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Gévaudan 7 : l'odyssée du Loup

Par Usha

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Table des matières
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CHAPITRE VIII




14.

        Ecartant un pan de tenture, Gévaudan aperçut d’autres tentes rectangulaires, en peau.

        Des Loups s’activaient déjà dans le camp, certains se débarbouillaient aux bassins, on se peignait la crinière entre soi, tandis que d’autres encore en étaient à leur copieux petit déjeuner.

        Gévaudan sortit par l’arrière de la tente familiale, s’accroupit devant le bassin en toile imperméable, déposa quelques gouttes de lotion d’extraits de fleurs au creux de sa paume et s’occupa un long moment de sa toilette. Plus tard dans la journée, il retournerait sans doute à la rivière pour un bain.

        Le jeune Loup s’habilla puis sortit d’un étui en bois des crayons et autres poudres colorées dont il farda ses yeux et ses paupières selon les mœurs des Loups.

    – Si ceux du Magnifique voyaient ça, ils m’enverraient faire le trottoir !

        Il quitta la tente, par la « grande porte ». Ses parents, Madifène et Grym étaient assis près des cendres du feu de la veille.

    – Bien dormi, petit ?

    – Oh que oui !

        Gévaudan jeta un coup d’œil au soleil.

    – La matinée est plus avancée que je ne le croyais.
    – Et toi beaucoup plus fatigué que tu ne le pensais hier soir, sourit Madifène.

    – Tu as été soumis à rudes épreuves, fit doucement Grym. J’espère que tu vas laisser la Flotte et tout le reste derrière toi pour te ressourcer parmi nous ?

    – Vous pouvez y compter, assura le jeune Loup en revenant du petit enclos, une écuelle fumante entre les mains.

        Il s’assit près de ses parents, chevilles croisées devant lui et prit les épaisses galettes de pain que sa mère lui tendait. Il en déchira une, trempa le morceau dans le lait de chèvre frais trait et dévora.

        De la bouillie de graines, une demi–volaille froide et une large tranche de viande séchée complétèrent le premier repas de la journée de Gévaudan. Il s’était encore trait trois écuelles de lait et avait enfin l’estomac calé.

    – Et maintenant, si vous me disiez de quel sujet grave vous vouliez m’entretenir hier ? reprit Gévaudan.

        Madifène et Grym échangèrent un regard. Ils n’avaient pas voulu accueillir leur fils cadet par la décision qu’ils avaient prise en son absence. Et surtout, Gévaudan s’était endormi sitôt la dernière bouchée du dîner avalée et c’était son père qui l’avait déshabillé et mis au lit.

        Gévaudan tressaillit.


15.

    – On va aller s’installer à Nokbol.

    – Ah, c’est tout ! fit Gévaudan, soulagé.

        Le jeune Loup ignorait ce à quoi il avait bien pu s’attendre mais là, plutôt, il ne comprenait pas bien pourquoi ses parents prenaient autant de pincettes !

    – As–tu bien compris, petit ? insista Grym. Ta mère et moi quittons la Meute pour le village lacustre. Ce qui signifie que les hivers moins rudes, nous ne ferons pas la Migration vers le cœur des Montagnes.

        Gévaudan approuva de la tête, sourit.

    – Je ne suis pas, totalement, un demeuré, vous savez ! Ca fait longtemps que je connais aussi le mode de vie de Lowandryn depuis qu’il a rejoint sa Louve, Téryanne, à Nokbol !

    – Cela veut aussi dire que lorsque tu reviendras à Faryon, tu ne nous trouveras pas… Nokbol n’est pas extensible comme l’est notre petit village de tentes… Loger chez Lowie et Téry ou planter ta tente près de leur maison, ce n’est possible que quelques jours durant…

        Madifène soupira avant de poursuivre.

    – On se verra encore moins que maintenant, mon petit ! Ne me dis pas que cela ne te peine pas ! ? Ton père et moi, cela nous désole !
        Gévaudan battit précipitamment des paupières. Il n’avait pas pensé à cet aspect des choses ! Non pas que cela ne lui fit rien, que du contraire, mais il ne trouvait pas cela dramatique non plus !

    – Mais ce n’est pas comme si on n’allait plus se voir du tout ? répondit le jeune Loup. Papa et toi n’êtes pas malades ! Et depuis mes premiers pas, vous m’avez appris à me débrouiller, à être autonome. Avec raison, vous m’avez inculqué à ne pas m’attacher excessivement aux personnes, aux animaux, afin que cela ne m’affaiblisse pas, que je ne souffre pas outre mesure au moment des inévitables séparations. Si vous ne m’aviez pas endurci, je ne pourrais jamais tenir les neuf mois de Mission…

    – Oui, on a trop bien réussi, maugréa légèrement Grym en serrant l’épaule de son rejeton.

    – Et tu as raison aussi, Gédy, dû bien approuver sa mère : il n’y a pas mort de Loup !

        Gévaudan fronça les sourcils.

    – Ceux de la Meute de Nokbol doivent vous bâtir une maison. Vous allez donc leur offrir tout ce que vous possédez en échange… Vous partis, les prochaines vacances, je dors à la belle étoile ?

    – On a négocié avec Folsie, de la famille de la tente voisine. Elle te prêtera une tente, tous les ustensiles nécessaires à ton séjour, s’occupera de ton linge. En échange, tu devrais participer à la vie de sa famille ; sur ce point, cela ne te changera guère de tes occupations habituelles puisque toutes tes chasses, pêches et cueillettes vont à la communauté !

    – Ca me rappelle que je dois aller relever mes pièges !
        Gévaudan bondit sur ses pieds et s’équipa avant d’aller chercher Flem, un hongre des Montagnes, au corral.


        Et les journées s’étaient écoulées, tranquilles, sans montre, sans informations de l’Union, sans oreillette, sans téléphone, …

        Gévaudan avait entièrement retrouvé le rythme des Loups des Montagnes, se trouvant des occupations au cours de la journée, sans hâte, sans inquiétudes.


16.

        Grym était venu chercher Gévaudan qui cousait avec sa mère et l’avait emmené à la pêche.

        A l’endroit choisi par le Loup, les flots étaient assez agités, le bras de la rivière large, sous le soleil.

        Père et fils s’étaient installés sur des rochers après avoir posé des lignes dérivantes au bord de la berge.

        Gévaudan avait ramené son long fil, soigneusement enroulé dans sa main droite. Ensuite, de la main gauche, il avait fait tournoyer sa ligne avant de la jeter d’un coup de poignet sûr. Lestée, la ligne était partie loin, s’était enfoncée dans l’eau avec la mouche servant d’appât.
        Cernée par de hauts rochers, la rivière était agitée également au–dessus de l’eau, le vent sifflant entre les parois, soulevant les crinières bleu nuit et rousse.

        Les deux Loups frissonnaient légèrement sous le vent qui les glaçait, mais pour rien au monde ils n’auraient quitté leurs rochers respectifs !

        Il y avait longtemps que Gévaudan n’était plus un Louveteau plaintif, frileux, demandant à rentrer sous la tente se faire câliner ! Il avait appris à s’endurcir, et, un jour, lors d’une véritable compétition à celui qui attraperait le plus de prises, avait été jusqu’à manqué se noyer après être tombé d’épuisement dans une rivière semblable. Son père n’avait eu que le temps de plonger pour l’en sortir avant qu’il n’atteigne les rapides.

        Du coin de l’œil, Grym observa le cadet de ses fils et sourit.
        Il n’était pas peu fier du superbe Loup que Gévaudan était devenu ! Beau, mince, la silhouette superbement déliée, crinière et queue emmêlées dans le vent, il était très attentif aux éventuelles touches sur sa ligne, la pulpe de ses doigts sensible au moindre contact qui n’était pas celui des remouds. Et si la vie de son fils, hors des Montagnes, loin de Poséïs, était un complet mystère – il avait pourtant essayé de comprendre ! – il savait qu’il y trouvait son épanouissement et c’était ce qui importait ! Et cela même si le récit de Gévaudan, des derniers mois écoulés, l’avait inquiété ainsi que son épouse ! Il se doutait d’ailleurs que son rejeton avait passé sous silence certains moments dramatiques et minimisé la gravité de ses blessures ! Car, ce qui avait malgré tout transparu, et qui ne trompait pas, c’était la passion avec laquelle le jeune Loup avait raconté sa vie dans les étoiles.

    « Oui, c’est ta vie, mon grand. Et tant que ta maman et moi te savons heureux, nous accepterons tout ce qui t’arrive là–bas… même le pire ! Et il semble que tu aies de bons amis, c’est ce qui compte le plus dans la vie. Cela, il y a longtemps que tu le sais. »

        Grym vit son fils ferrer d’une main habile, lutter un moment avant de sortir des flots une superbe séroise aux écailles luisantes, près de deux kilos.

        Gévaudan rejeta la tête en arrière et hurla son plaisir vers le ciel.


        Les chasses avaient été bonnes, aussi la Meute de Faryon avait–elle mis les prises en commun et avait organisé une grande fête.
        Il n’y avait aucune raison particulière. C’était juste que le temps était superbe, que les familles avaient le ventre plein et que les Loups étaient heureux !

        Viandes et poissons grillés étaient à la disposition de tout un chacun. Légumes cuits ou en salade, fruits, avaient été posés sur des tréteaux et tandis que certains jouaient de la musique, la

plupart discutaient, dansaient entre deux virées vers les feux qui rôtissaient les prises.

        Grym sourit au cadet de ses fils et remplit à ras bord son gobelet de vin des Loups.


17.

        Pour les trois dernières semaines de ses vacances, Gévaudan avait ressorti Flem du corral, pris sa vieille jument Siane en longe et s’était dirigé avec son petit bagage vers la Meute de Nokbol, qui habitait donc le village lacustre du même nom.

        Quatre jours de voyage, au trot mais au pas le plus souvent afin de ménager Siane, plus tard, le jeune Loup avait aperçu les maisons de bois, les pontons, les barques aux voiles enroulées même celles sur le lac, filets lancés pour la journée.

        Dans le sens du vent, l’odeur du poisson frais et de celui qui séchait assaillit les narines de Gévaudan.
        Il donna un sec coup de talon dans les flancs du hongre qui trotta jusqu’à une maison, sans étage, avec enclos pour le petit bétail, un poulailler, un séchoir pour la viande et le poisson, le lac dévié vers un grand bassin aux parois de bois sorte de piscine pour les ablutions de la famille.

        Gévaudan fit hennir Flem devant les deux marches de l’entrée de la maison.

        Un jeune Loup en sortit presqu’aussitôt, crinière et queue bleu nuit, le regard couleur de caramel, le nez droit, vêtu d’une tunique taillée dans la peau d’un des grands mammifères vivant dans les profondeurs du lac.

    – Gévaudan !

    – Lowandryn !

        Gévaudan avait sauté à terre et s’était précipité dans les bras de son aîné.

    – Je suis si content ! Si content !

    – Tu m’as tant manqué mon petit garnement !

        Et les deux frères s’étreignirent longuement.


        Après s’être occupé de ses montures, défait son bagage, Gévaudan s’était détendu devant un grand gobelet de vin frais.

        Téryanne, l’épouse de son aîné était sur le lac, avec leurs deux Louveteaux, aussi Gévaudan les saluerait–il à son retour, au soir.
    – Tu n’as guère été très expansif dans tes lettres, remarqua Lowandryn, sur un léger ton de reproche. Mais si je crois le ton des derniers courriers, ceux du Vénom ont arrêté de te mener la vie dure ! Je ne peux que m’en réjouir.

    – Oh, ça, Lowie. Il y a des mois que j’ai été viré comme un malpropre du Vénom !

        Lowandryn ouvrit de grands yeux étonnés, mais s’abstint de questionner son petit frère.

        Gévaudan faisait tourner le gobelet entre ses doigts. Il n’avait pas voulu dissimuler quoi que ce soit à son aîné, mais il y avait des choses compliquées à expliquer par écrit… Et comme son courrier avait été automatiquement dévié vers la Frontière Ouest, son frère n’avait rien pu soupçonner. Il sourit.

    – J’ai tant de choses à te raconter, dit–il en tendant son gobelet pour qu’on le resserve.

        Lowandryn écouta de toutes ses oreilles l’étonnant récit que Gévaudan lui fit.

*

        Téryanne avait préparé plusieurs poissons pour le repas du soir : sous la cendre, grillé, fumé avec une salade d’algues.

        Lowandryn avait estimé que son petit frère était encore trop maigre après les dernières épreuves de sa Mission de Surveillance, la mine encore tirée, aussi avait–il décrété qu’il allait achever de le remettre sur pieds !
        Gévaudan avait eu beau objecter que son deuxième check–up au Camp Militaire avait donné des résultats plus que satisfaisants, son aîné n’avait rien voulu entendre !

        Dans le fond, plutôt ravi, le jeune Loup avait songé que son séjour à Nokbol allait vraiment être reposant et agréable, entre le couple de son frère, les deux Louveteaux jumeaux et la pêche sur le lac.

        Les histoires, de part et d’autre, s’étant terminées tard dans la nuit, Gévaudan s’était couché, dans un hamac dans la même chambre que les Louveteaux, s’était endormi, sourire aux lèvres.

*

* *



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