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Un taureau dans l'arène

Par christophe colinet

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Table des matières
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II. Les autres

1. Guillaume
 
Guillaume Peltier est né le 27 août 1976. Et s’il s’affiche comme l’avenir de la « droite décomplexée » à Tours, il revient en fait de beaucoup plus loin. Le numéro deux du Mouvement pour la France de Philippe de Villiers (secrétaire général, porte-parole et membre du bureau national) a « erré » un temps à l’extrême-droite avant de se refaire une virginité en Touraine.
    Brillant garçon : khâgne puis Sorbonne, il devient professeur d’histoire-géographie en septembre 1999 en même temps qu’il s’engage au Front National. Il n’a pas encore vingt ans lorsqu’il devient l’adjoint de Samuel Maréchal, directeur national du Front National de la jeunesse. Il fonde à la même époque l’association Jeunesse Action Chrétienté, un mouvement catholique qui se mobilise contre le PACS, l’IVG, l’euthanasie, la pilule du lendemain et la contraception à l’école.

    Quand Bruno Mégret décide d’aller vivre sa vie loin de Jean-Marie Le Pen, Guillaume Peltier le suit et lance l’organisation de la jeunesse du MNR (MNJ).
    Il est tenté un temps par Charles Millon, mais rencontre Guillaume de Villiers, fils de Philippe, et rejoint le MPF en 2001, se met en congé de l’Éducation nationale et devient permanent du MPF.

    Sa première expérience du suffrage universel direct n’est pas extraordinaire : aux législatives de 2002, il est tête de liste MPF dans la 6e circonscription de la Marne où il obtient à peine 3 % des suffrages exprimés.
    Il vire au Sud-Ouest, direction la Touraine, secrétaire général du MPF dès 2003 et directeur de la campagne de Philippe de Villiers pour les européennes de 2004 ainsi qu’au référendum de 2005, et porte-parole de la campagne présidentielle de Philippe de Villiers.
    Aux Européennes, il est par ailleurs tête de liste MPF dans la circonscription interrégionale Massif central-Centre (Auvergne, Centre et Limousin), où un 6,62 % des voix, ne lui permet pas d’être élu au Parlement européen. Mais il découvre Tours.
    Sa recette ? Il aurait réussi à recycler au MPF beaucoup de rescapés du FN et du MNR. Le tout avec un réel talent pour la communication. D’abord, son physique de gendre idéal plaît et il est brillant sur les plateaux de télé. Surtout, il a un vrai sens du marketing politique et la fameuse formule « Villiers, le candidat de la vraie droite » fait mouche. Tant et si bien qu’il l’utilisera à Tours : « Peltier, le candidat de la vraie droite ». Idéologiquement, il « muscle » le discours de de Villiers sur un socle rude : contre l’islamisation, les 35 heures, le mariage homosexuel, les allocations aux sans-papiers…
    Fort de cette équation personnelle, il obtient - s’accorde - une carte blanche pour un ancrage local qui doit servir d’expérience à toute la droite : si un homme tel que lui réussit à s’installer dans une ville moyenne plutôt centriste en faisant la synthèse à droite, l’UMP en tirera des leçons : il se dit alors qu’il est en charge des négociations avec Brice Hortefeux pour les accords UMP/MPF (Libé du 19/09/07).
    Le 29 novembre 2006, Philippe de Villiers arrive à Tours. Son loyal numéro deux et porte-parole national de sa campagne, Guillaume Peltier, l’accueille. C’est la seconde visite du leader du MPF en moins de six mois. Pourquoi ? « Parce que Tours, c’est saint Martin, le berceau de la France, et qu’il y a Guillaume qui fera un jour un très bon maire de Tours », déclarait Philippe de Villiers.
En Touraine à cette époque, le MPF qui compte déjà 440 encartés vient d’enregistrer près d’une centaine d’adhésions. Pour les présidentielles, Philippe de Villiers a reçu le soutien de six maires d’Indre-et-Loire.
    En avril 2007, Guillaume Peltier a toujours le sourire. Depuis un an et demi, il a fait 165 réunions publiques en France, parcouru plusieurs milliers de kilomètres, vu 30 à 40 000 personnes, recueilli beaucoup de témoignages. Son discours, comme celui de son chef, est rôdé : « Le patriotisme plutôt que le socialisme, l’autorité plutôt que le laxisme, la page de mai 68 est tournée ».
    Mi-mai, le Mouvement pour la France présente Guillaume Peltier sur la première circonscription. Le MPF a obtenu 10 500 voix (3,1 %) dans le département au premier tour de la présidentielle. Guillaume Peltier annonce la couleur : dans la foulée des législatives, il se lancera dans la campagne municipale sur Tours, où il espère bien dépasser les 5 % en incarnant « droite populaire », par opposition à une « droite des paillettes ».
    Début juin, il enfonce le clou : « RDDV, c’est une droite un peu molle. Guillaume Peltier, c’est le Sarkozy de Tours. Les attaques régulières dont je suis victime à droite montrent que je les dérange, que j’ai le vent en poupe. De toute façon, cette campagne est pour moi un marchepied aux municipales. » Certes, Le Mouvement pour la France de Philippe de Villiers n’a fait « que » 2 % au premier tour des présidentielles, mais Guillaume Peltier mène une campagne particulièrement offensive : campagne de « phoning » auprès d’électeurs pour leur faire savoir qu’il est le seul candidat vraiment de droite.
     Mais c’est dans la ligne du message de ses affiches, dont les collages intempestifs font aussi polémique : une plainte a été déposée, par l’entourage de RDDV, pour affichage sauvage. Guillaume Peltier qui juge cette plainte « pathétique » et qui assume d’ailleurs complètement ces affichages et ce phoning, veut rester dans la ligne d’une campagne « décomplexée ». Son objectif : passer la barre des 5 %.
 
2. Philippe

      Depuis le 27 juin 2007, c’est le questeur de l’Assemblée nationale. C’est le patron de l’UMP en Indre-et-Loire, dont il est président départemental. Mais avant tout, c’est un parcours hors normes.
    Le maire de Saint-Cyr a accumulé les succès professionnels et politiques. Rusé renard pour les uns, bateleur de foire pour les autres, qui Philippe Briand est-il vraiment ? Golden boy, en langage boursier, signifie « faiseur d’or ». Le terme s’applique à ces jeunes financiers de la City qui savent obtenir le meilleur rendement pour un investissement. C’est probablement, avec une capacité de travail impressionnante, la qualité première de Philippe Briand.
    Il est à la tête d’une fortue personnelle et d’un empire construits dans l’immobilier et l’assurance. En politique, il a atteint les sommets : l’élu local a été appelé à devenir ministre de la République - beaucoup en rêvent - un court instant, certes.
    Rien ne laissait imaginer à sa naissance, le 26 octobre 1960, que le petit dernier des Briand, fils de petits commerçants, connaîtrait un tel parcours. Sa mère, Madeleine, était coiffeuse en haut de la Tranchée.
Son père, Henri, était grossiste en fruits et légumes. « Un couple heureux », résume Philippe Briand, mais un bonheur qui s’envole ce jour de 1983 où ses parents se tuent dans un accident de voiture. Il a 23 ans.
    Il a déjà rencontré celle qui deviendra son épouse, Catherine, en 1981, année de son service militaire, aspirant dans les commandos paras de l’armée de l’air. Ça fait partie de ces expériences qui le transforment. Comme sa rencontre avec sœur Marie-du-Perpétuel-Secours, une de ses enseignantes à l’institution Sainte-Marguerite à Tours. Il doit à celle qu’il surnomme SOS de lui avoir « inculqué l’intelligence ». Le jeune Philippe s’ouvre au savoir, se charge de bagages : bac technique en gestion, puis l’IUT techniques de commercialisation à Tours, avec son « poteau de toujours », Christophe Bouhour, ami dans la vie et associé dans les affaires. C’est avec lui qu’il va faire fortune dans l’immobilier.
    Et en politique ? Le Général est son idéal, et le cabinet d’André Voisin son école. Dans cet univers gaulliste, c’est Jacques Chirac qui l’aide à gravir les marches depuis la mairie de Saint-Cyr jusqu’au secrétariat d’État à l’Aménagement du territoire.
    Comment Philippe Briand a-t-il réussi un tel parcours ? Dans la classe politique, les superlatifs ne manquent pas, à droite comme à gauche. « Fraîcheur en politique », pour Marc Pommereau (droite), « garçon dynamique, qui aime les gens » pour Yves Dauge (PS), « homme tonique » pour Jean Germain (PS).
    C’est en l’entendant raconter des histoires que l’on comprend d’où il tire sa force.
Philippe Briand sait écouter, s’imprégner de l’autre. « J’aime les gens », confie-t-il. Ce qui ne l’empêche pas le moment venu de trancher sans faiblesse, quitte à se faire des ennemis auprès desquels il n’hésite pas à exercer une puissante force de dissuasion. Il le reconnaît lui-même, c’est son défaut : « Je suis rancunier et je paie toujours mes dettes. » Il a même une devise qui relègue la loi du talion au rayon des gentillesses : « Pour un œil les deux et pour une dent toute la gueule… » (généralement attribuée à Lénine, cette terrible formule fut imprimée en 1934 dans les colonnes de L’Humanité sous la plume de son rédacteur en chef d’alors, Vaillant-Couturier, par ailleurs membre du comité central du PCF).
    Philippe Briand est encarté au RPR dès 1977. Il entre au conseil municipal de Saint-Cyr en 1983, en devient adjoint en 1985 et maire en 1989. Il est élu conseiller régional en 1990 et député en 1993.
    D’où Philippe Briand tire-t-il sa vocation d’homme politique ? « Un jour, j’ai vu mon père saluer Bernard Chautemps, l’adjoint au maire. En voyant le respect dans son salut, je me suis dit qu’il faudrait qu’un jour je devienne adjoint au maire. »
Mais pour faire du jeune gestionnaire un homme politique, il faut un maître d’apprentissage. C’est André Voisin, le « président » qui va s’en charger. L’ancien « patron historique du département » jusque dans les années 80 (président du conseil général d’Indre-et-Loire, député RPR de la 4e circonscription) va forger sa carrière comme celle de la plupart des collaborateurs de son cabinet. « À la mort de mes parents, il m’adopte, raconte Philippe Briand. Je ne connaissais rien aux institutions.
Il me forme. C’était un homme d’une stature incroyable. Chez Voisin, il y avait du De Gaulle. Il nous a appris à ne pas être médiocres, à refaire les discours huit fois de suite. Il a fait de nous des mecs debout… ». Qui ça « nous » ? Le cabinet de Voisin, où l’on retrouve, outre Philippe Briand, Jean-Gérard Paumier, Pascal Rivet (devenu secrétaire général de la CCI) ou encore Jean-Louis Sureau (directeur de la Fondation de France). Un vrai « clan Voisin » qui se retrouve invariablement, rituellement, une fois par an en été « pour bouffer, mais pas seulement ».
    Jacques Chirac, c’est la troisième rencontre de sa vie. Beaucoup de choses se jouent entre les deux hommes, encore aujourd’hui. En 1992, Jacques Chirac est en Touraine, Philippe Briand s’exprime devant lui et usant de son plus grand talent : l’art de raconter des histoires et d’imiter les personnages. Qui imite-t-il ? Jacques Chirac !
    C’est Chirac, explique Philippe Briand, qui lui demande de se présenter aux législatives de 1993, alors que Renaud Donnedieu de Vabres est candidat. Le scénario est catastrophique. Juppé lui retire l’investiture RPR, Philippe Briand se maintient. Dans ces primaires fratricides, RDDV se retire avant le premier tour.
    RDDV lui en veut-il ? Un an avant les municipales de 2008, RDDV confiait, à propos de Philippe Briand : « Il faudra qu’on se rencontre pour préparer ça. Il faut que je sache, quand je bouge une pierre à Tours, s’il n’est pas derrière… » La boutade faisait sourire Philippe Briand. Le maire de Saint-Cyr n’a jamais caché sa sympathie pour Jean Germain : « On a réussi à bâtir l’agglo de manière équilibrée parce qu’il n’a pas été hégémonique et con.
Si on répartissait les sièges au poids démographique, c’était dix sièges pour Tours et un seul pour Saint-Cyr. Il a accepté une représentation aux nombres de conseillers, ça a donné cinq/trois… » Philippe Briand n’a évidemment rien contre son « ami » RDDV. Ce dernier peut-il compter sur son soutien dans la course au fauteuil de maire de Tours ? Philippe Briand a une réponse en forme de conseil, ou de constat : « Nous sommes ici en terres radicales. Pour prendre Tours, il faut être un Royer… ».
    Les bonnes affaires de Philippe Briand naissent de l’adversité : à la mort de ses parents, il hérite : 300 000 F qu’il investit dans des studios. Il s’intéresse à l’immobilier, connaît quelques déboires avec un associé nazillon qui lui vaut une cabale en fascisme. « C’était dégueulasse, commente-t-il, j’en ai été la première victime. »
    Dans les années quatre-vingt-dix avec son « poteau de toujours », il crée le cabinet Bouhour-Briand. L’affaire va prospérer. À tel point que le cabinet assure aujourd’hui 1 200 restaurants Mac Donald, toute la chaîne Quick, les Hippopotamus, des concessions automobiles et deux entreprises cotées. Affaires immobilières aussi. Philippe Briand « industrialise le dispositif » dans le domaine de la gestion de biens avec Citya, qui ne pèse pas loin de mille salariés en France (40 à Tours), 70 millions d’euros de chiffre d’affaires (dont quatre millions d’euros à Tours). « Une location tous les quarts d’heure, une transaction toutes les 90 minutes », résume Philippe Briand.
    Le succès dans le business, une des clés qui permettent de comprendre le phénomène Philippe Briand. L’argent qu’il gagne lui permet de se payer cette liberté de ton qui le sert en politique.
Sa carrière, il le sait, est liée à son indépendance financière. C’est une des grilles d’analyse de sa démission au poste de secrétaire d’État à l’Aménagement du territoire du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, en avril 2004, au bout de quinze jours. Motif : incompatibilité juridique entre son statut ministériel et sa fonction de directeur d’un cabinet d’assurances et de président d’un groupe de gestion immobilière.
    Pour se maintenir, Philippe Briand aurait dû quitter ses affaires, passer au second plan, être largement imposé sur la fortune, perdre sa place, un outil de production dont il avait « industrialisé le dispositif », et donc sa belle indépendance. Être obligé de devoir se concevoir un avenir en professionnel de la politique, ou une planque de haut fonctionnaire, quand on est fils de petits commerçants, ça ne fait pas forcément rêver. Et puis il ne se voyait pas expliquer à ses collaborateurs qu’il allait devoir les lâcher alors que beaucoup étaient venus pour lui...
    Ceux qui l’aiment ne tarissent pas d’éloges et ceux qui le détestent ont la dent dure. Que disent-ils ? « Quand il a une idée, il faut qu’elle s’impose aux autres… ».
    Quoi d’autre ? « Autoritaire, il est prêt à tout faire pour obtenir ce qu’il veut. Les gens n’ont qu’à bien se tenir, car la fin justifie les moyens. ». Mais attention, ça n’est pas si simple, il y a la méthode : « Il peut être très cassant, mais il faut lui reconnaître une chose : il sait y faire pour convaincre, il est capable de discuter avec tout le monde. Il serait même capable de discuter avec le diable. Dans ces cas-là, il s’adapte à son interlocuteur avec beaucoup de talent.
Il aurait pu faire une très belle carrière de comédien… » Les autres sons de cloche jouent à l’unisson : « calculateur », « séducteur », « populiste », « grand manipulateur »…
    Mais il est vrai, l’exercice est injuste : on fait ici un portrait de Philippe Briand à visage découvert tandis que ses opposants - on n’osera pas écrire ses ennemis - ne s’expriment qu’avec un masque sur la figure.
    Quand on leur demande des déclarations officielles, ils se taisent. Pourquoi ? Parce qu’ils ont peur. De quoi ? Après tout, le maire, le député ou le secrétaire d’État, même à la quinzaine, ne sont que des élus qui peuvent, au gré des courants d’opinion, surfer ou plonger, nager ou se noyer. Quant au patron, tout salarié se sentant opprimé peut rompre son contrat ou aller aux prud’hommes. Mais non, Philippe Briand en impose, fait peur, et ce ne sont pas ses mandats ou ses fonctions qui suffisent à expliquer le phénomène. Ce qui compte est ailleurs. C’est dans la façon d’être un « mec debout » comme il l’a appris à l’école du président Voisin.
Le « mec debout », cela n’est pas seulement celui qui se dresse : c’est aussi celui qui ne s’incline pas. Quand il doit défendre ses intérêts, Philippe Briand sait rester inflexible. Sur des terres - des fiefs pourrait-on dire - marquées par mille ans d’histoire des rois de France et de franc-maçonnerie, l’exercice prend tout son sens. Celui qui reste debout quand tout le monde fait la courbette apparaît instinctivement comme l’homme qui commande. C’est peut-être pour cela aussi que Philippe Briand aspire davantage au pouvoir local qu’à celui des maroquins parisiens. Sous d’autres cieux, les vents sont plus rudes.
Ils peuvent même, parfois, pousser les plus raides à s’incliner.
    Aujourd’hui, Philippe Briand est le patron du quatrième administrateur de biens en France. Ce bijou n’appartient à aucun groupe. Alors que les trois autres ont été intégrés à des banques qui marient la vente de biens à celle de financements, il résiste aux sirènes.
    En politique, Philippe Briand, fidèle chiraquien, a trouvé sa place dans la majorité présidentielle sarkoziste. Là, il y avait du travail : quand le Nicolas Sarkozy roulait pour Balladur, Philippe Briand a eu droit à un de ces numéros dignes des guignols de l’info : « Mais ça n’est pas très sérieux, cher Philippe Briand, de soutenir Monsieur Chirac. Édouard Balladur fera un très bon président pour notre pays. Et puis il y a tellement de fonctionnaires de l’administration fiscale qui ne demandent qu’à s’intéresser à vous... »
    Depuis, Philippe Briand aura eu droit à la reconnaissance chiraquienne, puis à un cadre supérieur de l’administration fiscale dédié exclusivement à la surveillance de son entreprise...
    Quand on est questeur à l’Assemblée nationale, ça doit être assez plaisant ! Surtout quand au final, on a fini par rouler efficacement pour Sarko et que, cerise sur le gâteau, on a contribué à alimenter l’UMP en nouveaux adhérents. Bref, de quoi donner envie de passer le reste de sa vie encore longue à siroter des cocktails sur une plage de Floride.
 
3. Et pour le reste de la distribution

Voilà les stars de cette aventure. Mais il ne faut surtout pas oublier les seconds rôles, ceux qui, sans apparaître sous les projecteurs du devant de la scène de ces municipales de 2008, traversent le champ de temps en temps, où même restent dans l’ombre, juste pour glisser quelques tirades.
    Jean-Patrick Gille, c’est l’homme qu’on ne voit pas venir. Militant, philosophe, idéaliste... Premier adjoint de Jean Germain tout de même, mais bourré d’incertitudes. Il ne doute que de lui-même jusqu’à ce jour béni où il bat RDDV pour devenir député socialiste d’Indre-et-Loire à Tours, une configuration historique. Le dernier socialiste à avoir occupé ce poste n’est autre que Jean Meunier, grand résistant fondateur de la Nouvelle République, le quotidien régional.
    Marc Pommereau, sorte de José Bové de la droite tourangelle. Moustaches de Gaulois, formation trotskyste... Maire de Vallères, charmante bourgade du Ridellois, près de Chinon, depuis 1995, conseiller général depuis 1997, il est tombé en politique un peu par hasard, non-inscrit, et s’est retrouvé propulsé en 2001 à la tête du conseil général d’Indre-et-Loire sans que quelqu’un semble avoir pris la peine de lui demander son avis. Le prof de mathématiques n’a pas calculé grand-chose. Ce frère du Grand Orient aura eu le mérite de payer de sa personne pour démontrer que les dessins du grand architecte, « c’est vraiment des conneries »... D’où l’annonce de sa retraite avant même que la campagne ne soit ouverte.
    Colette Girard, ténor de l’UDF, compagnon de route de RDDV au conseil régional dans cette terrible élection de 1998 où un morceau de la droite n’était pas hostile à la signature d’un pacte avec le FN pour prendre le pouvoir.
    Elle et lui refusent courageusement l’infamie. Mais plus tard, lui (Renaud) jouera la fusion des centristes dans l’UMP. Elle (Colette), ne le lui pardonnera pas et rejoindra, à Tours, le socialiste Jean Germain.
    Alain Devineau. Leader de l’UDF lui aussi, et compagnon de route de Colette Girard. L’homme poussé par le tramway pour Tours depuis un quart de siècle en a défendu loyalement le projet sous Jean Royer, dont il fut adjoint es-compétence de 1989 à 1995, quittant son maire qui n’en voulait plus épouser la cause. Lui aussi file aux côtés de Jean Germain en 2008. Ce qui vaudra à Alain Devineau comme à Colette Girard de se faire suspendre du MoDem. Ce qui donnera à Jean Germain entre 3 et 5 % de voix aux municipales.
    François Lafourcade. Le Vert qui se compte. Devant une plate-forme politique et programmatique de Jean germain qui se recentre, le Vert Lafourcade veut exister dans cet espace libéré à gauche et il y parvient. Roulant seul au premier tour, il capitalise un électorat bobo-écolo-altermondialiste non négligeable qu’il orientera au second tour vers Jean Germain. Gagnant au passage quelques engagements sur des dossiers et un poste d’adjoint.
    Robert Sabourin. Intellectuel limonadier récurrent. Et trop bavard. Pigiste à Nice-Matin dans une vie antérieure, le patron du bistrot Le Helder a gardé du goût pour l’info... et l’intox. On peut le lire facilement dans la presse nationale qui débarque en Touraine pour comprendre l’exception tourangelle et ses réseaux de francs-maçons beaucoup plus efficaces et purs qu’à Paris. Comme il est le seul frangin à s’afficher comme tel et qu’il en sait un peu long sur son obédience et les autres, le patron est pour les journalistes de passage un bon client.
    Il joue tant et si bien de ses réseaux et de sa transversalité entre les obédiences qu’il apparaît dans le comité de soutien de Jean Germain aux municipales à Tours tout en roulant pour Guillaume Peltier, qu’il conseille finement, aux cantonales sur les Rives du Cher...
    Bruno Lavillatte est à la croisée des chemins. Né en 1959 à Blois, philosophe, historien, sociologue... il est maître de conférences à l’Institut Pétrarque de Milan et auteur de nombreuses publications tant en Italie qu’en France. Conseiller municipal d’opposition à Tours aux côtés de RDDV et attaché parlementaire du député Philippe Briand, l’homme est réputé être la voix de l’un chez l’autre... et vice versa. Une situation bipolaire qui le place au beau milieu de beaucoup de non-dits et de secrets. Celui qu’on appelle « l’éminence bleue » s’est toujours obligé au silence. Il se dévoile enfin.
    Jacques Petitjean. Si vous aimez les films de Claude Lelouch, vous l’avez aperçu sans même vous en rendre compte. Cet ami de toutes les stars, ancien grand pourvoyeur de fonds événementiels dispose d’un agenda gros comme un « who’s who ». Mais il est peuple plus que people. On le soupçonne d’avoir été curieux sinon séduit par Jean-Louis Tixier-Vignancour, dont Jean-Marie Le Pen est directeur de campagne en 1965. Ou par le candidat à la présidence de la République Française en 1974, Jean Royer, alors ministre de Pierre Messmer, député et maire de Tours de 1959 à 1995.
    Ancien colistier de RDDV en 2001, Jacques Petitjean marche pour Jean Germain en 2008. Élu le 16 mars, comme garant d’une victoire écrasante, puisque dernier dans l’ordre de la liste, il se retrouve à siéger au conseil municipal de Tours juste à côté du premier élu de l’opposition dans l’ordre alphabétique : Renaud Donnedieu de Vabres. Doyen de la majorité, il prononce le 21 mars 2008 lors de la première séance du nouveau conseil un discours qui va faire causer à Tours.
    Jacques et Olivier Saint-Cricq. Patrons de presse de père en fils, dans le sillon de Jean Meunier, grand résistant, député-maire socialiste de Tours à la libération et fondateur de la Nouvelle République du Centre-Ouest, père de Mireille, devenue épouse de Jacques Saint-Cricq, père d’Olivier, successeur légitime et actuel dirigeant du titre.
    Jacques Saint-Cricq réservera au jeune RDDV qui débarque à Tours en préfectorale le meilleur accueil. Olivier hérite, entre autres particularités d’entreprises plus ou moins faciles à assumer, de cette proximité. Il doit apprendre à la gérer pour asseoir sa propre légitimité. Pas simple avec une rédaction réputée, comme partout, être à gauche. Mais on dit aussi que les grands patrons de presse régionale sont conservateurs...
    Serge Babary, né le 16 Juillet 1946 à Tours. Chef d’entreprise, ancien adjoint de Jean Royer de 1989 à 1995, puis conseiller municipal d’opposition de 1995 à 2001, il est un des seuls « vieux de la vieille » de la droite tourangelle à repartir au combat sur la liste de RDDV. À peine élu, il démissionne. Et s’en explique dans un communiqué ravageur : « La liste municipale de RDDV ne peut prétendre qu’à dix élus et se trouve bloquée dans l’opposition pour les six prochaines années, son leader souhaitant rester dans cette position. Cette situation ne me semble pas porteuse de renouvellement et ne marque aucune rupture avec les pratiques politiques qui ont entraîné des échecs successifs. »
    Pascal Ménage, né le 21 mai 1960, médecin neurologue, élu suppléant de Renaud Donnedieu de Vabres le 16 juin 2002, il devient député le 1er mai 2004 suite à l’entrée au gouvernement de RDDV.
    Enfin, ne pas oublier Hervé Novelli. Né le 6 mars 1949, le secrétaire d’État chargé du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et moyennes entreprises, du Tourisme et des Services, dans le gouvernement de François Fillon est aussi le patron d’une entreprise tourangelle de vingt salariés, spécialisée dans la fabrication de prothèses, à Richelieu.
    Il a en commun avec Guillaume Peltier des débuts politiques très à droite. Dans les années soixante il est à Occident, avec Alain Madelin, puis à l’Ordre nouveau, au Front National et au Parti des Forces Nouvelles dans les années soixante-dix. Années quatre-vingt, tandis que la gauche prend le pouvoir en France, il rejoint le Centre national des indépendants et paysans, puis l’UDF et son ami Alain Madelin dont il sera le chef de cabinet. À la fin des années quatre-vingt-dix, il est, comme Renaud Donnedieu de Vabres, aux premières loges des règlements de comptes entre Alain Madelin et François Léotard.
 

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