In Libro Veritas

L'esclave de la tendresse

Par Guy Richart

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Table des matières
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Dylan…


C’était un blond immense. Il était aussi colossal et musclé que Francis, mais, si ce dernier possédait un charme viril puissant, Dylan était essentiellement beau.

Il quitta le plateau de cinéma enveloppé dans un peignoir blanc. En marchant vers sa loge, il eut la surprise et le plaisir de reconnaître Sylvie qui l’attendait. Elle le connaissait depuis le lycée. Ils étaient des amis de très longue date. Entre eux, il avait toujours existé une solide amitié.

Quand Sylvie avait commencé sa brillante carrière professionnelle dans l’informatique et que son ancien camarade d’enfance, nanti de très solides diplômes, avait choisi de devenir un acteur vedette de films X, leur relation aurait pu en souffrir et s’interrompre. Pourtant, la jeune femme possédait un esprit très ouvert. Elle avait compris la démarche de Dylan et, sans forcément l’approuver, elle l’avait respectée.

- Comment se fait-il que ma très chère et très distinguée collègue d’école soit venue se compromettre sur mon douteux lieu de travail ? Fit-il en saluant son amie.

- Je suis une des seules qui ne t’ai pas lapidé quand tu as fait le choix de ton métier. Certainement, si la même occasion s’était offerte à moi, j’aurai agi comme toi, admit-elle.

- J’ai toujours apprécié ta franchise et ton impudence, ironisa Dylan. Si toi aussi tu m’avais tourné le dos, j’aurais eu beaucoup de peine.

- Toutes les chipies hypocrites de notre promotion suivent certainement l’évolution de ta carrière, de près, en cachette de leurs époux bien comme il faut, augura Sylvie.
J’ai été spectatrice de deux de tes films, sans aucune honte, j’ai apprécié tes prestations. Je suis intimement convaincue que tu suis une formation, parallèlement, pour pouvoir prendre un poste plus conforme à tes compétences scolaires, quand tes dons d’artistes seront un peu émoussés. Après tout, tu es doué pour faire l’amour. Tu gagnes de l’argent en accomplissant une tâche qui te plait et dans laquelle tu excelles. Tu aurais eu tord de t’en priver.

Dylan sourit. Il savait que son amie était sincère et n’utilisait jamais la langue de bois. Tout ce qu’elle venait de lui dire était vrai. Il tournait dans des films pornographiques pour accumuler un beau petit magot dont il ne pourrait même pas envisager d’économiser la moitié au cours de longues années de travail sérieux. Et oui, il n’avait pas un papa dans la politique, l’édition ou le show-business.

Jusque-là, il n’avait pas eu à se plaindre de son métier. Toutes les partenaires qu’il avait eues à l’écran étaient de jolies femmes expérimentées et sympathiques. Les metteurs en scène avec lesquels il avait travaillé, n’étaient pas exigeants et les « histoires » qu’il avait à interpréter se tenaient, en regard des navets fleurissant dans ce genre particulier du 7ème art.

A quarante ans, il faudrait bien qu’il se range. Il ne pourrait plus assurer comme il le faisait aujourd’hui. Mais il aurait accumulé une petite fortune sur son compte en banque et, comme il suivait des formations pour maintenir et même améliorer les connaissances qu’il avait acquises pendant ses études, il pourrait commencer une nouvelle carrière sereinement.


Il était admiratif devant la perspicacité de Sylvie. Il lui déclara :

- Tu as percé mes secrets professionnels à jour. Tu as bien appris à me connaître lorsque nous étions au lycée.

- Bien sûr, tu étais et tu es toujours un ami que j’estime, assura la jeune femme. Je suis venu te voir car j’ai un petit service à te demander. C’est dans tes cordes et je pense que tu vas trouver cela amusant.

- Nous allons parler de cela devant un verre, dans ma loge personnelle, veux-tu ? Proposa-t-il.

Ils se rendirent dans une magnifique chambrette équipée d’une douche, d’un bar, d’un sofa et de deux fauteuils. La boite de production pour laquelle travaillait Dylan avait des largesses pour ses stars. Sylvie s’installa dans un confortable siège. Son ami lui servit un whisky, puis, il s’excusa. Il se dirigea vers la douche afin de se rafraîchir. Son dernier film étant achevé, cet après-midi là, il n’avait réalisé que des plans de raccord. Pourtant, il avait besoin d’une abondante pluie d’eau bien chaude et d’un bon shampoing parfumé pour se sentir de nouveau innocent et neuf comme un adolescent à son premier rendez-vous.

Lorsque Dylan vint retrouver Sylvie, il avait passé un nouveau peignoir. Il était encore plus beau et souriant que d’habitude. Il s’installa et écouta sa camarade de classe en savourant un léger brandy.

- J’ai trois amis pour qui j’ai beaucoup d’estime, en plus de toi, commença-t-elle.
Francis est un adorable garçon, très amoureux de son épouse, Virginie. Cette dernière est une merveilleuse blonde au grand cœur, très éprise aussi de son mari. Enfin, il y a Johanna. C’est la tendre confidente de et complice de Francis. Dans leur cas, on ne peut pas parler d’amant et de maîtresse. Ils sont liés par des sentiments sincères, amicaux, langoureux et coquins en même temps. C’est une sorte d’amour, autre que le lien conjugal. Tu peux sans doute comprendre cet homme Dylan. Il a un besoin de tendresse insatiable. Il en est bouleversant.

- Je vois, assura l’acteur. Il est heureux avec son épouse, il la comble, mais, il éprouve aussi une attirance pour Johanna contre laquelle il ne peut rien. Comment crois-tu que j’ai une vie privée malgré tout, alors que je batifole devant une caméra, avec les partenaires les plus aguichantes, dix heures par jour ? C’est différent, mais c’est un peu le même principe. Quand j’aime une femme, je ne lui fais pas l’amour comme je le fais aux actrices qui tournent avec moi. Et pourtant, je ne peux pas me passer, ni de l’un ni de l’autre.

- C’est quelque chose comme cela, murmura Sylvie. Toujours est-il que tous les trois s’entendent bien. Les sentiments qui les lient ne nuisent pas à l’équilibre de leur vie. Pourtant, une petite garce a essayé de démolir le fragile édifice du bonheur de mes amis et je voudrais lui faire payer. Il faudrait qu’elle subisse la tentation du sexe et l’abandon quand elle en sera devenue dépendante. Ce sont les armes dont elle abuse avec les hommes et je serais heureuse qu’elles se retournent contre elle. Quand elle joue ce jeu avec des dragueurs minables, on ne peut pas la blâmer.
Quand elle provoque honteusement un type comme Francis, tout en connaissant ses faiblesses, sans même envisager d’adoucir ensuite la faim qu’elle a attisée. Là, elle doit payer.

- Tu penses que je peux la rendre dépendante du sexe, s’étonna Dylan.

- J’ai vu ce dont tu es capable au cours d’une vidéo, exposa Sylvie en souriant. Je sais aussi que dans la vie tu es presque aussi attentionné et tendre que Francis. Nous avons flirté ensemble… Autrefois… Pour Lydie, c’est ainsi que s’appelle la chipie, elle appréciera l’attitude d’étalon déshumanisé des personnages incarnés par toi dans les films. Je me suis renseignée sur elle. C’est une nymphomane dénuée de cœur et de sentiment. Tes capacités sexuelles vont la rendre folle. Ensuite, quand elle en viendra à réclamer, tu lui couperas les vivres. Acceptes-tu de m’aider ?

- C’est assez radical comme méthode, dit l’acteur. Mais il y a tant de garçons biens qui se font démolir par des filles comme elle. Ca vaut le coup de renvoyer l’ascenseur à de telles pimbêches, quelquefois.

- Tu seras prudent sur les protections quand tu l’auras séduite, fit Sylvie. Elle est si tordue.

- Ne t’en fais pas, rassura Dylan. Oublies-tu mon métier ?

- Je te remercie, dit la jeune femme. Es-tu disponible pour un dîner ou bien as-tu quelqu’un dans ta vie ces temps-ci ?

- Je suis libre comme l’air, affirma l’acteur. Tu sais, peu de compagnes acceptent et comprennent mon point de vue comme tu le fais.


- Si j’avais su, je me serais manifesté auparavant, regretta Sylvie.

- Il n’est pas trop tard, déclara Dylan. Tu sais qu’au temps du lycée, tu as été mon seul et unique flirt. J’aurai même voulu qu’il se concrétise à l’âge adulte par un mariage, quand je me suis aperçu que notre amitié tenait bon et s’affermissait.

Sylvie n’en revenait pas. Elle n’aurait jamais pensé cela. Pourtant, l’aveu venait de lui être fait avec une honnêteté époustouflante. Elle décida brusquement :

- Si nous allions chez moi pour Dîner. Je te ferais un excellent repas improvisé et ensuite… nous verrons.

- Avec joie, je suis heureux de ton idée…

Chapitre suivant : Fausse joie…