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Gévaudan 7 : l'odyssée du Loup

Par Usha

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Table des matières
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CHAPITRE V




8.

        Le Magnifique était en Etat d’Alerte 5. Le branle–bas de combat avait été activé et tous étaient à leur poste.

        Le vaisseau rond des Worhs ne cachait ni sa présence ni ses intentions ! Il était seul cependant. Quant au Wird il n’était nullement sans défense et au moins le duel qui s’annonçait permettrait d’analyser la manière de combattre des Worhs !


        Bien qu’il ne s’y sentit nullement à l’aise, le second du Magnifique était sur l’Aire, dans le fauteuil de commandement.

        Comme tout le monde à bord, il ne s’était trouvé en situation de combat galactique qu’en simulation, mais entendait mener les phases de l’affrontement avec tous les moyens mis à sa disposition.

    – Distance : 25000 galactokilomètres. Le vaisseau Worh arrive par tribord, à 37°, renseigna Mabil Tournip.

    – Impossible de dire s’il nous a verrouillés, les scans glissent sur leur bouclier sans rien capter ! ajouta Karis Porgram. Nous sommes parés à tirer.
    – Attendez qu’il soit à 20000 galactokilomètres, afin que nos missiles le percutent à pleine puissance. Chargez–les à 700 car leur bouclier risque de nous poser quelques soucis.

    – Oui, Lieutenant !

        Lynder fixait les écrans géants où il apercevait le navire sphérique, assimilant toutes les données qui défilaient.

    – Pourquoi est–il seul ? marmonna–t–il. On dirait un éclaireur que l’on sacrifierait… Comme s’il était là pour juger de notre puissance de feu et de notre manière de combattre… Bref, on s’observe tous les deux pour faire rapport à nos chefs respectifs !

    – Il a ouvert le feu !

        Partant de sa surface hérissée de canons, les tirs décrivirent une longue mais très rapide courbe pour retomber sur le Magnifique qui bien que parti en manœuvre d’évitement, ne pouvait échapper à cet étranger tir.

        Le bouclier du Wird était au maximum de sa puissance. Les missiles worhs s’écrasèrent à sa surface, sans faire de dégâts au navire, le secouant furieusement sous la multitude des impacts !

    – C’est du véritable canardage, fit Lynder. Impossible de contrer leurs missiles… Ca commence mal !

    – Nouveau tir, annonça Mabil.

    – Réplique avec les grenades pour arrêter un maximum de missiles ! Poussée à 300, Assiette à 750, faut essayer de passer par–dessus leur amplitude de tir.
        Le Magnifique réagit instantanément, même si les missiles worhs semblèrent prendre de la vitesse ! Cette fois, ils touchèrent le ventre et l’aile gauche du Wird qui tangua violemment sous les impacts.

    – 75° tribord, ordonna Lynder. Tourelles 2 à 5 feu !

        Le Magnifique envoya son premier tir sur le vaisseau rond qui se mit alors à tournoyer sur lui–même tout en tirant. Ce qui fit exploser les missiles du Wird à mi–course !

    – Par les dieux, c’est encore pire que je ne le craignais.

        Le second du Magnifique ne s’était jamais trouvé confronté à une telle tactique en simulation ! Des tirs manqués, soit, le système antimissiles étant la défense de base même d’un cargo de transport de marchandises !

        Mais là, en plus de sa forme déconcertante, le vol du vaisseau Worh semblait rendre toute attaque inefficace !

    – Il y a pourtant bien un moyen pour que nos tirs percent son bouclier, maugréa Lynder. Lieutenante Porgram, envoyez les roquettes à charges variables !

    – Oui, Lieutenant.

    – Si on ne peut pas l’atteindre, on va au moins essayer de dérégler son électronique !
        Une tourelle ventrale du Magnifique se tourna vers le navire sphérique, le verrouilla et tira quatre roquettes. Chacune d’elle disposait de son propre bouclier mais elles étaient surtout d’une composition métallique qui les rendait indétectables, sinon à l’œil nu. C’était un système vicieux qui ne devait servir qu’en ultime recours pour paralyser les ordinateurs adverses, pas à utiliser en début de combat. Mais ce duel remettait en question toutes les instructions de simulation !

    – Il a disparu ! aboya Mabil.

        Lynder jeta un coup d’œil à ses écrans et à l’espace. Le navire Worh s’était volatilisé.

    – Bouclier d’invisibilité ?

    – Non, Lieutenant, je ne capte absolument plus rien, répondit Mabil.

        Lynder ouvrit des yeux ronds.

    – Il n’aurait tout de même pas tenté un saut spatio–temporel dans une si petite configuration d’espace, alors que nos déplacements sont totalement aléatoires ! se récria–t–il. A moins bien sûr qu’il ne veuille nous percuter ou provoquer une faille en se rematérialisant trop près de nous !

        Il serra les poings.

    – Il faut me le retrouver, Lieutenant Tournip. Nous sommes bien trop vulnérables ainsi ! Boucliers au maximum. Magnus, tiens–toi prêt à réagir dès que tu percevras son énergie !
    – Je l’ai, fit Mabil. Il est derrière nous, sous 7° bâbord

        Sans les sangles qui le retenaient au fauteuil, le second du Magnifique aurait fait un véritable bond !

    – C’est impossible ! Pas ça ! Barre à tribord, propulseurs au maximum, il faut dégager de là.

        Ce n’était pas tant que le Magnifique soit dans la ligne de tir du vaisseau sphérique qui paniquait littéralement Lynder. Mais « sous 7° bâbord », c’était exactement dans l’angle mort des canons du Wird ! Sans compter qu’ainsi les trois galactopropulseurs principaux étaient sans protection !

        Ils bougent trop vite ! glapit Mabil. Ils ne décrochent pas de leur position quoi que nous fassions ! Ils vont tirer !

        Hormis son bouclier, le Magnifique était absolument sans défense et un tir dans ses réacteurs le ferait imploser !

        Le Wird avait beau multiplier les changements de cap, faisant trembler sa structure sous la brusquerie des manœuvres, le navire Worh semblait relié à lui et sa position ne se modifiait même pas d’un mètre !


        L’onde de l’explosion se propagea sur plusieurs milliers de galactokilomètres, ne laissant du vaisseau que des débris chargés d’énergie.


9.

        Le navire sphérique avait été littéralement soufflé, réduit en miettes.

        Le Magnifique pivota sur lui–même pour faire face à la dernière position du vaisseau Worh.

    – J’ai un écho, fit Mabil. C’est le Girganval !

        Les caméras firent apparaître sur l’écran la silhouette ovoïde du navire dérallien. Son antenne était toujours chargée de tension, vibrante après son tir d’énergie pure.

    – On ne l’a même pas vu arriver, maugréa le second du Magnifique. Va falloir qu’on révise sérieusement nos réflexes ! On s’est fait complètement obnubiler par le navire Worh ; en pure perte, en sus !

    – Le Capitaine Kharkholin demande le contact, informa Mabil.

    – Acceptez.

        Le massif Capitaine chauve à la peau couleur de pêche et en combinaison écarlate apparut sur l’écran central de la Passerelle.

    – Ravi de vous revoir. Vous jouiez à quoi ? Ca semblait amusant mais un peu dangereux… Vous ne m’en voulez pas d’avoir désintégré votre pote de partie ?

    – On vous pardonne pour cette fois, Capitaine Kharkholin, assura Lynder.
        Le second du Magnifique était abasourdi par la puissance de feu du vaisseau dérallien. Heureusement que cela n’avait pas été dirigé contre le Wird de l’Union ! C’était la première fois que des Surveillants étaient témoins d’une attaque dérallienne !

    – Eux aussi étaient distraits par leur poursuite, expliqua Warnil. Ils ont baissé leur bouclier une microseconde pour tirer. Ca a été facile de leur envoyer une rafale d’énergie rallienne en y ajoutant des particules à charges variables. Ca les a fait griller et c’est eux qui ont implosés.

    – Intéressante tactique.

        Warnil fronça les sourcils.

    – Pourquoi occupez–vous ce fauteuil, Lieutenant Sondral ? interrogea–t–il d’une voix qui s’était altérée.

    – Je vais vous expliquer, Capitaine Kharkholin. Je vous envoie un tube d’amarrage.

        Le Girganval vint se ranger le long du Magnifique, côté tribord, et Warnil monta à bord.

*

        Warnil posa sa main sur la joue glacée de Gévaudan.
    – Il faut te battre plus que jamais, Louveteau, murmura–t–il, désolé. L’Union a grand besoin de toi ! Si seulement je pouvais faire quelque chose pour toi… Mais j’ai soumis ton dossier à notre Médecin–Chef et lui aussi refuse d’essayer de te retirer ce fragment de balle ! Récupère au plus vite, les trois mois de congés passeront très vite et vu la menace des Worhs on ne t’accordera pas plus de repos. Courage, Capitaine Kord !


        Le Capitaine du Girganval avait ensuite été rejoindre Lynder dans la Salle de Conférence de Gévaudan.

    – Je ne peux pas croire que vous passiez par hasard, Capitaine Kharkholin, fit le second du Magnifique. Nous ne vous avons pas détecté, pourtant vous ne deviez pas être loin, avant même que nous ne repérions de vaisseau Worh.

    – Nous vous suivons à la trace depuis dix jours. Nos technologies de camouflage et d’attaque sont effectivement supérieures aux vôtres.

    – C’était une rumeur, maintenant cela va passer au niveau de la certitude, remarqua Lynder. Heureusement que vous avez pris notre parti… Pourquoi nous traciez–vous ?
    – Vous avez une Magicienne. Nous, nous avons une Enchanteresse ! Les Worhs sont une menace pour l’Union et pour les zones au–delà de votre frontière. Si certains, comme les brassiens, se sont alliés à eux, d’autres se sont mis également sur pied de guerre. Pas nécessairement pour les combattre puisque leur Armada passe d’un monde à l’autre sans dévier de sa route, mais pour se prémunir de toute attaque de leur part, au cas où. Je ne sais pas si on peut considérer que l’Enchanteresse est une Gardienne de l’Equilibre, mais elle fait partie d’une clique de ce genre ! Elle a demandé au Royaume de Déralle d’apporter son soutien à l’Union, de lui chercher des alliances pour constituer une Escadre de soutien. Car, il ne faut pas se leurrer : les Worhs n’attaquent pas nos mondes car cela fait trop d’ennemis différents. Mais l’Union forme un tout. Et il fera une excellente base arrière aux Worhs pour ensuite s’en prendre à nous. J’ai donc été chargé de constituer cette Escadre qui se joindra aux Wirds pour l’affrontement final. Je dois apporter ce message à votre Général de la Frontière Ouest. Le Girganval vous a donc rattrapés. Mais nous ne voulions pas perturber votre fin de Mission alors nous sommes demeurés en invisibilité.

    – Je comprends. Je ne me plaindrai pas que vous ayiez été là ! Mais je devrai mentionner votre intervention dans mon rapport. Et je ne suis pas sûr que tout le monde le juge ainsi. Les accords de non–ingérence exigent que vous demeuriez neutre et n’utilisiez pas votre puissance de feu !

    – J’ai agi en parfaite connaissance de cause, assura Warnil.
    – Parfait. A présent, nous allons naviguer de concert jusque Serva III.

    – Je ne l’entendais pas autrement.

        Bien que servant sous pavillons différentes, de races très éloignées, les deux officiers se comprenaient parfaitement bien. Et l’aide des déralliens ne serait certainement pas superflue dans l’opposition à mener à l’Armada Worh !

*

        Bien que volant côte à côte, le Magnifique et le Girganval se tenaient malgré tout sous leur garde. C’était la procédure puisque le vaisseau dérallien était dans l’espace de l’Union sans la moindre autorisation et que de plus il avait ouvert le feu – pour sauver le Wird, soit, mais les techniciens de la Flotte ou du Parlement Galactique ne risquaient pas tous de l’entendre de cette oreille !

        Warnil semblait ne pas s’offusquer un instant de voir les tourelles du Magnifique braquée sur son navire, n’avait pas activé son bouclier de protection et gardait ses propres canons à missiles rentrés.

        De son côté, Lynder faisait entière confiance au Capitaine dérallien, n’était pas mécontent de le savoir leur allié et espérait bien que Gévaudan serait du même avis lorsqu’il apprendrait la nouvelle.
        Encore une semaine et le Magnifique s’arrimerait au Dock Orbital de Serva III, et son Capitaine serait transféré à l'Hôpita Militaire du Q.G. de l’Ouest.

*

* *



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