In Libro Veritas

L'esclave de la tendresse

Par Guy Richart

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Table des matières
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Le piège


Il était en déplacement, seul. Son métier l’avait appelé dans la région de Perpignan. Ce soir-là, il sortit du restaurant qu’il avait repéré en arrivant sans penser à rien d’autre qu’à gagner son hôtel et se reposer de la longue journée qu’il venait de vivre.

Francis arriva à la porte de sa chambre et commença à l’ouvrir. Avant de monter jusqu’à son étage, dans le typique patio de l’établissement, à l’abri des oreilles indiscrètes, il avait d’abord appelé Virginie pour lui souhaiter de passer une bonne nuit et de faire de beaux rêves. Il avait fait de même avec Johanna. Quand il était en déplacement et qu’elle n’avait pas pu l’accompagner, elle aimait bien qu’il lui téléphone ainsi. Certes, elle n’exigeait pas cela de lui quand il était dans son foyer, mais, pendant les déplacements de son amant, elle avait pris la douce habitude de l’entendre avant d’aller se coucher et ce dernier se prêtait volontiers à ce rituel.

Il allait entrer dans sa pièce quand une voix féminine, marquée de surprise, l’appela doucement :

- Oh ! Francis ! Vous êtes ici. Comment cela est-il possible ?

Il se retourna et, dans le couloir faiblement éclairé, il découvrit la silhouette de Lydie. Elle portait une petite robe du soir très sexy, dont elle avait complété l’effet excitant par une paire de bas soyeux de très belle facture. Elle tenait à la main une paire de chaussure qu’elle avait dû passer à la cireuse automatique de l’hôtel.

L’ingénieur se sentit mal à l’aise. Une rencontre avec toute autre amie de Virginie, même une de celles qui parfois, agissaient d’une manière délicieusement coquine avec lui, aurait été une agréable surprise pour Francis. Avec cette jeune femme-là, il se sentait vraiment inquiet. Certes, sa beauté était irréprochable et était capable de l’émouvoir. Cependant, elle le provoquait sciemment et, si habituellement il considérait cela comme un agréable compliment, ce soir là, il trouvait ce jeu de séduction vulgaire. Dans le cas de Lydie, il soupçonnait derrière son attitude de candide dragueuse, un sordide projet de conquête sexuelle entachée d’intérêt social. Elle n’essayait pas de l’attirer pour le plaisir de le charmer, pour lui faire l’amour afin de satisfaire une envie incontrôlable qu’elle aurait eue de lui ou simplement pour construire une amitié intime avec lui. Francis devinait qu’elle cherchait à le piéger. La raison profonde de cette stratégie, il ne la connaissait pas. Pourtant, il comprenait qu’elle n’était pas très propre.

Il fallait qu’il reste poli et se montre avenant. Car, il se pouvait que toutes ses hypothèses, non étayées par des preuves, soient fausses. Il n’avait que son instinct pour l’avertir d’un danger et, il ne comprenait peut-être pas bien les signaux qu’il recevait de son étonnante sensibilité. Il esquissa un sourire et répondit alors :

- C’est vrai que la coïncidence est proprement fracassante, admit-il en n’étant pas très sûr que le hasard soit le seul responsable de ces curieuses retrouvailles.

- Je vous offre un café, reprit-elle. Ne me dites pas que vous le refuser.
Il n’est que vingt et une heures.

Sous peine de passer pour un abominable ours mal léché s’il essayait d’échapper à la jeune femme, il accepta l’invitation avec appréhension. Il ne risquait pourtant rien dans un bar, qui serait probablement empli de monde.

Ils se retrouvèrent attabler dans une luxueuse brasserie du centre ville. L’attention de Francis était un peu relâchée. Il se sentait mieux. De nombreux autres clients occupaient les petits boxes formés par les cloisons de verre fumé, amovibles qui isolaient les tables. Lydie elle-même lui paraissait plus sympathique, plus naturelle dans sa conversation. Sous cet angle, elle semblait même plus jolie que provocante. Son décolleté offrait toujours une vue imprenable sur sa merveilleuse poitrine et si, l’effet esthétique restait très érotique, il n’avait plus la vulgarité parfumée au souffre qui avait plané sur leur rencontre dans le couloir.

Elle s’extasia à la vue de la porte des remparts qui se dressait devant le café. Francis regarda aussi la belle construction en expliquant à la jeune femme que Perpignan, comme Carcassonne, avait été jadis protégée par de puissants murs dont il ne restait ici que quelques morceaux.

Quand il reprit une gorgée de son café, il détecta une amertume plus prononcée du breuvage. Il pensa que ce dernier était un peu fort et le termina d’une traite. Ils passèrent encore quelques minutes à échanger des banalités, puis, Lydie se proposa de payer les consommations et de revenir à l’hôtel. Francis éprouva une sensation étrange. En regardant la jeune fille se lever et se diriger vers le bar, il fut sensible à son roulement de hanche et à sa chute de reins parfaite.
Il fut saisi d’une légère érection…

Il était inquiet et ne comprenait pas cette réaction physique qui ne s’expliquait par aucune attirance pour la jeune femme. Quand ils furent dans le couloir, près de la porte de Lydie, Francis était impatient de quitter cette dernière tant le désir injustifié le travaillait. Il voulut la saluer poliment mais, elle lui tendit les joues et posa ses lèvres pulpeuses sur les pommettes de l’ingénieur. Ce dernier faillit gémir. Elle se plaqua contre lui, assez étroitement pour ressentir l’effet de son baiser. Elle sourit avec satisfaction et tout en fixant le profond regard vert de sa victime, elle déclara :

- Mon Dieu ! Je vous fais un tel effet ! Je suis confuse ! Virginie m’avait fait comprendre que vous étiez particulièrement actif sexuellement, mais, ses allusions ne donnaient qu’un faible écho de la réalité. Entrez dans ma chambre, nous allons arranger cela, lança-t-elle sans ambages.

- Je ne crois pas que ce soit une bonne idée Lydie, bredouilla-t-il. Je suis vraiment gêné de ne pas pouvoir me contrôler aussi, je vous présente mes excuses. Je vais aller prendre une douche froide chez moi et après une bonne nuit, tout ira beaucoup mieux.

- Allons, vous n’êtes pas sérieux insista-t-elle. Vous n’allez pas gâcher de pareilles dispositions par une pruderie dépassée. Je vous jure que je ne suis pas choquée. Je considère votre état comme un hommage que je tiens à recevoir. Venez Francis, n’hésitez pas…

Elle avait prononcé ces derniers mots en murmurant et en ouvrant légèrement ses lèvres sur ses belles dents blanches ainsi que sa petite langue rose. Francis se tint un court moment sur le fil du rasoir, prêt à succomber à la tentation. Lydie était vraiment appétissante physiquement mais, son jeu était trop visible et, malgré les efforts qu’elle faisait pour paraître spontanée dans son attitude, une vulgarité mesquine demeurait sous-jacente dans ses regards et son intonation.

- Je suis vraiment désolé, déclara Francis. J’aime tendrement ma femme et je ne souhaite pas la tromper ainsi.

Il s’inclina avec déférence puis, entra dans sa chambre qu’il referma à clef. Elle fit de même, mais un tremblement imperceptible de ses épaules trahit l’immense déception qu’elle venait de vivre.

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