LA PUCE ET LE CHIEN
Il était une fois…
… une puce et un chien. La puce s’ennuyait très fort. Le chien, lui, vivait son bonhomme de chemin.
Comme tous les jours de la semaine, comme tous les jours de sa vie de chien depuis qu’il vivait dans cette maison – c’est–à–dire depuis tout petit, autant dire depuis toujours – il faisait sa balade matinale. On le voyait, perché sur ses longues pattes, prendre le chemin de la stabulation où des vaches finissaient de passer leur nuit. De la stabulation, il passait derrière le pâté de vieilles maisons… si vieilles qu’elles faisaient mine de vouloir s’écrouler.
Et pourtant… Quel lieu formidable pour les chats et les chiens du voisinage ! Ils aimaient à s’y rendre tant les odeurs multiples et variées éveillaient en eux des images de plaisir. Mais de tout cela, on en reparlera plus tard. Peut–être. Ou un autre jour. Sans doute.
De ces vieilles maisons il prenait le chemin conduisant tout droit au lac. « Le Lac » où une multitude de canards ou d’oiseaux – selon la saison – allaient se rafraîchir et trouver refuge. Il y relevait même quelques bonnes odeurs de pieds de biche.
Mais là aussi, une autre histoire s’écrira.
L’histoire qui nous intéresse, ici, est celle de la puce et du chien. De la Puce qui rencontre le Chien perché sur ses hautes pattes.
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Donc, comme tous les matins,
Tchi Clamp... Tchi Clamp... Tchi Clamp !…
le chien, juché sur ses hautes pattes s’en allait balançant son grand corps de gauche à droite, de droite à gauche et ses grandes oreilles pendantes claquaient sur ses bajoues
Pling Plong... Pling Plong... Pling Plong !…
En ce temps–là, le Chien ne portait sur lui que son poil gris pour lui tenir compagnie… et chaud en hiver.
Un jour, plus exactement un matin, son chemin croisa celui d’une puce. Une puce toute petite. Toute noire. Elle montrait une maigreur sans pareille tant elle mourait de faim. Quand elle vit le chien passer devant elle,
Tchi Clamp... Tchi Clamp... Tchi Clamp !…
faisaient ses grandes pattes battant le sol
Pling Plong... Pling Plong... Pling Plong !…
Répondaient ses grandes oreilles tombantes battant ses joues.
Elle se dit :
« comme il serait bon d’aller avec lui ! »
et HOP !…
de toutes ses forces, elle saute dans l’espoir de se poser sur l’une de ses pattes. Il en comptait quatre !
… mais le chien se trouvait déjà loin. Pensez–vous ! avec ses grandes perches il propulsait son corps des mètres plus loin en bien peu de temps. Sans modifier sa cadence. Sans désirer éviter la puce. Invisible pour lui. Rien ne lui convenait mieux que cet adage : « il allait de son pas de sénateur ».
Alors la puce voulut le rattraper. Elle fit de grands bonds.
HOP !… HOP !… HOP !…
Mais rien n’y fit. Elle ne s’en trouva que plus fatiguée. Voilà tout.
Fatiguée. Epuisée. Lasse et encore plus affamée que jamais, elle se mit au bord du chemin. Au moins, l’herbe lui apporterait quelque fraîcheur !
Mais elle craignit de s’alanguir, de s’endormir. Il lui fallait réfléchir. Il lui fallait trouver une solution. Rester sur ce chemin si inconfortable où il y faisait trop chaud… pire, un accident est si vite arrivé ! On pouvait bien l’écraser, sans même savoir qu’elle existait.
Elle décida de grimper sur une herbe, la plus haute. Ainsi, elle pourrait voir arriver le chien.
Sûr, la voilà la solution ! Plutôt que de lui courir après sans jamais parvenir à le rattraper, attendre un nouveau passage s’avèrerait plus judicieux. Il empruntait plusieurs fois par jour ce chemin, sans même se soucier de rien.
Comme il faisait chaud, très chaud, la puce se plaça sous le brin d’herbe. Elle se laissa balancer. Un coup à gauche, puis à droite… droite puis gauche… Doux balancements propices à l’endormissement. D’ailleurs, ne s’était–elle pas assoupie un instant ?
Tout à coup elle entend :
Tchi Clamp... Tchi Clamp... Tchi Clamp !…
Pling Plong... Pling Plong... Pling Plong !…Elle se tient prête…
Quand une masse imposante arriva à son niveau. Une odeur alléchante envahit tout son environnement. Elle ne réfléchit plus
et HOP !…
saute sur le dos du chien. Elle dut s’accrocher fermement. Tout tanguait terriblement. Cent fois plus, mille fois plus que sur le brin d’herbe ! Mais une fois bien enfouie dans les poils, tout se métamorphosa en un pur délice.
Si l’on écoute les rumeurs, elle trouva le dodelinement si réconfortant qu’elle s’endormit. Tout simplement.
Et c’est depuis, que sur le dos des chiens on trouve une Puce…
… une puce et son caca noir.
Elle dévoile ainsi sa présence. Aussitôt que l’on aperçoit tous ses cacas noirs, l’évidence s’impose. On va la découvrir, pas très loin, en train de faire son repas.
Mais, Chuuut !…
ceci est un secret. Alors, vous êtes prié de ne pas le répéter.