In Libro Veritas

Un taureau dans l'arène

Par christophe colinet

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Table des matières
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VII. Débandade

1. Défaillance
 
  19 mars 2008. Élu sur la liste de Renaud, Serge Babary démissionne. Il ne siégera pas au conseil municipal. Il faut maintenant que la droite tourangelle se recompose, avec un groupe réduit à dix sièges au conseil municipal. Et quelle tête ? Serge Babary, le conseiller général de Tours-Centre, UMP victorieux dimanche, a annoncé sa décision à Renaud Donnedieu de Vabres et Jean Germain. Il devrait être remplacé, dans l’ordre de la liste, par le jeune Stéphane Fradet (Radical valoisien - tendance Borloo). Voilà un pilier de moins dans cette droite désemparée et un coup dur de plus pour Renaud Donnedieu de Vabres, qui veut rester « utile » à son camp. Qu’est-ce que ça veut dire ? Tête de liste ou « ingénieur-conseil » ? Il insiste sur sa volonté de mettre en œuvre des pratiques transparentes pour la sélection des candidats aux prochaines échéances. Mais alors que tout le monde se demande qui assumera le leadership à droite, la réponse n’est pas encore claire.
    Ajoutez-y la déclaration de Philippe Briand : « Renaud prend une circonscription en 1997 à 53 %, qu’il finit par perdre dix ans plus tard. Il doit, lui le premier, tirer les leçons de la défaite… »

    En attendant, on peut lire le fond de la pensée de RDDV sur son blog. Il admet l’échec, mais relativise : « Il faut dire que rien ni personne ne nous a aidés… Le système municipal est puissant. Tout était bien réglé, réparti, orchestré. À l’avance. Il fallait juste un taureau dans l’arène ! Je suis fier et heureux d’avoir mené ce combat, en ayant toujours su que l’architecture des trahisons, des alliances contre nature et du clientélisme ne laissaient que peu d’espoir… » Une diatribe difficile à assumer pour aider la droite locale à se reconstruire.
    En lisant entre les lignes que RDDV va prendre de la distance, pour ne plus « jouer au taureau dans l’arène », sans pour autant quitter la scène locale, préférant parrainer des successeurs choisis dans la transparence.
    On peut comprendre aussi qu’il va déployer de l’énergie pour faire barrage à un Guillaume Peltier, au cas où ce dernier aurait encore envie d’incarner « l’avenir de la droite à Tours », en dépit d’un score beaucoup moins encourageant que celui qu’il avait imaginé.
    Mais voilà : « L’esprit indépendant, donc dangereux » de Renaud Donnedieu de Vabres doit composer avec l’UMP. La dissidence et la révolte, ça n’est pas très diplomatique pour l’ambassadeur chargé de la dimension culturelle de la présidence française de l’Union européenne. En clair : être chargé d’une mission par Nicolas Sarkozy d’un côté et, de l’autre, dénoncer les « copinages » et les « coups de couteau » de la droite tourangelle, c’est chevaleresque, certes, mais risqué.
 
2. Tram gagnant

    19 mars 2008. Il y a les lignes politiques et les lignes de tramway ! En Touraine, c’est cette dernière qui semble séparer les vainqueurs et les perdants. C’est le tram gagnant ! Philippe Briand, le maire de Saint-Cyr, ou Philippe Le Breton, celui de Joué, sont pour : ils sont élus au premier tour ! Jean Germain le porte : il est plébiscité au second tour. La majorité sortante du Conseil général n’en voulait pas, la voilà évacuée par les électeurs. Renaud Donnedieu de Vabres, le plus fervent opposant au projet, s’est pris sinon une veste, du moins un gros gilet.
    En plus, du côté des comptes, le passage à gauche du conseil général permet d’envisager plus sereinement les financements croisés État, région, conseil général, agglo, ville…
    Autant dire que, pendant la campagne, il fallait tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler tram. D’autant que des études ont circulé à droite et à gauche sur la popularité du tram. Et quand bien même certains n’en auraient pas eu connaissance, la consultation des internautes lecteurs de La Nouvelle République, publiée dans ses colonnes le 16 février, ne laissait guère de doutes.
    À la question « Qu’attendez-vous du futur maire concernant le projet de tramway ? », 20 % seulement des internautes répondent « qu’il renonce à équiper Tours d’un tramway ». La grande majorité n’était donc pas fondamentalement hostile, tout juste partagée entre l’envie que le maire « réalise le projet actuel sans rien changer » (37,6 %) et celle qu’il « reprenne le projet de zéro » (42 %).
    Cette dernière expression correspondait, d’ailleurs, à peu de choses près, à celle de RDDV qui aurait aimé atteindre les 42 % aux municipales. Il a pourtant mené son combat en grattant sur la corde sensible du porte-monnaie jusqu’à la dernière minute, avec des tracts sans ambiguïté : « Pensez à votre intérêt : le tramway coûtera 2 000 € par habitant, 10 000 € pour une famille de trois enfants. » À croire que les Tourangeaux ont choisi de prendre le risque de cette dépense, en disant « banco » à Jean Germain.
    Un cas isolé ? Non : à Angers, Bordeaux, Le Mans, Mulhouse ou Reims, le ticket tram a payé aussi.
3. La main tendue
     Le 11 mars, Guillaume Peltier écrit sur son blog : « Les résultats de dimanche soir ont d’abord été marqués par l’échec historique de la droite à Tours. Pendant toute la campagne, j’ai tendu la main à l’ancien ministre de la Culture parce que je savais que seule l’union de toutes les forces de droite pouvait nous permettre de l’emporter. Cette main tendue a été refusée pour de basses raisons de politique politicienne. Dimanche soir, j’ai rappelé que j’étais de droite et que jamais je ne ferai perdre mon camp. Monsieur de Vabres a cru bon, une fois de plus, de refuser toute possibilité d’alliance pour le second tour prouvant ainsi qu’il préférait perdre tout seul que préparer l’avenir avec les 4 000 Tourangeaux qui ont voté pour nous dimanche soir. Considérant que les Tourangeaux sont, seuls, propriétaires de leur suffrage, je ne donne pas de consigne de vote pour le second tour des élections municipales et je laisse mes électeurs libres. Je suis de droite et je me battrai toujours pour faire gagner mon camp. Mais pour faire l’union, je rappelle qu’il faut être deux, et que celui qui la refuse porte ainsi la responsabilité de l’échec... »
 
4. Neuilly-sur-Loire
 
     Blog RDDV, message du 29 mars : « En langage de l’écurie André Laignel, maître en sectarisme universel, évoquer Neuilly-sur-Loire comme l’a fait Jean Germain en clôture du débat contradictoire qu’il a « consenti » à honorer de sa présence entre les deux tours, c’est essayer de me caricaturer et de faire apparaître comme élitiste et non démocratique notre projet. Avant de donner des leçons, il ferait mieux de pratiquer à Tours, notre ville malheureusement trop pauvre, le pluralisme, le respect (...) L’équipe des 10, renforcée par l’ensemble des 55 de la liste et stimulée par l’addition des énergies de très nombreux citoyens de Tours, va briser le mur du silence méprisant, de l’arrogance bonhomme et très sectaire.
   Je croyais d’ailleurs que les « Verts » avaient d’authentiques convictions sur le pluralisme politique et la démocratie de proximité. Puissent-ils se réveiller avant que le système Germain ne leur ait offert trop de petits avantages ! Pour anticiper, et susciter leur curiosité politique, nous leur indiquons la brûlante question du permis de construire à Tours Nord à l’emplacement de l’école normale de jeunes filles, promis aux promoteurs très amis… Nous, nous ne serons pas « debout couchés » ! Mais droits, ardents, libres et indépendants… L’esprit de « Neuilly-sur-Loire » c’est le contraire du sectarisme, de l’opacité, du clanisme, du copinage érigés en système de pouvoir. C’est rassembler l’arc-en-ciel de notre ville. Tourangeaux, je respecte votre choix. Par principe. J’espère que les conséquences de ce troisième mandat ne seront pas trop sévères et cruelles... »
 
5. Pierreux
 

    Samedi 6 avril, le comité départemental de l’UMP d’Indre-et-Loire se réunit chez son chef, Philippe Briand, à Saint-Cyr. Renaud Donnedieu de Vabres annonce qu’il renonce. Plus largement, au-delà de l’échec à Tours, l’UMP est en crise : la droite a perdu la majorité au conseil général. Elle doit faire le ménage. Hervé Novelli, qui a gardé son secrétariat d’État, est candidat à la succession de Philippe Briand.
    L’après-midi même, RDDV écrit sur son blog une sorte de testament : « Ce matin, au comité départemental de l’UMP, à Saint-Cyr sur Loire, la force de liens anciens et finalement très solides a permis d’éviter d’inutiles déchirements.
À quoi bon régler ses comptes de façon prématurée et trop réactive ? Mon compagnonnage avec Philippe Briand remonte à 1978. Il comporte une vraie authenticité, mâtinée d’indépendance et de lucidité. Nous avons su dépasser de vraies querelles, chacun menant la vie politique correspondant à son tempérament et à son éthique personnelle. Aussi étrange que cela puisse apparaître aux observateurs extérieurs, qu’ils soient eux-mêmes élus ou journalistes expérimentés, nous sommes proches, conscients d’être à part, et disons-le avec orgueil, au-delà et au-dessus des médiocrités très banales. J’ai confirmé, de façon très apaisée, que je ne serai pas candidat lors des prochaines législatives et municipales, en ayant la volonté de continuer à être utile à nos concitoyens, à ma ville, à mon pays. Je serai un ‘‘facilitateur’’, ‘‘un ingénieur-conseil’’, d’autant plus libre et indépendant que je ne roule pas pour moi à Tours. Les impatients très nerveux et fébriles ont des tics qui me font sourire et qui traduisent qu’ils ne seront jamais au niveau requis pour sauter la barre… D’autres plus sensibles et intelligents se préparent. Je les aiderai avec une totale sincérité. Et une énergie intacte, dont je ne vais pas m’excuser ! Dans notre réunion consacrée à la reconquête nécessaire après la série d’échecs constatés dans l’ensemble du département, les affrontements non achevés, les rancœurs sous-jacentes et les plaies encore vives se sont en fait estompés derrière la solidité d’une vraie histoire politique commune. Le soldat de base d’aujourd’hui sera le ministre de demain, le parlementaire glorieux, le recalé provisoire, le militant ardent l’espoir du futur… Ainsi se déroule toute carrière politique… Vivre cela de cette manière, avec philosophie et humour, n’est pas un déni de réalisme, un rêve chimérique, une impuissance revancharde.
C’est avoir envie de dire, malgré la dureté de l’échec, que la vie politique n’est médiocre que pour les petits. L’échec permet la renaissance. Il contraint au dépassement de soi. Il est une ascèse. Je repense à une sublime phrase du livre de mon père Vent d’espoir sur la démocratie : ‘‘Occident signifie déclin, mais déclin cyclique qui prépare l’aurore, renvoie le soleil à l’Orient, fonde les renaissances’’ et à ce trait d’humour très utile en politique, notamment à Tours : ‘‘la parabole du semeur ne recommande pas les semailles en terrain pierreux’’… »
 
6. « L’éminence bleue »
 

    Bruno Lavillatte, attaché parlementaire de Philippe Briand et conseiller municipal d’opposition à Tours aux côtés de Renaud Donnedieu de Vabres, m’a envoyé un mail, le 15 avril 2008.
    « Sorti fatigué de la dernière campagne municipale sur Tours. Sorti avec un baluchon d’illusions perdues, presque de regrets, sur le dos. Plein la hotte d’avoir eu à assumer un très difficile et pourtant beau carrefour de sensibilités proches, mais au fond structurellement différentes : d’un côté un pragmatisme élevé au rang de théorie, celui de PHB (Philippe Briand), et de l’autre un idéalisme contraint de se frotter à la réalité, celui de RDDV. Dans les deux cas, une synthèse que je me suis efforcé de rendre vivable. Tenable, selon ses propres conditions de possibilité, aurait dit Kant. »
    Et dans cette campagne surprenante, où les alliances n’en finissent pas de surprendre, Bruno Lavillatte a été pris de doutes sur sa juste place. N’aurait-il pas mieux fait de suivre Jean Germain ?
    « Je n’ai pas voulu par loyauté à RDDV et fidélité à Philippe Briand rejoindre Jean Germain. Point par rejet à l’égard du maire de Tours, certainement pas. Mais si je l’avais fait, j’aurais mis en difficulté PHB auquel on n’aurait pas manqué de faire le reproche de « donner son fidèle parmi les fidèles », l’éminence bleue comme on aime à dire dans le microcosme politique tourangeau, à la mairie en place. C’est le « système qui aurait, à défaut de gagner avant élections, été renforcé » ! J’entends déjà les commentaires. Et si je l’avais fait, j’aurais trahi mes engagements auprès de RDDV, lui qui m’avait donné la chance de me présenter sur sa liste en position éligible et avec lequel les affinités intellectuelles sont réelles. »
    Que reste-t-il aujourd’hui de ce dernier pilier de l’opposition tourangelle ? Un homme déchiré, tiraillé entre raison et loyauté : « Ce que je regrette aujourd’hui, c’est de ne pas pouvoir agir. D’être contraint à une sorte de passivité active. D’exister comme un entre-deux. Ce que je ne regrette pas : avoir tenu mes engagements, avoir fait parfois le grand écart, avoir entendu, écouté, deviné les reproches d’une équipe de campagne qui voyait en moi « l’homme de Briand » à la mairie. Une sorte de préparateur en échéances électorales. Un œil, quoi ! Une oreille. PHB n’a pas besoin de moi pour faire cela. Il est instinctivement politique, alors que RDDV est rationnellement tacticien. Trop, pour ainsi dire. Ce qui me plaisait tenait en cela : assurer et construire à ma modeste manière une espèce de charpente et de pont à la Eiffel entre les deux. Combien de fois ai-je fait l’intermédiaire, adouci des propos, renforcé d’autres, pour équilibrer des points de vue qui formellement ne se ressemblaient pas et qui pourtant, sur le fond, étaient paradoxalement identiques.
      Sans jamais ne rien dire, ni à l’un ni à l’autre. Passeur, voilà un titre que je revendique. Sans octroi, naturellement ! Librement. Je formule pour RDDV qu’il laisse de côté une vision du monde qui se fonde d’avantage sur quelques grilles a priori que sur une réalité telles qu’en elles-mêmes, elles sont. On ne fait pas ployer la réalité à ses désirs, fussent-ils d’altitude. Son intelligence est une force ; elle peut être aussi un obstacle. Il doit retrouver la fluidité de la vie politique, c’est-à-dire être et redevenir l’expression d’une volonté générale et non point le transfert vertical de son propre horizon intellectuel, fut-il généreux, retrouver la mouvance d’une vraie communication, éloignée des artifices et des techniques de com’, et assumer ses choix librement. Personnellement. Je crois sincèrement qu’il aurait dû appliquer les trois fondamentaux du commerce politique : chasser là où son électorat est fort / simplifier le message à l’extrême / ne jamais parler de la concurrence. Trois leçons que PHB m’a données et que je prends à plein cœur, sans savoir si elles me serviront un jour. Sans savoir si demain, elles seront encore valables. Et d’actualité. »

 

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