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Les Enquêtes Extraordinaires de Bruce et Odalisque : Les Amants maudits

Par merci némascope

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Table des matières
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Imbroglio

Il faisait très chaud en cette période estivale, la ville était plongée dans une atmosphère lourde et délétère. Les vieux tombaient comme des mouches et attiraient ces dernières. Plusieurs cas de rage avaient été signalés et les services vétérinaires avaient forte affaire. Odalisque, en sortant du bureau d’un des pontes du journal, portait également les stigmates caractéristiques de « la chape de plomb ».
Elle alla voir Bruce, espérant trouver, en sa compagnie, un peu de réconfort.
 
    -          Le « fêlé » aimerait que j’enquête sur ces couples qui se détruisent. Il considère, à juste titre, que la paix des ménages est menacée : quatre se sont tués en moins de trois semaines.
    -          Accidents ?
    -          Non, meurtres. Ils se la jouent Mr et Mrs Smith sauf qu’ils jouent trop bien. Les femmes ayant une préférence pour le couteau de cuisine, le mari optant pour le marteau.
    -          Ah, on devrait faire plus attention aux choix des cadeaux. Au fait, c’est qui « le fêlé » ?
    -          Fred, le rédac-chef adjoint. Il sort quasiment jamais de son bureau. Tu as peut-être quand même déjà vu son œil de verre trainer dans la salle de rédaction.
    -          Non, pas remarqué, mais pourquoi « le fêlé » ?
    -          Parce que nous sommes ses fêlures et le journal, son royaume. 
    -          …. ?
    -          Si tu vas dans son bureau, regarde la plaquette posée sur sa table, tu comprendras. Et sinon, ça te dirait de m’accompagner jusqu’à la morgue. Là, au moins, il doit faire frais et c’est le meilleur endroit pour récolter des infos.
 
Autant demander à un sourd s’il veut être Beethoven. Sur place, ils retrouvèrent une vieille connaissance en la personne du commissaire Garp. Il prenait son casse-croûte avec le médecin légiste. Quand Odalisque expliqua la raison de sa présence, le commissaire leur fit un petit cours de probabilité : un mari et sa femme qui se tuent mutuellement, banal. Deux cas rapprochés, coïncidence. La troisième fois conforte le dicton mais la quatrième éveille les soupçons. Jusqu’ici, le policier n’avait trouvé aucun lien entre les victimes, si ce n’est que leur couple n’était pas autant au beau fixe que la météo actuelle. Heureusement, une affaire similaire pourrait l’aider : le mari s’en était sorti, cette fois. Garp toléra la présence des deux journalistes pendant qu’il interrogerait le survivant à la condition expresse qu’ils jouent les carpes (l’humour noir, limité, du commissaire ne l’autorisa pas à une autre métaphore).
    -          Pourquoi vouloir tuer votre femme ?
    -          C’est cette poufiasse qui voulait me trucider !
    -          Encore une fois, pourquoi ?
    -          J’sais pas. On s’entendait plus. On est même allé voir une conseillère conjugale. On a commencé par dire ce qu’on reprochait à l’autre. Au moins, on arrivait à renouer le dialogue, et puis j’ai été mordu par un chien qu’avait la rage. A l’hôpital, y avait un infirmier super sympa. J’aimais bien discuter avec ce mec. Avec lui, j’ai compris que les femmes regrettaient le temps où les hommes étaient des hommes. Quand je suis rentré chez moi, j’étais un autre mais ma femme avait changé aussi. En pire. Au bout de deux jours, on s’est mis sur la gueule. Elle voulait me planter avec son couteau de cuisine. Elle a pas loupé le cœur de beaucoup, moi j’ai pas loupé son foie d’alcoolique. C’est ce que vous appelez de la légitime défense, non?  
 
Odalisque et Bruce remercièrent le commissaire Garp avant de retrouver le petit café de leurs confidences. Chacun avait son idée sur la question et ils décidèrent de suivre leur piste séparément.
 
 
                                                  * * * * *
 
Bling ! Elle avait frappé le miroir avec violence. Le monstre était encore revenu. Un visage d’Elle, masculin et surtout horriblement déformé. Cette gargouille la poursuivait depuis trop longtemps et ses apparitions devenaient de plus en plus fréquentes. Elle regarda sa main ensanglantée, une belle entaille la traversait. Il déposa son bras sur ses épaules.

    -          Il est encore revenu ?
    -          Oui, toujours plus hideux.

Il prit une boite de comprimés dans l’armoire à pharmacie découverte par le miroir brisé. Il lui tendit deux pilules jaunes qu’elle avala. Il accueillit son visage sur son torse puis l’emmena sur le lit. Ils firent l’amour et le sang de la blessure recouvrit bientôt leurs corps entrelacés.
 
                                                    * * * * *
 
La guerre était inévitable. Chaque clan s’était fait à cette idée depuis le dernier conciliabule. Les chefs exhortaient leurs troupes et les préparaient à l’affrontement final. La fièvre haineuse se propagea jusqu’aux bêtes et l’Appaloosa entraina ses frères à développer leur agressivité. Les nouveaux habitants se préparaient dans le calme, sûrs de la supériorité de leurs armes, de leur art militaire, de leur intelligence, de leur race. La  Horse Quater fut gagnée par cette assurance qui régnait au sein du fort, les yeux des autres chevaux ne trahissaient aucune crainte, juste une tranquille détermination.

Finalement, les messagers respectifs des deux clans annoncèrent la nouvelle que tous attendaient. Cela aurait lieu dans la cuvette d’Idrissi située entre les « mamelles », deux collines qui marquaient la séparation des territoires.
 
                                                   * * * * *
    -          Docteur, je peux vous appeler docteur ?
    -          Oui, même doctoresse, je suis psychiatre.
    -          Ah, bien. Je viens vers vous car le doute me ronge.
    -          Je vous écoute
    -         Voilà, j’ai rencontré quelqu’un. Au début, c’était merveilleux. Il était prévenant, gentil, un vrai prince. Et puis, en quelques temps, il a changé. C’est devenu un autre. Sale, irrespectueux, fainéant, je ne comprends pas. J’ai pourtant écrit à tous les courriers du cœur de mes magazines favoris mais aucune réponse ne m’a satisfaite.
    -          Vous avez peur de comprendre. Peur de la métamorphose, du dégoutant poisseux, du gros dégueulasse abject, du parasite obscène. Lorsque l’on est amoureuse, un processus chimique compliqué altère votre vision. « L’amour rend aveugle » n’est pas qu’une expression. Au début, on idéalise l’autre. Malheureusement, la réalité reprend toujours ses droits. Le plus difficile est peut-être de ne plus se voir si belle dans les yeux de l’être aimé. L’amour est un jardin capricieux et fragile qui ne peut se contenter des soins d’une seule personne. Ne l’oubliez jamais.
    -          Euh, oui mais je n’ai pas vraiment la main verte. Je fais comment ?
    -          L’amour est un échange. Parlez avec lui. Livrez vos sentiments. Rendez vous désirable, jouez avec sa jalousie.
    -          Pas facile, il faut trouver le moment. Entre les potes et les matches de foot, il n’y a guère qu’aux repas qu’on arrive à échanger quelques banalités.
    -          Comment s’appelle votre compagnon ?
    -          Bruce
    -          Venez avec Bruce la prochaine fois, nous lui ferons comprendre qu’il est dommage de s’apercevoir de l’importance d’une personne seulement quand elle n’est plus là.
 
En sortant, Odalisque regarda à nouveau la petite plaque fixée sur la porte :
 
                                EmmanuElle BOURDAUD
 
Non, elle n’avait pas rêvée. Erreur typographique ? Il faudrait qu’elle lui demande la prochaine fois.
 
                                                 * * * * *
    -          Bonjour, … Bruce, je suis PétronIl Memphis.
    -          PétronIl Memphis … ça sonne comme une balade.
    -          Oui, et nous allons faire un petit bout de chemin ensemble, si vous le voulez bien.
    -          Pas le choix.
    -          Vous avez fait une petite crise. Vous avez arrêté de prendre vos médicaments ?
    -          Ouaip, marre. Marre de ce traitement. Marre de cette maladie. Marre de souffrir.
    -          La drépanocytose ne laisse aucun répit. Ne lui en donnez pas non plus.
    -          C’est surtout ma grosse qui me pompe l’air en ce moment.
    -          Oh, racontez-moi.
    -          Elle m’emmerde pour des broutilles, et pourquoi t’oublies d’éteindre les lumières, pourquoi tu laisses toujours traîner tes affaires, pourquoi tu changes jamais de slip, pourquoi tu fumes aux chiottes, pourquoi c’est toujours moi qui fait tout dans la maison ? Et toi, pourquoi tu me fais chier ? T’es payé pour ça ou quoi ?
    -          Vous n’exagérez pas un peu ?
    -          Bon sang ne saurait mentir.
    -          Vous ne manquez pas humour.
    -          Non, de souffle.
    -          Je sais. Il vous faut du repos.
   
 
    -          Vous, vous me comprenez au moins ?
    -          Oui, ce sont ces petites choses, se parant de l’insatisfaction comme d’un maquillage permanent, qui dépassent mon entendement. Quand ça dépasse, il faut …
    -          Oui ? couper ?
    -          Trancher ... dans le vif. Le lit est le réceptacle des souffrances dans un hôpital. Il est celui des réconciliations dans  un couple..
    -          Mais, on fait plus rien. Elle veut plus.
    -          C’est ce qu’elle dit. Les femmes aiment résister car c’est à la fois leur meilleure arme de séduction et leur bouclier le plus solide.
    -          Ah ?
    -          On en reparlera. Reposez-vous maintenant.
 
Bruce regarda l’infirmier s’éloigner. Il avait appris que cet homme s’occupait principalement des patients mâles et atteints de maux particulièrement douloureux. 
Il s’occupait donc, entre autres, des cas de rage et des drépanocytaires. Les talents de comédiens de Bruce suffirent à le faire admettre en soins préventifs et ainsi rencontrer ce mystérieux PétronIl.
 
 
                                                         * * * * *
 
Le calme avant la tempête.
Chaque camp s’observe, se jauge, cherche la faille.
Peintures de guerre contre bottes cirées. Lances, arcs, flèches, tomahawks, contre épées et fusils.
Finalement, un sabre fend l’air, une lance s’élève rageusement dans les cieux.
Chargez !
Cris de guerre contre son du clairon.
Les chevauchées sont impérieuses et fantastiques, assurément.
Le bruit effroyable des armes qui s’entrechoquent succède bientôt à celui, sourd, des sabots. Même les chevaux mordent toute chair ennemie qui se présente à leurs gueules.
Et puis, les râles. Haine et Souffrance se répondent, se répandent sur le champ de bataille. Le rouge devient la peinture prédominante de ce tableau maudit.
Loin, très loin, le Soleil regarde tout cela d’un œil distrait.
 
                                                  * * * * *
Odalisque épiait, cachée derrière un cyprès, la maisonnée aux larges baies vitrées. Elle avait suivi la psychiatre jusqu’ici. Ce ne devait pas être sa résidence car la boîte aux lettres mentionnait un autre nom. La journaliste continuait à surveiller la doctoresse, affairée à préparer le repas, lorsque ….
    -          Que fais-tu là ?
Interruption. Allez ! Repart. Battement. Souffle. Odalisque se retourna pour découvrir un Bruce hilare.
    -          T’as eu peur ?
    -          Imbécile. Mais et toi,  pourquoi es-tu là ?.
    -          Je suivais l’infirmier, celui dont avait parlé le mari poignardé. Tu l’as pas vu entrer ?
    -          Non, c’est lui PétronIl Memphis ?
    -          Oui, c’est moi.
La voix provenait de derrière un thuya. Un revolver apparut puis la main le tenant et enfin son propriétaire.
    -          Votre filature laissait à désirer, vous n’êtes donc pas flic, peut-être journaliste ?
    -          Euh, oui, nous enquêtons sur … les hommes en blanc.

Odalisque regarda son collègue d’un œil noir.
 

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