Navigation : InLibroVeritas.net > Poésie > Les mots de l'ombre > Page 1
Les mots de l'ombre

- Catégorie : Poésie
- Par Flora Delalande
-
- Date de publication originale : 04/05/08
- Date de publication sur In Libro Veritas : 10 mai 2008 à 18h34
- Dernière modification : 10 mai 2008 à 18h34
-
Beaucoup disent écrire dans la souffrance. Pas moi.
Je n'écris pas non plus dans la jouissance, encore moins dans l'indifférence... je dirais plutôt dans l'absence. Quelque part entre ciel et terre, dans un monde où le temps se déforme et où la vie devient nocturne.
9/10 (2 votes)
|
4 aiment
0 n'aime pas |
34 lectures |
1 page
Les mots de l'ombre
Un livre s'écrit dans l'absence peuplée seulement de mots
Beaucoup disent écrire dans la souffrance. Pas moi.
Je n'écris pas non plus dans la jouissance, encore moins dans l'indifférence... je dirais plutôt dans l'absence. Quelque part entre ciel et terre, dans un monde où le temps se déforme et où la vie devient nocturne. Quelque part dans un gouffre noir parsemé de flocons blancs et de poussières de diamant. Aucun bruit mais des couleurs qui jaillisent entre chaque petit brin d'herbe, bien avant que l'encre n'inonde le champ recouvert de neige. Bruit de pas étouffés, souvenirs d'une nuit d'été, rai de lumière vers la fenêtre, poussière astrale, goutellettes d'eau, vision du souffle sur le feu faissant danser des perles d'or, rumeur des conversations, homme aperçu par la vitre d'un train, caresse du premier vent chaud, saveur d'une épine de sapin, ambiance des vieilles ruines dans lesquelles se dessine un visage de fumée, un nuage de pensée.
Ce sont des ombres d'abord qui survolent le champs enneigé en un léger frissonnement. Des mirages brouillés, des images altérées. Elles ondulent autour du feu de mon esprit, tournent autour en une farandole désordonnée, revêtent les atours de milles idées affolées. Ce sont des traits à peine esquissées, quelques tâches colorées qui viennent peupler mes pensées. Puis viennent les mots gribouillés sur de minuscules morceaux de papier. Les yeux fermés. J'ai toujours un crayon à papier près de ma table de chevet. Ils ne faut pas les effrayer, à peine les regarder pour mieux les apprivoiser. Je les laisse danser encore un peu. Je les laisse parler entre eux. Les lettres sont hésitantes, griffonnées à l'aveuglette, éclairées par la lumière de mon coeur au fin fond de la nuit. Puis je retombe dans l'inconscience, je m'en vais parler aux rêves et tenir tête au cauchemars.
Lumière glacée. Il faut se lever. A côté de moi gisent les mots ankylosés. Partout. Je suis encerclée. Mots griffonnés au creux de mon poing serré. Un autre sur le bois de ma table de nuit, nargue celui qui s'est collé à ma tapisserie. J'ouvre les yeux, froisse celui qui dormait sur mes paupières. Je m'étire, écrase les timides cachés au fond des draps. Mon corps est lourd, plombé par cette éternité. Je saisi un des collier de lettres, le fil se brise, les perlent tombent à terre, roulent sous le lit et se brisent en une gerbe d'étincelle. Mais ce n'est plus la nuit. Je n'entends pas leurs cris.
La nuit les mots revivent. Ils frappent à la porte de mes rêves. Je leur offre la vie. Ils forment alors un début ou une fin, quelques phrases, presque rien... Au fur et à mesure, des couples se forment, d'autres se déchirent, une forme se précise, une histoire se fait sentir.
Mais il ne faut pas la nommer. Pas tout de suite. Il faut presque l'oublier, laisser les perles se recoller et garder les yeux fermés.
Arrive l'instant où l'hiver se tait, où le blanc est repoussé. C'est une tâche d'encre dans le coton des champs. Un infime point dans l'immensité ange. La tâche s'élargie, tend ses milles bras d'encres et cisèlent la page. Les bras se multiplient et les doigts élancées jaillissent entre les lignes. De plus en plus vite. Danse effrénée. Les bourgeons éclatent. Les oiseaux crient. L'herbe chante et les mots rient.
C'est l'été. Le texte est enfin terminé. Mais il faut encore l'améliorer. Certains mots restent à marier, d'autres doivent absolument se séparer. Certains doivent être adoptés. Il est aisé de peupler une page sans saveur en y ajoutant quelques couleurs, d'allier des mots en batissant des ponts de brindilles et des routes aux éclats citronés. Mais une fois ce monde achevé, une fois ce rêve devenu semblant de réalité, une fois ces lettres décryptées... il faut encore continuer à douter... car rien n'est jamais parfait.
Il faut supprimer, mutiler, amputer, assassiner les mots et les idées gangrainées. Ceux qui casse les sonorités. Celles qui ont été trop répétées. C'est là qu'intervient la souffrance, celle de devoir tuer ses mots, nous qui les avons tirés de l'ombre. C'est là qu'intervient la jouissance, celle de pouvoir libérer le texte, lui rendre toute sa pureté.
Puis viens l'automne, la saison morte qui recouvre la vie d'une chappe de feuilles vierges. Les fourmis d'encre se terrent, s'enfonçant toujours plus profond sous terre. Les oiseaux se taisent. Le vent se glace. Les mots se rendorment.
Le tiroir se ferme.
Jusqu'au prochain lecteur...
Je n'écris pas non plus dans la jouissance, encore moins dans l'indifférence... je dirais plutôt dans l'absence. Quelque part entre ciel et terre, dans un monde où le temps se déforme et où la vie devient nocturne. Quelque part dans un gouffre noir parsemé de flocons blancs et de poussières de diamant. Aucun bruit mais des couleurs qui jaillisent entre chaque petit brin d'herbe, bien avant que l'encre n'inonde le champ recouvert de neige. Bruit de pas étouffés, souvenirs d'une nuit d'été, rai de lumière vers la fenêtre, poussière astrale, goutellettes d'eau, vision du souffle sur le feu faissant danser des perles d'or, rumeur des conversations, homme aperçu par la vitre d'un train, caresse du premier vent chaud, saveur d'une épine de sapin, ambiance des vieilles ruines dans lesquelles se dessine un visage de fumée, un nuage de pensée.
Ce sont des ombres d'abord qui survolent le champs enneigé en un léger frissonnement. Des mirages brouillés, des images altérées. Elles ondulent autour du feu de mon esprit, tournent autour en une farandole désordonnée, revêtent les atours de milles idées affolées. Ce sont des traits à peine esquissées, quelques tâches colorées qui viennent peupler mes pensées. Puis viennent les mots gribouillés sur de minuscules morceaux de papier. Les yeux fermés. J'ai toujours un crayon à papier près de ma table de chevet. Ils ne faut pas les effrayer, à peine les regarder pour mieux les apprivoiser. Je les laisse danser encore un peu. Je les laisse parler entre eux. Les lettres sont hésitantes, griffonnées à l'aveuglette, éclairées par la lumière de mon coeur au fin fond de la nuit. Puis je retombe dans l'inconscience, je m'en vais parler aux rêves et tenir tête au cauchemars.
Lumière glacée. Il faut se lever. A côté de moi gisent les mots ankylosés. Partout. Je suis encerclée. Mots griffonnés au creux de mon poing serré. Un autre sur le bois de ma table de nuit, nargue celui qui s'est collé à ma tapisserie. J'ouvre les yeux, froisse celui qui dormait sur mes paupières. Je m'étire, écrase les timides cachés au fond des draps. Mon corps est lourd, plombé par cette éternité. Je saisi un des collier de lettres, le fil se brise, les perlent tombent à terre, roulent sous le lit et se brisent en une gerbe d'étincelle. Mais ce n'est plus la nuit. Je n'entends pas leurs cris.
La nuit les mots revivent. Ils frappent à la porte de mes rêves. Je leur offre la vie. Ils forment alors un début ou une fin, quelques phrases, presque rien... Au fur et à mesure, des couples se forment, d'autres se déchirent, une forme se précise, une histoire se fait sentir.
Mais il ne faut pas la nommer. Pas tout de suite. Il faut presque l'oublier, laisser les perles se recoller et garder les yeux fermés.
Arrive l'instant où l'hiver se tait, où le blanc est repoussé. C'est une tâche d'encre dans le coton des champs. Un infime point dans l'immensité ange. La tâche s'élargie, tend ses milles bras d'encres et cisèlent la page. Les bras se multiplient et les doigts élancées jaillissent entre les lignes. De plus en plus vite. Danse effrénée. Les bourgeons éclatent. Les oiseaux crient. L'herbe chante et les mots rient.
C'est l'été. Le texte est enfin terminé. Mais il faut encore l'améliorer. Certains mots restent à marier, d'autres doivent absolument se séparer. Certains doivent être adoptés. Il est aisé de peupler une page sans saveur en y ajoutant quelques couleurs, d'allier des mots en batissant des ponts de brindilles et des routes aux éclats citronés. Mais une fois ce monde achevé, une fois ce rêve devenu semblant de réalité, une fois ces lettres décryptées... il faut encore continuer à douter... car rien n'est jamais parfait.
Il faut supprimer, mutiler, amputer, assassiner les mots et les idées gangrainées. Ceux qui casse les sonorités. Celles qui ont été trop répétées. C'est là qu'intervient la souffrance, celle de devoir tuer ses mots, nous qui les avons tirés de l'ombre. C'est là qu'intervient la jouissance, celle de pouvoir libérer le texte, lui rendre toute sa pureté.
Puis viens l'automne, la saison morte qui recouvre la vie d'une chappe de feuilles vierges. Les fourmis d'encre se terrent, s'enfonçant toujours plus profond sous terre. Les oiseaux se taisent. Le vent se glace. Les mots se rendorment.
Le tiroir se ferme.
Jusqu'au prochain lecteur...
- Pas de page précédente
- Fin
Que pensez-vous de cette oeuvre : J'aime Je n'aime pas
Options concernant cette oeuvre
- Signaler une faute à l'auteur, page 1.
- Poster un commentaire à propos de cette oeuvre
- Alerter un modérateur
- Ajouter cette oeuvre à votre livre à la carte
- Télécharger la version pdf de cette oeuvre (gratuit)
- Placer un marque page sur cette page pour reprendre la lecture plus tard
- Ajouter à vos oeuvres favorites
- Envoyer cette oeuvre à un ami
Licence de cette oeuvre

L'oeuvre ci-dessus est mise à disposition sous un contrat Creative Commons by-nc-nd 2.0
Faire un don à cet auteur

- Offrez à cet auteur la chance d'être publié !
- flora delalande n'a pas encore reçu de don
- 99 € manquants pour publier sur ILV-Edition.com
- Votre livre papier
- ILV vous permet d'acheter un livre papier comportant les oeuvres de votre choix.
- Edition classique
- Publiez votre livre
- numéro ISBN, dépot légal, vente en librairie et sur Amazon, consultez nos formules
- ilv-edition.com
- ILV-Experience
-
- En savoir plus
- Retrouvez nos catalogues : monde du libre et auteurs repérés sur et par InLibroVeritas.
- Newsletter
- Recherche
- Lecture libre...
-
- Le meilleur d'ILV
- Romans / Nouvelles
- Humour
- Actualité
- Poésie
- Informatique
- Théâtre
- Essais / Critiques
- Tribune libre
- Biographies / Témoignages
- Documents
- Contes
- Jeunesse
- Vie pratique
- Économie/Finances
- Sciences humaines
- Sciences / techniques
- Correspondances
- Scénarios
- Chroniques
- Thèses
- Esotérisme / Spiritualité
- Citations
- Philosophie
- Textes fondamentaux
- Lyrics - Chansons
- Plus de lecture...
- Agenda littéraire
-
L M M J V S D 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 - << | Novembre 2008 | >>
- À découvrir
-
Etienne Eschenbrenner
La Bévue des Dieux, tome I : Le Nirnemel
Si Jesen, fils du riche marchand Farth, savait ce qui l'attendait,...
Confidentialité | Conditions générales de vente | Questions fréquentes | Partenariats | Nous contacter
© 2004-2008 Reverbere.net, Tous droits réservés. In Libro Veritas est une marque déposée.
Crédits complets | Webdesign : AG Creations |
In Libro Veritas est soutenu par Gandi. | Cherise | Alaplume















