In Libro Veritas

L'esclave de la tendresse

Par Guy Richart

Cette oeuvre est mise à disposition du public sous un Contrat Creatives Commons (by-nc-nd)

Vous êtes en mode de lecture plein écran. Cliquez sur le lien suivant si vous souhaitez afficher la version classique de cette oeuvre

Table des matières
Que pensez vous de cette oeuvre ?

Echec…


Lydie observait Virginie qui était assise devant elle. Dans ce petit hôtel de Dublin, des déjeuners français étaient servis. Les deux amies, depuis le début de leur stage, les prenaient ensemble avant de partir pour leurs cours.

La femme bien-aimée de Francis sentait que Lydie avait une révélation à lui faire. Elle connaissait même la nature du secret que voulait lui avouer son interlocutrice. Il paraissait évident qu’elle brûlait du désir de lui dénoncer la relation extra-conjugale de son époux. Virginie s’était préparée depuis un bon moment à cette bassesse. Bizarrement, elle accordait beaucoup plus de crédibilité à Johanna, la collègue de Francis, qu’elle devinait être très intime avec lui, qu’à la petite blonde trop superficielle qui abusait facilement de son amitié. Elle décida d’encourager Lydie à commettre son forfait.

- Tu as quelque chose à me dire, lança Virginie. Depuis que nous sommes à Dublin, je te sens préoccupée.

- Voilà, fit son amie, trop heureuse de ce prétexte à l’attaque, offert sur un plateau d’argent. Je sais que Francis rencontrait une femme quand il était à Perpignan.

- Comment es-tu au courant ? Interrogea Virginie en feignant la surprise.

- J’étais dans ma famille, non loin de là, mentit Lydie. Un soir, j’ai voulu dîner avec ton époux. Je venais de me souvenir qu’il se trouvait là-bas, lui aussi. J’ai donc décidé de lui faire une surprise. Quand je suis arrivée à l’hôtel, je me suis rendue à la réception. Je souhaitais apprendre son numéro de chambre et y monter directement.
Je n’ai même pas eu le temps de le trouver. J’ai surpris ton charmant conjoint, sortant de l’ascenseur, au bras d’une superbe brune. Je ne me suis pas montrée. Je me suis cachée jusqu’à ce que tous les deux sortent dans la rue et que je puisse partir sans qu’ils me remarquent, ni lui, ni elle.

- Cette femme tu la connaissais ? Demanda l’épouse soit-disant trompée, sans montrer aucune émotion.

La jalouse blondinette avait bien remarqué le trouble que ressentait Francis en présence de Johanna. Elle ignorait aussi que cette dernière était devenue, par ses qualités, l’amie de Virginie. Lydie commit une bévue :

- C’était la beauté que j’ai rencontrée chez vous il y a quelques temps. Tu sais, la collègue que ton mari couvait du regard pendant la petite soirée à laquelle tu m’avais invitée. Je t’ai raconté cela car je t’aime beaucoup. Je suis triste qu’il ose s’afficher avec une autre femme, comme il l’a fait le jour où je les ai surpris ensemble.

- Je te remercie d’avoir été si franche avec moi, lança Virginie, toujours drapée dans son inexplicable calme, elle, dont les yeux brûlaient de passion quand elle évoquait Francis.

Ce qu’ignorait totalement L’effroyable menteuse, c’est que Johanna avait pris, tous les soirs, un café en compagnie de l’épouse de Francis, avant de rentrer chez elle, durant tout le temps que ce dernier avait passé à Perpignan. Il était donc impossible, qu’un soir ou bien un autre, l’assistante en imagerie se soit déplacée à 900 kilomètres de là, pour dîner  et coucher une seule nuit avec un homme, fut-il l’adorable ingénieur.


Pourtant, la jolie femme ne montra aucunement qu’elle connaissait la fausseté du témoignage de son ancienne amie. Elle se contenta de chuchoter en souriant :

- Nous règlerons cela en rentrant…

Lydie eut la faiblesse de croire qu’elle venait de pratiquer une belle manœuvre de tromperie.

Le soir venu, Virginie s’éloigna de l’Hôtel. Elle partit boire seule, un verre dans un Pub sympathique de Dublin. Elle était en train de savourer un excellent whisky en étudiant une rue animée de la capitale. Elle se félicitait de la perspicacité de son mari quand ce dernier lui avait expliqué le malaise que lui laissait la présence de Lydie. Son amoureux était un véritable radar à sentiments : les bons comme les mauvais.

Tout à coup, son portable vibra dans la veste de son tailleur. Elle prit l’appareil et regarda le numéro qui l’appelait, c’était celui de Johanna. Elle ne fut pas surprise, encore cette fois. Il lui semblait que cet appel entrait merveilleusement bien dans le cadre de cette journée. Elle établit la communication. C’était bien sa nouvelle amie qui lui téléphonait. Après avoir échangé les saluts d’usage, cette dernière finit par expliquer à Virginie :

- Ecoute, je suis venue spécialement en Irlande pour te parler, j’ai un aveu à te soumettre et une explication à te donner. Je préfère tout te dire clairement, avec amitié. Où puis-je te rejoindre ?

L’épouse de Francis communiqua à la maîtresse de celui-ci, les coordonnées du bar où elle se trouvait. Johanna annonça qu’elle sautait dans un taxi et qu’elle arrivait.

Il fallut moins d’un quart d’heure pour que les deux jolies femmes soient installées l’une devant l’autre. L’ambiance était bien plus chaleureuse qu’elle ne l’avait été le matin-même lors du mensonge de Lydie.

- Alors, quel crime as-tu à m’avouer, demanda Virginie ? Ce doit être grave pour que tu voyage sur une pareille distance afin de venir t’en accuser devant moi.

- Ce n’est pas un crime, c’est une faiblesse contre la quelle il n’est pas de remède, avoua Johanna en baissant les yeux vers son café. C’est ma faiblesse et aussi celle de Francis. Sais-tu qu’il est un esclave de la tendresse ?

- Que veux-tu dire par-là ? S’étonna l’épouse de l’ingénieur.

- Il est complètement accroc à la douceur et à l’amour. Tu devrais être la première au courant, plaisanta-t-elle.

- Avec moi, il déborde délicieusement d’attention, admit Virginie. Nous nous gorgeons continuellement de câlins tous les deux. C’est à un tel point que sans faire l’amour, il parvient à m’épuiser tout de même sous ses caresses et ses baisers.

- Et bien voilà ma puce, tu n’es pas la seule à succomber à cette bombe de plaisir, expliqua Johanna. Il ne te trompe pas malicieusement, contrairement à ce que certaines personnes pourraient te raconter.
Mais, il ne peut pas vaincre le désir qui le prend quand une femme exprime à son égard de l’admiration sincère. Le jour où nous sommes rencontrer, je t’avoue que je l’ai apprécié avant tout professionnellement. Mais, en quelques heures, il est devenu, à mes yeux de plus en plus attachant et doux. J’ai fini par le prendre dans mes bras et par le caresser. On ne peut pas s’en empêcher. Il est tellement adorable, fragile, quand il est en manque de tendresse. Il est insatiable mais aussi, si trognon.

Elle se tut et attendit avec anxiété la réaction de Virginie. Cette dernière la regardait intensément. Allait-elle pleurer ? Allait-elle céder à une crise de jalousie ? Elle se contenta de sourire et ses yeux pétillants brillèrent dans la lumière tamisée du pub, comme deux diamants argentés.

- C’est donc pour cela qu’il est devenu beaucoup moins anxieux, tout en se montrant plus amoureux et plus touchant avec moi, assura la douce épouse de Francis. Il est parvenu à gérer son surplus de désir en l’offrant à deux femmes. Tu es méritante d’assumer une telle amitié amoureuse…

- Et toi, tu l’es encore plus d’avoir su gagner et conserver un tel homme, félicita Johanna. Car il t’appartient entièrement. Moi, je me contente de son amitié et de sa tendresse. Je n’en demande pas plus et je ne veux pas te nuire.

- Il a longtemps souffert de ne pas trouver une compagne capable de boire le bonheur comme lui seul sait le faire, expliqua Virginie. A ce propos, qui aurait pu m’informer de ta liaison amicale avec Francis ? Avez-vous été surpris récemment ? Tu n’es tout de même pas allée le retrouver pour une nuit à Perpignan, quand il y séjournait aussi ?

- Non, certainement pas ! Affirma Johanna.
Je ne file pas le rejoindre dans toutes les occasions. De plus, nous nous sommes vues, toi et moi, tous les soirs pendant le déplacement de ton époux là-bas. Il était impossible de faire une telle distance en une soirée.

- Cette garce de Lydie m’a bien menti donc, fit Virginie. Elle est venue me raconter qu’elle t’avait surprise avec lui, sur place. Elle ne sait pas que nous sommes amies et que nous prenons souvent le café ensemble, à la sortie de notre travail.

- Je me doutais qu’elle allait faire ce coup minable, assura la jeune femme. Francis l’a jetée littéralement quand il était à Perpignan. Elle l’a suivie sur place. Elle l’a dragué lamentablement et lui, il lui a magnifiquement résisté. Elle n’a pas digéré qu’il ne veuille pas te tromper.

- En tout cas, termina Virginie, je n’ai pas de ressentiment contre toi. Je n’en veux pas plus à mon ourson. Par contre, Lydie est une vraie garce. Elle mériterait de subir une déception encore plus cuisante que le rejet de Francis.

- Il n’est pas dans ses habitudes de blesser les personnes qu’il côtoie. Affirma Johanna. Elle a joué un jeu cruel et stupide avec lui. Elle méritait le mépris que ton époux lui a exprimé, malgré lui. Je connais un moyen de nous venger d’elle. Elle n’avait pas à t’ennuyer avec l’histoire d’amitié amoureuse qui me lie à Francis. Tu ne risquais pas d’en souffrir en aucune façon. Il t’aime trop et moi je te respecte plus que je respecte n’importe qui. Jamais je n’aurais mis en danger ton mariage. Je te le jure.

- Je m’en doute, dit son interlocutrice et je t’en remercie humblement.


- Nous allons lui faire payer cher sa méchanceté et sa cruauté, gronda Johanna. Qu’en penses-tu ?

- Si tu as une idée bien vexante et bien dure, capable de lui donner une bonne leçon sans l’humilier inutilement, je suis cliente, expliqua la charmante épouse du délicieux ingénieur.

- Mon amie Sylvie, pourra nous aider, fit sa complice. Elle t’estime beaucoup ainsi que ton merveilleux mari… Voilà ce qu’elle pourrait organiser…

Chapitre suivant : Dylan…