In Libro Veritas

Gévaudan 7 : l'odyssée du Loup

Par Usha

Cette oeuvre est mise à disposition du public sous un Contrat Creatives Commons (by-nc-nd)

Vous êtes en mode de lecture plein écran. Cliquez sur le lien suivant si vous souhaitez afficher la version classique de cette oeuvre

Table des matières
Que pensez vous de cette oeuvre ?

CHAPITRE I




1.

        Alors que les deux dernières semaines de mission auraient dû être tranquilles, d’un profond ennui, consacrées à une foultitude de tâches administratives, il n’en était rien !


        La nouvelle de l’Echo repéré par l’Observatoire Sirond, à laquelle s’ajoutait les allégations à peine croyables du Capitaine du Magnifique avait mis en émoi toute la Flotte Galactique, et principalement celle de la Frontière Ouest.

        Car, même si les plus tatillons, ou les plus cartésiens, ne pouvaient admettre qu’une Armada d’Invasion soit aux portes de l’Union Galactique sans que rien ne l’aie trahie depuis des mois, voire des années, il était impossible d’accuser d’hallucination collective trois personnes ainsi que les ordinateurs qui avaient tout enregistré !


        Hormis quelques conflits zonaux, l’Union Galactique était en paix depuis plusieurs siècles. Et si les relations avaient parfois été tendues sur les Frontières, avec les populations et les vaisseaux qui les transgressaient, cela avait toujours fini par se régler à l’amiable, par marchés ; personne ne désirant une bataille spatiale en bonne et due forme !
        Les Worhs dépassaient les prévisions les plus pessimistes et, surtout, étaient au–delà de la plus fertile imagination. Et, pour couronner le tout, ils disposaient de boucliers d’invisibilité parfaits, d’une puissance de feu incalculable et d’un pouvoir mental effrayant !


        La Flotte et le Parlement Galactique prenaient donc des dispositions en urgence. Et cela même si des mois s’écouleraient encore avant que les Worhs ne soient, tout simplement, à portée de tirs des Wirds Surveillants la Frontière Ouest !

        Mais, si les Worhs avaient été catalogués comme des êtres réels, la pilule était beaucoup plus dure à avaler pour ce qui était de l’existence des Gardiens de l’Equilibre dont le Capitaine du Magnifique avait révélé l’existence dans la foulée…

        Heureusement, les Sages des principaux Cultes reconnus par l’Union s’étaient alors manifestés, appuyant les dire du jeune Loup, parlant de leurs propres prémonitions, visions et secrets confiés par leurs propres divinités.

        Il était donc évident que les Humains et les Non–Humains seuls, même alliés comme jamais, ne tiendraient pas face aux Worhs. Ces ennemis là, avec leur pouvoir mental, il fallait bien une force supérieure pour avoir une chance de les repousser et si possible d’en venir à bout !


        Et enfin, tout aussi insensé que ce soit, c’était sur un Ca–pitaine venu sur la Frontière Ouest suite à une sanction disciplinaire que reposait une partie des espoirs de l’Union Galactique !

        Seul cet étonnant Loup issu des tréfonds de ses Montagnes, sur une minuscule planète inconnue de presque tous, était en contact avec les quatre Gardiens de l’Equilibre, les rassemblait sous forme de pierre précieuse, sur le Médaillon rond qu’il portait à son ceinturon afin de les invoquer le jour du choc entre les Armadas !

    « L’Ironie des dieux, avaient déclaré tous les Sages. C’est celui dont vous n’attendiez rien qui peut tout pour vous ! ».

        Le Magnifique et son Capitaine étaient devenus les biens les plus précieux de l’Union.

*

    – Fichue électronique de mes deux ! Pourquoi y a rien qui fonctionne ! Magnus !

    – Capitaine, je vous ai dit de passer en mode saropan pour vos rapports. Sinon ça bloque au niveau de la transmission arégil sous le langage mako…

    – Je ne comprends rien à tout ça, grogna Gévaudan. Je veux juste pouvoir achever de rentrer mes rapports de Mission… Comme si le Livre de Bord ne suffisait pas !

    – Vous auriez dû vous y prendre de façon régulière, reprit le super–ordinateur qui contrôlait l’ensemble du Wird.

    – Un peu tard pour la morale, non ? ironisa le jeune Loup.

    – Jamais trop tard, Capitaine !
    – Ne te fiche pas de moi, en sus, pouffa–t–il enfin en agitant de contentement les oreilles qui pointaient sur son crâne, disparaissant presque dans sa longue et touffue crinière bleu nuit.

        Gévaudan s’étira et se leva. Il quitta son bureau à l’ordre strict pour le sympathique fouillis de son Séjour, devant les grandes baies vitrées de plusieurs mètres d’épaisseur qui lui donnaient une vue imprenable sur l’espace.

        Déjà une fois et demi plus gros que les Wirds classiques, le Magnifique était une superbe mécanique sur laquelle les années n’avaient aucune prise, toujours au top de la technologie, performant, fiable.

        Et cela était plus qu’en partie dû à Magnus, l’ordinateur central si puissant, si formé à apprendre qu’il en était quasi autonome, qu’il en avait acquis une Ame.

        La voix grave de Magnus se fit encore entendre.

    – Ce n’est pas en bâillant aux étoiles que vous allez avancer dans vos rapports, Capitaine !

        Gévaudan agita sa queue, sourit.

    – J’ai encore le temps ! Plus d’escale de quelques jours, plus d’arrêt de quelques heures… Le Magnifique vole tout seul…
    – Je fais voler le Magnifique, rectifia Magnus.

    – … ce qui fait que Lynder et moi pouvons nous débattre avec la paperasserie, les dossiers des membres d’équipage : ceux qui reviendront après les trois mois de congés, ceux qui ont demandé une mutation ailleurs, ceux qui ont demandé leur transfert ici.

        Le jeune Loup s’assit sur les coussins dispersés à même le sol autour de son immense lit que surplombait un dais en épaisse étoffe vert foncé. Il sortit sa pipe, glissa un rouleau de tabac dans le fourneau et l’alluma.

    – Mag.

    – Oui, Capitaine ?

    – As–tu des nouvelles récentes du Q.G. de Serva III ? Quelque chose traîne–t–il au sujet de la prochaine mission du Magnifique ?

    – Si votre question sous–entend : le Général Smarel a–t–il désigné qui le commandera dans trois mois, la réponse est « non ». Je pense d’ailleurs que c’est vous qui en serez d’abord informé ! Moi, je ne ferai que classer l’info dans une de mes bases de données.

    – Je m’en doutais… Mais tu as des antennes si exceptionnelles !

    – Inutile de me flatter, Capitaine, je ne hackerai pas mes petits collègues du Q.G. de la Frontière Ouest pour découvrir si des notes ne circulent pas à votre sujet. Que ce soit pour vous renvoyer à la paperasserie de votre sanction disciplinaire ou vous laisser au fauteuil de la Passerelle !

    – Même pas… un tout petit peu ? gloussa Gévaudan qui était toujours aussi amusé de parvenir à rivaliser d’ironie avec une machine !
    – Même pas pour vos beaux yeux couleur d’or !

    – Ppfff, faux frère.

    – Je ne suis pas programmé pour ça !

    – Mais bien sûr… Bon, faut vraiment que je m’occupe de ces rapports…

    – Laissez–moi quelques instants et je vous prépare des formulaires d’encodage, Capitaine. Vous n’aurez plus qu’à les remplir.

    – Tu ne pouvais pas le faire plus tôt ? !

    – Vous ne vous plaigniez pas !

    – Je ne me plains jamais !

    – Mais bien sûr…

    – Merci, Mag !

        En attendant que son programme soit prêt, Gévaudan s’approcha de Hippy. Le tchargnik dormait profondément sur son perchoir. Il se contenta donc de lisser d’un doigt léger le plumage couleur de feu du petit rapace.

        Trois heures de service sur la Passerelle et détente dans les Jardins du Magnifique achèveraient sa journée.

        Gévaudan sourit. Il était dans l’espace, commandait un navire exceptionnel. Il était le plus heureux des Loups !


2.

        La nuit chronologique régnait à bord du Magnifique qui, à vitesse de croisière, se dirigeait droit vers Serva III où il s’arrimerait à un Dock Orbital pour trois mois de complètes et minutieuses révisions, avant de repartir pour neuf mois de Mission de Surveillance toujours le long de la Frontière Ouest.

        L’éclairage était quasi au minimum et hormis quelques secteurs clés qui ne pouvaient se permettre de tourner au ralenti, dont, entre autres, la Salle des Machines, tout était extrêmement calme.

        Gévaudan était demeuré dans les Jardins du Magnifique, allongé sur le dos, la pipe entre les dents, sous son arbre préféré, à voir les étoiles au–dessus de l’immense verrière. Les chants d’oiseau avaient été coupés, mais les diffuseurs envoyaient toujours des effluves campagnardes.

        L’herbe se plia sous des souliers, sans bruit, ou presque sans bruit.

    – Insomnie, Lieutenant Sondral ?

        Le second du Magnifique sourit en s’arrêtant à hauteur de son Capitaine.

    – Alors, c’est quoi qui m’a trahi : ma démarche, mon odeur ?

    – Les deux ! Et je ne sais pas ce quel dentifrice vous utilisez, mais il n’y en pas deux avec ce composant d’haleine fraîche à bord ! fit Gévaudan en se redressant sur ses coudes.

        Lynder était en pyjama sous sa robe de chambre, même si la température était extrêmement douce.

    – Vous vous ennuyez ? hasarda le jeune Loup.
    – Oui, un peu !

        Lynder s’accroupit.

    – Je suis un peu perplexe, Capitaine.

    – A quel sujet ?

    – Les Worhs. La Flotte vient de les découvrir, elle rassemble une Escadre, la positionne pour les recevoir… Et nous, on rentre sagement pour partir en vacances !

        Gévaudan tira quelques bouffées sur sa pipe.

    – Ces neuf mois de Mission n’ont pas été de tout repos, dit–il enfin. La Mission sans nul doute la plus éprouvante de votre carrière, Lieutenant Sondral ! L’eau qui a empoisonné l’équipage, le détournement du Wird par Asshiriak et le meurtre de l’élève–stagiaire Fodril, nos scientifiques possédés par des Arkols Noirs, et bien sûr l’accident qui a coûté la vie à Vyld Nerlak.

    – Vous oubliez la frayeur que vous nous avez faite dans la Zone des Aurores Jumelles quand vous avez perdu le contrôle du Noir 1 et que je vous voyais déjà vous écraser sur nos canons ; comme Vyld.

    – Bref, l’équipage et ses officiers sont éreintés. Trois mois de repos, ce ne sera pas du luxe ! De toute façon, nous ne pouvons rien faire de plus. La Flotte et le Parlement ont les moyens et le pouvoir de décision. Le Magnifique repartira juste où on lui dira d’aller !
        Lynder nota que son Capitaine n’avait pas anticipé sa présence à bord lors de la mission suivante ! Il ne comprenait pas. Il ne pouvait pas comprendre puisque le Général Smarel en charge du Q.G. de Serva III n’avait jamais expliqué pourquoi il avait mis le Wird fleuron de l’Ouest entre les mains d’un Capitaine sans expérience – le seul qu’il eut sous la main à l’époque pour remplacer au pied levé Vyld Nerlak – et sans bien sûr ouvrir le dossier Disciplinaire du jeune Loup à ses Lieutenants !

    – Pourquoi, vous vouliez continuer à patrouiller ? s’amusa Gévaudan.

    – Non… Mais il aurait peut–être fallu chercher le dernier Gardien de l’Equilibre…

        Le jeune Loup éclata de rire et s’agenouilla face à Lynder.

    – C’est le monde à l’envers ! Maintenant, c’est vous qui me poussez presque à me jeter dans un autre univers surnaturel où je risquerais de me roussir la crinière et la queue. Pourtant, jusqu’à il n’y a pas si longtemps, c’est tout juste si vous n’envisagiez pas de me boucler dans mon appartement pour que j’évite de prendre des risques !

    – Je voulais surtout que vous ne voliez pas sur le Noir 1. En pure perte !

        Le jeune Loup redevint sérieux, prit dans sa main le Médaillon rond attaché à son ceinturon où brillaient trois pierres : une améthyste, un saphir et une émeraude.
    – Moi aussi, je voudrais qu’il soit complet. Ce serait plus rassurant. Mais personne ne sait où et qui est le quatrième Gardien de l’Equilibre. Notre mission s’achève et il est donc impossible que nous tombions sur lui. La Magicienne, les Arkols Blancs, le Veilleur des Aurores. Ce sont eux qui se sont révélés, sans que nous les cherchions vraiment. Le quatrième se manifestera le moment venu, où que ce soit, ayez confiance. Profitez de vos vacances, Lieutenant, profitez de votre famille.

    – J’y compte bien ! Bonne fin de nuit, Capitaine, à demain.

    – A demain.

*

        Le Magnifique avait beau être doté de capteurs d’une sensibilité extrême, certains brouillages étaient bien trop parfaits pour qu’ils puissent repérer ceux qui ne voulaient pas être vus et qui s’étaient glissés jusque sous son ventre sans déclencher la moindre alarme.

        La navette, car c’en était une en dépit de sa forme parfaitement ronde, s’était accrochée à la coque du Wird, juste sous un sas d’évacuation de trop plein de pression.

        Cela n’avait pris que quelques minutes au commando pour pénétrer à bord avec son matériel.

        La plus hardie des tentatives de sabotage pouvait commencer.

*

* *
 

Chapitre suivant : CHAPITRE II