Mon âme ce soir, s'en est enfuie.
Sans prévenir,
Sans crier "Gare !"
Comme on s'en irait prendre un train..
Alors, je me garde de trop y penser, mais...
A bien y réfléchir,
Ce qui fait fuir une Âme en flèche,
D'un rai de trahison
Ou d'un trait adroitement tiré,
N'est rien d'autre... que la trahison elle -même,
qui a fait fuir mon Âme
D'un choix délibéré...
Elle ?
Libérée d'un délit que j'ignore,
Ou fais semblant d'ignorer...
Délits...
Des lits qui portent la poisse,
Des lits poissés de drames,
Quand la peur, seule, t'enlace,
Quand... "Tu T'en lasses ? Hein ? Salope !!!"
Toi.... Qui m'as quittée.
Et moi...
Moi, hors de moi.
Moi, qui discute avec Moi.
Moi qui m'insurge contre Moi.
Moi qui m'ausculte
Et m'inculque
D'occultes médecines...
Mais de signes, jamais...
Mon Âme ce soir, soudain s'en est enfuie.
Et demain je me réveillerai transi
De peur, de froid, d'effroi sûrement.
Face à ce manque, cette désertitude
Apitoyablement affligeante.
Cette étendue, cette immensité,
Tout cette solitude...
De cette cruelle absence divine
Je devine....
Au nord de mon futur
Des glaciers sans reliefs,
Ni massifs, ni bordures...
Mon Âme ces temps-ci
Voulait qu'on l'appelle "Tendresse".
Quelle curieuse coïncidence...
Moi qui au même moment
N'aspirais à rien d'autre
Qu'à me noyer dans des torrents d'Amour
Et de lubricité...
Entre les oreillers
J'ai rayé des prénoms
En ne pensant qu'à Toi,
Et que mon navire s'éloigne
Mouiller dans Ton écluse.
... Tendresse...
Mon sexe se tend, se dresse
Vers Toi, Tendre Déesse
Qui m'as tout pris..
Pour qui je prie, encore, parfois...
Je sais des heures câlines
Sous d'autres parallèles
Où un seul battement d'aile
Suffisait à élever le débat.
Et nos ébats me faisaient
Lever les yeux au Ciel,
Au coeur de cette étrange guerre,
Pour cette étrange lueur
Qu'on s'en allait chercher
Au fond des yeux de l'autre...
Dans la pénombre,
Mon ombre peine
A trouver la lumière...
Alors, j'isolerai du reste du Monde
Cette image satinée de ta peau comme le sable
Cet ultime abandon,
Cet intime naufrage...
J'ai oublié le nom
De ce pays facile
Où d'inoffensives alcôves
S'offraient à nos yeux nus.
Et ton corps, encore,
Que tu me prêtais sans cesse,
Prêtresse de ma mort...
Tels deux Anges unis,
Deux Anges Élus,
De l'angélus jusqu'aux mâtines.
Et toi, mutine,
Butinant au matin
Et mon orgueil,
Et ma fierté
Et ma passion....
Oh... je sais ces heures comblées
Où tu m'emprisonnais...
... Tendresse...
Ce fut d'une tendre herse
Dont tu entouras ma prison.
Mon Âme, ce soir,
S'en est allée.
Et je sais des chemins détrempés,
Peuplés de miroirs sombres
Où des arbres à l'envers
Me cachent au yeux du monde
Ce que j'irai longtemps chercher :
L'exhalaison salée
Des souvenirs perdus.
J'ai trop souvent tenté
(tant est grande l'illusion)
D'occuper tout entier ton espace.
N'est-ce pas cet espace secret
Que tu cachais si mal ?
Qu'un simple courant d'air
M'arrachait de tes gonds ?
Mais qu'importe,
"Pourvu que je m'y perde..."
Car, derrière cette porte
J'irai l'a retrouver enfouie,
Et encore Lumineuse
Comme un morceau de Lune,
Mon Âme enchaînée,
Mon Âme mise à nue,
Mon Âme amadouée,
Même corrompue.
Et dans ce corps rompu,
Ce corps brisé que je traîne,
Ce corps d'à-moitié,
Ce corps que je redoute,
J'irai l'a retrouver, mon Âme....
Alors,
Sans me juger,
Toi, qui m'as quitté,
Acquitte moi, au moins,
Du Doute.