sais où il y en a. Si tu me rejoins au petit lac rose, on ira ensemble.

    – D’accord ! A tout à l’heure !

        Gévaudan se dirigea vers le corral, siffla sa jument et lui posa sa bride et sa selle.

        Quelques instants plus tard, il partait au galop.


        Dans ses pièges, Gévaudan avait attrapé beaucoup de petits rongeurs et des oiseaux, avait rempli ses sacoches. Cette viande séchée servirait bien à Lowandryn, à sa famille et à sa Meute, lorsque les mois de disette séviraient.

        Le jeune Loup ne partagerait pas avec eux cette longue période d’épreuves, mais il pouvait participer à sa manière ! C’était d’ailleurs à cela qu’il avait occupé les derniers jours. Pour la dernière semaine, il ferait de même pour ses parents et ceux de sa Meute.

*

        Ceux de la navette avaient fait jonction avec une Patrouille de la Mort.
        D’un côté, il y avait les six voyageurs galactique en léger véhicule tout–terrain et de l’autre les trois Chasseurs de Loups à cheval. Ils avaient uni leurs connaissances et leurs forces pour capturer un Loup de choix : Gévaudan. C’était un contrat juteux et ils entendaient bien gagner leur fabuleuse prime.


19.

        Au pas tranquille de Siane, Gévaudan se dirigeait vers le petit lac rose.

        Le jeune Loup était plutôt satisfait de ses heures dans les bosquets et près des autres buissons où il avait relevé puis retendu ses pièges.

        Dans un fourré, il avait trouvé un nid, avait prélevé deux des six œufs et les avait gobés. Et pour compléter son repas il avait traqué dans leur trou un couple d’araignées, aussi grosses que le poing. Il les avait rôties sur des pierres chauffées sur un petit feu, avait soigneusement léché les carcasses. Une source avait achevé de le désaltérer.

        Le jeune Loup avait envie de popoires, de longs fruits orange, très charnus, très juteux, dont il raffolait. Ses yeux cherchaient la silhouette décharnée de l’arbre, très reconnaissable à ses minuscules fleurs vertes en grappes.

        Mais ce qu’il vit n’avait rien à voir avec des popoires et était beaucoup moins inoffensif !
        Gévaudan n’avait jamais croisé de Patrouilles de la Mort, mais il en avait suffisamment entendu parler ! Elles étaient reconnaissables à leur uniforme noir, leur casque intégral, et surtout aux queues de Loups dont les membres décoraient leur ceinturon ! Elles étaient théoriquement dissoutes, mais les rumeurs avaient toujours dit qu’il n’en était rien ; et les rumeurs avaient eu raison !

        Le jeune Loup talonna sa jument qui partit au galop, à l’opposé du petit lac rose, loin de Lowandryn, tandis que les trois Patrouilleurs se dispersaient pour le rabattre en une tactique éprouvée.


        Siane était courageuse, robuste, mais elle n’était plus toute jeune et une longue course à pleine vitesse l’épuisait !

        Les chevaux des Patrouilleurs étaient fringants et leurs maîtres avaient une connaissance du terrain égale à celle des Loups. Ils avaient planifié leur opération, rapidement, soit, mais de la rapidité dépendait également sa réussite.

        Hormis ses couteaux, Gévaudan se savait relativement désarmé, ne comprenait pas pourquoi on ne l’avait pas déjà tiré comme un lapin, ou abattu sa jument ! Il sentait le piège mais ne pouvait le deviner et donc tenter quoi que ce soit pour y échapper.
        Une petite idée lui vint quand il aperçut les légers tout–terrains à l’habitacle de verre fumé. La Patrouille de la Mort était venue avec des renforts.

        Le jeune Loup raccourci la rêne de Siane qui partit à fond de train vers la droite, vers un petit bois très serré où seuls les cavaliers pourraient le suivre, ce qui égaliserait quelque peu les chances.

    – Tiens bon, ma brave Siane. Ce ne sera plus très long. On pourra s’arrêter dans le bois !

        Les Patrouilleurs gagnaient sur Gévaudan et les tout–terrains, bien plus rapides surtout, refermaient lentement mais certainement leur cercle sur lui.

        Le jeune Loup sentait que l’issue de la poursuite ne penchait guère en sa faveur, mais il ne leur faciliterait pas la tâche et ne se rendrait pas sans combattre.

        Les tout–terrains lui fermaient le principal accès au bois. Gévaudan opta donc pour y rentrer par la première trouée venue. S’il pouvait atteindre une certaine grotte, il pourrait descendre de Siane pour poursuivre à pieds dans le lacis et sortir par l’une des nombreuses galeries ! Et là non plus, les tout–terrains ne pourraient pas rentrer !

        Atteindre les premiers arbres rassura le jeune Loup.

    – Plus vite, Siane, plus vite…
        Il ouvrit cependant des yeux ronds en apercevant un des tout–terrains arriver en face de lui, abattant les arbres à la roquette pour se frayer le passage ! Il tira violemment sur les rênes de sa jument qui cria de douleur tout en freinant des quatre fers.

        Le tout–terrain devant lui, les Patrouilleurs qu’il n’apercevait pas encore mais dont il entendait la cavalcade derrière lui. Et les arbres autour de lui ne permettraient pas à Siane de passer. Il lui fallait continuer à pieds.

        Un arbre tomba avec fracas tout près de lui, affolant Siane qui se cabra presqu’à la verticale, le déséquilibrant et l’envoyant rouler au sol.

        Gévaudan se redressa, un peu endolori mais indemne tandis que Siane sautait et ruait non loin de lui.

        Un étrange animal était sur le tronc de l’arbre : une sorte de singe, mais avec des écailles, aux yeux globuleux, aux membres courts, et la queue très fine et très flexible. Le jeune Loup était certain qu’il ne s’agissait pas d’un animal indigène !

        Les Patrouilleurs apparurent, s’arrêtèrent, le mettant en joue. Il se tourna vers eux, sachant qu’il n’avait cependant aucune chance face à la rapidité des balles !

        Le singe en profita alors pour lui sauter sur le dos, ses griffes s’enfonçant dans sa tunique jusqu’à la chair et grimpa rapidement en grognant vers ses épaules.
        Gévaudan ne pouvait atteindre l’animal pour tenter de le décrocher. Une vive douleur lui traversa la nuque et il eut l’impression que sa colonne vertébrale devenait un fer chauffé à blanc.

        Les Patrouilleurs, les arbres, le ciel et le tout–terrain partirent dans une folle et fulgurante sarabande devant ses yeux qui s’acheva dans un terrible éblouissement.

        Ceux du tout–terrain s’approchèrent du corps inanimé du jeune Loup. Le singe retirait l’aiguillon de sa queue qu’il avait enfoncé au niveau des cervicales de Gévaudan, injectant le venin qui lui avait fait perdre conscience.

    – Voilà ce que j’appelle une opération rudement menée. Il est allé exactement là où nous vous le voulions, là où nous l’attendions.

        Le voyageur galactique prit son communicateur.

    – Capitaine, on a Gévaudan Kord.

*

        Ayant longuement attendu son cadet, Lowandryn avait quitté le lac rose pour le chercher. Au hasard de son déplacement, il avait aperçut la navette qui avait abandonné son bouclier d’invisibilité.

        Deux personnes achevaient d’y monter, l’une d’elles portant dans ses bras un Gévaudan inerte.

        Les inconnus ne pouvaient savoir qu’il était là, pourtant celui qui avait les mains libres se saisit de son fusil et le mit en joue.
        Et bien que Lowandryn se crut hors de portée, la balle le frappa à l’épaule gauche et il s’effondra.

***

        Comme s’il n’avait pas voulu croire aux propos de ses envoyés, le Capitaine du vaisseau invisible s’était rendu aux Cellules où, dans presque chaque réduit, se trouvaient diverses créatures, Humaines et Non–Humaines.

        Il s’arrêta devant une ouverture en demi–cercle, et jeta un coup d’œil à l’intérieur.

        Poignets et chevilles dans des sangles de métal, Gévaudan était étendu sur la mince et dure banquette, le seul meuble de la pièce, toujours inconscient.

    – Bienvenue à bord, Capitaine Kord.

        Et Syrard Brentgar, le brassien Marchand de Races sourit.

*

* *



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