Le danger de s’aimer sincèrement
Sylvie Seigneur avait passé une très agréable soirée en compagnie de Francis et de Johanna.
Le jeune homme s’était montré cultivé au plus haut point et agréable à côtoyer. Quand ils s’étaient quittés, elle n’avait pas eu envie de rentrer après avoir passé un si bon moment avec son amie et son merveilleux amant. Elle avait plané dans un autre monde et dans un autre temps durant tout le repas. Un air mélancolique de vieille France avait flotté sur la rencontre. Les fantômes des premiers congés payés et d’un certain art de vivre s’étaient attardés autour d’eux. Ils avaient parlé de voyages dans le pays, de la beauté des côtes de la Bretagne et de la Normandie. Ils avaient évoqué des petits hôtels surannés où les demi-pensions à des tarifs accessibles étaient encore d’actualité.
Francis avait un goût sûr, sans tapage, pour le cinéma, pour les lectures ainsi que les beaux costumes. Evidemment, il était très éloigné des critères masculins de l’époque actuelle. Mais dans le fond, c’était bien mieux et Johanna, en craquant pour lui, avait cédé à une pulsion inexorable.
Sylvie était maintenant seule dans un bar de nuit, d’une très grande classe. Cet établissement était ouvert juste devant l’auberge dans laquelle elle avait pris sa chambre. Elle n’avait pu se résoudre à aller dormir après avoir fréquenté un homme comme Francis. De plus, elle avait lu l’expression fabuleuse de bien-être mais aussi de totale confiance dans la suite de la nuit, qu’exprimaient les visages de Johanna et de son amoureux. Il avait été difficile pour Sylvie de les voir s’éloigner sagement, tous les deux, alors qu’il était clair, pour tous ceux les regardant marcher dans la rue, que ces deux-là allaient s’aimer jusqu’au petit matin.
Certains se trompaient en pensant qu’ils feraient l’amour sauvagement, jusqu’à épuisement. Aux yeux de la jeune femme, ses deux amis allaient certainement s’embrasser et se caresser dans un tournoiement de tendresse et ne trouveraient le sommeil qu’aux premières lueurs de l’aube. Ils ne pouvaient pas cacher le désir qui les étreignait. Mais, ce qui était le plus rageant pour le commun des mortels qui les côtoyaient, c’est qu’ils étaient beaux, puisqu’ils n’y avaient pas une once de bestialité dans leur cœur.
Sylvie commanda un Martini et s’assit au comptoir. Elle enflamma une cigarette blonde parfumée à la menthe et ajusta sa coiffure. Elle était admirable dans sa robe de dîner, elle avait reçu le rayonnement des deux amoureux. Mais là encore, se sentir aussi bien dans sa peau, avait un effet pervers. Les hommes qui se trouvaient dans ce bar n’avaient aucun éclat aux yeux de la beauté alors que certains, l’auraient séduite quelques jours plus tôt.
Finalement, Johanna et Francis courraient un danger indéniable. Tous les deux étaient trop parfaits. Virginie, que Sylvie n’avait jamais vue, était certainement bâtie dans le même moule que son mari et la douce amie de ce dernier, car, pour désigner une femme impliquée dans une liaison de cette qualité, Sylvie se refusait à utiliser le terme inapproprié de : « Maîtresse ».
Le problème, c’était que cette situation pouvait déclencher des jalousies douloureuses et avides autour des trois bienheureux nageant alors dans le bonheur. Sylvie, elle-même reconnaissait être envieuse de Johanna.
Un type comme Francis, de toute manière, était une bombe atomique de tendresse. N’importe qu’elle femme dotée d’un minimum de sensibilité et de respect pour les hommes, ne pouvait pas voisiner une heure avec ce garçon sans se sentir comme une collégienne victime de ses premiers émois amoureux. Il diffusait dans son entourage une dose de phéromone qui battait tous les records du monde des mammifères.
Sylvie, elle-même, s’en tétait rendue compte. Alors que ces derniers temps, les mâles lui en avaient tellement fait voir qu’elle aurait souhaité les pendre tous, haut et court, Francis l’avait littéralement fait fondre. Un homme qui vous souri comme lui, qui vous approche votre chaise de la table et ne s’assoie que lorsque vous êtes installée, c’était une perle rare. D’ailleurs, il n’en existait qu’un exemplaire et deux femmes se le partageaient déjà : Virginie et Johanna.
Maintenant, elle comprenait comment, alors qu’il trompait malgré tout son épouse, Francis devait être pardonné et bénéficier d’une autorisation spéciale d’amoureux pathologique. En fait, il aimait sincèrement sa conjointe légitime, et pourtant, à l’encontre de toutes les idées reçues, il éprouvait également un vif sentiment ainsi qu’une amitié indiscutable pour Johanna. Moralité, il était capable de se donner aux deux déesses avec autant de fougue. Francis était totalement unique dans tous les domaines. Un tel trésor ne pouvait que soulever les convoitises.
Virginie et la douce amie du jeune homme admettaient de le partager, l’une sans vraiment le savoir bien qu’elle se doutât des origines du bien-être de son époux, l’autre sans aucune dissimulation, elle connaissait la vie de son amoureux.
L’intervention d’une garce malfaisante, affamée par la personnalité exceptionnelle de Francis pouvait tout faire basculer et finalement, bien qu’elle soit jalouse de Johanna, comme elle avait vraiment trouvé cet homme charmant, Sylvie allait aider sa camarade à protéger sa fantastique aventure sentimentale.
Chapitre suivant : La part de l’ombre