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Les Enquêtes Extraordinaires de Bruce et Odalisque : Les Amants maudits

Par merci némascope

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Table des matières
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Merci l'Hécatonchire

Odalisque et Bruce étaient désormais très liés. PétronIl les avaient attachés dans le salon avec l’une des nombreuses cordes qu’il possédait, tandis qu’EmmanuElle toisait ces deux cancrelats.
Odalisque n’aimait pas ce regard, elle choisit la conversation comme défense.
 
    -          Pourquoi ?
    -          Par amour. Trop de gens s’aiment pour de mauvaises raisons. Pour ne pas être seul, pour ne plus rester seul, pour être comme les autres, pour l’argent, pour baiser, pour retrouver un père, pour retrouver une mère, et, pire des conneries, pour faire des enfants, fonder une famille. Et voilà comment naissent trop d’enfants non désirés, non désirables qui assureront l’évolution de la connerie. L’amour doit être une évidence car son harmonie précaire ne souffre d’aucun déséquilibre. Quelle souffrance de trop aimer ! Quel repoussoir qu’un amour trop fort !
Nous ne révélons que la vérité cruelle des sentiments amoureux. La douleur réclame un coupable. Facile à désigner lorsque l’on se réveille chaque matin à ses côtés. Première et dernière image de ces journées sans fin.
Je choisis mes cobayes parmi mes clients. J’indique la cible à PétronIL. Il suit le mari, et, le moment opportun, il lâche un chien enragé à sa rencontre. La suite, vous la connaissez. Chacun de notre côté, nous nous amusons à enlever le vernis.
 
PétronIl  prit la parole.
 
    -          Un vernis hypocrite et indigent dont la société tente de nous recouvrir. L’Homme est beau dans la souffrance, pourquoi vouloir le bercer dans de faux espoirs ? Les gens heureux m'emmerdent.
Bien, EmmanuElle, il est temps que j’aille chercher le berger qui ramènera ses brebis égarées dans  le droit chemin.

Quelques instants plus tard, PétronIL revint avec une cage cadenassée et montée sur roulettes. A l’intérieur, un gros berger allemand aboyait violemment et la bave, qui écumait à ses babines, ne laissait aucun doute quant à sa condition. L’infirmier s’apprêta à libérer la bête. 
Bruce ferma les yeux mais ce n’est pas la porte attendue qui s’ouvrit.
 
    -          Stop, ne bougez plus !
 
Le commissaire Garp, l'arme au poing ! Mais, par quel miracle ?
 
    -         Les méchants, comme vous, parlent toujours trop. C’est con.
 
Le policier brandit un petit magnétophone puis délivra les deux journalistes. Bruce en profita pour montrer le système d’écoute qu’on lui avait collé sur le torse. PétronIl et EmmanuElle ne paraissaient, toutefois, aucunement affectés par ce revirement de situation.
 
    -          Les méchants ? Votre côté basique et manichéen doit vous rendre bien des services.
    -          Plutôt ma conscience, qui me protège de mes démons intérieurs.
    -          Peut-être qu’ils se confondent parfois.
    -          Peut-être qu’il vous a manqué quelques bons coups de pied au cul aussi. La prison vous fera méditer là-dessus.
    -          Nous enfermer ne changera pas grand-chose. Nous ne sommes que les enzymes d’une réaction entropique universelle.
    -          En attendant, vous laverez plus blanc en taule.
 
                                                       * * * * *
 
Le lendemain, Bruce retrouva Odalisque au journal, les valises sous ses yeux indiquaient que son esprit songeait à des vacances, si son ami le sommeil ne revenait pas rapidement.
 
    -          Il n’ont pas raison, hein, Odalisque ?
    -          Euh, bonjour Bruce, t’as une petite mine. Excuse-moi, je n’ai pas compris ta question.
    -          PétronIl et EmmanuElle, ils ont tort de penser que l’Homme et la Femme sont nés pour détruire, se détruire, non ?
    -          Hum, ils ont raison sur un point : l’égoïsme total est une solution pour accélérer la fin de l’Ordre établi.
Bruce réfléchit à ce que venait dire son amie. Il ajouta, tristement :
    -          Mais, après tout, méritons-nous d’être sauvés ?
    -          Je ne sais pas. De toutes les façons, qui nous sauvera si ce n’est nous mêmes ?
Odalisque perçut le désespoir qui enveloppait Bruce, tel un grand manteau. Vu la chaleur persistante, elle se dit qu’il n’en avait pas besoin.
    -          Ah, pourrais-tu emmener cet article à Fred ? Le dernier bureau sur la gauche.

Le journaliste accepta bien volontiers. Il tapa, timidement, sur le carreau de la porte correspondante.
 
    -          Entrez !
    -          Euh, bonjour, je vous apporte le papier d’Odalisque.
    -          Elle a plus de jambe ? Moi, j’ai plus qu’un œil et ça me suffit à repérer vos coquilles. Donne-moi ça !

Bruce n’arrivait pas à détacher son regard de l’œil de verre; c’était le point de fixation, face à cet autre œil trop mobile.
 
    -          Je donne pas de pourboire. Zou ! Y en a qui bossent dans ce journal.
 
Avant de sortir, il se rappela les paroles d’Odalisque et ne manqua pas de regarder la plaquette indiquée par la journaliste. En lettres d’or, la devise suivante s’étalait fièrement sur l’écrin d’ébène:  
                                  
                       « Au royaume des fêlures, les fêlés sont rois. »
 
                                                    * * * * *
 
Le silence est revenu. Le soleil se couche, lassé par ce spectacle de désolation, déjà trop vu. Il ne reste plus que le capitaine et la chef amérindienne, chacun monté sur son destrier, lui-même perché sur sa colline. Le soleil se couche, lassé par ce spectacle, déjà trop vu. Après une minute de recueillement, ils descendent lentement l’un vers l’autre, évitant précautionneusement les corps qui jonchent le champ de bataille. Finalement, ils mettent pied à terre, le capitaine prend délicatement le visage de l’amérindienne entre ses mains avant de l’embrasser langoureusement. Leur amour impossible, ne l’est plus. L’Appaloosa et la Quater Horse imitent leurs maîtres, à leur façon. Dans le ciel mordoré, un aigle royal crie son désaccord. La zorille, cachée dans son terrier préfère en rire. Leurs baisers durent une éternité. Ils ne voient pas la vague gigantesque recouvrir la lumière mourante. Le raz de marée engloutit la cuvette et tout ce qui s’y trouve. Il repart bientôt comme il était venu, tel un Dieu mécontent, laissant derrière lui ses offrandes.
L’aigle atterrit, la zorille sort.
Ils comptent les points.
 
Qui a gagné ? Qui gagnera ?
 
Le cœur de Dieu s’arrêtera-t’il de battre ?