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Gévaudan 7 : l'odyssée du Loup

Par Usha

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Table des matières
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CHAPITRE IV




6.

        Skromlin avait voulu atteindre les ressources secrètes de Magnus, il était servi !

        Le super–ordinateur avait instantanément répondu au dernier ordre de son Capitaine.

        Certains claviers, factices, s’étaient levés pour permettre aux viseurs lasers de sortir. Pareils à des aiguilles d’une finesse infime, ils avaient transpercés le casque et donc la nuque des Mécanoïdes. L’armure du Worh n’avait pas davantage résisté, touché trois fois : en pleine tête, et deux fois dans la poitrine. Skromlin s’était abattu comme une masse, avec fracas, au moment même où le Commando de Tolman Vrande faisait exploser la porte du bunker.

    – Fuites d’énergie localisées, réparations immédiates, Lieutenant Bévir, renseigna Magnus en retrouvant sa lucidité. Eradication des virus et des informations étrangères. Suppression des fichiers infectés et worhiens terminée dans trois minutes.

        Harvil écoutait mais sans entendre, entouré par deux membres de l’équipe de Tolman Vrande. Il s’en était sorti sans la moindre égratignure, n’en revenait pas. Et n’en était que plus conscient de ce qui était arrivé à Gévaudan. Même la présence Patryna Lovéral et de ses assistants médicaux ne le rassuraient nullement.

    – Vite, Professeur, le Capitaine !
        Patryna s’était immédiatement précipitée vers le corps du jeune Loup. Deux balles l’avaient atteint un peu au–dessus de la queue. Mais c’était surtout autour de sa tête que la mare de sang allait en s’élargissant encore.

    – Tenez le coup, Capitaine, murmura–t–elle.

*

        Rebooté, Magnus abreuvait plus que jamais les différentes sections du Magnifique de rapports, et Lynder n’était pas le dernier à les recevoir sur les ordinateurs de son appartement.

        Mais le second du Wird ne prêtait aucune attention à toutes ces informations qui n’avaient de toute façon nul besoin de son approbation, Magnus les classifiant automatiquement.

        Les seuls points importants avaient été : la mise en cryogénisation des Mécanoïdes et du Seigneur Worh, pour leur autopsie future, l’analyse complète du Wird afin que nulle trace du piratage ne subsiste, Et cela avait rapidement été terminé. Quant au Magnifique poursuivait toujours sa route vers Serva III.

        Il consulta sa montre, mais évidemment, hormis le temps écoulé, elle ne lui apprenait. Cela faisait plus de dix heures que Gévaudan était sur la table d’opération et aucun des membres de l’équipe chirurgicale qui s’étaient relayés n’avaient diffusé la moindre information.

        N’y tenant plus, Lynder quitta son appartement, héla un Transporteur et se fit conduire au Centre Hospitalier.


    – J’ai essayé de m’en débarrasser, mais il revenait sans cesse à la charge du bloc opératoire, murmura Harvil installé dans un divan de la Salle d’Attente, Malvin endormi sur ses genoux.

    – Tu aurais dû aussi aller te reposer, remarqua Lynder en s’asseyant face à lui dans un fauteuil.

    – De toute façon, je n’aurais jamais pu fermer l’œil. Et tu es mal placé pour me faire la leçon : ça va quasi faire vingt–quatre heures que tu es debout !

    – Possible, mais je n’ai pas été pris en otage, moi, remarqua Lynder avec bon sens.

    – Je suis otage professionnel, je sais gérer, assura Harvil avant de s’assombrir. Je ne sais pas pour toi, mais je ne trouve pas que ce soit bon signe que le Capitaine Kord soit toujours sur le billard.

    – Je crois que je vois ce tu veux dire… Ca ne doit pas trop bien se passer là–dedans et plus c’est long, plus ce sera dur pour lui de s’en remettre.

        Malvin se redressa en sursaut.

    – Gédy ? Il y a des nouvelles de Gédy ?

    – Non, rien encore, fit Harvil en caressant les boucles couleur de blé mûr.

        Malvin bâilla largement, se recroquevilla sur son coussin et se rendormit.

        Lynder aurait bien voulu l’imiter, mais il était bien trop inquiet. Il redoutait autant les heures à venir que les semaines suivantes, que le jeune Loup s’en sorte ou non !


        Ni Lynder ni Harvil ne réveillèrent Malvin quand Patryna apparut enfin, pâle, les traits tirés par la fatigue.

    – Il respire toujours. C’est vraiment tout ce que je peux dire pour le moment, soupira–t–elle. Et encore, là c’est la machine qui le fait pour lui car il est bien trop faible pour y arriver seul…

    – Et les balles ? questionna Lynder.

    – Les deux de son dos ne m’ont guère résisté. Par contre, celle qu’il a reçue dans la tête s’est fragmentée. C’est cela qui a pris tout ce temps… et il y a un éclat que j’ai dû renoncer à extraire.

    – Vous le ferez… plus tard ? interrogea Harvil.

    – Il faudra que je revoie les scans à tête reposée, mais je doute réviser mon jugement : c’est trop dangereux de tenter de le retirer, et même si on arrivait ça le transformerait en légume.

    – Mais vous ne pouvez pas laisser ce fragment dans son cerveau ! protesta Lynder.

    – C’est pourtant la moins mauvaise des solutions, pour le moment, objecta la Chirurgienne. Là où il s’est logé, l’éclat ne peut rien causer de grave. De toute façon, il n’y a rien à faire de plus pour ce jour. Il faut que je voie comment son état général va évoluer avant de pouvoir me prononcer plus.

    – Merci, Patryna, fit Lynder.
    – Je m’occupe du Capitaine Kord, vous occupez–vous du Magnifique.

    – Oui, je vais devoir le ramener à Serva III, encore une fois…


7.

        Lynder avait fait son rapport au Q.G. de l’Ouest. Il n’avait pas reçu d’ordres particuliers, seulement d’arrimer le Magnifique au Dock Orbital de Serva III dans les temps.

        Ce peu de loquacité l’inquiétait presque autant que l’état de son Capitaine !


        Avant de se rendre sur la Passerelle pour son service de l’après–midi, Lynder était passé par la chambre où était Gévaudan.

        Une semaine s’était écoulée depuis la tentative de piratage de Magnus et le jeune Loup était toujours dans un état critique.

        Sa chambre était dans l’une des sections des Soins Intensifs et l’accès en était gardé, au cas où !

        Lynder se tenait derrière une vitre, se demandant vraiment ce qu’il allait advenir. Relié aux appareils, Gévaudan soulevait à peine la couverture de sa respiration. Il était aussi blanc que les draps et le pansement qui tranchait sur sa chevelure bleu nuit.

    – Il va bien, fit Patryna en le rejoignant.
    – Excusez–moi, mais je n’en ai pas vraiment l’impression !

    – Si, je vous assure, Lynder, sourit la Chirurgienne. Il récupère, doucement soit, mais ses blessures ont une évolution satisfaisante.

    – Et l’éclat ?

    – Il ne bouge pas. C’est encourageant.

        Un signal sonore et des voyants rouges semblèrent soudain donner tort aux propos rassurants de Patryna, ce qui fit foncer dans la chambre les membres de l’équipe médicale qui s’occupaient de Gévaudan, attira Garen Byrklar qui passait non loin.

    – Mais qu’est–ce qui se passe ? paniqua le second du Magnifique alors que dans la chambre les infirmiers guettaient la réaction de Patryna, lui commentant les données qui s’affichaient sur les ordinateurs.

    – Tension en chute libre ! Le rythme cardiaque faiblit ! Les constantes s’effondrent ! La température tombe !… Professeur Lovéral ? !

    – Ne faites rien, ordonna Patryna dans le micro, d’une voix sèche. Surtout ne faites rien.

    – Mais vous êtes folle… s’affola encore plus Lynder. Il est en train de mourir !

    – Professeur ? insista également l’un des médecins, plateau de seringues à la main, prêt à envoyer des doses massives dans les perfusions du jeune Loup.

        Lynder se tourna vers Garen, le saisit par le bras.

    – Que fait–elle ? Interviens, Garen !
    – Gédy Kord est son patient, déclara Garen d’une voix posée. Et tu me fais mal !

    – Désolé, fit Lynder en desserrant son étreinte. Mais on ne peut pas laisser le Capitaine mourir devant nos yeux… Patryna ? supplia–t–il.

    – Professeur Lovéral, il s’enfonce ! cria presque un infirmier.

        Patryna se tourna vers Lynder et Garen. Les deux hommes la considéraient avec stupéfaction, horreur et inquiétude.

    – C’est normal, assura–t–elle.

        Elle reporta son attention sur la salle des Soins Intensifs. Les voyants rouges s’éteignaient les uns après les autres. Quant aux indicateurs vitaux, s’ils étaient extrêmement bas, ils s’étaient stabilisés. Elle rebrancha le micro.

    – Etablissez les nouvelles coordonnées comme étant de références. Réduisez l’apport en oxygène ainsi que les dosages dans ses perfusions.

    – Je vous l’avais pourtant dit, fit–elle. Vous auriez pu me faire un peu confiance et savoir que je connais le dossier médical de notre Capitaine mieux que quiconque.

    – Que s’est–il passé ? souffla Garen qui n’avait assisté jamais à telle situation.

    – Il s’est mis en état d’hibernation.

    – Pardon ? s’étrangla Lynder.
    – Gévaudan est un animal, je vous le rappelle. L’hibernation n’est pas une habitude des Loups, sauf en état d’urgences. Et pour eux, les urgences seraient plutôt : les grands froids ou le manque de nourriture, voire les deux. En ce cas précis, il n’a pas assez de forces pour assurer ses fonctions vitales, aussi a–t–il diminué volontairement les exigences biologiques de son corps blessé. Ici, cela tient davantage du réflexe puisqu’il est à peine conscient. Mais ça va nous aider à le soigner, ça va l’aider à s’en sortir.

        Les deux hommes commençaient à comprendre.

    – Désolé, je ne savais pas…

    – Votre rôle n’est pas de connaître les caractéristiques médicales des membres d’équipage, Lynder. C’est le mien par contre ! Allez, repartez. Moi, je vais faire un bilan complet de mon patient et m’assurer que tout est sous contrôle.

    – Merci, Patryna.

        Soulagé, mais juste pour ce qu’il venait de voir – et encore – Lynder quitta les Soins Intensifs pour se faire amener sur la Passerelle où il aurait dû se trouver depuis plusieurs minutes.

*

        Un écho radar était apparu sur l’un des écrans de Mabil Tournip.
        L’analyse était impossible, mais tout donnait à penser qu’il s’agissait d’un vaisseau Worh et il se dirigeait droit vers le Magnifique, boucliers activés, sa surface ronde hérissée par des milliers de canons en charge !

*

* *



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