Al
Un putain de soleil me crame le dos, souffle ce putain de vent, une putain derrière avec son putain de mioche qui braille, une putain de baraque pour putains de bourges, un putain de jardin et ses putains de haies taillées, ses thuyas carrés, ses géraniums en train de crever...
Un clebard tricolore leur pisse dessus !! Histoire d'arroser cette putain de journée ?
– Pourquoi tu dis des trucs méchants, monsieur ? Je ne fais que marquer mon territoire !
– Hein ? ? ?
Je me retourne. Y’a personne.
Je reviens devant moi. Toujours personne.
A mes pieds, évidemment personne.
On se calme. C’est qu’une grosse hallucination auditive. Si si !... J’ai cru que le bâtard tricolore dans le jardin que je matais a parlé dans ma tête. Je vais rentrer chez moi, m'enfiler un kawa, lézarder sur le transat et oublier le clebs ! V’là qu'il me fixe avec ses yeux de basset battu...
– T'es qui monsieur ?
En voilà une bonne question.
– Albert Dupont, conseiller financier à la Poste, bac économique +3. Et toi ?
– Ariane Foxfinder, muse canine de Val, avec un renard, 3 lapins et 5 paires de chaussures à son actif. Tu vois, mon nom est aussi long que le tien !
– Que ?? Je suis fou de t'avoir répondu, chien !
– Chienne, merci. Je pourrais te montrer mon ventre pour te le prouver, mais je te connais trop peu, question de confiance, Albert Dupont, conseiller financier à la Poste, bac économique +3. Dis, je peux t'appeller juste Al ? Ça m'évitera de penser pour ne rien dire.
– Non ! ! ! Je... je rêve, je suis malade... Hey, mais c'est génial ! Je vais voir mon médecin, il va me coller un arrêt maladie d'au moins une semaine !
– De quoi creuser le trou de la sécu ?
Qui a parlé ? Je me retourne...il y a quelqu’un ! Une jeune femme aux cheveux interminables, de brun vêtue, apparue dans mon dos ! Au secours !
– Que tchi ! Rien de magique là dedans. Moi, c'est Val, enchantée. Disons plutôt : enchanteuse à temps partiel. Vous venez prendre un café avec ma muse et moi ?
– Nooooonnn ! ! Jamais !
– Même un cappucino, 3 cm de mousse, avec des boudoirs à tremper ?
– Vous me prenez par les sentiments ! Vous devriez avoir honte !
– J'étais télévendeuse dans ma vie antérieure, vous savez... Je pourrais vous refourguer un mauvais roman, un téléphone portable ou un double vitrage de force. Mais je préfère vous offrir un cappucino, d’ailleurs, j’ai une formule pour empêcher les biscuits de se casser au fond de la tasse.
– Haaaa !!! Mon rêve ! Hum... De... D'accord. Je... je vous suis.
L'étrange Val habite une petite maison meublée de bois clair, aux murs jaunes–orangés et bas de papier vert. C'est moche, plein de couleurs pâles et bourré de petites figurines en forme de fées, de licornes, de dragons et d'autres trucs craignos. Elle m'installe à une petite table de salon et me sert exactement ce que je souhaite. Son clebs se pose à mes pieds, même regard que ces connards de mendiants roumains, pour m'extorquer un bout de biscuit. Je fixe tour à tour le chien, la femme, puis demande :
– Pourquoi faites vous cela ?
– Parce que je suis heureuse.
– Vous me répondez à côté de la plaque !
– Je n'ai rien d’autre à faire que le bonheur autour de moi. Vaste programme, vous savez. Vous pourriez arrêter de penser à vos crédits immobilier et autres abattements fiscaux 5 secondes ? Cela vous ferait du bien.
– Vous me faites peur ! Restez loin de mes pensées !
– Si vous avez peur, parlons–en !
– Je dois placer le contrat de mon client demain et revoir le... mais qu’est–ce qui me prend de vous raconter ma vie ?
– On est dimanche, vous savez ?
– Mauvais rendement, j'aurais pas de prime, le crédit de ma bagnole va tomber et...
– Chuuuuuuuut... caaaaalmez–vouuuus...
– Euuuh... Ouais... Votre cappucino est délicieux, mais vous et votre chien, trop bizarres. Je rentre faire une bonne sieste, hein, ne m'en veuillez pas.
– Je ne vous en veux pas. Ariane non plus.
J'ai fui cette maison de fous aussi vite que possible. Mes murs blancs ! Ma déco de verre et plastique ! Ma télé ! Et ma voiture, chère voiture ! Que c'est bon de retrouver la rationalité et l'ordre ! Sur ce, une petite sieste me fera du bien. Avant, je vais noter tout ce que je dois faire pour mes clients demain, sur un post–it.
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