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Les Enquêtes Extraordinaires de Bruce et Odalisque : Les Amants maudits

Par merci némascope

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Table des matières
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Destins croisés

Un magnifique étalon Appaloosa, à la robe flamboyante, se désaltérait au Lac de la Frontière. On l’appelait ainsi depuis qu’il servait de délimitation entre le territoire des amérindiens et celui des nouveaux habitants. Les oreilles de l’équidé frémirent : quelqu’un, ou quelque chose, s’approchait de lui. Une jument Quarter Horse daigna se montrer dans le soleil couchant. La faible lueur suffisait à révéler l’éclatante beauté de l’animal pour lequel le terme « blancheur immaculée » était de circonstance.
Apparition divine.
L’étalon et la jument frottèrent leur museau respectif. Les hennissements à l’unisson, qui s’ensuivirent, traduisaient également le bonheur de cette rencontre. Malheureusement, cette douce quiétude sera de courte durée.
Des nouveaux habitants !
Fuyons !
Les deux chevaux galopent pour échapper à leurs poursuivants et à leurs montures traîtresses. La Quarter Horse ne peut cependant que regarder le lasso qui vient enserrer son cou.
Forte douleur. Elan et espoir brisés.
Adieu, mon amour.
L’étalon n’a rien remarqué. Sa course est frénétique et suffisante pour être hors de portée des Hommes. Finalement, il s’arrête quand il sait être seul. Trop seul.
Où es-tu mon amour ?
 
                                                     * * * * *
Elle était dans sa bulle, aidée en cela par le casque audio qui lui délivrait « Where’s my Mind ? » des Pixies. Une bulle temporelle, la ramenant à des souvenirs qui expliquaient son présent, qui présageaient son avenir.
Elle avait toujours été entourée … de cons quand d’autres connaissaient l’amour, ou ne voyaient que lui.

Des petits cons imitant, répétant, d’autres cons, un peu plus vieux. À son époque, l’image et le fric étaient déjà rois. Elle n’était pas malheureuse, Elle se sentait juste un peu seule. Être conne pour être moins seule n’était pas évident. Elle choisit de devenir anthropologue, spécialiste des cons, dès son entrée au collège. Elle fut très fière de réussir à s’insérer facilement dans le troupeau. Pour les mâles, rien de plus facile : Elle correspondait aux critères de beauté admis et sortait un redoutable petit rire à la moindre occasion. Désarmant.

Les femelles ne furent pas beaucoup plus compliquées  à conquérir : il lui suffit de critiquer les filles pauvres et/ou laides avec celles, la majorité, qui ne l’étaient pas.  Les enfants sont méchants, c'est bien connu.
Elle ne considérait pas ses professeurs comme des cons mais comme des robots qui apprenaient à devenir des robots. La première leçon consistait à apprendre à rester assis, et concentré, pendant huit heures.

Chiant, très chiant.
Comme ses camarades, les profs se répartissaient en différentes catégories : le cool, le beau, le marrant, le moche, la tête de turc ...
Etiquette imposée, déposée ou choisie ? Imposée par l’argent, elle l’avait compris.
Il était plus facile de vendre en ciblant les clients : tu veux être cool ? Mange, bois, écoute ça, habille toi comme ça, achète ça. Tu veux être belle alors il te faut plutôt ça. T’as pas de thunes ? T’en fais pas, on a aussi sinon endette toi.
Société de cons-sots-mateurs.
Tellement évident, tellement accepté.

Ce qui la fascinait par-dessus tout, c’étaient les rituels : la première cigarette, la première cuite, le premier palot, la première fois … Étapes obligées pour accéder au niveau supérieur. La connerie n’a pas de limite. Elle avait parfois des vertiges lorsqu’Elle en observait certains. 
Les années passèrent et Elle découvrit l’art. Elle s’y plongea corps et âme. Façon d’échapper à son statut d’humaine. Elle rêvait de métaphysique, de « métahumanité ». La peinture, la musique, la littérature, avec en point d’orgue la philosophie, vinrent combler ce manque d’intérêt vital. Elle continua aussi son travail d’anthropologue.
L’Université fut l’occasion de se débarrasser de deux cons tenaces : ses parents. Des ratés qui avaient gâché leur vie pour la sienne. Et pourtant, quel fol espoir que de guider leurs rêves et désirs perdus jusqu’à Elle !
Connerie, et comme la connerie, les rêves ne sont pas héréditaires.
Elle, elle voulait continuer à observer, c’est ce qui l’inspirait, ce qui l’amènerait à son grand Œuvre. Elle en était persuadée, il lui fallait juste accepter les règles du jeu.
 
                                                * * * * *
 
L’Appaloosa errait sans but depuis des jours, depuis la disparition de sa compagne. Le vague à l’âme sied mal au pourchassé. Les amérindiens n’eurent aucun mal à capturer cet étalon qui était entré dans leurs légendes. L’Insaisissable ne l’était plus. S’ils furent étonnés de l’apparente facilité avec laquelle ils réussirent cet exploit, chacun se tourna vers la félicité et bien plus encore vers le shaman, pour l’expliquer. Ce cheval majestueux revenait, de fait, au chef, plus précisément à sa veuve qui avait endossé le rôle de son mari à sa mort.
 
                                                 * * * * *
Il aimait la souffrance. Celle des autres. Il aimait la contempler. Image ultime de l’art pour lui. Cela avait commencé avec les animaux. En cette fin d’après-midi, Il rentrait de la plage avec ses parents. Et Il l’avait vu, là sur la petite route communale : un chien renversé sans doute par une voiture pressée de regagner son garage. Les petits râles d’agonie qui émanaient de ce corps avaient été une invitation irrésistible. La magnificence du spectacle lui avait arraché quelques larmes. Que la douleur pouvait être belle ! Bien évidemment, ses parents mirent ses larmes sur le compte de la tristesse. « Heureusement, il est révolu le temps des hérissons », glissa le père à sa femme.

Ils commencèrent tout de même à s’inquiéter en voyant, avec quel délice, Il salait les limaces du jardin. Il s’amusait aussi à casser les ailes des insectes pris dans son filet à papillon. Il restait des heures à disséquer les différentes phases qui précédaient la mort des malheureux. Cependant, Il regardait également les dessins animés que lui proposaient ses parents. « Ça lui passera », « c’est de son âge, j’ai lu ça quelque part. » se rassuraient ses parents, trop occupés par leurs emplois respectifs pour trouver d’autres explications.
En grandissant, cette passion dévorante s’amplifia mais il comprit que la discrétion était nécessaire pour garantir sa tranquillité. Tout le monde, manifestement, ne partageait pas ses considérations artistiques. Il se constitua alors un masque simple et efficace : un sourire qui ne quittait jamais son visage. Il se mettait avec les autres tout en restant effacé. On ne le remarquait pas. En classe, il était tout aussi invisible et ses notes, correctes, n’éveillèrent jamais la moindre inquiétude ou admiration.
   
Il se permettait une seule manifestation de camaraderie : Il se proposait toujours quand il fallait accompagner l’un des siens à l’infirmerie. Ce goût du milieu médical s’épancha très vite au-delà de l’enceinte scolaire. Sa majorité révolue, Il passa beaucoup de temps à l’hôpital public et plus particulièrement aux urgences. Quand on lui demandait ce qu’Il faisait là, Il répondait qu’Il apprenait, dans l'optique d’embrasser une carrière médicale. Le jeune homme devint une curiosité et un médecin songea qu’Il possédait déjà une qualité essentielle : le sang froid. Jamais, Il ne montra le moindre signe de révulsion à la vue des mutilés de la route ou au contact d'autres blessés. C’est dans cette folle ambiance qu’Il découvrit que la souffrance morale, psychologique, était encore plus belle car plus subtile.
 
                                                   * * * * *
Les dernières volutes de fumées  s’échappent du calumet de la paix, en même temps que les derniers espoirs de conciliation. Le capitaine de l’armée des nouveaux habitants n’a pu trouver un terrain d’entente avec la chef amérindienne. Volonté d’expansionnisme contre désir de (sur)vivre. Chaque groupe repart de son côté, l’Appaloosa quittant à regret sa jument à peine retrouvée. Ils n’ont pu échanger que quelques hennissements mais leurs regards ont retrouvé cette intensité sauvage au moment où ils se sont de nouveau mélangés.
Le capitaine était arrivé à pied, tenant la Quater Horse tel un drapeau. Il quitte la scène en chevauchant la jument, comme l’aurait apprécié Poséidon. Les symboles de paix ne vaincront jamais les instincts primitifs.
 
                                                 * * * * *
 
« The Big Teuf of the Year » annonçait fièrement la banderole accrochée à l’entrée de la villa.
Elle était venue avec « des amies », toujours intéressée par la capacité de certains à se rendre malade, et pitoyable, au nom d’une attitude festive établie et codifiée. Les cons ne peuvent s’amuser que s’ils se droguent. Rire aux conneries demande parfois de l’aide et les timides ne trouvent que ce moyen pour oser étaler la leur : alcool et drogues, en général, sont des révélateurs.
Elle était en train de jouer son rôle de pétasse quand Elle le vit. Il était avec un petit groupe, légèrement en retrait. Ce sourire affiché lui rappela son rire. Elle s’approcha de lui, intriguée.

    -          Es-tu, comme moi, un mouton noir dans ce troupeau ?
Le sourire ne disparut pas mais les yeux plissés s’élargirent pour plonger dans les siens.
    -          Pourquoi es-tu noire ? As-tu à ce point envie de te différencier pour exister ? 
Elle sourit à son tour.
     -            I'm alive
                   I'm dead
                   I'm the stranger
                   Oui, je suis l’étrangère. Je cherche le promis.
     -            Que me veux-tu ?
     -            Je te veux, toi.
 
Elle lui proposa alors une expérience qui le changera de toutes ces vulves avinées présentes ici. Pour ceux qui savent la voir, l’évidence évite bien des palabres. Ils s’éclipsèrent.
Elle l’emmena dans son petit loft. Ils firent l’amour sur le canapé. Classiquement : fellation, cunnilingus, levrette, sodomie. Il éjacula et lui demanda où était la louve brune promise. Elle se leva et ouvrit un tiroir d’où Elle prit un gant et de petites pinces électriques. Elle entra ensuite dans la pièce du fond, forcément, et l’invita à la rejoindre.
 
Elle l’attacha dans un entremêlement savant grâce à des cordes fixées au plafond et reliées par un habile système de poulies. Aucun mot n’avait été prononcé depuis la demande. Elle disposa ensuite les petites pinces sur ses tétons, et enfila le gant. Elle commença alors une fellation et lui mis un doigt dans l’anus. Puis deux, trois, avant d’y mettre toute sa main de latex. L’autre main assurait le bondage à l’aide d’une corde pilotant l’ensemble. Le plaisir augmenta de concert avec l’enserrement. Il sombra finalement dans un délire extatique.
 
                                                * * * * *

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