La part de l’ombre
Lydie passait sa soirée en boite de nuit. La musique assourdissante n’avait rien d’agréable. Mais cette beauté était, en définitive, très superficielle.
De la nuit qu’elle avait passée en compagnie de Virginie, il ne lui restait que le souvenir de la jouissance. Le partage des sens et des corps, l’acte d’amitié lié à ce partage, elle s’en moquait complètement. Elle s’était donnée car elle avait aimé jouir. C’était bien normal, mais un acte aussi doux et aussi impliquant que celui-ci, ne devait pas se limiter à la simple conquête du plaisir.
Pour Virginie, derrière ce don de bien-être, il y avait une camaraderie sensuelle. A priori, Lydie était partie le matin, après le déjeuner, ravie et consciente de l’offrande qui lui avait été faite. En réalité, elle s’était repu d’orgasmes et rien d’autre ne la motivait dans l’usage qu’elle autorisait de son corps et de son sexe.
Le problème était que l’amour fait dans cet état d’esprit, la caresse et le baiser donnés par un cœur sans âme, n’apportaient pas de plénitude et n’autorisaient pas la durée des échanges. Lydie, comme un papillon, passait d’une fleur à l’autre, saoulée par les couleurs de celles-ci, mais elle ne savait pas goûter leur nectar.
Elle croyait avoir passé une nuit merveilleuse en compagnie de la magnifique Virginie, mais, elle avait perdu tout le bénéfice des inoubliables heures passées à recevoir la tendresse de sa partenaire par l’interprétation erronée du cadeau que cette dernière lui avait fait.
Elle avait réduit la preuve d’une amitié et d’une confiance de haute qualité à une savoureuse partie coquine certes, mais entièrement dénuée d’humanité.
Un garçon au regard brillant et aux cheveux longs la regardait depuis un moment. Il était accoudé au bar. Elle le comparait à Francis dont elle avait vu la photographie sur le bureau de Virginie. L’époux de sa collègue n’avait rien d’un minet. Il était large et franc. Il avait une douceur inouïe sur tous ses traits mais, on sentait dans l’amplitude de ses épaules et dans ses énormes mains sensuelles, sommeiller la force tranquille de Jean Valjean. Ses cheveux courts, sa mâchoire carrée évoquait la virilité d’Eddy Constantine, Jean Gabin ou Lino Ventura. Le dragueur qui la dévisageait avec une convoitise quasiment lubrique, parvenait à rendre le désir brûlant dans ses pupilles, vulgaire malgré sa coiffure de poète néo-romantique, son costume élégant à la mise savamment négligé et son physique avantageux de jeune premier.
Heureusement pour lui, Lydie ne cherchait rien d’autre que la satisfaction immédiate. L’authenticité, n’était pas sa tasse de thé. Elle s’avança vers ce probable amant. Elle s’installa devant le bar, à côté de lui, puis, les yeux rivés dans les siens, elle lui dit :
- Je ne serais pas contre le fait d’accepter le verre que vous envisagez de m’offrir.
L’homme ravi commanda deux whiskys. Il portait un parfum sans âme. Il affichait des attitudes convenues. Il s’était habillé comme le top modèle masculin du dernier magazine qu’il avait lu et il allait sans doute faire l’amour comme les hardeurs des vidéos de la télévision câblée, distillant une pornographie très bourgeoise chaque samedi soir.
Il déposerait sur sa bestialité et sa jouissance avide, un voile de correction mais aussi de conventions. Lydie, serait certainement satisfaite de sa nuit, mais son plaisir ressemblerait à celui apporté par la masturbation. Elle ne connaîtrait pas l’échange et la communion qui déclenchait un bien-être délicieux après les orgasmes volcaniques d’une véritable amitié ou d’un amour passionné.
Elle prit le verre d’alcool qu’on lui offrait et demanda à son interlocuteur :
- Bientôt, le DJ attaquera la série des slows, nous pourrons alors aller faire un tour sur la piste de danse, tous les deux, afin de mieux nous connaître.
Elle reçut la réponse à laquelle elle s’attendait.
- Volontiers, je suis tout à vous.
Elle ne laissa rien paraître de sa pensée mais, à cet instant, elle se dit intérieurement : « Tu es totalement dénué de saveur mon bonhomme et j’espère que sur le plan du lit, tu as été au régime sec toute la semaine car je peux te garantir que ce soir, j’ai un appétit d’enfer et il va falloir que tu assures. »
Lui n’avait guère plus d’originalité dans sa tournure d’esprit. La silhouette aux formes avantageuses de Lydie, l’excitait. Il fantasmait surtout à cause de la courte jupe de la jeune femme et des bas-résilles aguichants qu’elle portait haut-perchés sur ses jambes de faon. Quand elle se leva du tabouret pour se gagner la piste, il eut du mal à quitter sa place.
Il était déjà victime d’une érection impressionnante.
Alain n’avait pas tenu deux slows. Le corps de Lydie, en s’affermissant contre le sien, quand il l’avait enlacée, l’avait rendu fou de désir. Il ne souhaitait plus rien d’autre que la dénuder, se régaler de voir les seins, les hanches, les fesses ainsi que le sexe de cette splendeur, offerts à ses regards puis, ensuite, il ne voulait plus que lui faire l’amour. Il crevait d’envie de franchir l’intimité de cette femme avec force. Il sentait déjà, dans son imagination, la chaleur et la fermeté du vagin de cette superbe déesse se refermant sur sa virilité devenue plus consistante qu’une barre de fer.
La serrure de l’appartement du garçon cliqueta. Le battant s’ouvrit et Lydie entra la première. La maison était conforme à son propriétaire. Elle avait autant d’âme qu’un décor d’une série télévisée « feux-de-l’amouresque ». Mais, pour y faire ce que la jeune femme était venue y faire, un lit solide et un chauffage efficace suffisaient. Elle ne dit rien. Dès que la porte d’entrée fut refermée, elle prit la main de son compagnon et se dirigea vers la chambre qu’elle avait aperçue au fond du couloir. Une fois dans cette pièce, elle avança jusqu’à la table de nuit, déposa dessus son sac à main, en sortit une boite de préservatifs et annonça en la montrant à son cavalier :
- Demain mon grand, j’aimerai qu’elle soit vide. J’espère que tu te sens en forme.
Elle répandit le contenu du paquet en vrac sur la table de chevet et revint vers Alain. Elle se mit alors à lui dévorer la bouche de baisers tout en massant vigoureusement de la main, la raideur granitique qui se dressait au-dessus du bas-ventre du jeune homme.
Lydie n’avait plus rien de la candide blonde qu’elle était à la ville. En fait, à force de mépriser les hommes pour ce qu’ils lui avaient fait, elle ne savait plus les aimer. Elle ne savait plus que se servir d’eux comme elle l’aurait fait d’un substitut mécanique de mâle dont certaine femme faisait souvent usage.
Alain la déshabilla avec impatience. Il poussait des soupirs rauques en arrachant le soutient-gorge et la jupe de sa partenaire. Quand la poitrine somptueuse de celle-ci jaillit du tissu, tendu à l’extrême par le désir, le dragueur sentit son slip tombé sur ses pieds tandis que la jeune femme le poussait sur le lit. En une petite seconde, il se retrouva muni d’une membrane contraceptive enfilée par la main experte de la gourmande. Elle ne prit même pas le temps d’ôter son string. Elle l’écarta pour livrer passage à son amant et se planta avec véhémence sur ce dernier. Ils hurlèrent ensemble d’une douleur qu’il confondait avec le plaisir.
Lydie commença alors à imprimer de violentes ondulations à son corps. Elle ne sentait pas Alain en elle. Les yeux fermés, elle se concentrait uniquement sur les sensations qui montaient de son vagin en se répandant jusqu’à sa nuque.
Lui ne pensait qu’à la lubricité de cette femme déchaînée et à la folle impression que lui laissait le fourreau brûlant coulissant vigoureusement sur son pénis. Il lui fallait équilibrer ses pensées intimes pour conserver son érection intacte sans éjaculer. C’était très éprouvant avec une cavalière émérite comme Lydie.
Elle accélérait sans cesse le mouvement jusqu’à perdre le souffle. Les ressorts du matelas ne parvenaient même plus à suivre le mouvement. Alain, fermait les yeux et serrait les dents. Il ne réussissait pas à retenir ses râles de plaisir. Tout à coup, la jeune femme se détacha de lui, quitta le lit et s’installa devant la solide commode la chambre. Elle se pencha légèrement en avant, prenant appui de ses deux mains sur le meuble et lança à son partenaire :
- Viens me rejoindre, je veux que tu participes un peu plus mon grand.
Désorienté par l’interruption de coït que venait de lui faire subir les caprices de Lydie., le dragueur éprouva quelques difficultés à se lever et à venir se plaquer contre le dos de sa cavalière. Cette dernière se cambra afin de mieux offrir son intimité au garçon. Il positionna son pénis à l’entrée du vagin de la jeune femme tandis qu’il la sentait s’offrir avec impatience, puis, ne tenant pas à ce qu’elle s’échappe encore au moment le plus délicat de l’acte, il lui saisit les hanches vigoureusement, par surprise, et la pénétra d’un coup de reins.
Lydie cria, elle aimait cette brutalité et savait parfaitement que le changement de position, brutal, sans préparation de son partenaire, provoquerait un désir de vengeance de sa part.
Mais si maintenant, Alain l’entreprenait avec encore plus de véhémence, si elle le sentait forcer la profondeur de son intimité le plus loin possible, elle se régalait de cette punition sexuelle. De plus, comme le jeune homme était concentré sur cette petite correction infligée à une vicieuse insoumise venant de le frustrer cruellement, l’amant n’était plus obsédé par son propre plaisir. En souhaitant épuiser sa maîtresse, il retiendrait longtemps ses éjaculations. Ainsi, Lydie, loin d’avoir seulement servi d’objet de plaisir à Alain, serait pleinement comblée par les efforts de son amant pour tirer la jouissance la plus intense du sexe de la jeune femme.
Chapitre suivant : La trahison